19 janv. 2016

Mythe ou réalité : le théâtre peut-il aider une personne qui bégaie ?

Bruce Willis, Samuel L Jackson, Louis Jouvet, Gérard Depardieu, Francis Perrin, Julia Roberts (et son frère Eric, acteur également), Marlyn Monroe… On nous agite régulièrement sous le nez cette liste de comédiens ayant réussi malgré leur bégaiement. 

Fantasme, légende ou réalité ? Le théâtre peut-il aider à soigner son bégaiement ? Suffit-il de monter sur scène pour décrocher la fluidité ? Est-il vrai qu’on ne bégaie plus quand on joue un rôle ? Pour répondre à ces questions, je suis parti à la recherche de personnes qui bégaient ayant tenté l’aventure théâtre. Bruce et Julia étaient pris mais Amandine, Nina, Olivier et Daniel ont accepté très gentiment de partager leur expérience. Tous les 4 font partie du groupe Facebook « Le Cercle Très privé des Personnes qui Bégaient », qui compte aujourd’hui plus de 1 250 membres. Si vous n’en faites pas encore partie, foncez vous y inscrire, vous allez adorer !

Ces expériences sont riches parce que différentes : 3 filles, deux garçons, un éventail générationnel qui va de la lycéenne au sémillant retraité, debs niveaux de bégaiement différents... Olivier vient de commencer, Nina et Daniel ont une longue pratique, Amandine a choisi d’arrêter. Voici les questions que je leur ai posées.

1) Dans quelles circonstances et à quel âge as-tu fait cette expérience ?
2) As-tu prévenu le prof et la troupe que tu bégayais ?
3) Comment cela s'est-il passé ?
4) Quand tu joues, ton bégaiement est-il plus important, moins important ou pareil que d'habitude ?
5) Quelles difficultés as-tu rencontrées ?
6) Qu'as-tu appris, qu'est-ce qui t'a aidé ?
7) Quel a été le retour de tes partenaires et du public ?
8) Quels conseils donnerais-tu à une personne qui bégaie souhaitant essayer le théâtre ?


1) Dans quelles circonstances et à quel âge as-tu fait cette expérience ?

Amandine : J'ai fait cette expérience quand j'allais avoir 20 ans car on m'en parlait beaucoup autour de moi, notamment mon orthophoniste. J'étais très réservée, c'était donc aussi une bonne occasion de m'ouvrir un peu plus aux autres.

Nina : Je fais du théâtre depuis que je suis au primaire et j'en ai toujours fait tout au long de ma scolarité. C'était toujours dans le cadre de l'école, parfois c'était en option et d'autre fois c'était pour les cours. Je suis actuellement en deuxième année à l'université et j'ai choisi une option théâtre en anglais l'année dernière. C'est soit en français soit en anglais, je n’ai encore jamais essayé de mélanger les deux langues.

Daniel : J'ai commencé le théâtre à 50 ans. En fait mon épouse m'a demandé de dépanner la troupe de théâtre amateur dans laquelle elle s'était inscrite car il manquait un acteur.
A cette époque je ne bégayais plus que très rarement mais cela m'arrivait encore.
J'ai accepté, et j'y ai très vite pris du plaisir.

Olivier : A 41 ans. Cela faisait plusieurs années que je voulais essayer. Qui n'a jamais joué de rôle étant enfant ?


2) As tu prévenu le prof et la troupe que tu bégayais ?

Amandine : Oui j'ai prévenu le prof dès mon inscription dans la troupe, et il trouvait cela bien, il disait n'avoir jamais eu de personnes bègues et que donc c'était un challenge.
J'ai prévenu la troupe dès le premier cours et ils ont toujours été très encourageants et indulgents envers moi. J'étais touchée par leur soutien. Cela m'a beaucoup réconfortée et aidée.

Nina : Quand c'était des profs que je connaissais déjà ce n’était pas la peine mais sinon en général je préférais le dire parce que ça enlève un poids. Mais ce dernier semestre je n'ai rien dit et comme la première séance je n'ai pas beaucoup parlé, je n'ai pas bégayé. Du coup, la semaine d'après, quand je devais présenter mon monologue, le prof l'a découvert mais je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure solution.

Daniel : La troupe était “autogérée” … donc pas de prof.
Je n’en ai jamais parlé car mon bégaiement n'était pas très fréquent, même si je pouvais avoir de temps à autre de « gros » blocages.

Olivier : J'ai prévenu le prof. J'ai dit ouvertement que le bégaiement m'avait probablement guidé vers le théâtre. La première fois, il n'a pas relevé, et on n’en a pas parlé davantage.


3) Comment cela s'est-il passé ?

Amandine : Avec le prof et la troupe, tout se passait très bien. Mais c'est au niveau de mon bégaiement que je le vivais mal.

Nina :  Les cours en général se passent bien, les personnes qui choisissent de faire du théâtre sont en général plus ouvertes et compréhensives que les autres. Le stress est toujours là, évidemment, mais même pour moi qui suis timide maladive, au bout de 2 - 3 cours la pression redescend.

Daniel : Plutôt bien. A vrai dire je n'avais pas un gros rôle la première fois.
Puis j'ai eu des rôles de plus en plus importants, et j'y ai pris de plus en plus de plaisir. J'ai eu quelques tout petits accrochages sans conséquence.


4) Quand tu joues, ton bégaiement est-il plus important, moins important ou pareil que d'habitude ?

Amandine : Quand je jouais mon bégaiement était toujours bien présent, je n'arrivais pas à l'oublier. Je pensais m'évader mais il était toujours là.

Nina : Quand je joue, ça dépend de la langue dans laquelle je joue. En anglais ça passe beaucoup mieux qu'en français. Mais globalement c'est au même niveau que dans la vie de tous les jours, étant donné que je bégaie moins en anglais qu'en français.

Daniel : Pareil que d'habitude, j'avais déjà eu l'occasion de parler en public (du bégaiement) ce qui fait que j'étais bien plus stressé du risque d'oublier mon texte que de bégayer.
Les dernières années il ne m'arrivait plus jamais d'avoir le moindre bégayage.

Olivier : Pour l'instant je n'ai pas encore joué à proprement parler. J'ai toujours pensé qu'au théâtre, je ne bégayerais pas... Le problème, c'est que les exercices ne vous font pas toujours jouer un rôle...il faut travailler sur la voix, sur l'adresse, sur la puissance, sur le ton. Je ne suis pas dans le rôle, donc je bégaie.


5) Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Amandine : Le fait de bégayer même durant les cours, me ramenait constamment au fait que mon bégaiement pouvait être une barrière dans certains moments de ma vie. Je ressentais encore plus fort qu'il était bien présent. C'était trop pesant pour moi. Et c'est une période où je ne l'acceptais pas encore, et où je cherchais à le cacher.

Nina : J'ai constaté que le plus dur pour moi en général c'était le début des répliques mais après une fois que je suis lancée ça va tout seul. Sinon je ne vois pas d'autres difficultés spécifiques.

Olivier : Lors des lectures de texte, j'avais tendance à masquer mon bégaiement. Problème : ça sacrifiait à l'émotion. Le prof m'a dit qu'il valait mieux que je bégaie. Plus généralement, l'activité théâtre est aussi exigeante qu'un travail à mi-temps... J'ai vu des anciens pleurer parce que le prof les poussait trop.

Daniel : Aucune concernant le bégaiement, même si les premières fois il m'est arrivé d'accrocher. Par contre j'ai découvert le plaisir d'être sur scène, de surjouer les émotions, ce qui facilite énormément la fluidité.


6) Qu'as-tu appris, qu'est-ce qui t'a aidé ?

Amandine : J'ai compris avec le recul, (3 ans après), que je me focalisais trop sur mon bégaiement, que je n'arrivais pas à lâcher prise. En le prenant avec plus de légèreté et d'humour, cette expérience aurait pu être pour moi bien plus positive. Bien qu'elle soit tout de même positive !

Nina : Les cours de théâtre m'ont beaucoup plus appris sur la façon de parler (doucement et en articulant) et de respirer que l'orthophoniste que j'ai vu étant jeune. Outre la façon de parler, ça m'a permis d'être plus à l'aise devant des spectateurs, pour parler devant un public (quand je connais le texte à l'avance).

Olivier : L'improvisation, la façon de bouger, la bienveillance envers les autres membres de la troupe... Jouer en mouvement est beaucoup plus facile. Mais, dans la vie réelle, parler en bougeant est souvent plus facile.

Daniel : J'ai surtout appris à « me lâcher », ce que j'avais toujours du mal à faire bien que mon bégaiement se conjuguait au passé.
J'ai aussi appris « à apprendre » et j'ai été très surpris de voir qu'avec une bonne méthode je pouvais apprendre des textes où je devais mémoriser plusieurs centaines de répliques.
Tout cela a contribué à augmenter la confiance et l'aisance sur scène.


7) Quel a été le retour de tes partenaires et du public ?

Amandine : J'ai abandonné quelques mois, avant de jouer devant un public. La troupe m'a félicité de mon courage et a compris ; le prof aussi, bien qu'il ait été un peu déçu de mon départ.

Nina : Les retours se résument souvent en "tu as un peu bégayé mais ça n'a pas gêné, ça ne s'entend pratiquement pas". Je ne sais pas si c'est pour me faire plaisir ou si c'est effectivement ça mais heureusement que mon jeu n'est pas trop mal pour rattraper éventuellement le texte qui n'est pas toujours très fluide. Je fais allusion à tout ce qui est gestuelle et mise en scène. Comme je l'ai dit avant le théâtre c'est la vraie vie en exagéré du coup on fait tout beaucoup plus gros. Si je réagissais dans la vraie vie comme au théâtre, tout serait exagéré. Donc oui je me lâche plus sur scène qu’en temps normal.

Olivier : Nous n'avons pas encore joué devant un public. Le retour de mes partenaires est toujours encourageant...seul le prof met le doigt sur les insuffisances (mais jamais de jugement de valeur, évidemment).

Daniel : Excellent. J'adore entendre le public rire à une bonne réplique, cela donne confiance et une grande « pêche ». Mes partenaires n'ont jamais fait de remarques par rapport au bégaiement, seulement sur la manière de jouer telle ou telle scène.


8) Quels conseils donnerais-tu à une personne qui bégaie souhaitant essayer le théâtre ?

Amandine : Le conseil que je donnerais, ça serait de lâcher prise, de se mettre totalement dans la peau du personnage et de s'amuser. Il faut aussi se sentir un minimum prêt. Pour ma part, je ne l'étais pas assez. Je suis restée tout de même 4 mois et je ne regrette pas car ça m'a renforcée. Je ne peux que conseiller d'essayer. C'est un grand pas en avant. Et ça permet de prendre conscience de beaucoup de choses sur soi et sur son bégaiement. On se découvre et on se rend compte qu'en allant de l'avant et en affrontant ses peurs, on devient plus fort. Et mine de rien on se sent fier de l'avoir fait.

Nina : Déjà il faut se lancer, je pense que c'est une super expérience, très intéressante et qui apporte beaucoup. Je comprends tout à fait qu'on appréhende le premier cours mais une fois qu'on l'a fait on se sent mieux, c'est un peu un défi qu'on relève. Quand on parle au théâtre (encore plus que dans la vie de tout les jours), il faut articuler et parler très lentement parce qu'il faut se faire comprendre par tout un public plus ou moins proche de nous, donc les cours c'est une occasion de s'entraîner encore plus que d'habitude à bien parler. Ça ne peut apporter que du positif, il faut juste oser. Après, une fois l'adaptation passée, c'est très instructif.

Olivier : De se renseigner sur le contenu des ateliers, être sûr que vous allez prendre du plaisir, de commencer à une bonne période de votre vie... et en cas d'échec, de voir s'il y a peut-être autre chose qui vous conviendrait (chant, travail sur la voix).

Daniel : Le jeu demande que les répliques soient dites rapidement, donc il est nécessaire de connaître son texte parfaitement. Pour cela j'enregistrais sur ordinateur les répliques précédant les miennes, en laissant un vide pour dire la mienne, et cela par groupe d'une dizaine de répliques. Ensuite je les écoutais en boucle, d'abord en lisant, puis progressivement sans lire, jusqu'à les connaître parfaitement. Cela élimine déjà une bonne partie de l'anxiété.
Cette façon d’apprendre est une aide lorsque le partenaire “saute” des répliques, ou ne suit pas le texte, car on acquiert des automatismes de réponse, ce qui permet de se concentrer sur le jeu, et du même coup la parole et la peur de bégayer passent à l’arrière plan.
Je crois que le théâtre est une bonne manière de prendre confiance, à condition d'accepter de se lâcher, d'oublier la peur de bégayer (cela vient tout seul à force de répéter le texte, d'abord seul puis avec le groupe) et de prendre du plaisir.
Il faut oser !

Fin de l’interview.

Voilà ! Epatant, non ? Pour ma part, je retiens que :

• Aucun ne regrette de s’être lancé. C’est une expérience toujours positive même quand on rencontre des difficultés.
• C’est une bonne chose d’annoncer qu’on bégaie et l’accueil reçu est toujours bienveillant.
• Le bégaiement ne disparaît pas forcément en scène mais ce n’est pas un obstacle.
• Il n’y a pas de recette unique mais quelques ingrédients essentiels pour surmonter ses peurs et vivre une belle expérience : « se lâcher », « lâcher prise », « s’amuser », « prendre du plaisir ».
• Le théâtre peut aider à travailler son élocution mais permet surtout de développer d’autres aspects de la communication comme la gestuelle, l’intonation, le regard. Eugène Ionesco disait (Eugène, si tu nous entends…) : "Tout est langage au théâtre, les mots, les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole."

Annoncer son bégaiement, ne pas chercher à le dissimuler ou à le contrôler (le laisser sortir), oser, se lâcher, prendre du plaisir… Autant de conseils bons à prendre, même si on ne fait pas de théâtre…

Bien sûr, toute personne qui bégaie ne doit pas se lancer dès demain dans l‘expérience. Il faut déjà que cela vous attire ! Amandine et Olivier soulignent aussi qu’il faut être « prêt » pour tenter l’expérience, c’est-à-dire avoir déjà une certaine maturité vis-à-vis de son bégaiement.

Si vous hésitez encore, il existe une excellente solution pour voir si cela vous plaît et tenter l’expérience dans un environnement moins stressant : des ateliers de théâtre pour les personnes qui bégaient.

Ainsi, les self-helps (groupes d’entraide pour personnes qui bégaient) de Nantes et Rennes ont écrit et interprété une pièce de théâtre en 2009 : "Alice au pays d'elle-même". La représentation s'est faite devant quatre cents personnes.

En 2014, au colloque de l’Association Parole Bégaiement, j’ai eu la chance d’assister au spectacle écrit et interprété par le self-help de Paris. Celui se terminait par "la manif contre le bégaiement" ! (voir illustration du post). La représentation s'est faite devant six cents personnes submergées et conquises par l’enthousiasme et le talent de la troupe.

Pour trouver un self-help près de chez vous, vous pouvez aller faire un tour par ici  (pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un self-help, voici l’article du blog sur le sujet).

L’APB Belgique organise aussi un atelier théâtre. Plus d’infos sur ce lien.

Autre information bonne à savoir : des orthophonistes organisent des ateliers théâtre pour les adolescents. Si cela vous intéresse, je vous conseille de lire l’excellent mémoire de Delphine CHIRON « Le bégaiement en scène : intérêt de la pratique théâtrale chez les adolescents qui bégaient.» 

En voici un extrait qui confirme l’expérience vécue par Amandine, Nina, Daniel et Olivier : « La pratique du théâtre comporte de nombreux intérêts dans la thérapie du bégaiement chez l’adolescent : elle favorise la mobilisation de multiples habiletés de communication, valorise des modes d’expression et de communication riches, notamment dans le cadre d’activités spécifiques, et permet à l’adolescent de s’affirmer à un âge où celui-ci est pleine composition de sa personnalité.
(…). A l’unanimité, tous déclarent que l’atelier leur a permis de s’amuser et de
se dépasser en osant expérimenter des activités ou des situations dont ils n’avaient pas l’habitude. »

Et s’il vous reste encore quelques craintes ou réticences, écoutez ce que nous susurre à l’oreille la divine Marilyn Monroe, qui était tout sauf une ravissante idiote :
“L’imperfection, c’est la beauté. La folie, c’est le génie et iI vaut mieux être totalement ridicule que complètement ennuyeux. La peur est une stupidité, les regrets aussi. Nous sommes tous des stars et nous méritons tous de briller. »

18 oct. 2015

Journée Mondiale du Bégaiement : faites passer le mot !

Oyez ! Oyez ! Le 22 octobre a lieu la journée mondiale du bégaiement.

Cette journée a deux objectifs :
- Donner de l’information et de l’espoir aux personnes qui bégaient et à leurs proches
- Sensibiliser le grand public, les enseignants et les employeurs pour mieux comprendre ce qu’est le bégaiement et savoir comment réagir face à une personne qui bégaie.

Pour atteindre ces objectifs, il faut que chacun s'implique pour qu’un maximum de personnes soient sensibilisées. Vous pouvez donc contribuer à cet événement de 2 façons :
- en participant aux manifestations organisées près de chez vous   (voir la liste ici)
- en diffusant largement de l’information autour de vous.

Pour cela, j’ai essayé de répondre aux principales questions que peut se poser le "Grand Public" :
- Qu'est-ce que le bégaiement ?
- Pourquoi une journée mondiale de sensibilisation ?
- Qu'est-ce qu'on ressent quand on bégaie
- Comment puis-je aider une personne qui bégaie ?
- Est-ce qu'il existe des solutions et où trouver de l'information ?

Cette page évoluera bien sûr au fur et à mesure de vos remarques ou suggestions, il vous suffit juste de laisser un commentaire.

L’objectif est de diffuser ce lien au maximum dans les jours qui vont précéder le 22 octobre : blogs, Facebook, e-mail, affichage, écoles… Diffusez, distribuez, faites tourner : Faites du bruit ! Je compte sur vous !

30 sept. 2015

Retrouvez-moi sur la Conférence de l'International Stuttering Association !

Chaque année, non pas à l’heure où blanchit la campagne mais à celle où rougissent les érables (Victor, si tu nous écoutes), se tient un événement extraordinaire : the ISAD online conference.

Bon … Je ne vois pas votre tête mais je la devine…

Jusqu’à « extraordinaire », vous me suiviez, j’avais retenu votre attention et vous étiez même prêts à vous extasier. Mais là, avec mon ISAD machin bidule, je vous ai brusquement refroidis. Alors, je vais me lancer dans l’explication de texte.

ISAD : C’est la Journée Mondiale du Bégaiement (International Stuttering Awareness Day) organisée par l’International Stuttering Association (ISA), c’est-à-dire la Fédération Internationale du Bégaiement, qui rassemble les associations du monde entier. Les dirigeants de l’ISA avait d’abord songé à organiser une coupe du monde tous les quatre ans. Ils étaient ravis de cette trouvaille et se tapaient dans le dos en disant « Good job, Jimmy » quand un type a levé la main pour annoncer : « Désolé mais les fédérations de tapeurs de ballon ont déjà eu cette idée ! » Un peu énervés et vexés, ils ont donc opté pour une journée mondiale chaque année. Na ! Depuis, l’ISA choisit le thème de la Journée (pour 2015 : "Education, Coopération, Communication : faites passer le mot !"), recense les initiatives et organise cette fameuse conférence en ligne.

Conférence : parce que des personnes qui bégaient et des thérapeutes venus du monde entier se retrouvent durant 3 semaines, du 1er au 22 octobre, pour parler bégaiement.

Online : parce que ça se passe sur Internet. Des textes (témoignages, expériences thérapeutiques,..) sont publiés par les conférenciers et les visiteurs peuvent réagir et échanger avec l’auteur.

Chaque année, je me régale à lire les contributions et réflexions venues des quatre coins de la planète bégaiement. Grâce à ces conférences, j’ai découvert des parcours pleins d’espoir de personnes qui bégaient et des expériences partagées par des thérapeutes enthousiastes et pédagogues.

Et chaque fois, en tous cas depuis que je m’y intéresse, je me désole de voir la France briller par son absence.

Mais cette année, ce ne sera pas le cas… Parmi les pays représentés se trouvent le Canada, les Etats-unis, le Maroc, le Royaume-Uni, les Philippines, le Portugal, le Mali, le Togo, les Pays-Bas, l’Inde, le Brésil… et la France !

Eh oui ! Cet été, rassuré par le fait que, depuis Lafayette jusqu’à David Guetta, les américains avaient une longue tradition d’accueil et de bienveillance envers les frenchies, j'ai proposé à l'ISA un article intitulé « The wonderful world of stuttering » (Le monde merveilleux du bégaiement). C’est l’occasion pour moi de féliciter la petite équipe qui se coltine la lecture, sélection et correction des textes : Anita Bloom, Dan Hudock, Keith Boss, Bruce Imhoff et Hanan Hurwitz. C’est Bruce qui s’est occupé de moi et je le remercie chaleureusement pour ses commentaires constructifs et ses suggestions pertinentes.

Parmi les autres articles en ligne, j’ai déjà repéré quelques titres intéressants :
- Contrôle : la solution ou le problème ?
- Unleashing your sexy stuttering superstar (tout un programme…)
- Comédiens qui bégaient : que peuvent-ils nous apprendre ?
- Programme thérapeutique pour les enfants qui bégaient

J’espère que cela fera mieux connaître cette conférence et vous donnera envie d’apporter votre contribution pour celle de 2016. Pour info et susciter des vocations, il y a souvent des articles conjoints patient/thérapeute. Pour un ado, ça pourrait même être un super projet à préparer avec son prof d’anglais !


Cliquez ici pour accéder à l’article et à la conférence.


Bonne lecture, bonne découverte et bon partage !


Laurent

P.S : une fois sur la page, vous pouvez lancer une traduction en cliquant sur "French" dans le cadre en bas à droite. Mais bon, c’est un robot qui traduit… Et apparemment, il a pris des cours avec Jean-Claude Vandamme.

27 juin 2015

Ce que j'aurais voulu savoir sur le bégaiement

J’ai commencé à bégayer à l’âge de 6 ans.

J’ai essayé de nombreuses techniques ou thérapies sans succès : ostéopathie, acupuncture, homéopathie, sophrologie, médicaments… Magnétiseur. J’avais fini par laisser le bégaiement dicter une grande partie de ma vie : le choix de mes études, de mon métier et même du prénom de mes enfants. Et à 40 ans, alors que je pensais que je ne m’en sortirais jamais, que je paniquais chaque fois que je devais téléphoner, me présenter ou prendre la parole en public, j’ai été sauvé par l’Internet.

Alors que je me sentais seul, incompris et que je ne voyais aucune perspective de guérison, j’ai soudain découvert les témoignages de personnes qui étaient passées par les mêmes peurs et épreuves que moi et qui expliquaient comment elles s’en étaient sorties !

J’étais enthousiasmé ! Voilà des gens dont je me sentais proche et qui me donnaient ce qui me manquait : de l’information, de l’espoir et un mode d’emploi. J’avais découvert un eldorado, une planète cachée et j’ai eu envie de révéler son existence aux francophones.

C’est ce qui m’a donné l’idée de créer en 2009 le blog www.goodbye-begaiement.fr pour partager mon expérience et surtout celles des autres, synthétiser l’information utile et faire gagner aux personnes qui bégaient le temps que j’avais moi-même perdu ! Je voulais aussi vraiment délivrer un message positif en montrant qu’il existait des solutions et qu’il était possible d’en parler sur un ton léger et décontracté. L’aventure est belle puisqu’elle m’a permis de rencontrer des gens passionnés et attachants et a débouché sur la traduction et l’édition de deux livres,

Grâce à Internet et à ces lectures, j’ai donc fait un bond en avant. Je suis passé de l’obscurité à la lumière et j’ai découvert une véritable caverne d’Ali Baba.

Or, dans tout ce que j’ai pu lire, dans tous les échanges que j’ai pu avoir, dans les traductions que j’ai faites (notamment les « Conseils pour ceux qui bégaient », donnés par 28 thérapeutes ayant eux-mêmes bégayé), j’ai découvert qu’il y avait des points communs qui revenaient sans cesse, des choses que j’aurais voulu savoir sur le bégaiement, lorsque j’étais jeune.

Donc ce que je vais partager avec vous, ce n’est pas simplement mon expérience, ce qui n’aurait pas grand intérêt mais celles de nombreuses autres personnes qui bégaient, que ce soit en France ou à l’étranger.

Voici ce que j’aurais voulu savoir lorsque j’avais 20 ans.


1. J’aurais voulu savoir que le bégaiement n’est pas une faute, encore moins ma faute.

Durant très longtemps, j’ai porté mon bégaiement comme un boulet. Je le vivais comme un échec dont j’étais responsable.

J’ai pu constater que ce sentiment est partagé par de nombreuses personnes qui bégaient. En tant que bègue, vous percevez le bégaiement comme quelque chose de mal, qu'il ne faut pas faire et dont vous êtes responsable et même coupable. Vous avez honte de votre incapacité à parler normalement et vous faites tout pour dissimuler ce bégaiement : vous évitez de prendre la parole, vous remplacez un mot par un autre quand vous pressentez un blocage, vous feignez de chercher un mot ou d'avoir oublié ce que vous vouliez dire... Tout est préférable pour vous au bégaiement : passer pour une personne sans conversation, faire des fautes de français ou de liaison,...

J’ai eu la chance de travailler avec une psychologue et lorsque je lui ai expliqué que je vivais mon bégaiement comme un échec, elle m’a répondu simplement :

« Mais Laurent, le bégaiement n’est pas une faute et ce n’est pas ta faute ».

Cela a été pour moi un déclic, une véritable révélation. En comprenant que je n’en étais pas responsable, je me suis rendu compte que j’avais le droit de bégayer, que je pouvais bégayer, que ce n’était pas un drame puisque je n’en étais pas responsable. Le résultat, c’est que je me suis enlevé la pression énorme qui permettait justement au bégaiement de s’épanouir. Cette simple phrase a ébranlé mes pensées négatives, ma tension, mes stratégies d’évitement, tout ce qui contribuait à renforcer mon bégaiement.

En vous déchargeant de cette culpabilité, vous allez arrêter d’être obnubilé par le bégaiement et vous allez pouvoir commencer à avancer. Vous allez passer du « surtout ne pas bégayer » au « je vais peut-être bégayer mais ce n’est pas grave. Je l’assume d’autant mieux que je n’y suis pour rien ! »

Attention ! Je ne suis pas en train de vous inciter à accepter votre bégaiement sans rien faire. Simplement, vous n'en êtes pas responsable et vous n'avez pas à en avoir honte. Il peut être génétique, lié à votre éducation ou à votre environnement familial, le résultat d'un traumatisme... Mais vous ne faites pas exprès de bégayer !

Comprendre cela est essentiel pour avancer, pour passer à l’étape suivante. Parce que comprendre qu’on n’est pas coupable ne veut pas dire ne rien faire. Mais pour agir, il va falloir prendre des risques, assumer de passer par des phases moins faciles et accepter d‘exposer votre bégaiement.

Imaginez que vous soyez en surpoids et, qu’en plus de votre régime, votre médecin vous conseille d’aller nager régulièrement à la piscine. Si vous avez honte de vos bourrelets, vous n’oserez pas vous mettre en maillot et vous n’irez pas nager. En n’assumant pas votre corps, en refusant d’exposer votre différence, vous vous privez alors de la possibilité de faire de l’exercice et de résoudre une partie de votre problème. C’est exactement la même chose pour le bégaiement. En refusant de l’exposer, vous ne vous mettez pas dans les situations de parole qui vous aideront à mettre en pratique vos techniques et à prendre confiance en vous.


2. J’aurais voulu savoir que chaque évitement est une perte de temps et qu’il ne faut jamais reculer devant le bégaiement.

Il n’y a pas à tortiller : pour améliorer votre élocution, vous allez devoir parler. Autrement dit, vous allez devoir vous mettre en maillot de bain, montrer vos bourrelets et plonger dans la piscine.

Vous allez donc devoir arrêter de pratiquer l’activité préférée des personnes qui bégaient : l’évitement.

Celui-ci peut prendre plusieurs formes : substitution d’un mot par un autre, ajout d’interjections parasites, de tics verbaux ou de raclements de gorge dans votre discours, un téléphone que vous ne décrochez pas (ou que vous feignez de ne pas entendre…), une question que vous ne posez pas ou une réponse que vous ne donnez pas, une histoire drôle que vous ne racontez pas parce que vous avez trop peur de rester coincé sur la chute, un trait d’humour ou un argument que vous gardez pour vous dans une conversation…

Mon premier souvenir d’évitement remonte à l’enfance. Ma mère m’avait demandé d’aller acheter de l’ « Ajax » à l’épicerie du coin. La première chose que j’ai vu apparaître, c’est le « A » d’Ajax et un clignotant rouge s’est allumé dans mon cerveau. Je voyais ce « A » comme un obstacle sur lequel je viendrais buter. Tout le long du chemin, ce « A » n’a cessé de grossir pour atteindre des proportions effrayantes et lorsque je suis arrivé devant l’épicière, j’ai demandé… du Mir. Juste pour ne pas affronter ce terrible A.

Tous ces mots retenus ou évités génèrent un soulagement passager mais finissent par vous brûler l’estomac et le coeur aussi sûrement qu’un acide… Petit à petit, ces évitements deviennent une seconde nature et peuvent aller très loin, jusqu’à diriger le moindre de vos choix. L’appréhension peut ainsi se transformer en peur puis en véritable phobie.

Certains vont jusqu’à se faire passer pour muets ou aphones dans certaines situations, se déclarent malades le jour d’un oral ou d'un exposé… Au restaurant, vous choisirez le plat que vous pourrez prononcer plutôt que celui qui vous fait envie. Cela peut faire sourire mais lorsque cela finit par avoir un impact sur vos choix de vie, c’est beaucoup plus grave. Vous allez ainsi éviter certaines études (vente, communication…) puis éviter de postuler pour un poste où il vous faudra parler en public ou répondre au téléphone, puis refuser de vous marier à l’église pour ne pas avoir à prononcer vos vœux en public, puis, comme moi, laisser le bégaiement choisir le prénom de vos enfants… Comme l’a écrit Joseph Sheehan : « l'évitement est un toboggan vers l'échec. »

Le 1er commandement du bègue serait donc : « Tu ne succomberas pas à la tentation de substituer un mot ou d'éviter une prise de parole. »

Parce que ce qui entretient votre honte, vos peurs et votre faible estime de vous-même, c’est l’évitement. J’ai lu quelque part que pour être fier de soi, il suffit de faire des choses dont on est fier… J’ajouterais : « et cesser de faire les choses dont nous ne sommes pas fiers ». Or, en évitant des mots ou des prises de parole, vous faites quelque chose dont justement vous n’êtes pas fier.

Alan Badmington est un policier gallois à la retraite. Son bégaiement était sévère et il était devenu un maître de l’évitement. Il raconte que, lorsqu’il interpellait un contrevenant dans la rue, il devait appeler un central téléphonique pour indiquer l’endroit où il se trouvait. Si le nom de la rue commençait par un son qu’il ne pouvait prononcer, il traînait l’interpellé dans une rue voisine avant de passer son appel ! Lorsqu’il s’est marié, il a choisi de prononcer ses vœux à l’unisson avec le pasteur pour être sûr de ne pas bloquer. Il raconte cette anecdote avec humour en expliquant que, finalement, il ne sait pas qui s’est réellement marié avec qui…

Alan a pris un jour une résolution qui a changé sa vie. Il a décidé qu’il ne ferait dorénavant plus aucun évitement. Si un mot ne sortait pas, il ne le remplacerait pas par un autre mais mettrait en œuvre ce qu’il avait appris pour surmonter un blocage. Pour lui, cela a été déterminant d’oser affronter ses peurs (peur de vivre des situations de communication, peur d’annoncer qu’il bégayait, peur d’utiliser ses techniques orthophoniques…). Il a choisi de voir les situations nouvelles comme des expériences d'apprentissage plutôt que comme des difficultés et c’est à partir de ce moment que son image de lui-même s'est améliorée et qu’il est entré dans le cercle vertueux de la confiance. Aujourd’hui, il est devenu un orateur remarquable et recherché et donne des conférences dans le monde entier pour témoigner sur son parcours.

"En réalité, vous aurez un sentiment d'accomplissement personnel en recherchant volontairement les mots craints et en vous impliquant dans des situations difficiles. Moins vous éviterez, plus vous aurez confiance en vous-même en tant que personne digne et respectable." - Malcolm Fraser, fondateur de la « Stuttering Foundation of America ».

En effet, affronter une situation renforce votre confiance et enclenche un cercle vertueux qui peut se résumer ainsi : « J’avance – je me rends compte que ce n’est pas si difficile que prévu et, même si ça l’est, ça le devient de moins en moins – je remplace la frustration par la satisfaction d’avoir osé – j’ai une meilleure image de moi – je reprends confiance – cette confiance me porte pour oser d’autres choses – etc. » On retrouve ce cercle vertueux dans de nombreux témoignages de bègues.

Catherine, une jeune femme polonaise utilise une jolie métaphore : « Dites-vous que vous avez 2 plantes : la plante carnivore “Le monstre de la parole” et la plante “Je peux le faire”. Chaque fois que vous évitez, vous arrosez la plante “Monstre de la Parole” qui devient un peu plus terrifiante alors que celle de la confiance se recroqueville. A l’inverse, chaque fois que vous êtes courageux, vous arrosez la plante « Je peux le faire » et vous regagnez de la confiance. Le but est d’assécher la plante « Monstre de la Parole » et de fertiliser la « Je peux le faire » ! »

Pour progresser et gagner de la confiance, la méthode la plus répandue est celle de la « désensibilisation progressive ». Le principe est simple. Vous listez ce qui vous fait peur (mots, situations, personnes…) par ordre croissant d’appréhension. Ensuite, vous allez affronter ces mots ou situations graduellement en commençant par ce qui vous effraie le moins. L’idée est d’acquérir progressivement de la confiance, confiance qui vous servira pour affronter la situation suivante. Pensez à l’apprentissage du ski : prenez les pistes vertes pour commencer…

Au final, vous devriez arriver à ne plus laisser le bégaiement dicter votre conduite et plus largement votre vie. Cette résolution est sans doute la plus importante. Comme le dit Alexandre sur un forum Internet :
« Quand vous pensez faire quelque chose, posez-vous une question :
Est-ce que j’hésite à le faire à cause de mon bégaiement ?
Si la réponse est « Oui », faites-le. Sinon, vous laissez le bégaiement dicter ce que vous pouvez faire et ne pas faire, et vous lui cédez le pouvoir. »

Une grande erreur est aussi de se dire « Quand je ne bégaierai plus, je ferai ça. » Parce que c’est exactement l’attitude inverse qu’il faut adopter : il faut justement « faire ça » pour arriver au final à ne plus bégayer.

Et c’est une autre chose que j’ai apprise : il n’y a pas besoin d’être bon pour se lancer mais il faut se lancer pour être bon.


3. J’aurais voulu savoir que parler de son bégaiement est un soulagement.

Pourquoi un soulagement ? Parce que vivre en essayant de cacher son bégaiement est épuisant, frustrant. En effet, de nombreux bègues s'évertuent à « masquer » leur bégaiement, avec plus ou moins de succès selon les situations.

Tim MacKeesey est un ancien « bègue masqué » devenu orthophoniste. Il a une image forte pour décrire les conséquences de cette dissimulation constante : « Durant les 30 premières années de sa vie, j’avais l’impression d’être un flic infiltré dans la mafia, vivant dans la crainte continuelle d’être découvert !»

Patricia, que j’ai rencontrée à une Journée Mondiale du Bégaiement à Marseille m’expliquait : « J’étais vraiment fatiguée de vivre sous pression à chaque instant, de ne pas pouvoir employer les mots que je voulais, ne pas vivre normalement aussi bien à l'extérieur que chez moi. Je pense que je me sentais prisonnière du système que j'avais créé pour m'exprimer. »

Une seule solution alors : tomber le masque. En effet, ceux qui ont décidé de crever l’abcès et de parler ouvertement de leur bégaiement sont unanimes : c’est un soulagement.

Patricia, par exemple, dont je viens de parler. Elle a suivi un stage collectif avec une orthophoniste. Au bout de trois jours, elle s’est retrouvée dans la rue, arrêtant les passants pour leur demander de répondre à une enquête sur le bégaiement ! Voici son ressenti : « Je n'en avais jamais parlé à personne et je me retrouvais tout à coup en train d’expliquer à un parfait inconnu que je bégayais ! Quand j'ai terminé mon premier questionnaire, j'avais envie de crier et de sauter dans tous les sens tellement j’étais heureuse ! »

Et, comme Bill Murphy, l’un des auteurs de « Conseils pour ceux qui bégaient », vous serez surpris de voir l’influence positive que cela aura sur votre entourage : « je constatai que ce n’était pas le bégaiement qui gênait mais bien mon embarras et mon évidente incapacité à vouloir en parler ouvertement. Lorsque je parlais librement du bégaiement, cela mettait mes interlocuteurs à l’aise. Ils me posaient des questions sur le sujet ; les gens se montraient intéressés et non pas incommodés. En choisissant d’admettre le bégaiement, le secret était dévoilé et j’étais moins tendu et craintif. Plus j’en parlais, moins je ressentais de honte, de culpabilité et d’anxiété.»

Et cette transparence fonctionne aussi avec des inconnus. Elle est même un précieux sésame dans les situations qui nous font peur, nous personnes qui bégaient : les interrogations orales, le téléphone, l’entretien d’embauche et même… la séduction.

Là aussi, plusieurs personnes racontent les bienfaits de ce « coming-out », à commencer par Laure, 11 ans, qui a fait en classe de 6ème un exposé sur son bégaiement et a témoigné sur le blog : « Gonflée d'espoir et de courage, j'ai fait ma matinée habituelle et enfin est arrivé le moment de mon exposé. Anxieuse et excitée à la fois, je suis allée au tableau, Julie à mes trousses. Je me suis dit "GO" et j'ai commencé. C'était comme si je dévoilais une partie de mon corps mais ça faisait du bien. A la fin, ils nous ont applaudies. J'étais très contente de ce que j'avais fait et j'espère que ceux qui bégayent feront comme moi et ce que plein d'autres ont fait. »

Je l’ai testé moi-même pour des entretiens d’embauche. J’ai annoncé mon bégaiement et les recruteurs m’ont remercié pour ma franchise et la confiance que je leur témoignais en abordant ce sujet. Cela a permis de détendre l'atmosphère, m’a soulagé d’un grand poids (plus rien à dissimuler) et a aussi évité les incompréhensions, le bégaiement non expliqué pouvant être pris pour une manifestation de nervosité ou de manque d’assurance.

Gilles a 27 ans et enseigne depuis 4 ans. Il a toujours décidé de parler franchement et ouvertement de son problème de parole. Il pense que s’il l’annonce lui-même à ses élèves, ce sera plus difficile ensuite pour eux de l’utiliser contre lui. "Parce que je suis ouvert et honnête sur le sujet et que je n’en fais pas un grand secret, ils ne peuvent pas me chambrer" explique-t-il.

Il demande aussi à ses élèves de l’aider : « Mon bégaiement se manifeste principalement par des blocages sur certains mots. Lorsque cela survient sur un nouveau mot que je dois expliquer, je l’écris au tableau et dis simplement “Voilà le mot. Je ne peux pas le dire, donc vous allez devoir m’aider à le sortir."


4. J’aurais voulu savoir que le bégaiement ne résiste pas à l’humour et à l’auto-dérision !

Dans cette stratégie de transparence, l’humour peut être une arme précieuse.

Ainsi Silvano, qui était le dernier d’une longue série d’intervenants lors d’une conférence, est entré illico dans le vif du sujet : «J'ai commencé mon discours ainsi : j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que je suis le dernier intervenant, la mauvaise c'est que je suis bègue … Alors qui sait combien de temps cela va prendre ! »

De son côté, David suivait un programme de conversion au catholicisme :
« Nous avons commencé la séance par un tour de table où je devais donner mon nom, mon parcours, ma précédente religion, etc. J'ai bloqué sur le mot « Méthodiste » durant près d'une minute. Finalement, je me suis arrêté et j'ai dit : "Je me convertis parce que je trouve « Catholique » beaucoup plus facile à dire ! » et ensuite j'ai sorti le mot que je voulais dire. Cela a eu un effet formidable. J'ai reconnu devant l'ensemble des participants qu'il se passait quelque chose d'anormal, que j'en étais conscient et, le plus important, que l'on pouvait en parler, ce que nous avons d'ailleurs fait. »

Mais le plus fort de tous, c’est Mark. Pour aborder une jeune femme qui lui plaît, il a trouvé le moyen de faire de son bégaiement non pas un frein mais un moyen original d’entrer en relation. Et surtout, il parvient à créer un contexte où ses éventuels blocages ou répétitions seront non seulement compris mais appréciés… Difficile de faire mieux pour enlever toute pression ! Voici comment il s’y prend : «Bonjour Mademoiselle, je m’appelle Mark et j’aimerais vraiment faire votre connaissance. Juste une chose : je bégaie… Et plus mon interlocutrice est jolie, plus je bégaie !»


CONCLUSION


Walt Manning, une personne qui bégaie devenue orthophoniste a écrit un jour : « Loin de moi de vouloir donner l’impression que ce cheminement a été facile, dénué de peurs et sans revers. Mais, tout bien considéré, cela fut une grande aventure. Plutôt que de le considérer comme mon démon, j’en suis venu à voir mon bégaiement comme un actif, quelque chose qui m’a amené dans des endroits excitants, qui m’a offert des opportunités de progresser et qui m’a permis de croiser des êtres merveilleux que je n’aurais autrement jamais rencontrés. Depuis des années, j’ai entendu d’autres PQB faire les mêmes commentaires, et je sais quelles le pensaient vraiment. »

Je confirme : je vis une magnifique aventure ! J’ai rencontré des gens formidables en France et à l’étranger, traduit et édité deux livres, participé à des conférences ou émissions radio pour partager mon expérience… Beaucoup de choses qui m’ont longtemps semblé inaccessibles. Aussi incroyable que cela puisse paraître, mon bégaiement est devenu une expérience positive.

Et c’est ce que j’aurais voulu que sache le petit garçon qui avait peur de demander de l’Ajax.

7 avr. 2015

Enfin une vidéo éducative francophone sur le bégaiement !

Enfin ! Enfin ! Enfin ! La voici la vidéo sympa et intelligente qu'on attendait pour expliquer simplement le bégaiement, les connaissances scientifiques actuelles, les répercussions, les réactions à éviter et l'attitude à adopter. Bravo à Bertrand de Bock, le réalisateur, et à l'association belge BSV !

8 févr. 2015

Interview du Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel

Médecin ORL , phoniatre, psychologue et phonéticienne, Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel a créé un laboratoire de la voix et de la parole à l'Assistance publique des hôpitaux de Paris. Elle est également à l'origine du DU du Bégaiement (Paris 5) pour former des thérapeutes certifiés du bégaiement. Elle est l'auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages médicaux et grand public sur la voix et le bégaiement. Elle a présidé la Société française de phoniatrie et a été parmi les membres fondateurs du Fluency Committee de l'IALP et de l'IFA (international Fluency Association).

Dans son nouveau livre "Bégaiement, bégaiements", elle dresse un panorama exhaustif des connaissances actuelles sur le bégaiement et des thérapies possibles.

J'avais un peu peur au début de me lancer dans la lecture de ce pavé mais j'en suis ressorti enthousiasmé. C'est vraiment une encyclopédie complète et actualisée du bégaiement et j'ai appris plein de choses. Les découvertes récentes permises par l'utilisation de l'imagerie médicale mais aussi les observations effectués par l'Université de l'Illinois qui a suivi plus d'un millier d'enfants durant plus de dix ans apportent des éclairages nouveaux et torpillent quelques idées reçues.

Son livre a été écrit à destination des thérapeutes du bégaiement qui y trouveront effectivement leur bonheur, notamment avec la mise à disposition en annexe d'une batterie de bilans et questionnaires. Toutefois, en tant que personne qui bégaie, on est tout autant intéressé par ce qu'on y découvre. Certes, il faut parfois s'accrocher lors de certaines descriptions scientifiques ou médicales car le vocabulaire n'est pas toujours accessible pour un non-initié mais cela en vaut la peine. L'achat du livre donne également accès à une plate-forme Internet regroupant des documents sonores et visuels, des tutoriels et des articles qui seront mis à jour régulièrement et permettront de rester informés des dernières avancées en matière de recherche et de thérapie.

Dans cet entretien d'une heure, j'ai posé à Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel quelques unes des questions soulevées par ma lecture mais nous sommes loin d'avoir fait le tour du sujet. Si vous avez vous-mêmes des interrogations, n'hésitez pas à les laisser dans les commentaires. Le Docteur se fera un plaisir d'y répondre.

Bon visionnage !

Laurent

2 janv. 2015

Le texte magique pour tenir ses bonnes résolutions


Voici revenu le temps des bonnes résolutions… Et cette année vous allez en tenir au moins une. Parce que j'ai trouvé une arme fatale, que j’ai piquée sur le blog d’Oprah Winfrey (comme quoi, mes sources sont variées :-)). C’est un petit texte tout simple que je vous ai traduit et qu’il vous suffira d’imprimer et de compléter pour mettre en œuvre votre résolution dès aujourd’hui, à la minute même où vous aurez fini de lire cet article. 

Ce petit texte magique vous permettra de dynamiter vos peurs, de choisir vos soutiens et d'oser vous lancer dès maintenant. Vous n’avez qu’à remplir les trous en suivant les indications en italique.

Etape 1 : confrontez vous à vos peurs

Si j’étais vraiment courageux(se), je _________(quelle est la chose que vous voulez vraiment faire ?)____________. Mais je me dis que je ne peux pas parce que   ___     (listez toutes les raisons que vous avez trouvées pour ne pas vous lancer)    ___    . En réalité, la pire chose qui pourrait arriver, c’est        (au pire qu’arriverait-il ?)   ___     .

Mon ami le plus courageux,       (indiquez son nom)      me dirait de      (quel sage conseil pourrait-il (elle) vous donner ?)        . Mais j’ai peur que d’autres gens, comme        (qui sont ces êtres négatifs ?)        , me disent           (que peuvent-ils trouver de pire ?)      __ . Si cela se produit, je réagirai de la manière suivante         (vous serez plus confiant si vous avez un plan)  _  __   .

Etape 2 : Trouvez des soutiens

Demander de l’aide ne veut pas dire que je suis faible. Quand ça sera dur, j’appellerai            (qui est votre plus grand soutien ?)        en renfort parce que        (comment cette personne vous aidera-t-elle à atteindre votre objectif ?)       . Avec des personnes à mes côtés, je me sentirai        (plus fort ? plus confiant ? plus en sécurité ?)        .

Etape 3 : Osez vous lancer

Si je veux commencer à         (quel est votre objectif ?)        tout de suite, à cette minute-même, je peux          (quelle est votre première action ?)         . Ensuite, durant les prochains mois, je peux        (fixez-vous des mini-objectifs)        et         (mini-objectif 2)        et      (mini-objectif 3)         . Même si          (pouvez-vous prédire quelques obstacles potentiels ?)           arrive, je n’abandonnerai pas parce que          (soyez votre supporter numéro 1 !)         .

Et voilà ! Imprimez cette page : vous n’avez qu’à compléter les phrases pour commencer de la manière la plus positive qui soit la première journée du reste de votre vie !  Je vous souhaite une excellente année 2015 et un bon voyage !

Youhou !

Laurent

P.S : je vous ai mis en illustration une image de mon film coup de coeur 2014. J'espère que vous l'avez vu sinon ajoutez le à vos bonnes résolutions 2015 !

23 déc. 2014

Thérapie cognitive et comportementale : 8 questions qui peuvent vous aider


Vous vous souvenez peut-être de cette étude qui avait été relayée l’an dernier par la bégosphère, montrant qu’une Thérapie Cognitivo-Comportementale du bégaiement avait un effet visible par IRM sur le cerveau des personnes qui bégaient.

Même si cette étude demande sans doute à être confirmée, cela avait eu le mérite de mettre en avant l’efficacité possible des TCC, celles-ci étant plus en plus utilisées par les thérapeutes du bégaiement.

Bien que j’évoque souvent des techniques issues de cette école (recadrage des pensées négatives, affrontement des peurs,…), je me rends compte que je n’avais pas vraiment écrit un article spécifique sur le sujet. Une lecture récente me donne l’occasion de le faire. Je suis en effet tombé sur le témoignage de John Farroway, un australien qui a passé 70 ans de sa vie à bégayer et a connu une véritable révélation en suivant un programme de thérapie cognitive et comportementale… par Internet !

Ayant l’habitude de dire que j’ai été sauvé par l’Internet, ça ne m’a pas vraiment surpris mais j’avais quand même une petite interrogation sur la crédibilité de ce témoignage.

Or, en approfondissant, j’ai découvert que John avait suivi un programme en ligne proposé par l’Australian Stuttering Research Center, un institut réputé pour ses approches thérapeutiques innovantes. Il a été fondé par Mark Onslow qui jouit d’une belle notoriété et reconnaissance dans le monde du bégaiement puisqu’il est à l’origine des programmes Lidcombe et Camperdown, récemment importés en France.

Ce programme fait suite à une thèse rédigée par le Dr. Fjóla Dögg Helgadóttir : ‘A fully automated online Cognitive Behaviour Therapy for social anxiety for those who stammer’, que vous pouvez lire ICI.

Voici donc la traduction du témoignage de John qui permet de mieux comprendre ce qu’est une thérapie cognitive et en quoi elle peut aider une personne qui bégaie. Au passage, John démontre qu’il n’est jamais trop tard pour trouver une thérapie qui nous convient ! Je vous retrouve à la fin pour le commentaire.

Comment la thérapie cognitive et comportementale m’a aidé
Par John Farroway
(lien vers l’article original)

Durant 70 ans, le bégaiement a eu un énorme impact sur ma vie. Il a été détecté à mon entrée à l’école et j’ai suivi une thérapie lorsque j’avais 9 ans. J’ai connu des difficultés au lycée et dans ma prime jeunesse et j’ai donc de nouveau recherché l’aide d’un orthophoniste. Au bout de six mois, le thérapeute a dit qu’elle ne pouvait rien faire de plus pour moi et m’a adressé à un psychiatre. Celui-ci a détecté une pointe (Note Goodbye Bégaiement : ??) dans l’hémisphère gauche de mon cerveau et m’a prescrit des sédatifs pour m’aider à gérer mon bégaiement. Il m’a également suggéré de changer de travail et de quitter la maison. Je l’ai fait et mes nouveaux collègues étaient si sympathiques que je ne me souciais plus de mon bégaiement au travail. Quelques années plus tard, j’ai de nouveau changé de job et j’ai quitté le nid familial. Ces deux changements se sont traduits par une amélioration de ma fluence et j’ai abandonné ma médication.

Lorsque j’ai eu 50 ans, j’ai découvert le programme “Parler doux”. J’ai trouvé un thérapeute qui me l’a enseigné et je l’ai vu pendant six ans, en m’entraînant également une heure chaque soir. A la fin j’étais quasiment débarrassé du bégaiement. Cependant, mon utilisation de comportements de sécurité, tels que l’évitement et la substitution de mots, faisait que j’étais très réticent à parler à plus d’une personne à la fois.

A l’aube de mes 70 ans, j’ai alors pris connaissance d’un programme en ligne de Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) proposé par l’Australian Stuttering Research Centre. Je l’ai suivi et ma vie a été transformée.

Anxiété sociale

Des études récentes ont confirmé qu’un nombre inquiétant de personnes qui bégaient sont en proie à l’anxiété sociale (Note Goodbye Bégaiement : cf mon article sur le sujet). Dans ce cas, les gens redoutent tellement d’afficher leur bégaiement que cela interfère avec leur qualité de vie. Ils limitent ou choisissent d’éviter les situations sociales et peuvent délibérément éviter les mots difficiles dans les restaurants ou les bars, choisissant non ce qu’ils aimeraient mais ce qu’ils peuvent dire. Le bégaiement peut amener les gens à changer de mot en milieu de phrase ou à masquer toute disfluence. Le comportement d’évitement et le bégaiement masqué peuvent faire payer un lourd tribut émotionnel. L’anxiété sociale associée peut provoquer des dégâts sociaux, scolaires et professionnels. En comparant la population qui bégaie avec celle qui ne bégaie pas, la même étude a montré qu’une personne qui bégaie a de 16 à 34 fois plus de chances de développer un trouble de l’anxiété.

Qu’est-ce que la Thérapie Cognitive et Comportementale ?

La TCC est une forme de psychothérapie qui peut aider à gérer les problèmes d’anxiété sociale de façons plus positive en modifiant notre manière de penser et de nous comporter. Cela vous encourage à examiner comment vos actions peuvent affecter vos pensées et vos sentiments. Ce qu’une personne pense de son bégaiement affecte la manière dont elle le ressent. Plus une personne prête attention à son bégaiement, plus elle se sent mal. La TCC fournit des techniques pour gérer ces sentiments négatifs.

L’approche thérapeutique des TCC est basée sur la croyance que notre comportement (ce que nous faisons et comment nous réagissons), nos émotions et nos perceptions sont intrinsèquement liés. En d’autres termes, comment nous nous sentons et ce que nous pensons affectent la manière dont nous nous comportons. La TCC établit que nos réactions aux situations et aux événements, ainsi que nos comportements sont les résultats de nos perceptions de la situation ou de l’événement. Nous pourrions supposer que si nous ressentons de l’anxiété à l’approche d’un événement, c’est cet événement qui cause l’anxiété. Les praticiens de la TCC enseignent que ce n’est pas le cas. En fait, c’est ce que nous pensons ou croyons sur l’événement qui cause l’anxiété. L’alternative est également vraie : si nous anticipons avec joie un événement, nous serons excités plutôt qu’anxieux.

Le procédé TCC identifie les pensées et croyances sur un sujet ou une situation en particulier et regarde s’il y a des « erreurs de pensée », ou des « pensées négatives automatiques » (PNA). Ruminer peut mener à un cercle vicieux qui sape le moral ou le maintient à un niveau bas. Les PNA incluent, entre autres, le « catastrophisme » (s’attendre au pire), « la lecture de pensée » (penser que nous savons ce que les autres pensent), « la prédiction » (ce qui va se passer) et « la pensée en noir et blanc » (voir la situation d’une seule façon, sans nuance). La validité de ces pensées et croyances est alors remise en cause.

Questions TCC standard utilisées pour remettre en cause les erreurs de pensée :

Note Goodbye Bégaiement : avant de lire ce qui suit, amusez-vous à faire l’exercice avec une pensée que vous avez souvent. Exemple : si je bégaie, les gens vont se moquer de moi ou ne vont pas me prendre au sérieux ou vont penser que je suis nul… Si je bégaie, je ne pourrai pas avoir ce travail, etc.

1. Concrètement, qu’est-ce qui prouve que cette pensée est vraie ?
2. Concrètement, qu’est-ce qui prouve que cette pensée est fausse ?
3. Que diriez-vous à un ami (pour l’aider) s’il avait cette pensée ?
4. Pensez à l’ami ou membre de votre famille qui vous soutient le plus et est le plus rationnel. Comment réagirait-il à la pensée causale (celle qui cause une émotion)? Que dirait-il ?
5. Est-ce que votre inquiétude porte sur un résultat que vous ne pouvez pas contrôler ? En quoi cette inquiétude est-elle utile ?
6. Quel effet vous fait cette pensée ? Comment vous fait-elle vous sentir ? Est-elle utile en quoi que ce soit ou est-elle juste pénible?
7. En quoi votre vie serait différente si vous ne croyiez pas cette pensée ?
8. Si la pensée causale était vraie, au pire que pourrait-il se produire ? Est-ce aussi terrible que ce vous pensez ?

Le procédé TCC suggère de tenir un journal de ses pensées, sentiments et réactions. C’est une approche active et non passive. On doit changer ses pensées négatives en pensées plus aidantes, affirmatives ou équilibrées. La TCC s’adresse aussi à notre perception de la manière dont les choses devraient être et nous enseigne que nos pensées ne sont pas des prédictions ou des faits.

Autres aspects de la TCC

La Technique d’Entraînement de l’Attention est parfois utilisée en TCC pour augmenter notre niveau de flexibilité mentale. En écoutant et prêtant attention aux divers sons quotidiens qui nous entourent, elle permet à notre pensée d’échapper aux pensées, idées et sentiments négatifs.

La “Ré-écriture” est un autre aspect et peut être utilisée pour prendre le contrôle sur un événement critique du passé qui a été la cause d’une grand contrariété ou anxiété. Dans un environnement calme, on ferme les yeux et on se remémore cet événement critique de notre passé. On voit l’image, on se fond dedans et on “ré-écrit”’ l’événement en élaborant une issue plus agréable, afin que l’ancienne conséquence de cet événement soit remplacée.

L’”abandon des comportements de sécurité’ fait aussi partie du programme TCC. Les comportements de sécurité sont souvent utilisés pour éviter qu’une situation redoutée se produise. Pourtant, bien que l’utilisation d’un comportement de sécurité puisse réduire l’anxiété, y recourir fréquemment ne donne pas le résultat attendu et renforce les peurs.

Avec la TCC, on ne doit pas écouter les moments d’inquiétude et on ne doit plus laisser l’anxiété et les pensées négatives conduire notre vie. Nous sommes trop nombreux à ne pas profiter des moments agréables de la vie en ressassant des pensées sur des choses triviales ou des incidents. On devrait identifier ses pensées inutiles et apprendre à les recadrer et les restructurer.

Comment j’ai bénéficié de la TCC

Le programme TCC en ligne auquel j’ai participé s’intitulait "Traitement Internet pour les adultes qui bégaient”. Il a été mis au point par l’Australian Stuttering Research Centre, basé à l’Université de Sydney. Il est financé par des fonds publics et privés et est le leader mondial dans la recherche pour le bégaiement. Nous avions une période de cinq mois pour faire le programme. Il était conseillé d’y accéder deux fois par semaine.

Le programme était complètement automatisé avec 70 à 100 enregistrements audio réalisés par deux psychologues. J’ai rempli des questionnaires au début et j’ai ensuite été guidé à travers plusieurs leçons et exercices pour remettre en cause mes pensées négatives. A la fin, j’ai rempli les mêmes questionnaires que ceux du début et on m’a présenté des graphiques comparant mes symptômes d’anxiété avant et après.

Le programme avait neuf étapes :

1. Pré-questionnaires;
2. Exercices de pensée;
3. Remettre en question vos pensées;
4. Créer votre modèle (à partir des réponses que vous avez données au questionnaire);
5. Expérimentations comportementales;
6. Approfondir la remise en cause de vos pensées;
7. Auto-traitement, incluant la Technique d’Entraînement de l’Attention et la Ré-écriture;
8. Prévention de la rechute;
9. Post-questionnaires.

Ce programme a été un des grands moments de ma vie. Il s’appuyait sur le fait que les personnes qui bégaient ont souvent des pensées et croyances indésirables et on m’a montré comment les changer. Les résultats ont été immédiats. L’élément majeur que j’ai gardé du programme a été l’abandon des comportements de sécurité. J’étais capable de sortir et d’arrêter de recourir à ce que j’utilisais depuis des années. Réécrire le scenario m’a aussi aidé ; J’ai rappelé mes souvenirs les plus négatifs de mes années lycée, lorsque j’avais des problèmes à dire mon nom, prétendant devant la classe ne même pas connaître mon patronyme. En utilisant la technique, j’ai travaillé à la réécriture de ce souvenir et maintenant cela n’a plus le même impact.

Peu après la fin du traitement, j’ai participé à un diner avec 25 personnes. Habituellement, j’aurais participé le moins possible à la conversation. Mais à cette occasion, j’ai utilisé les techniques que j’avais acquises et j’ai parlé presque non-stop, à tel point qu’on m’a demandé à plusieurs reprises d’arrêter de parler et de me mettre à manger car tout le monde attendait que j’aie fini mon plat pour pouvoir passer au suivant !

J’aborde maintenant chaque conversation avec détermination et courage. Je ne répète plus dans ma tête ce que je vais dire avant de le dire. Je suis devenu très loquace et je n’ai aucun problème à parler durant des réunions pour prendre part à la discussion. Les gens que j’ai rencontrés depuis que j’ai suivi le programme TCC ne se doutent pas que je bégaie et lorsque je leur dis, ils sont épatés par mon histoire et la manière dont la TCC a changé ma vie.

Fin de la traduction


J’espère que ce témoignage vous aura permis de mieux comprendre en quoi consiste cette thérapie. Sachez que l’Australian Stuttering Research Center cherche régulièrement des volontaires. Si vous parlez anglais, vous pouvez écrire ici.

Reste la question la plus importante : quelles sont mes chances de me libérer du bégaiement grâce à cette thérapie ?

L'objet de cet article n'est pas de dire que la TCC est le remède miracle et universel au bégaiement.  Mon opinion sur le sujet rejoint celle de mon collègue blogueur « Stuttering Jack » . Voici ce qu’il en dit :

"La Thérapie Cognitive et Comportementale est de plus en plus utilisée pour traiter le bégaiement en se basant sur le postulat que le bégaiement est aggravé par l’anxiété et que, dans de nombreux cas, celle-ci peut être gérée (…).

Ceci étant dit, je ne crois pas que la TCC soit une approche viable pour TOUTES les personnes qui bégaient, en particulier celles qui ont des blocages sévères. Je pense que c’est plus adapté pour des gens ayant un bégaiement léger, irrégulier ou masqué et de fortes réactions psychologiques à leur disfluences.

La TCC peut aider ces bègues légers ou masqués lorsqu’ils ont tendance à “catastropher” la possibilité qu’ils puissent bégayer. Mais je pense que ce sera moins utile pour des personnes ayant un bégaiement visible, chronique, avec des années d’expérience qui confirment leurs croyances sur l’effet d’un bégaiement sévère, à la fois sur eux-mêmes et leurs interlocuteurs. Ces personnes « savent » ce qui va arriver et « quand » cela arrivera et « combien » difficile ce sera et quelle en sera la conséquence. Ce n’est pas imaginé ou « catastrophisé ». 

Ce n’est pas bien de dire à une personne affligée d’un bégaiement chronique que son bégaiement n’impressionnera pas défavorablement celui qui l’écoute, lorsque ses expériences confirment cette croyance.
Ce n’est pas bien de dire à un bègue sévère que les personnes ne le traiteront pas différemment s’il a des blocages sévères et répétés, alors que son expérience confirme cette croyance. 
Ce n’est pas bien de dire au bègue sévère de ne pas se soucier de ce que les autres pensent, quand il est en réalité davantage soucieux de son propre jugement sur lui-même. C’est particulièrement vrai s’il est fluent dans de nombreuses situations et capable d’expérimenter le monde à la fois en tant qu’orateur fluent et non disfluent. 

Parfois l’évitement et les comportements de sécurité sont plus apaisants pour le bègue sévère que de continuellement mettre sa main dans le feu pour voir si ça fait toujours mal. Les praticiens de la TCC, lorsqu’ils travaillent avec des personnes qui bégaient, doivent se souvenir que le bégaiement est plus un problème cérébral qu’un process cognitif. Ceci dit, il faut reconnaître que la TCC consiste plus à modifier l’expérience psychologique du bégaiement que l’expérience physique des disfluences et, vu comme cela, tout ce qui peut rendre l’expérience du bégaiement moins pénible vaut la peine d’être essayé. Pour cette raison, je pense que la TCC peut être utilisée avec succès pour traiter les bègues sévères si elle est proposée en complément d’un programme de construction de la fluence pour aider l’individu à accepter non pas son bégaiement mais sa nouvelle façon de s’exprimer."

Merci Jack pour ces paroles franches et directes. En résumé :
- La TCC devrait pas mal vous aider si vous avez un bégaiement masqué ou si vous avez déjà un bon niveau de fluence dans certaines situations ou à certains moments.
- si vous avez un bégaiement sévère, ce ne sera sans doute pas suffisant mais cela peut vous aider à oser utiliser les techniques de fluence.

Pour moi, la question à se poser est donc : ai-je des troubles de l’anxiété et est-ce que cela a une incidence sur mon bégaiement ?

Si vous avez du mal à répondre, il existe des tests pour évaluer votre niveau d’anxiété sociale. Si la réponse est oui, la TCC peut vous aider. Elle peut même être dans certains cas suffisante pour atteindre le niveau de confort souhaité. Selon la sévérité du bégaiement, elle peut aussi accompagner un programme d’apprentissage de techniques de fluence (ces dernières pouvant également parfois suffire à s’affranchir du bégaiement).

A vous de trouver le bon dosage du cocktail.

Alors, tchin, tchin et joyeuses fêtes !

Laurent

21 oct. 2014

Journée Mondiale du Bégaiement : l'information est la première étape de la guérison !

Oyez ! Oyez ! Le 22 octobre a lieu la journée mondiale du bégaiement.

Cette journée a deux objectifs :
- Donner de l’information et de l’espoir aux personnes qui bégaient et à leurs proches
- Sensibiliser le grand public, les enseignants et les employeurs pour mieux comprendre ce qu’est le bégaiement et savoir comment réagir face à une personne qui bégaie.

Pour atteindre ces objectifs, il faut que chacun s'implique pour qu’un maximum de personnes soient sensibilisées. Vous pouvez donc contribuer à cet événement de 2 façons :
- en participant aux manifestations organisées près de chez vous   (voir la liste ici)
- en diffusant largement de l’information autour de vous.

Pour cela, j’ai essayé de répondre aux principales questions que peut se poser le "Grand Public" :
- Qu'est-ce que le bégaiement ?
- Pourquoi une journée mondiale de sensibilisation ?
- Qu'est-ce qu'on ressent quand on bégaie
- Comment puis-je aider une personne qui bégaie ?
- Est-ce qu'il existe des solutions et où trouver de l'information ?

Cette page évoluera bien sûr au fur et à mesure de vos remarques ou suggestions, il vous suffit juste de laisser un commentaire.

L’objectif est de diffuser ce lien au maximum dans les jours qui vont précéder le 22 octobre : blogs, Facebook, e-mail, affichage, écoles… Diffusez, distribuez, faites tourner : Faites du bruit ! Je compte sur vous !

21 sept. 2014

Est-il vrai qu'on ne bégaie pas quand on est seul et comment ce phénomène peut-il être utilisé en thérapie ?

« On ne bégaie pas quand on est seul ! » Cette sentence, née d’observations faites par les personnes qui bégaient (PQB), a très vite abouti à « le bégaiement est un trouble de la communication », ce qui a donné lieu (et donne encore) à des échanges virulents entre promoteurs de cette « évidence » et contestataires qui disent bégayer tout autant lorsqu’ils sont seuls. C’est d’ailleurs l’un des bénéfices de l’essor des forums et réseaux sociaux, qui ont permis aux PQB de s’exprimer et de nuancer ce qui était asséné par certains.

Je suis tombé récemment sur un article rédigé par deux spécialistes du bégaiement, qui ont eu l’intelligence de mêler observations scientifiques et sondages effectués sur des forums, ce qui prouve bien que les deux sont compatibles.

Natalia et Ilia sont deux psychiatres russes et ils se sont penchés sur cette question essentielle : Pourquoi ne bégaie-t-on pas quand on est seul et comment exploiter cela en thérapie ? Ils ont pondu des éléments de réponse passionnants lors de la JMB 2007.

Commençons par le constat : est-il vrai que l’on ne bégaie pas quand on est seul ?

Pour répondre à cette question, l’approche scientifique se heurte à un écueil : comment effectuer une mesure sachant que la personne étudiée saura qu’elle est observée ? L’observer à son insu… Humm…. Pas très déontologique… Le moyen le plus fiable à ce jour semble donc d’interroger les PQB sur leur propre observation. Et là, les résultats sont tout simplement étonnants ! 2 sondages identiques ont été effectués en 2007 sur des forums russes (1485 personnes) et anglophones (170 personnes). J’ai également posé la question la semaine dernière sur le Cercle Très Privé des Personnes qui Bégaient et je remercie chaleureusement les 87 personnes qui ont répondu. Voici les résultats obtenus à la question :

"Bégayez-vous lorsque vous êtes seul(e) et que vous savez que personne ne peut vous entendre ?"
 


Russes
Anglophones
Francophones
Ne bégaient pas
66%
63%
65,5%
Bégaient moins
28%
22%
30%
Bégaient autant
5%
     11%
4,5%

Impressionnant, non ?

A noter qu’un sondage similaire a été fait sur le site de la Chinese Stuttering Association : 89% des répondants disaient ne pas bégayer ou bégayer moins (pas de distinction entre ces 2 réponses).

Quels enseignements peut-on tirer de ce recoupement de constations ?

Pour moi, cela confirme deux choses :

- Dans leur grande majorité, les personnes qui bégaient s’expriment sans problème lorsqu’elles sont seules et se mettent à bégayer lorsqu’elles s’adressent à une autre personne (ou lorsqu’elles ne se sentent plus seules).

- Ce n’est pas une règle absolue. Pour certains (22 à 30%), le bégaiement s'atténue mais ne disparaît pas complètement. Il existe aussi une minorité non négligeable (de 5 à 11%) de PQB qui bégaient avec constance, qu’elles soient en situation de communication ou non. Il faut donc entendre leur voix et comprendre qu’elles s’agacent prodigieusement lorsqu’on leur parle d’un « trouble de la communication ».

Ilia et Natalia avancent une explication séduisante de cette diversité des bégaiements :

« Cela peut être une indication de la nature hétérogène du bégaiement. Pour certains, il aurait des causes organiques, étant donné que les symptômes sont stables et ne dépendent pas d’autres facteurs. Pour d’autres le bégaiement n’apparaît qu’en situation de communication impliquant d’autres personnes ; Cette découverte en amène plusieurs à croire qu’il peut y avoir des aspects psychologiques significatifs de communication présents dans le bégaiement développemental.
Dans ces cas, la dysfluence peut être considérée comme une réaction naturelle humaine qui reflète l’inconfort psychologique intérieur durant la communication et se manifeste par des chevrotements, une accélération du rythme cardiaque, une sensation d'étourdissement ou de la transpiration. Ces symptômes d’inconfort apparaissent généralement dans des situations stressantes telles que parler à des gens qui paraissent dangereux, un patron tyrannique ou, dans le cas d’un enfant, à un parent sévère. Ils peuvent aussi apparaître quand un individu se sent coupable. La personne qui bégaye est en incapacité de maintenir la fluence dans ces circonstances et la parole devient fragmentée. Tout individu, même normalement fluent peut expérimenter les symptômes du bégaiement pour peu qu’on lui donne les « bonnes » conditions et partenaires de conversation."

Cela voudrait donc dire qu’il y a des bégaiements d’origine psychologique et d’autres reliés à un dysfonctionnement neurologique ? Séduisant car cela réconcilierait les partisans du « tout psychologique » à ceux du « tout neurologique ». Oui mais dans ce cas, pourquoi les personnes normales ne bégaient pas quand elles sont en situation de stress ?

Nos amis russes – qui sont décidément formidables – répondent aussi à cette question. Ils expliquent que cela prend tout son sens si vous croyez que le bégaiement est causé à la fois par une composante physique et psychologique. L’intensité plus ou moins forte du dysfonctionnement cérébral expliquerait la diversité des résultats :

- Chez les personnes qui ne bégaient pas seules, le bégaiement ne s’activerait que sous l’effet du stress, là où le composant physique n’aurait pas été suffisant pour dérègler le débit et le rythme de leur parole. Un peu comme Bruce Banner, ce physicien à l’ADN modifié par un bombardement de rayons Gamma, qui gonfle de volume, devient tout vert et se transforme en Hulk seulement lorsqu’on l’énerve. Cela rejoint l’image que j’aime évoquer : le bégaiement est une braise attisée par un vent d’émotions négatives.

- Chez les personnes qui bégaient moins lorsqu’elles sont seules, la composante physique (cérébrale) est suffisante pour produire un bégaiement modéré, même quand on est seul, et ce bégaiement s’aggraverait sous l’effet du stress.

- Chez les personnes qui bégaient autant dans toutes circonstances, l’aspect psychologique n’aurait pas d’incidence. La composante neurologique se suffit à elle-même.

Cela confirmerait aussi certaines théories. Ainsi, Olivier nous avait parlé sur son iceberg d'une théorie existant depuis la fin des années 1980 et dont le suédois Per Alm a fait son mémoire en 2005 :
"Cette théorie est prise très au sérieux, très bien argumentée, et prise en compte par tous les chercheurs. Elle explique qu’il y aurait deux chemins dans le cerveau pour la parole. Chanter/Lire en choeur/Jouer la comédie n'utilisent pas le même chemin que lorsqu'on parle spontanément à quelqu'un. Si par exemple vous commencez à parler bien, nickel, devant quelqu'un, mais que brusquement vous butez, ça peut vouloir dire que votre parole vient de basculer brutalement d'un chemin à l'autre. (...comme un changement de rails de train, un circuit de courant dont la bascule serait sensible...)."

Cela fait écho à la théorie cognitivo-comportementale de Bob Bodenhamer, un spécialiste de la PNL, qui s’intéresse de près au bégaiement. Pour lui, la PQB aurait deux « stratégies » : une où elle parle librement et de manière fluide et une stratégie de « blocage ». C’est la signification que la PQB donne à la situation de parole qui va lui faire choisir l’une ou l’autre des stratégies. En résumé, on va se mettre « en mode bégaiement » si l’on se sent menacé.

Quel enseignement en tirer pour la thérapie ?

Natalia et Ilia expliquent qu’en Russie, il y a deux approches principales pour traiter le bégaiement :

- détourner l’attention de la PQB de sa propre parole. Cela serait plus efficace pour les personnes capables de parler avec fluidité lorsqu’elles sont seules et leur permettrait d’avoir dans la plupart des circonstances cette fluidité naturelle et spontanée. Je confirme que lorsque je suis seul je ne suis plus dans l’anticipation. J’ouvre la bouche et les mots sortent d’eux même sans appréhension, ni préparation.

- ou au contraire focaliser l’attention de la PQB sur le contrôle de sa parole. Cette méthode serait plus efficace pour les personnes dont le bégaiement n’est pas ou peu liée au stress.

Un sondage effectué sur le site de la Chinese Stuttering Association, renforce ce constat. Nos camarades chinois ont été consultés sur les méthodes et approches les plus bénéfiques à leur problème de bégaiement. Le changement d’attitude envers le bégaiement vient en premier (39%), suivi par “parler davantage dans la vie quotidienne”(22.5%). Viennent ensuite “les techniques de prononciation”(15.5%), “les exercices de relaxation”(11%), “lire à haute voix”(10.5%), et “les appareils d’assistance auditive(tels le DAF)”(1.4%).

C’est intéressant de voir que les ¾ de ces approches ne concernent que du travail comportemental et non du mécanique. Et pour ma part, je ne peux m'empêcher de rapprocher ce chiffre de la part des personnes ne bégayant pas lorsqu'elles sont seules…

On voit aussi dans ces observations le danger de vouloir imposer une méthode unique à toute personne qui bégaie, que ce soit le programme Lidcombe, les thérapies cognitivo-comportementales ou la « méthode » d’un ancien bègue. De mon côté, j’avoue promouvoir de manière un peu monomaniaque les bienfaits du travail sur les émotions. Les résultats du sondage m’amèneront à être plus nuancé à l’avenir et c’est une très bonne chose.

La première question à poser par un thérapeute devrait donc être :
« Bégayez-vous lorsque vous êtes seul ? »

La clef de la solution au problème du bégaiement se situe dans la réponse à cette question et dans l’interprétation de ce phénomène. J’en ai l’intuition depuis longtemps et j’en suis maintenant convaincu.

J’espère que cet article donnera envie à certains étudiants ou thérapeutes de pousser un peu plus leurs investigations dans ce sens.

Laurent

Lien vers l'article de Natalia et Ilia

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