14 sept. 2010

Conseils pour les collégiens et lycéens qui bégaient (en bonus : retour sur la réunion APB de Montpellier)

Je termine aujourd'hui ma thématique “spéciale rentrée” par un article à l'attention des lycéens. En effet, je me rends compte que j'ai surtout parlé des enfants dans les posts précédents... Pourtant c'est souvent à l'adolescence que le bégaiement est le plus mal vécu (cf itinéraire d'un bègue). C'est une période de la vie où on est pas forcément bien dans sa peau, alors se trimbaler en plus un bégaiement... Vous débarquez dans une classe où vous ne connaissez personne, vos profs sont eux aussi des inconnus et la seule phrase qui tourne en boucle dans votre tête est : “Pourvu qu’ils ne voient pas que je bégaie !” Vous êtes même prêt à passer pour un benêt qui ne sait plus où il habite plutôt que de bloquer sur le M de Montpellier, le C de Carcassonne (je plains au passage les bègues qui habitent Carcassonne...) ou le P de Pontivy...

J'ai donc trouvé sur le site de Friends des conseils rédigés par un certain Michael. Je vous en livre ci-dessous la traduction avec quelques commentaires. Et là, vous allez assister sous vos yeux ébahis à ma nouvelle création, que je vais m’empresser d’aller déposer : le post 2 en 1. Je vais en effet profiter de cet article pour glisser mon retour sur la réunion APB de vendredi dernier à Montpellier. Voici donc, en avant-première mondiale, le premier post 2 en 1 (je suis sûr que même le Mr Freeze du blog d’à côté n’y a pas pensé).

Les conseils de Michael :

“En tant que récent diplômé bégayant depuis 23 ans, je voudrais vous donner quelques trucs pour gérer au mieux votre bégaiement si vous vous apprêtez à entrer au lycée.

Premièrement, faites savoir aux gens que vous bégayez. C’est souvent beaucoup plus facile que d’essayer de le cacher en évitant certains mots ou situations de parole. En faisant savoir que vous bégayez, vous vous mettez en position de traiter cette particularité selon vos propres conditions. Ce ne sera plus un secret que vous devez garder caché.

Une fois que le chat est sorti du sac, votre interlocuteur sait que vous bégayez. Cela vous aide de deux manières. Premièrement, l’interlocuteur s’attend à ce que vous bégayez et ne sera pas surpris lorsque vous le ferez. Deuxièmement, vous n'avez plus la pression pour être un locuteur fluide.

Vous vous sentirez plus à l'aise, ainsi que vos interlocuteurs. Ces derniers se montreront plus patients lorsqu'ils vous attendront et seront moins enclins à vous interrompre, à passer leur chemin ou à dire/faire quelque chose d'inapproprié (tout ce qui, pour moi, influence négativement ma parole). Quand vous n'essayez plus en permanence d'être fluide à 100%, vous ne faites plus autant d'efforts pour essayer de cacher votre bégaiement et il devient plus facile à gérer.

Ca peut paraître étrange mais les gens sont en fait impressionnés lorsque vous leur dites que vous bégayez. En l'annonçant ouvertement, vous leur montrez que vous gérez votre bégaiement et que vous le contrôlez. Ce n’est pas quelque chose dont vous avez honte.”

Commentaire Goodbye Bégaiement : j’en suis de plus en plus persuadé : le bégaiement est un trouble de la parole (et de la communication) qui doit d’abord être traité... par la parole. Pour libérer votre parole, il faut parler librement (pas mal celle-là... je vais la déposer aussi, tiens). Je vous renvoie à ce post. Dans le film de Sylvie Brignone-Raulin “image de soi, regard de l’autre” projeté vendredi à la rénion APB (attention, début du post 2 en 1), Moussa livre ce témoignage qui a fait rigoler tout le monde mais illustre bien la réaction de soulagement et la réduction de pression que décrit Michael. Moussa raconte qu’il a d’abord essayé de cacher son bégaiement à sa fiancée. Celle-ci se rend bien sûr compte qu’il se passe quelque chose et interroge ses proches : “Il bégaie, Moussa ?”. Quand ce dernier l’apprend, il a alors la réaction suivante : “Elle sait ? Ah bah alors, maintenant je peux bégayer librement !”

AFFICHEZ LE

Portez un T-Shirt “Friends” sur le campus, en classe et dans les dortoirs. C'est un moyen facile et indirect pour faire savoir que vous bégayez sans avoir à le dire. Vous serez surpris des réactions. J’ai mis le mien quelques fois, parlé à mes amis de l’association et ils ont été si impressionnés qu’ils ont eux-même acheté les T-shirts ! Et très vite, j’ai eu une douzaine d’amis qui se baladaient avec le T-shirt de “Friends” !

Commentaire Goodbye Bégaiement : Bon OK, ça va être un peu plus difficile à mettre en oeuvre, faute de garde-robe. Ceci dit, s'il y en a qui sont intéressés par un T-shirt Goodbye Bégaiement, faites le moi savoir !

PARLEZ A VOTRE PROFESSEUR

Parlez à votre professeur dès les premiers jours de classe (vous présenter à un professeur est une bonne idée, même si vous ne bégayez pas, pour qu’il puisse mettre un visage sur un nom parmi sa longue liste d’étudiants). Présentez-vous et annoncez lui “Je bégaie, ce n’est pas grave mais parfois ça me prend juste un peu plus de temps pour sortir ce que j’ai à dire”. De cette façon, si vous choisissez de ne pas participer en classe, le professeur saura que c’est parce que vous bégayez et non pas parce que vous n’avez pas travaillé.

Commentaire Goodbye Bégaiement : alors ça, c'est le bon plan ! Evitez quand même d'en abuser sinon vous allez éveiller les soupçons... Pour les plus timides, il reste le recours à la lettre au professeur.

FAITES UN EXPOSE

Parler en public est souvent difficile pour les gens qui bégaient. Avant de faire une présentation, cela aide d’annoncer à la classe que vous bégayez et vous pouvez même faire une plaisanterie pour lancer l’exposé. Vous pouvez par exemple dire à la classe : “Je bégaie, ce n’est pas très important, parfois ça me prend juste un peu plus longtemps pour sortir ce que j’ai à dire,… ce qui est plutôt pas mal parce que ça veut dire que je n’ai besoin de préparer que 8 minutes de texte pour faire une présentation de 10 minutes.” Si vous le faites, je vous promets que vous serez beaucoup plus à l’aise pour faire votre présentation.

Commentaire Goodbye Bégaiement : j'aime bien la petite vanne... L'intérêt de faire de l'humour, c'est que les autres ne riront plus de vous mais avec vous... Pour l'exposé en classe, je vous renvoie sur ce post. A la réunion publique de vendredi, 4 ados d'un groupe de self-help encadré par Jacqueline Bru témoignaient (ils étaient formidables, il faudra que j'en reparle dans un prochain post) et l'un deux expliquait qu'au collège il avait profité de la présentation en classe pour dire dès le départ : “je bégaie”. Cela avait suffi pour que tout se passe bien le reste de l'année.

SI LES GENS DECOUVRENT QUE VOUS BEGAYEZ...

Le monde ne va pas s’écrouler et, de toutes façons, il y a des chances pour que les gens s’en rendent compte dès que vous commencerez à parler.

Souvenez-vous que le bégaiement est souvent une chose beaucoup plus importante dans votre esprit que dans celui des autres. Les gens réagiront à votre bégaiement en fonction de la manière dont vous y réagirez vous-même. Si vous êtes à l’aise avec lui, il y a des chances pour que votre interlocuteur le soit aussi.

Bonne chance.

Michael Caggiano

Commentaire : 100% d'accord avec Michael ! C'est vous qui donnez le tempo, ne l'oubliez jamais (cf les posts “n'ayez pas honte de votre bégaiement”. et "regardez votre bégaiement dans les yeux").
Dans le film de Sylvie Brignone-Raulin, deux choses m’ont particulièrement frappé :

- ce qui gênait le plus les parents, ce n'était pas le bégaiement lui-même. Une mère disait même que cela donnait à son fils un charme fou. Non, ce qui les gênait le plus c’était la réaction et la souffrance de leur enfant vis à vis du bégaiement. Si vous y réfléchissez, c’est bien différent...

- Dans les témoignages des personnes bègues, ce n’était pas leur bégaiement qui transparaissait mais les qualités intrinsèques de chacun qui ressortaient : la sensibilité, l’humour, la douceur, la volonté... Il n’y a pas eu de sondage dans la salle mais je suis sûr que les spectateurs, lorsqu’ils sont rentrés chez eux et ont repensé aux “acteurs” du film, ne se sont pas dit : “qu’est-ce qu’ils bégayaient !” mais plutôt “il étaient intéressants et sensibles : leurs proches ont beaucoup de chance !”.


Voilà. J'espère que les conseils de Michael vous aideront. Quant à la réunion APB, vous avez compris qu'elle m'a plu et je vous invite à regarder sur leur site celles prévues près de chez vous.

Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que les 4 ados qui ont témoigné vendredi sont également partis cette année au Burkina Faso avec des orthophonistes pour organiser des stages “bégaiement” et échanger sur leur parcours et leurs techniques. Cela mérite bien sûr d'être présenté plus en détail et je reviendrai plus longuement dans un autre post sur Ortho Faso et l'association Perle. Bref, j'ai rencontré des gens formidables, dynamiques et passionnés, qui font bouger les choses. Alors, plus que jamais, je vous le dis : il y a des raisons d'être optimiste !

Laurent

3 commentaires:

Olivier a dit…

Ben j'ai plus qu'à mettre au point le 3 en 1.
Mr Freeze

Marie a dit…

Merci pour ce clin d'oeil vers le site d'OrthoFaso!

Je fais partie de la prochaine équipe qui part dans 2 semaines maintenant! Nous sommes en pleine préparation de notre voyage et nous avons lu quelques unes de vos traductions, que nous emmènerons dans nos bagages pour animer les ateliers bégaiement enfants et adultes.

Un grand merci donc pour ce que vous faites!

Marie, au nom de toute l'équipe d'OrthoFaso

mail : orthofaso@yahoo.fr
site internet : http://orthofaso.ifrance.com
tél : +33 (0)6 08 49 03 35

Laurent L. a dit…

@Marie : bon voyage à toute l'équipe !

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