17 août 2018

Le saut, une technique simple et efficace pour franchir les blocages


Mes articles se sont raréfiés ces derniers mois car j’avais l’impression qu’il ne se passait pas grand chose de nouveau sous le soleil du bégaiement. N’ayant pas encore atteint l’âge du radotage, je suis devenu un blogueur dormant, se balançant mollement dans un hamac, le visage dévoré par une barbe de naufragé. Pourtant, je fais encore des découvertes qui me donnent parfois envie (mais pas toujours, ce qui veut dire que j’ai fait plein de découvertes que je n’ai pas partagées. C’est horrible, non ?) de me remettre au clavier. C’est le cas aujourd’hui avec la technique du “saut” (“jump” en anglais), élaborée par l’orthophoniste et chercheur britannique, Paul Brocklehurst.

Paul est lui même une personne qui bégaie. Il anime des ateliers pour adultes et propose un cours gratuit en ligne pour apprivoiser son bégaiement. Il organise également des randonnées chaque année dans les pyrénées pour les personnes qui bégaient, une initiative que j’avais relayée sur la page Facebook du blog (si vous êtes intéressés, la prochaine a lieu en septembre) et qui explique son bronzage à faire pâlir un moniteur de ski.


Qu’est-ce que le saut ?

Des recherches ont montré que les personnes qui bégaient n’ont souvent pas de souci pour produire des sons isolés. Par exemple, si l’orthophoniste vous demande de dire “Ka”, vous le ferez sans doute sans difficulté. En revanche, cela peut être plus difficile pour “Karine”. Vous pouvez rester bloqués sur le “Ka” sans réussir à enchaîner sur “rine”. Cette liaison de phonèmes s’appelle la coarticulation et pose problème aux personnes qui bégaient (surtout si leur copine s'appelle Karine).

Plusieurs techniques existent pour se sortir de cette situation. J’ai déjà présenté certaines d'entre elles sur le blog : l’ERASM, le pull-out, l’annulation... Elles permettent de déverrouiller le blocage et de dissoudre ce mur qui se dresse devant nous. Inconvénients : elles demandent une adaptation de notre élocution, mettent l’accent sur le blocage et provoquent une rupture dans notre discours.

Paul a choisi une autre tactique lorsqu’il constate qu’il n’arrive pas à faire une liaison de phonèmes. Plutôt que d’insister et de se fracasser encore et encore sur ce son, comme un oiseau affolé sur une vitre, il passe directement au son suivant, sans effectuer cette satanée liaison. C’est ce qu’il appelle “le saut”.

Le saut n’est donc pas réellement une technique, au sens où il ne demande aucune préparation, aucun artifice, aucun contrôle. C’est d’ailleurs ce qui m’a séduit. Le saut consiste simplement à abandonner le son sur lequel on bloque et à passer au suivant. C’est aussi simple que ça.

Paul nous invite à procéder de la manière suivante. Après le premier blocage, plutôt que de réessayer, faites une pause. Laissez le son qui vous bloque et passez au suivant. Ne revenez pas en arrière, ne réessayez pas, parce que c’est cela qui crée le bégaiement.

Reprenons l’exemple de Karine. J’ai posé la question à Paul pour bien comprendre.

- Dans une vidéo, tu fais une démonstration sur "Karen". Tu sors du blocage en disant "K-Aren". Je voudrais adapter l'exemple en français sur "Karine". En français, le K se prononce Ka. Le bon saut serait-il donc : "Ka. Ren" ?

Voici la réponse de Paul :
- Pour faire le saut, tu dois simplement t’arrêter là où tu bloques… Avec Karen, il est possible que tu bloques avant même que l’air sorte de ta bouche... ou juste après mais avant que tu vocalises. Ou tu peux bloquer après avoir vocalisé la voyelle… Dans tous les cas, tu t’arrêtes simplement où tu es bloqué, tu laisses aller un instant et continues ensuite avec le reste du mot. Le résultat final du saut peut donc être
1. ?-aren
2. K-aren
3. Ka-ren.
En réalité, tu n’as pas vraiment besoin d’y réfléchir. Tu laisses simplement tomber à l’endroit où tu es bloqué et reprends un peu plus loin dans le mot.


Quelles sont les avantages de cette technique ?
  1. Elle est très reposante ! Grâce à elle, les blocages sont brefs, voire absents, donc beaucoup moins éprouvants et gênants pour la fluidité de votre communication. Ce saut léger d’une syllabe à l’autre est plus confortable que le bégaiement, à la fois pour la personne qui bégaie et son auditeur. Finies les répétitions sans fin, les grimaces et les tics. Vous êtes un rugbyman qui heurte son adversaire puis esquive le plaquage pour filer à l’essai.
  2. Elle vous amène à ne plus éviter les sons redoutés. En effet, le saut n’est pas un évitement puisque, au départ, vous ne cherchez pas à éviter le son. Vous dites ce que vous avez à dire et même si une appréhension surgit, vous ne recourez pas à une substitution de mot. Vous abordez bien le mot qui vous vient aux lèvres, en essayant de le dire une fois avec la liaison attendue. Si vous n’y arrivez pas, vous n’insistez pas et passez au phonème suivant.
  3. Cela vous aide à surmonter la peur du blocage puisque vous savez dorénavant que celui-ci sera bref et ne vous arrêtera pas. Vous avancez sans peur et sans reproche, sans rompre le cours de votre conversation. Paul insiste d’ailleurs sur la nécessité de ne pas ralentir avant le phonème. Il faut continuer à avancer à la même vitesse. Faire une pause ou ralentir est une forme d’évitement. Avec cette technique, le blocage devient un non évènement !
  4. Le saut permet d’avoir une approche plus pragmatique, moins idéaliste et perfectionniste de la parole et de la communication. Le plus important est de transmettre son message rapidement et sans effort, pas d’avoir une articulation parfaite sur chaque son. C’est une bonne façon d’alléger la pression.


Les gens vont-ils me comprendre si je saute ainsi des sons ?

Lorsqu’on découvre cette technique, on peut craindre la réaction de l’autre. Selon l’expérience de Paul, les gens comprendront le plus souvent très bien et reconstitueront les mots d’eux-mêmes s’ils leurs sont familiers. Vous remarquerez que beaucoup de personnes “mangent” des syllabes ou n’ont pas une articulation parfaite. Cela ne vous empêche pas de les comprendre.

Pour vous en convaincre et vous familiariser avec cette technique, Paul conseille de l’utiliser d’abord avec des personnes bienveillantes de votre entourage. C’est la bonne vieille recette de la désensibilisation progressive. Exercez-vous dans des situations simples, avec vos proches, puis progressivement passez à d’autres situations de parole.

Vous entrerez alors dans un cercle vertueux :
Premiers succès = Réduction de la peur du blocage = Prise de confiance = Réduction des blocages = Poursuite de la technique qui deviendra alors un automatisme.


Cette technique est-elle efficace ?

J’ai posé la question à Paul. Voici ce qu’il m’a répondu, très honnêtement.

“J’ai élaboré cette technique du saut et commencé à l’utiliser moi-même il y a 15 ans. Cela a eu un effet immédiat sur mon niveau de fluence. A tel point que cela m’a permis d’aller à l’université pour faire des études d’orthophonie (ce qui aurait été impossible avant que je découvre cette technique, tant mon bégaiement était sévère). Durant les 5 dernières années, j’ai essayé de l’enseigner à d’autres personnes qui bégaient, mais avec des succès divers. Pour qu’elle fonctionne, il faut que la personne ait déjà un haut niveau d’acceptation de son bégaiement et un haut niveau d’estime de soi, qu’elle n’ait plus l’envie irrépressible de masquer son bégaiement.”

Cette technique me semble toutefois intéressante pour un bégaiement masqué car elle présente l’avantage d’être peu visible. C’est un escamotage discret. Je l’utilise moi-même depuis quelques jours avec un certain plaisir (oui Mesdames et Messieurs, la maison ne recule devant rien, le blogueur mouille sa chemise, s’implique, teste avant de proposer !) C’est agréable et déconcertant de se débarrasser ainsi du bégaiement, simplement en renonçant à le produire.

Evidemment, cette technique n’est pas une recette magique et unique. Elle ne fonctionnera pas dans toutes les situations, Paul le reconnaît lui-même. C’est juste une arme de plus à votre disposition. Mais celle-ci est tout de même particulièrement séduisante, tant elle est simple à mettre en oeuvre et va dans le bon sens, celui d’une communication décomplexée et sans effort.

Alors, prêt à sauter ? 1, 2, 3… Let’s go !

Laurent


Pour aller plus loin :

Un article rédigé par Paul sur le sujet et traduit par Richard Parent, mon infatigable et généreux ami québécois.

Une vidéo (en anglais) où Paul explique sa technique avec exemple à l'appui.

4 mai 2018

Grant Meredith, élu meilleur conférencier de son université : « j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. »

Lorsque j’ai créé ce blog, je voulais partager les techniques et expériences de personnes ayant « surmonté » leur bégaiement. L’âge venu, et avec lui un semblant de maturité et d’ouverture d’esprit, j’ai découvert qu’il n’était pas forcément nécessaire de ne plus bégayer pour « réussir sa vie ». J’ai ainsi relayé le témoignage de Daniel, devenu avocat avec mention bégaiement, de Tom devenu pasteur avec mention bégaiement ou d’Amy devenue meilleure vendeuse avec mention bégaiement. Autant d’exemples démontrant qu’on peut bégayer, parfois fortement, et être reconnu dans son métier.

Cela n’empêche pas de travailler sa fluidité et sa communication mais ce n’est pas une condition nécessaire pour avancer et faire ce que l'on aime.

Le témoignage que j’ai traduit aujourd’hui va pleinement dans ce sens. Grant Meredith bégaie, souvent sévèrement. Pourtant, il enseigne à l’université et a été reconnu comme un des meilleurs conférenciers d’Australie. Dans cet article très intéressant, publié initialement sur le site de la British Stammering Association, il explique les raisons de cette réussite.

J'espère que ce témoignage sera source d'inspiration pour tous ceux qui se disent : "si seulement je ne bégayais pas..."

Laurent


Le témoignage de Grant :

"En début d’année, j’ai appris que j’avais gagné le prix de conférencier de l’année à l’Université où j’interviens et que je me classais 14ème au plan national, parmi 6000 nominés.

Je fais des cours dans le domaine du multimédia à l’Université de Ballarat, dans l’état de Victoria, en Australie. Au début, j’étais un peu gêné d’être placé à ce rang dans ma propre université face à des collègues hautement qualifiés et estimés. Toutefois, j’ai fini par me dire que je devais le mériter, en particulier lorsque j’ai appris que c’était le résultat des votes des étudiants et que j’avais visiblement établi une réelle connexion avec eux. Mais comment ce résultat a-t-il été possible avec mon bégaiement ? Oui, vous avez bien lu. Je bégaie et pas toujours de la plus belle des façons.

Je donne des conférences et je vis avec un bégaiement visible et très marqué. Celui-ci est parfois très sévère et s’accompagne de grimaces impressionnantes. J’interviens jusqu’à deux heures d’affilée et il est essentiel que je traite le sujet de manière cohérente. La plupart du temps, je bloque, me fige et lutte intensément pour arriver à mes fins. Pourtant, mes étudiants réussissent plutôt bien dans l'ensemble et personne ne s’est jamais plaint de moi. Une fois, j’ai même bégayé vraiment sévèrement devant un inspecteur et j’ai sincèrement cru que c’était la fin de ma carrière. A mon grand étonnement, les résultats de cette inspection ont été très positifs et il était même noté combien mon bégaiement avait amélioré mon enseignement. Amélioré mon enseignement ! Assurément, c’était une plaisanterie et j’ai demandé une clarification mais on m’a confirmé ce constat. J’ai alors eu une révélation et j’ai compris ce qu’il voulait dire. Cela prenait tout son sens. J’étais devenu le conférencier que je suis, avec un style qui m'est propre, à cause de mon bégaiement.

Maintenant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne prends pas du plaisir à bégayer et je travaille constamment pour améliorer ma parole mais, au boulot, tout va bien pour moi. Comment puis-je être à ce point reconnu dans un métier qui repose autant sur la communication? Voici mes réflexions sur le sujet :

  • Ma parole hachée, entrecoupée de blocages et de variations de tonalité empêche la conférence de sombrer dans la monotonie et maintient éveillée l’attention des étudiants;
  • Mes blocages parfois sévères sur certains mots/syllabes amènent les étudiants à se focaliser sur le contenu;
  • Les étudiants connaissent mon problème et voient que je continue pourtant à m’adresser à eux. Cela semble leur inspirer un profond et sincère respect envers moi, et c'est bien sûr réciproque;
  • J’informe toujours la classe de mon bégaiement lors du premier cours et les étudiants respectent cette transparence. Cela permet en général d’installer un cadre propice à l’apprentissage;
  • Comme je sais que les étudiants peuvent parfois avoir des difficultés avec certains concepts que je décris, je complète mes diapos de présentation par des notes plus détaillées;
  • Ma porte est toujours ouverte et les étudiants peuvent venir me voir à tout moment pour avoir une réponse à leurs questions ou clarifier certains points;
  • Pour appuyer mes présentations, mes notes et ma parole bégayante, j’utilise souvent des exemples visuels qui rendent l’apprentissage plus intéressant.


Au final, j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. Je continuerai toujours à essayer d’améliorer ma parole mais c’est bon de savoir que ce n’est pas un souci pour ma carrière. J’explique souvent aux gens que même si le mode de transmission a parfois tendance à se gripper, le message reste clair et véhiculé avec pédagogie."


Merci Grant !

Voici le lien vers l'article original 

14 janv. 2018

Ma parole tournesol

J'ai découvert cette semaine ce témoignage magnifique de Mandy Taylor et j'ai eu envie de le traduire pour le partager avec vous. Son cheminement et la manière dont elle a décidé de changer sa vision du bégaiement sont vraiment enthousiasmants. Bonne lecture !

"Mon bégaiement est ma manière naturelle de parler et bégayer ne limite ni ma parole ni mes conversations. La communication est tellement plus qu’une voix; c’est votre langage corporel, l’expression de votre visage, votre aura. Durant ma longue vie d’adulte, j’ai découvert qu’une attitude d’ouverture vis à vis de mon bégaiement débouche sur des conversations et des opportunités de faire de ma parole un attribut positif dans ma vie sociale et professionnelle.

Récemment, j’ai dû mettre à jour mon CV et me préparer à des entretiens d’embauche parce que j’ai déménagé d’Irlande du Nord et devais trouver un nouveau travail.
J’ai eu plusieurs discussions sur la manière de présenter mon bégaiement durant les entretiens d’embauche. J’ai aussi fait face à des dilemmes tels que : faut-il cocher la case “handicapé” ? Quel est le bon moment et le bon endroit pour annoncer que vous bégayez ? Pouvons-nous demander à un employeur des aménagements sans que cela nous nuise ?

Le problème, c’est que nous sommes tous différents. Chaque bégaiement est unique, de même que nous sommes tous des individus. Ce qui affecte une personne peut ne pas en toucher une autre, et ce qui semble impossible à l’un sera un jeu d’enfant pour l’autre.

Moi, j’ai décidé que mon bégaiement était une chose dont je pouvais être fière. Je n’aurais pas vécu les expériences de ces dernières années si j’avais été une personne fluente. Je me suis donc attelé à mentionner mon bégaiement dans mon CV sans utiliser les mots “je bégaie”.

C’est devenu d’autant plus facile lorsque j’ai commencé à regarder mon bégaiement sous un angle positif. C’est formidable de montrer qu’il est un atout dans mes relations professionnelles. Je peux dire qu’en étant très conscient de ma parole, je suis aussi plus attentif et sensible aux diversités des autres. Lorsque les autres voient qu’à travers nos propres difficultés nous sommes ouverts à accepter les leurs, cela nous rend plus accessible.

Mes contacts avec la British Stammering Association, les conférences et les portes ouvertes auxquelles je participe, mon implication dans les groupes communautaires, montrent que j’ai un bon réseau et que je me démène pour trouver de l’aide et du soutien.

Pour moi, le bégaiement n’a pas handicapé ma vie mais y a ajouté quelque chose. Cela m’a donné des compétences que je n’aurais pas acquises si j’avais été fluente. Cela m’a aussi amenée à m’impliquer davantage auprès de personnes de tout horizon et à repousser mes limites et les objectifs de mon propre voyage intérieur.

Durant mes entretiens, j’ai donc toujours réussi à mentionner mon bégaiement au détour d’une question sur mes forces, talents et intérêts. Jamais d‘une manière négative, jamais sous forme d’excuse. La plupart du temps, l’accueil était positif, les employeurs étaient réellement intéressés et ça ne semblait pas leur poser problème.

Sur le plan social, en vieillissant, je me préoccupe moins de ma parole et de mon degré de fluence. Mes amis et ma famille sont plus à l’aise maintenant que je suis plus ouverte sur le sujet. Je n‘en reviens pas d’avoir gâché tant de mes jeunes années à redouter de dire les choses ouvertement lorsque je me débattais avec les mots.

L’étape décisive a été ma participation à une étude où on m’a demandé de visualiser et de décrire mon bégaiement comme une “chose”. Quelque chose de tangible que vous pouvez voir et toucher.
C’est ce qui a rendu mon bégaiement positif. A ce moment-là, je le voyais comme une mauvaise herbe, un lierre envahissant et étouffant. On avait beau le couper, il était toujours là, prêt à repousser, sauvage et implacable. Je n’aimais pas l’idée de vivre avec cela le reste de mes jours. Alors, j’ai décidé qu’il fallait changer cette mauvaise herbe, que quelque chose devait prendre sa place. Et moi seule pouvais accomplir ce changement. Moi seule pouvais réaliser cela.

Je suis devenue beaucoup plus ouverte, j’ai arrêté d’essayer de “rentrer dans le moule”. Grâce à la BSA, j’ai rencontré de plus en plus de gens qui bégayaient et j’ai réalisé que beaucoup ont ce sentiment négatif et cette peur de leur bégaiement. Je voulais changer cela, je voulais essayer d’amener les gens à croire en eux, leur faire comprendre que, même avec un bégaiement, vous pouvez être ce que vous voulez.

Pour moi, cette mauvaise herbe est maintenant une fleur, un tournesol grand et fier, resplendissant et majestueux. J’ai été soutenue pour en arriver là, je n’aurais pas pu le faire seule. Mais nous devons prendre des risques et saisir notre chance. Nous trébucherons sans doute sur le chemin mais c’est tellement plus gratifiant que d’être étouffés par notre propre silence.

Pour moi, le bégaiement a ouvert des portes. Lorsque vous serez aussi prêts à ouvrir en grand la porte et à franchir le pas, vous découvrirez un monde complètement nouveau, où nous pouvons tous nous dresser comme ces grandes et belles fleurs et sentir le soleil sur notre visage."

Mandy Taylor
Voici le lien vers l'article original.

Traduction Goodbye Bégaiement janvier 2018

19 nov. 2017

Goodbye Bégaiement in English !

Je suis heureux de vous annoncer une nouvelle étape dans mon aventure au pays du bégaiement : la publication de la traduction anglaise de mon livre !

"21 things I wish I had known about stuttering"
(21 choses que j’aurais voulu savoir sur le bégaiement)

Je suis ravi que tout ce que j’ai appris grâce aux anglophones retraverse l’Atlantique, enrichi de mes propres expériences et de celles de tous les francophones que j’ai pu lire ou rencontrer.

Alan Badmington, l’homme qui a changé ma vie, a accepté de rédiger la préface et j’en suis très honoré. En voici une traduction partielle :

“Lire la vie de ceux qui ont rencontré des problèmes similaires aux nôtres donne une vision intéressante de la manière dont ils ont affronté leurs défis et peut être une réelle source d’inspiration. Nous pouvons ainsi découvrir des possibilités insoupçonnées permettant de révéler notre vrai potentiel, pour peu que nous soyons disposés à nous exposer à l’incertitude et au changement.

Les messages importants et variés de ce livre encourageront de nombreuses personnes (et pas seulement celles qui bégaient) à changer leur état d’esprit, afin de vivre des vies plus épanouies. Si ce livre avait existé lorsque j’étais plus jeune, j’aurais été mieux armé pour gérer mon bégaiement plus tôt.

De même que Laurent, j’ai laissé mes peurs (et ma faible image de moi) entraver trop longtemps mon développement personnel. Par conséquent, ma vie était généralement incomplète. J’ai mis très longtemps à réaliser qu’il y avait des voies plus épanouissantes à emprunter. Si nous ne changeons rien, alors rien de différent ne se produira jamais. Notre futur ne sera qu’un renouvellement du passé.

Vivre une vie sécurisante et prévisible nous empêche de découvrir combien nous sommes courageux et extraordinaires. Nous gagnons en force et en confiance chaque fois que nous affrontons nos peurs. Si nous ne nous plaçons pas dans des situations exigeantes, nous continuerons à ignorer nos vraies capacités.

(...) Je vous invite à vous mettre en marche pour vous libérer de la pesanteur des pensées limitantes qui vous retiennent. Comme Laurent et moi l’avons découvert, cela peut être une telle libération ! Quelles que soient les déceptions et les peines que vous avez connues, il n’est jamais trop tard pour devenir la personne que vous avez toujours voulu être.

Alors, qu’attendez-vous ?”

Mais oui ! Qu'attendez-vous ?

Laurent

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P. S : à cette occasion, j'ai créé une version anglophone du blog : Goodbye Stuttering ! Vous la trouverez sur ce lien.



1 oct. 2017

Un monde qui comprend le bégaiement

A l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement, l'International Stuttering Association organise sa 20ème conférence en ligne du 1er au 22 octobre. Des personnes qui bégaient et thérapeutes soumettent des articles et j'ai eu le plaisir que le mien soit retenu. Le thème de cette année est "un monde qui comprend le bégaiement". Grâce à cette conférence, vous ferez le plein d'espoir, d'idées, de découvertes et d'énergie. Vous pouvez commenter les articles, échanger avec leurs auteurs et vous trouverez aussi un forum pour poser vos questions à des professionnels du bégaiement.

Tout est en anglais mais il y a un système de traduction sur le site. En attendant, voici, en avant-première mondiale :-), la version française de mon texte. Bonne lecture !




Un monde qui comprend le bégaiement

Si vous déplorez que le monde ne comprenne pas notre bégaiement, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : le monde a ses propres problèmes et il ne se lève pas le matin pour nous comprendre.

Cette année, une partie de la communauté bègue s’est déchaînée contre un serveur de Starbucks qui s’était moqué du bégaiement d’un client. Pour ma part, j’ai refusé de participer à ce clouage au pilori de l’employé. Je ne pense pas que ce serveur est un être malfaisant et détestable. Il n’avait simplement pas conscience de la souffrance que peut ressentir une personne qui bégaie et de l’incapacité de beaucoup d’entre nous à en plaisanter.

Le monde ne peut pas comprendre que nous ne faisons pas exprès de bégayer.

Le monde ne peut pas comprendre que le bégaiement n’est pas un signe de nervosité ou de manque d’intelligence.

Le monde ne peut pas comprendre la souffrance engendrée par le bégaiement.

Sauf si quelqu'un lui explique… Or, personne ne peut le faire mieux que nous. C’est notre expérience, notre aventure et nous ne devons pas attendre des autres qu’ils nous comprennent spontanément. C’est notre rôle et notre responsabilité de rendre le bégaiement compréhensible. Bien sûr, des associations font un formidable travail de sensibilisation et d’éducation du grand public mais cela ne doit pas nous dédouaner de cette responsabilité, si nous sommes capables de l’assumer.

Toutefois, un préalable est indispensable si nous voulons mener à bien cette éducation. Nous devons nous-mêmes avoir suffisamment progressé pour comprendre :

   • que le bégaiement n’est pas une faute et surtout pas notre faute, que nous ne devons donc pas nous sentir coupables ou honteux,

   • que ce n’est qu’une partie de nous-mêmes, qu’il ne nous définit pas tout entier et que nous avons aussi de nombreuses autres caractéristiques, qualités ou talents.

Si nous ne comprenons pas cela, comment les autres le pourraient-ils ? Si nous n’acceptons pas notre bégaiement, comment l’accepteraient-ils ? Le monde vivra notre bégaiement comme nous le vivrons nous-mêmes. Quand le bégaiement est accepté, il devient acceptable. Le Mahatma Gandhi disait : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Si nous voulons que le monde change d’attitude vis à vis du bégaiement, commençons donc par changer la nôtre.

En effet, changer notre manière de voir et de vivre notre bégaiement a un impact bénéfique sur notre état d’esprit mais aussi sur celui des personnes que nous rencontrons. C’est l’une des étonnantes découvertes que j’ai faites : la réaction des autres n’est pas liée directement à mon bégaiement mais à la manière dont je le vis, à l’image que je leur projette.
Si je le vis avec gêne, ils en éprouvent à leur tour. Au contraire, si je maintiens le contact visuel et leur envoie des signaux rassurants, cela se passe bien. Les réactions de nos interlocuteurs ne sont que le reflet de nos émotions. Essayez de sourire aujourd'hui à tous ceux que vous croiserez, vous serez surpris...

Voilà pourquoi il est essentiel de se débarrasser de toute honte ou culpabilité. Cela vous permettra d’avancer et aura aussi un impact bénéfique sur votre entourage. Vous serez surpris de voir l’influence positive de votre nouvelle manière de vivre votre bégaiement. 

Tout d'abord, cela rassure votre interlocuteur. Dans mon cas, on ne comprenait pas forcément que je bégayais, on avait l'impression que j’étais très stressé, que j'avais des tics… Je me souviens ainsi d’un oral d’anglais que j’avais passé pour un concours d’entrée en école de commerce. Alors que j’étais plutôt bon dans cette matière, je m’étais retrouvé presque incapable de sortir une phrase à l’examinatrice. Elle a pris mes nombreux silences ou répétitions pour des hésitations et un manque de vocabulaire. J’ai eu une note horrible. Il se trouve que le mari de l’examinatrice était mon professeur d’anglais. Lorsque je lui ai parlé de ma note, je lui ai dit : « je n’ai pas compris !», ce à quoi il a répondu « Elle, non plus ! »
Cette examinatrice ignorait que mes hésitations et ma difficulté à parler en anglais n’étaient que la manifestation de mon bégaiement. Quelques mots de ma part auraient suffi pour clarifier les choses et nous mettre à l’aise tous les deux.

Les réactions des autres ne sont en effet souvent pas dues à la méchanceté ou à la bêtise mais à l’ignorance.

De plus, pour beaucoup de gens, le bégaiement est déstabilisant et ils ne savent pas comment se comporter face à une personne qui bégaie. En parler donne à vos interlocuteurs une opportunité pour poser des questions sur le bégaiement. Cela vous permet aussi de présenter les techniques que vous avez apprises et de les mettre en œuvre de manière totalement libérée.

Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, assumer ses bégaiements devant les autres n’est pas très difficile. Il suffit de dire les choses simplement et de commenter l’évidence. Sincèrement, je pense ne jamais avoir vu de compassion lorsque j’en ai parlé mais plutôt de l’intérêt. L'incompréhension peut même se transformer en une sorte d’ « admiration » sur le fait que vous arrivez « quand même » à surmonter votre bégaiement pour faire des études, avancer dans une carrière, etc.

Cette démarche de transparence est ainsi un précieux sésame dans les situations qui nous font peur : les interrogations orales, le téléphone, l’entretien d’embauche,…

Les moqueries cessent quand un enfant fait un exposé en classe sur le bégaiement.

De l’autre côté du téléphone, vos interlocuteurs font preuve de compréhension lorsque vous les informez que vous bégayez.

L’examinateur ou le recruteur font la part des choses lorsque vous les prévenez que certains mots auront du mal à sortir du fait de votre bégaiement.

Voici quelques années, j’ai postulé pour un poste de responsable marketing dans une grande entreprise. A chaque entretien (cabinet de recrutement puis Responsable des Ressources Humaines puis futur responsable hiérarchique) j'ai dit que je bégayais. Je savais qu’en situation de fort stress le bégaiement pouvait revenir m’embêter et j’ai préféré prendre les devants. Cela n'a posé aucun problème : mes interlocuteurs m'ont remercié pour ma franchise et cela a permis de détendre l'atmosphère. Ils ont pu voir aussi que cela ne m'avait pas gêné pour faire un parcours professionnel intéressant. Résultat : j'ai obtenu le poste… Que j’ai finalement refusé mais c’est une autre histoire.

Depuis, je n’ai jamais cessé d’appliquer cette stratégie. Pour mon plus grand bonheur.

Ainsi, lorsque j’ai rencontré ma future épouse, plutôt que de chercher à masquer mon bégaiement pour être « comme les autres », j’ai pris le parti de lui révéler tout de suite et d'expliquer comment je le vivais. C’est sans doute l’une des décisions les plus intelligentes de ma vie. Cela m’a permis d’être moi-même et d’avancer sans la crainte d’être « démasqué ».

Aujourd’hui, nous sommes mariés et avons trois adorables enfants.

Et je vis dans un monde qui comprend le bégaiement.

Laurent

8 mars 2017

Au professeur qui m'a donné la confiance de bégayer

L'entourage des personnes qui bégaient s'interroge souvent sur l'attitude à adopter. Faut-il feindre l'indifférence, consoler, protéger, encourager ?

J'ai trouvé une réponse magnifique. Il s'agit d'une lettre de remerciement adressée par Makenzie, une jeune fille qui bégaie, à son professeur. Le comportement qu'elle décrit est un modèle d'accompagnement bienveillant. A partager et afficher dans toutes les écoles !

"Tout au long de cette année, mon professeur n'a cessé de gérer mon bégaiement avec énormément d'élégance, de patience et de gentillesse. Lorsque je lui parlais, il n'a jamais - jamais - détourné le regard, ne serait-ce qu'une seconde. Il souriait toujours et hochait la tête d'une façon qui donnait le sentiment qu'il n'y avait rien d'anormal dans la manière dont je parlais. Il me mettait à l'aise. Il n'a jamais pris mon bégaiement en pitié mais m'a plutôt gentiment poussé à me fixer de nouveaux défis. Il écoutait toujours avec attention, patience et intérêt, quel que soit le temps que je mettais pour poser ma question. 

Surtout, il ne m'a jamais dispensée de faire ce que je craignais le plus; il m'a plutôt donné la confiance de le faire.

Je devais toujours faire les présentations et les exposés et je lui en suis infiniment reconnaissante. Si je n'avais pas été amenée à le faire, je sais que je ne l'aurais jamais fait. Je n'aurais jamais appris et progressé autant si je ne m'étais aventurée aussi loin de ma zone de confort. Avant mes exposés, il m'a toujours encouragée à prendre mon temps et à avoir confiance dans ce que j'avais à dire. Et quand je faisais face à la classe, je pouvais toujours compter sur le fait qu'il se tiendrait au fond de la salle avec un sourire sur le visage.

A mon professeur de Seconde, si jamais vous lisez ceci, merci. Merci d'avoir été si gentil et surtout merci de m'avoir donné la confiance de bégayer."

J'espère que cet exemple sera une source d'inspiration pour beaucoup d'enseignants et de parents.


3 janv. 2017

Goodbye 2016 !

2016 se retire en me laissant deux nouveaux beaux souvenirs de mon voyage au pays du bégaiement.

Le premier est la rédaction de mon livre "Goodbye Bégaiement - guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement". J'avais ce projet en tête depuis longtemps et je suis content de l'avoir enfin réalisé. J'espère qu'il donnera sourire et espoir à ceux qui le liront... En attendant le tome 2 :-)

Le deuxième est ma participation à la journée annuelle de l'Association des Bègues du Canada à Montréal. Pour le coup, si vous souhaitez faire le plein de sourire, d'espoir et de convivialité... Réservez tout de suite votre billet pour l'année prochaine !

En attendant, pour vous encourager dans vos résolutions de début d'année, je vous ai traduit, avec son autorisation, les paroles de sagesse adressées par Alan Badmington aux membres d'un forum anglophone. 
Pour mémoire, Alan a bégayé durant presque 50 ans avant d'entreprendre un voyage réussi vers la fluidité de parole. Il est devenu un orateur recherché et nous offre régulièrement de précieuses réflexions sur son parcours. Voici ce qu'il a partagé pour 2017 :

"Avec les années, je suis de plus en plus conscient que le temps que nous passons sur cette planète est relativement limité. Réaliser que nous ne pouvons pas revenir en arrière m'a permis d'apprécier la nature précieuse de chaque minute mise à notre disposition.

J'ai laissé mes peurs (et l'image étriquée que j'avais de moi) inhiber mon développement personnel pendant plus d'un demi-siècle. En conséquence, ma vie était, de manière générale, inaccomplie.

Cela m'a pris du temps pour découvrir qu'il y avait des chemins plus gratifiants à emprunter. Si nous restons dans le statu quo, rien de différent ne pourra se passer. Notre futur sera simplement une reconduction du passé.

En 2000, je me sentais insatisfait par certains aspects de ma vie, alors j'ai décidé d'examiner les croyances/comportements qui produisaient ces résultats insatisfaisants. Lorsque j'ai identifié les choses qui me ne me faisaient pas du bien, j'ai choisi de les abandonner au bénéfice d'autres qui me permettraient de suivre un mode de vie beaucoup plus épanouissant.

Certains savent ce qu'ils devraient faire pour améliorer leur existence mais justifient leur inaction en prétextant être insuffisamment préparés pour aborder ce changement. Ils se promettent d'y remédier quand ils seront mieux outillés.
Mais, comme nous le savons, demain n'arrive jamais et hier ne revient jamais. Si nous sommes convaincus de nos limites, ne soyons pas surpris qu'elles deviennent réalité et empêchent notre progression/développement.

La citation suivante (attribuée au cardinal Newman, théologien anglais - 1801 - 1890) résume cela admirablement :
"On ne ferait jamais rien si l’on attendait de le faire assez bien pour que personne n’y trouve à redire."

Il est important de comprendre que, lorsque nous essayons quelque chose de différent, nous ne devons pas nous attendre à être parfaits. Ce n'est pas ainsi qu'on apprend des nouveaux comportements. Observez un enfant essayer de marcher pour la première fois et vous comprendrez ce que je veux dire. La partie la plus importante (et gratifiante) de l'expérience est d'affronter des revers et de développer alors aptitudes et confiance pour progresser jusqu'à l'étape suivante.

Quand nous entrons dans l'automne de notre vie, les actions que nous regrettons le plus sont celles que nous n'avons pas entreprises. Je n'ai certainement pas l'intention de me présenter devant mon Créateur avec une "to-do-list" inachevée.

Alan."


Je vous souhaite à mon tour une bonne et heureuse année et je ne formulerai qu'un souhait : qu'elle nous apporte le courage et le plaisir d'être nous-mêmes.



Laurent

29 nov. 2016

Quelles techniques de survie pour les explorateurs du bégaiement ?

Depuis quelques jours, je me remets en question.

Durant longtemps, j’ai alterné sur le blog deux types d’articles :
- ceux présentant des techniques « mécaniques » permettant de fluidifier sa parole,
- ceux expliquant l’importance de changer d’état d’esprit et de comportement vis-à-vis du bégaiement.

Et au fil de l’eau, je n’ai plus traité que le deuxième aspect de la thérapie du bégaiement, la composante « psychologique ».

A la réflexion, cela n’a rien de surprenant. Cela reflète simplement ma propre évolution de personne qui bégaie. S’il m’arrive toujours d’avoir une parole moins fluide, je ne m’appuie plus consciemment sur des techniques pour passer ou réduire mes blocages. En tous cas, je ne m’entraîne plus à les pratiquer.

D’ailleurs lors de ma récente présentation à Montréal, la question m’a été posée : « quelles techniques utilises-tu pour ne pas bégayer ? ». Je l’avoue (nous sommes entre nous) : cela m’a un instant désarçonné et j’ai dû réfléchir avant de répondre.
Je remercie toutefois celui qui me l’a posé parce que j’ai ainsi pu prendre conscience des limites de mon discours actuel. Quand on bégaie sévèrement, que l’on reste bloqué de longues secondes sur un son, que cela se répète presque à chaque mot, est-ce que cela suffit d’entendre : « tu n’es pas responsable de ton bégaiement, il faut que tu le vives de manière positive, que tu l’expliques aux autres - si possible avec humour – que tu affrontes les situations qui te font peur et que tu persévères » ?

Mouais… Présenté ainsi, cela ressemble à de la méthode Coué.

Pourtant oui, cela fonctionne. Je peux en attester non seulement par mon expérience personnelle mais surtout par les nombreux témoignages que j’ai relayés et par les retours que j’ai de personnes ayant lu mes articles ou assisté à mes présentations. Au fil du temps, j’ai simplement oublié de préciser que cela n’est pas suffisant et que la plupart de ceux ayant modifié avec succès leur approche du bégaiement ont aussi utilisé, au départ, des techniques « mécaniques ». C’est le cas d’Alan, de Bryan et de Sonia (techniques de sortie des blocages), d’Anna (bégaiement volontaire)…Et aussi des 28 co-rédacteurs de « Conseils pour ceux qui bégaient ».

Je suis tombé ce week-end sur l’interview d’une aventurière suisse qui racontait comment elle avait survécu trois mois dans le désert australien, au milieu des serpents et des crocodiles, par 40 degrés à l’ombre. Elle ne l’a pas fait juste en se raisonnant et en sifflotant pour se donner du cœur à l’ouvrage. Elle expliquait s’être renseignée auparavant sur les différents fruits qu’elle pourrait trouver, sur les pharmacopées pour se soigner… Bref sur la manière dont elle surmonterait les obstacles qui ne manqueraient pas de se dresser sur sa route. Sans cette préparation, son expédition se serait sans doute mal terminée… Pour le plus grand plaisir des crocodiles.

C’est exactement ce que font les aventuriers du bégaiement. Avant de se lancer et d’affronter leurs peurs, ils commencent par acquérir quelques techniques « de survie » leur permettant de sortir d’un moment prononcé de bégaiement.

Ainsi, Alan Badmington reconnaît le rôle déterminant de ces techniques :

«J’ai appris comment surmonter physiquement les blocages. On m’a donné les outils pour réduire grandement la probabilité de les voir survenir – et aussi pour en sortir au cas où ils se produiraient. Armé de cela, et d’autres enseignements (dont une compréhension de la physiologie et de la psychologie du bégaiement), je me suis engagé sur la voie de la guérison. »

Quels sont ces outils secrets dont parle Alan ?

Avant d’aller plus loin, vérifiez que personne ne regarde par-dessus votre épaule… C’est bon ? Alors, voilà. Chaque année, les orthophonistes se réunissent dans une forêt profonde et enchantée pour échanger leurs techniques les plus secrètes. Vous voyez Panoramix et les réunions de druides ? C’est pareil, sauf qu’elles sont moins barbues. Eh bien, figurez-vous que j’ai pu m’y infiltrer en prenant l’identité de Marie-Laurent (très important d’avoir un prénom composé pour ne pas être repéré dans une réunion d’orthophonistes) et j’y ai appris plein de choses que vous trouverez dans ces articles du blog :

- La technique ERASM ou comment Julio Iglesias et votre dentiste peuvent vous aider à éliminer vos blocages
- Le pull-out aussi appelé « désintégrateur de blocage »
- La post-correction des blocages ou comment Roger Federer peut vous aider à ne plus bégayer.
- Le bégaiement lent
- Le bégaiement volontaire

Ces différentes techniques permettent, soit :
- de modifier le bégaiement immédiatement après qu’il soit survenu,
- de modifier le bégaiement pendant qu’il survient,
- d’aborder un son redouté de manière décontractée pour le passer avec un bégaiement vraiment léger.

L’objectif est de bégayer « à la cool », avec moins d’effort et donc en réduisant les tensions. La première étape sera donc de prendre conscience de vos crispations. Où se situent-elles : sur votre visage, dans votre bouche, au niveau du ventre ? Ensuite vous allez modifier votre manière de bégayer. Si on prend l’exemple du « bégaiement lent », plutôt que de vouloir passer en force, vous allez relâcher la zone de tension identifiée et continuer à avancer lentement dans le son, dans une sorte de ralenti relâché.

Bien pratiquées, ces techniques ont plusieurs avantages. Tout d’abord, elles ne visent que vos moments de bégaiement et ne vous imposent pas de modifier votre manière de parler et de contrôler chaque son qui sort de votre bouche. Elles vous apprennent juste à bégayer différemment, à négocier en douceur les éventuels obstacles sur votre route. Vous pouvez ainsi dérouler votre parole en sachant que rien de grave ne se produira, en tous cas rien qui ne puisse vous arrêter.

Vous pouvez travailler ces techniques d’abord seul et/ou avec votre orthophoniste. Ensuite, vous devrez les tester dans la vie quotidienne pour choisir ce qui vous convient le mieux, comme l’expliquait Bryan :

« J'ai appris à sortir d'un moment de bégaiement ou à l'interrompre. Avec le temps, j'ai découvert que j'étais capable d'utiliser certaines techniques plus efficacement que d'autres. Je me suis donc concentré sur celles qui m'aidaient le plus et j'ai laissé tomber celles que j'utilisais rarement. Les techniques que j’ai retenues ne m'ont pas tout le temps aidé, mais si elles m'aidaient à sortir d’un moment de bégaiement ou à le stopper, ça en valait la peine. »

Au fil de temps, vous les appliquerez sans vous en rendre compte et elles deviendront des automatismes. C’est le même principe que l’apprentissage de la conduite d’une voiture, lorsque vous devez négocier ’un virage serré. Au départ, vous n’avez pas forcément le réflexe de ralentir ou bien vous freinez trop tard et brutalement. Après quelques mois de conduite, vous allez ralentir au bon moment, rétrograder puis accélérer progressivement en sortie de virage, sans y penser et tout en continuant votre conversation avec votre passager.

Vous allez ainsi prendre confiance en votre parole, éviter de moins en moins de situations, réduire vos tensions et au final bégayer de plus en plus légèrement. C’est ce qu’expliquait Sonia, une jeune femme qui bégaie devenue orthophoniste :
« Je me suis mise volontairement dans toutes les situations où mon bégaiement était présent et je me suis entraînée à utiliser tous les outils que mon orthophoniste m'avait donnés durant la rééducation individuelle. Petit à petit, je maîtrisais mieux les blocages et la fréquence d'apparition de mon bégaiement a fortement diminué. »

Modifier le bégaiement plutôt que de l’éviter est aussi une façon de mieux l’assumer et donc de changer votre attitude et votre état d’esprit. C’est ce que nous raconte Anna :

« S’il m’arrivait de rencontrer un blocage pendant ma présentation, j’évitais de forcer la cadence pour en sortir rapidement (comme j’avais pris l’habitude de le faire). Je le prolongeais intentionnellement, manière de dire à mon bégaiement : « Voyons voir, amigo, lequel de nous deux va céder le premier ». Cette technique de "bégaiement volontaire", produisit un effet surprenant en libérant la tension et, plus important encore, en permettant une libération émotive. Après toute une vie à vouloir désespérément "me fondre dans la masse" et à rechercher "l’acceptation" des autres, je m’accordais enfin cette permission sans réserve de pouvoir être différente. Mon Dieu, quelle délivrance !

Grâce au bégaiement volontaire et à une attitude générale de véritable intérêt envers le phénomène du bégaiement, j’ai repris le contrôle sur ma parole tout en réduisant la durée et la sévérité de mes blocages à un niveau me permettant de mieux les gérer. En un an, je prononçai huit discours dans mon club Toastmasters et assumai plusieurs rôles lors des soirées. Non seulement ai-je été capable de me tenir debout et de parler devant les membres du club mais j’ai aussi remporté certaines distinctions, parmi lesquelles six Meilleure Oratrice, deux Meilleure Meneuse des Improvisations et deux Meilleure Évaluatrice."

Moins d'appréhension, moins de tension, moins d'évitement, plus d'acceptation, d'affirmation et des bégaiements passés en douceur. Waouh ! Ca valait la peine de se remettre en question !

J'espère que vous aurez trouvé dans cet article la réponse à la question "quelles techniques utiliser ?"

Si vous souhaitez voir plus concrètement comment cela se pratique, vous découvrirez dans cette vidéo une technique présentée par Véronique Aumond-Boucand, orthophoniste et Directrice d'enseignement au Diplôme Universitaire "Bégaiements et troubles de la fluence de la parole" :



Bonne exploration !

Laurent

1 nov. 2016

Le bégaiement : de l'acceptation à l'accomplissement !



Me voici de retour de Montréal où l'Association des Bègues du Canada m'avait invité à participer à leur journée annuelle !

Ce voyage était très symbolique pour moi car c’est d’abord sur des sites canadiens que j’ai trouvé les témoignages qui m'ont aidé. Témoigner à mon tour était une manière de boucler la boucle et de rendre une partie de ce qu'on m'avait offert.

Comme son nom l'indique, l’Association des Bègues du Canada  est francophone et uniquement composée de personnes qui bégaient (son équivalent anglophone est la Canadian Stuttering Association). Leur journée annuelle se tenait le 15 octobre à Montréal sur le thème ”Le bégaiement : de l’acceptation à l’accomplissement”. Joli, non ? Il y avait deux autres conférenciers : Marie-Eve Caty, orthophoniste et professeur à l’Université du Québec et Daniel Aubé, un avocat qui bégaie. 

Marie-Eve nous a initiés à la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (TAE) pour les adultes qui bégaient. Elle la présente comme la troisième génération des Thérapies Cognitives et Comportementales. La première s’appuie sur le conditionnement opérant (renforcement par récompense/punition, principe utilisé notamment dans la méthode Lidcombe). La 2ème vague est constituée des thérapies cognitives et comportementales (les émotions sont les fruits de nos pensées, il faut donc changer notre discours intérieur). La TAE ne propose pas de changer les idées mais de les accepter et de s’en distancier. En très résumé : je prends consciences de mes pensées et je prends du recul, j’accepte que je bégaie et je place mon énergie non pas dans le combat contre le bégaiement mais dans mes priorités. Je m’investis alors dans des actions qui me tiennent à coeur et où je vais m’épanouir.

Une étude a été menée en 2012 par Beilby, Yaruss et Byrnes. 20 participants ont suivi une thérapie de groupe durant 8 semaines (2 heures / semaine) animée par un binôme orthophoniste/psychologue. L’objectif était de favoriser l’acceptation et la mise en place d’actions permettant d’améliorer la qualité de vie. Les résultats ont été positifs avec une diminution de la fréquence de bégaiement, des participants plus ouverts pour passer l’action et une amélioration des compétences de pleine conscience. Il a été constaté un maintien de ces améliorations trois mois après l’intervention.

Marie-Eve a terminé par un conseil judicieux : "voyez votre cerveau comme un vendeur de pensées". J'adhère totalement ! On n'est pas obligé de croire ce baratineur ! Mieux vaut faire attention à ce que nous consommons et choisir les pensées qui sont bonnes pour notre santé.



J'ai ensuite présenté les cinq clefs de succès pour les personnes qui bégaient. Rien de magique mais des points communs à tous ceux qui ont apprivoisé leur bégaiement (cf mon "Guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement") :

1 - Comprendre que le bégaiement n’est pas une faute et n’est pas ma faute.
2 - Assumer et expliquer : les autres vivront mon bégaiement comme je le vivrai.
3 - Ne jamais reculer devant le bégaiement, chaque évitement est une perte de temps.
4 - Ne pas attendre d’être bon pour se lancer mais se lancer pour être bon.
5 - Ne pas se décourager et persévérer. Il n’y a pas d’échecs mais des expériences qui sont autant de marches vers le succès !

J'avais bien sûr un peu d'appréhension mais cela s'est super bien passé et on ne peut rêver meilleur public que les québécois. Les échanges ont été émouvants et chaleureux. J'en garderai un très beau souvenir.

Daniel Aubé nous a parlé de son parcours d’avocat. Il nous a d’abord fait sourire en expliquant que, lorsqu’il était jeune, son orthophoniste l’invitait à calquer son rythme de parole sur celui de la tortue. Sauf que, pour Daniel, la tortue était forcément Ninja, donc très rapide... Ils nous a ensuite raconté comment il a apprivoisé progressivement ses “bêtes noires” : le téléphone, le dictaphone, la visioconférence… jusqu’à la plaidoirie. Je n’ai pas la place pour retranscrire ici toute sa conférence mais un article la reprendra bientôt sur le blog. Voici juste sa conclusion :

  • Le bégaiement est inévitable, il faut donc apprendre à vivre avec lui.
  • Il ne faut pas le combattre ou en avoir peur mais l’apprivoiser et apprivoiser les situations anxiogènes. C’est en forgeant qu’on devient forgeron.
  • Les gens sont plus intéressés par ce que je dis que par comment je le dis. Je m'applique donc à contrôler ce qui est contrôlable : le contenu. L'une des clefs de la réussite de Daniel a été sa très grande préparation de toutes ses prises de parole.
  • Nous avons des alliés partout, personne ne veut nous voir échouer.
  • Je suis tellement plus que mon bégaiement !
  • Qu’importe la carrière, il faut parler...
  • En fait, j’adore parler !

L’après-midi était organisé sous forme d’atelier sur le thème “les aspects positifs du bégaiement”. Au départ, cela peut paraître insensé voire provoquant. Pourtant des réponses ont été données : l’empathie et la tolérance vis à vis des difficultés des autres (un pompier volontaire expliquait qu’on lui confiait souvent les urgences pour détresses psychologiques), le travail sur le contenu (vocabulaire, syntaxe, concision)... Les conjoints et thérapeutes présents ont aussi été interrogés. Une orthophoniste a constaté que les personnes qui bégaient étaient plus aptes que d’autres patients à prendre des risques et à se lâcher car elles sont habituées à devoir sortir quotidiennement de leur zone de confort. Cette remarque surprenante a été confirmée par la conjointe d’une personne qui bégaie.

Pour finir, une chercheuse de l’Université Mc Gill s'est déclarée admirative de l’esprit communautaire des personnes qui bégaient. Elle a tout à fait raison et nous n’avons pas assez conscience de la chance que nous avons ! Grâce aux associations et aux réseaux sociaux, nous pouvons nouer des amitiés et être accueillis dans le monde entier. Sans le bégaiement, j’aurai peut-être vu le Québec mais je n’aurais pas réellement vécu et échangé avec ses habitants. C’est une expérience complètement différente et une réelle chance. Notre bégaiement nous rapproche et le contact est facile et immédiat. Et les québécois sont vraiment adorables ! Ils sont décontractés, drôles, bienveillants : c’est un vrai bonheur de les rencontrer.

Au final, je constate une fois de plus que ces journées de rencontre "physique" sont irremplaçables. J'ai vu des participants repartir gonflés à bloc, résolus à avancer et à faire voler en éclat leur peur de bégayer. ll était d'ailleurs impressionnant de voir comme l'intensité du bégaiement diminuait entre le début et la fin de journée, au fur et à mesure que la confiance s'installait et que l'énergie se répandait. La séance de "prise de micro" a été particulièrement parlante, c'est le cas de le dire. Chacun était invité à exprimer son ressenti sur la journée. Au début, un grand  silence s'est installé car personne n'osait faire le premier pas. Une jeune femme s'est alors levée, a empoigné le micro et dit : "moi, je viens parce que je veux m'entraîner à la prise de parole en public !" Elle a été chaleureusement applaudie et de nombreux autres volontaires lui ont succédé.

Il y a en ce moment de nombreux événements organisés en France par l'Association Parole Bégaiement, à l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement !  Alors, suivez mon conseil : allez-y et emparez-vous du micro !

Vous l'avez compris : j'ai adoré cette nouvelle expérience et j'adresse un grand merci au CA de l'ABC pour leur invitation :
- Jean-François Leblanc, président
- Geneviève Lamoureux, vice-présidente (sans oublier Daniel Aubé :-))
- Lidia da Silva, vice-présidente et artiste es cupcakes !
- Audrey Bigras, qui tient l'excellent blog "advertising stories"
- Arnaud Sébire, trésorier et cameraman, merci pour les DVD !


Et une dédicace spéciale pour mon complice Richard Parent, que j'ai eu le grand bonheur de rencontrer "en vrai". Nous voici tous les deux avec la première édition (un collector !) du livre que nous avons traduit en 2011 "Conseils pour ceux qui bégaient".

Oui, décidément, ce voyage au pays du bégaiement est une grande et belle aventure.

Laurent

5 oct. 2016

Rendez-vous à Montréal le 15 octobre !

L'Association des Bègues du Canada organise sa journée annuelle le 15 octobre et je fais partie des conférenciers. Vous imaginez comme je suis heureux !

La journée s'annonce passionnante avec les interventions de l'orthophoniste Marie-Eve Caty sur la thérapie d'acceptation et d'engagement, de Daniel Aubé "bègue et avocat" (sacré parcours !) et un atelier sur "les bons côtés du bégaiement" animé par Geneviève Lamoureux et Daniel. De mon côté, je présenterai ce que sont, à mon sens, les 5 clefs de réussite pour les personnes qui bégaient.

Chouette programme, non ? J'ai hâte d'y être et de rencontrer "en vrai" mes amis québécois !

Voici le lien vers le programme complet. Rendez-vous le samedi 15 octobre à partir de 8h à l'Hôtel Universel Montréal.


Laurent

20 sept. 2016

Découvrez le livre "Goodbye Bégaiement !"

Je suis super heureux de vous annoncer la sortie du livre papier « Goodbye Bégaiement ! »

Eh oui ! il est disponible depuis aujourd’hui et j’espère qu’il vous plaira !

Je l’ai appelé « Guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement » parce que vous vivez avant tout votre propre histoire, votre propre aventure et que je sais que le voyage est parfois difficile.

Ce guide est donc là pour vous donner de l’espoir, des pistes de réflexion et d’action et pour vous regonfler les plumes si vous avez des petits coups de mou, bien naturels, dans votre aventure au pays du bégaiement. Pas de recette ou technique miracle mais les précieux conseils et témoignages de personnes qui ont dit « Goodbye Bégaiement !» ou plus souvent « Même pas peur, Bégaiement ! »

Je suis aussi très heureux d’avoir confié la réalisation de la couverture à Charlotte, une jeune femme qui bégaie mais est surtout graphiste (je vous mets sur ce lien l’adresse de son site). Je trouve que c’est un beau symbole et une chouette réalisation d’avoir un ouvrage sur le bégaiement 100% PQB !

Depuis sept ans, je partage mes découvertes et mes enthousiasmes sur le blog pour donner de l’espoir et des clefs aux personnes qui bégaient… avec une petite touche d’humour et d’autodérision, histoire de dédramatiser les choses. J’espère de tout cœur que ce livre contribuera à atteindre cet objectif.

Laurent

Pour commander "Goodbye Bégaiement !"

9 juil. 2016

Réponse à une jeune fille qui a peur de ne jamais se marier

Il m'arrive de recevoir des messages d'ados qui me demandent conseil et il n'est pas facile de trouver les mots pour rassurer et encourager sans passer pour un vieux con sentencieux ou le gars qui a trouvé la vérité universelle, comme on en croise parfois sur les réseaux sociaux. Parce que c'est à chacun de trouver sa solution et sa voie vers la liberté de communication.

Stuttering Jack est un blogueur américain prolifique et inspiré. Il a publié sa réponse à une adolescente de 16 ans qui se tournait vers lui pour avouer sa détresse et rechercher de l'aide. Voici un extrait de cet appel au secours :
J'ai essayé un groupe de self-help, j'ai assisté à une conférence et me suis lancée dans un nombre incalculable de thérapies. J'ai aussi eu un appareil auditif. J'ai cessé de bégayer durant 6 mois et c'étaient les plus beaux jours de ma vie mais, soudainement, c'est revenu. Et c'est revenu violemment. Je ne peux même pas sortir un mot sans bégayer. Je suis arrivée à un point où je préférerais perdre totalement ma voix, pour que plus personne n'attende que je parle, plutôt que de me débattre pour sortir la moindre phrase... Je n'ai que 16 ans mais la vie est tellement dure pour moi. Je sais que ça ne va pas s'arranger, que ça ira même de pire en pire. Je sais qu'il n'y a pas de guérison. Je ne peux même pas imaginer me marier. Et pourtant je voudrais tant me tenir devant l'autel, vêtue d'une magnifique robe blanche et être capable de dire 'Oui.'"

Jack lui a fait une très belle réponse et j'ai eu envie de la partager avec vous. J'ai traduit le début de son texte :

"Je suis avec toi, et avec tous ceux qui ont des blocages sévères de la parole et la grande anxiété qui va avec, et je sais exactement ce que tu ressens dans ce moment difficile de ta vie... Je pense qu'un jour, comme certains d'entre nous, tu verras ton problème comme une bénédiction plutôt que comme une malédiction. Cela va certainement construire ta vie mais tu seras l'architecte de ton existence et tu dois apprendre à modeler ta vie avec l'argile qu'on t'a donné.

Tout d'abord, tu dois accepter ce qui est. Tu ne pourras jamais changer sans avoir auparavant profondément et complètement accepté la situation et appris à t'aimer pleinement telle que tu es. Assume la pleine responsabilité de ta situation. Tu n'es pas une victime brassée par les courants de la vie. C'est en ton pouvoir de changer et les réponses qui TE conviendront sont là, autour de toi, attendant d'être découvertes. Tu dois juste partir à leur recherche, et ce sera ce voyage, pas la destination, qui nourrira ton âme.
Aime-toi et aime tous ceux à qui tu parles, cela seul t'aidera à éloigner la peur de parler aux autres.

Ensuite, tu dois cesser d'utiliser tes affirmations et visualisations négatives. Ce sont des forces puissantes qui travaillent contre toi. Au lieu d'affirmations négatives comme 'la vie ne va pas s'arranger mais empirer', 'Je sais qu'il n'y a pas de remède', 'une amélioration tiendrait du miracle', une vie qui ne compte pas' et des visualisations comme 'je ne vois pas cela arriver', 'je ne m'imagine même pas mariée', je veux que tu utilises des affirmations et visualisations positives qui créent, dans ta tête, les images que tu veux voir dans ta vie, même si elles ressemblent à un rêve lointain, et que tu les gardes en tête, avec des couleurs éclatantes. Visualise-toi dans cette image idéale et ressens ce que cela serait de vivre ce rêve. Fais cela chaque jour et tu commenceras à t'en rapprocher, même si cela paraît encore loin.

Dans ce que tu me dis, le plus encourageant est que tu as fait récemment quelque chose qui t'a permis d'être totalement fluente, durant un certain temps. Et ensuite le bégaiement est revenu. Cela me montre, et devrait te montrer, qu'il y a une combinaison (ou plusieurs combinaisons) qui débloquera ton bégaiement. Tu l'as trouvée une fois, alors il est maintenant temps de démarrer ton propre programme de recherche pour trouver une combinaison qui t'apportera de nouveau ce que tu sais maintenant être possible. Qui a dit que le bégaiement ne pouvait être guéri ? Le bégaiement peut être guéri mais c'est un chemin personnel, qui peut être plus ou moins long. Pour toi, la guérison ne sera peut-être pas une fluence totale, et elle ne sera peut-être pas trouvée sur le chemin que d'autres ont choisi de prendre, mais tu dois être convaincue que TA guérison est possible. Pour certains, le chemin peut être facile, pour d'autres ce sera un voyage épique, mais plus long sera le chemin vers ton propre nirvâna, plus tu apprendras sur toi-même et sur la vie en général. Ta guérison ne sera peut-être pas une fluence totale, plus probablement un niveau d'acceptation et une méthode pour contrôler ton problème, mais tu trouveras TA réponse, si tu en assumes la responsabilité et débutes ta recherche dès maintenant."

Voici le lien vers l'article complet (en anglais).

À partager largement parce que de nombreuses personnes ont besoin de lire ces paroles réconfortantes ! Merci Jack !


Laurent

7 juin 2016

Pourquoi les filles bégayent moins que les garçons... Enfin une réponse ?

Dans un article très intéressant publié sur le site de la British Stammering Association, Norman Miller fait le point sur les recherches nous permettant de mieux comprendre le bégaiement.

En voici un court résumé à la sauce Laurent, spécialiste de la vulgarisation à la hache. Je m’en remets donc à Olivier (dont l’iceberg résiste au réchauffement climatique), au Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel ou à d’autres spécialistes pour d’éventuels compléments.

La parole normale est produite par une série de mouvements musculaires coordonnés. Cela nécessite que plusieurs régions du cerveau travaillent en réseau. Or, les personnes qui bégaient présentent des défauts de connexion dans ce réseau de production de la parole. En gros, des fils ou relais sont coupés ou endommagés.

On ne sait toujours pas si ces anomalies observées dans le cerveau causent le bégaiement ou au contraire si elles ont été causées par l’apparition d’une période de bégaiement durant l’enfance. Bref, on ne sait pas qui est l’œuf et qui est la poule.

Chez les personnes fluentes, c’est le cerveau gauche qui prend en charge la production de la parole. En revanche, chez une personne ayant un bégaiement persistant, l’hémisphère droit s’active beaucoup plus. L’hémisphère droit chercherait à compenser ainsi les défaillances de son cousin de gauche. Ca part d’un bon sentiment et d’un bel esprit de solidarité mais le problème est qu’il n’est pas conçu pour gérer la parole… Et le résultat n’est pas terrible, très proche de celui obtenu quand on met l’avant-centre dans les cages parce que le gardien de buts s’est pris un carton rouge…

Chez les personnes ayant guéri du bégaiement, on constate que l’hémisphère gauche a repris le contrôle. Cela s’expliquerait par la capacité du cerveau à se modifier, à créer de nouvelles connexions, à se « réparer ». C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.

C’est justement ce phénomène de plasticité qui pourrait expliquer pourquoi il y a 4 fois plus de bègues chez les garçons. En effet, selon le Dr Chang (qui est une fille), les cerveaux des filles pourraient avoir une plus grande plasticité, ce qui leur permettrait de s’adapter plus facilement.

CQFD ?

27 mai 2016

Les 5 conseils de John Moore pour parler en public

En cette période d’oraux, voici un article qui devrait en aider plus d’un. Alors que la plupart des personnes, qu’elles bégaient ou non, paniquent à l’idée de parler en public, John Moore en a fait une thérapie et se surnomme lui-même le “Présentateur Bégayant”.
“Durant de trop longues années, le bégaiement a étouffé ma voix et freiné ma progression. Il a fallu que je touche le fond pour que je décide que le bégaiement n’allait pas gérer ma vie. Au lieu de cela, j’allais gérer mon bégaiement. Cela signifiait que je n’allais plus laisser la honte et la culpabilité du bégaiement me réduire au silence. J’allais utiliser chaque technique apprise pour minimiser ma disfluence et rechercher activement des opportunités de prise de parole, même si je bégayais. C’était simple. Pour cesser de bégayer, je devais commencer à parler.” 

Il a depuis fait un long chemin puisqu’il a été Directeur Marketing chez Starbucks, a écrit un livre “La Conversation Passion”, est devenu consultant et a donné plus de 250 conférences à travers le monde.
Dans le dernier numéro du magazine de la “Stuttering Foundation”, il donne ses 5 conseils pour parler en public.

1. Annoncez votre bégaiement. Ceux qui bégaient savent que le bégaiement survient lorsque vous essayez justement de ne pas bégayer. Nous dépensons tellement d’énergie mentale et physique pour ne pas bégayer que cela augmente notre anxiété lorsque nous parlons. Et cela génère du bégaiement. J’ai découvert qu’il était très utile de mentionner mon bégaiement au début de mes présentations. Non seulement cela désarme l’auditoire mais ça me donne aussi, moi le bègue, la liberté de bégayer sans honte.

2. Vous avez le contrôle. Dans la jungle des conversations impromptues, il y a de nombreuses embûches qui peuvent déclencher le bégaiement. Faire une présentation sur scène est la plupart du temps une conversation préparée. Vous, le bègue, avez totalement le contrôle. Vous avez le micro, vous avez la scène. Avoir le contrôle de la situation de parole peut nous libérer, nous bègues, de la peur de l’inconnu. L’inconnu peut nous mettre mal à l’aise et par conséquent nous faire bégayer davantage.

3. L’auditoire souhaite votre réussite. Quand ils font une présentation sur scène, les bègues doivent se souvenir que l’auditoire n’est pas là pour les chahuter ou rire à leurs dépens. Le public veut que vous réussissiez. De trop nombreux orateurs oublient cette bienveillance de l’auditoire.

4. L’auditoire vous portera plus d’attention. Il reconnaît l’importance de votre présentation. Un bègue doit avoir quelque chose d’important à dire, sinon il ne prendrait pas l’énorme risque pour lui de monter sur scène. L’auditoire comprend cela et j’ai découvert que les gens sont plus attentifs à mon message simplement parce que je bégaie.

5. Plus que ce que vous dites, c’est la manière dont vous le dites qui compte. Trop souvent, les bègues s’efforcent de coller mot à mot à la présentation qu’ils ont écrite. C’est le meilleur moyen de se planter. Si vous, le bègue, vous éloignez de votre texte, cela peut produire encore plus de bégaiement parce que vous luttez pour revenir au texte. Cette bataille peut augmenter l’anxiété, ce qui se traduit par plus de bégaiement. Au lieu de cela, j’ai connu le succès en me focalisant davantage sur ma présence et mon assurance sur scène que sur les mots que j’utilise. Quand je garde le contact visuel avec mon auditoire, que j’adopte une bonne posture, que j’ai une bonne gestuelle, etc. J’éprouve une plus grande fluence sur scène.

Dans l’article, John raconte aussi une jolie anecdote. Il explique qu’à la fin de certains de ses discours, des gens viennent le voir pour partager leur propre expérience du bégaiement. “Une fois, une mère m’a dit : ‘Merci, mon enfant bégaie’. Cela m’a fait pleurer et je l’ai prise dans mes bras. Je lui ai dit que son enfant pouvait mettre 20 ou 30 ans, voire plus, pour trouver sa passion et la manière de s’exprimer pleinement, mais qu’elle devait lui donner ce temps et l’encourager tout au long de son parcours.”

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