18 mai 2019

Goodbye Bégaiement a 10 ans !

Goodbye Bégaiement a 10 ans !

Le 18 mai 2009, je postais mon premier article, “n’ayez pas honte de votre bégaiement !”.

En cliquant sur “publier”, je ne savais pas que je commençais une odyssée dans l’univers du bégaiement. Le voyage est extraordinaire et, lorsque je me retourne, mon point de départ, mon petit pays d’incertitude me semble bien loin désormais.

Grâce à cette expérience, j’ai pu faire plein de choses que j’adore : lire, écrire, traduire, découvrir et apprendre. Tout s’est fait progressivement, naturellement, avec fluidité, juste par la magie d’un clavier et surtout de rencontres.

Alors que tout a commencé pour moi sur Internet, je retiens surtout de ces dix années mes traversées de l’écran, les moments de réunion, de chaleur, de partage, de bonheur d’être ensemble. C’est fou le nombre de gens sympas qui bégaient ou s’intéressent au bégaiement ! Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, aux self-helps, aux associations, aux journées mondiales du bégaiement, les personnes qui bégaient sortent de leur isolement. Et c’est le premier grand changement de ces dix dernières années.

L’autre changement concerne justement le thème de mon premier article : la honte. Dans une conférence TED très intéressante, Brené Brown explique : “pour s’épanouir et prospérer, la honte a besoin de secret, de silence et de jugement.” C’est sans doute cela le plus grand changement depuis 10 ans. Les personnes qui bégaient quittent la pénombre de la salle ou des coulisses pour prendre la parole et devenir des acteurs de premier plan. Elles font du théâtre, des exposés en classe, des conférences, organisent des concours d’éloquence, réalisent des courts-métrages, gagnent des concours de chant, sont invitées à la télévision ou à la radio. Elles ont franchi le mur de la honte pour témoigner, expliquer et démontrer leur formidable capacité à se surpasser.

Elles ont aussi le courage d’être imparfaites. C’est le troisième changement.

Auparavant, les rares personnes médiatisées expliquaient comment elles avaient terrassé leur bégaiement grâce à leur volonté de fer ou une méthode miracle. Elles renforçaient l’idée que le bégaiement était un mal honteux et la fluidité parfaite le Graal à conquérir. De quoi culpabiliser ou décourager ceux qui n’y arrivaient pas. On n’en est plus là. Aujourd’hui, Les enfants et les ados qui arrivent dans le monde du bégaiement ont désormais des modèles positifs et inspirants qui leur montrent qu’il est possible, non pas de parler sans accroc - ce qui n'est plus un but en soi - mais de réaliser ses rêves.

Alors, je trouve que c'est un joyeux anniversaire !

Laurent

9 avr. 2019

Si l'orthophoniste était une fée...

Delphine Darque, orthophoniste et déléguée de l'Association Parole Bégaiement, m'a proposé d'intervenir avec elle devant les étudiants de l'école d'orthophonie de Marseille. Je n'étais pas disponible mais j'ai rédigé un texte pour proposer quelques pistes pour accompagner les personnes qui bégaient. Delphine a eu la gentillesse de le lire devant les étudiants.

Je remercie les orthophonistes Delphine Darque, Jacqueline Bru, Patricia Oksenberg et Christine Tournier-Badré pour la relecture et la future orthophoniste Pauline Commère pour les interrogations qu'elle m'a remontées.

Concernant le titre, il existe bien sûr des mages du bégaiement mais en orthophonie le féminin l'emporte très largement sur le masculin :-)

Bonne lecture !

Laurent

Lettre aux étudiant(e) en orthophonie


J’échange régulièrement avec des orthophonistes pour partager nos interrogations et nos découvertes. Au dernier colloque international de l’Association Parole Bégaiement, j’ai ainsi fait une intervention avec Christine Tournier-Badré, orthophoniste et formatrice en bégaiement, sur le thème « orthophoniste, personne qui bégaie : comment dépasser nos peurs pour travailler ensemble ? »

Eh oui ! Des peurs ou au moins des appréhensions, les jeunes orthophonistes peuvent en avoir. Et je trouve cela plutôt sain. Voici ce que ressentait Christine avant de recevoir son premier patient bègue :

J’avais eu un appel d’une maman. Son fils bégayait depuis une semaine, terrible, et elle voulait que je fasse partir ça mais moi je me disais « j’ai eu juste quelques heures de cours sur le bégaiement, je sais rien, c’est comme le permis, c’est pas parce que tu l’as que tu sais conduire. Et puis je vais lui dire quoi moi à ce gamin ?

Je me mets à votre place : ça ne doit pas être facile ! Alors, je vais vous confier un secret.

La chose la plus importante que vous pouvez apporter à une personne qui bégaie, c’est la légèreté.

C’est aussi simple et essentiel que ça. Si l’orthophoniste était une fée (ou un mage), elle serait la fée Légèreté. Pour mieux comprendre, voici 5 coups de baguette magique que vous pouvez donner.


1. Allégez le poids de la culpabilité :

Entendre “ce n’est pas votre faute !” fait beaucoup de bien aux patients et aux parents. Même s’ils le savent déjà, ça vaut la peine de le répéter et d’insister. Ellen M. Kelly, orthophoniste à Nashville, Tennessee, USA

Durant de longues années, j’ai porté le bégaiement comme un boulet, un échec dont j’étais responsable. C’était bien sûr complètement idiot. On ne fait pas exprès de bégayer. Les recherches scientifiques ont montré que la survenue du bégaiement s’expliquait par des prédispositions génétiques et des spécificités cérébrales. Ce n’est donc de la faute de personne et il n’y a aucune raison d’en avoir honte !

C’était d’autant plus idiot que cela renforçait mon bégaiement. En effet, comme j’avais honte de bégayer, je vivais dans la peur du bégaiement. Ce sentiment est partagé par de nombreuses personnes qui bégaient. J’ai traduit le livre “Conseils pour ceux qui bégaient”, rédigé par 28 orthophonistes américains qui sont eux-mêmes des personnes qui bégaient. Savez-vous combien de fois le mot “peur” apparaît dans ce livre : 160 fois ! Presque à chaque page.

La peur, la honte et la culpabilité constituent la partie immergée de l’iceberg du bégaiement (métaphore trouvée par Joseph Sheehan, un psychologue américain qui a lui-même bégayé). Ces sentiments vous plongent dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Cette spirale négative peut être représentée ainsi :



Si vous voulez faire fondre la parole bégayée (partie émergée), il faut donc d’abord réduire cette partie immergée et se débarrasser des sentiments négatifs qui renforcent la peur de bégayer et engendrent des réactions inappropriées, notamment la tension qui est la kryptonite de la personne qui bégaie.

Invariablement, la personne qui bégaie sur-réagit à ses erreurs. Elle redoute leur apparition, se contracte et se sent impuissante. Lorsque la tension est au plus haut, le flux de la parole s’arrête ou ne démarre pas. Comme vous continuez à avoir ces moments de tension, différents de ce que les autres orateurs peuvent vivre, votre peur augmente pour atteindre des niveaux de plus en plus élevés. Vous basculez dans la terreur et évitez peut-être même de parler. Beaucoup de bègues savent que la peur et la tension sont leurs plus grandes ennemies. Pour gagner la bataille contre le bégaiement, elles doivent être progressivement éliminées. James L. Aten - Conseils pour Ceux qui Bégaient.



L’un des moyens de combattre cette peur est de remonter à la source. On a peur parce qu’on pense que c’est grave de bégayer, parce qu’on en a honte.

Morgane, une jeune suissesse, expliquait dans une interview sur la radio suisse romande :

C'était l'enfer. J'étais celle qui ne devait pas être là, j'étais la honte de tous, la pire créature au monde.

Comme Morgane, j’ai donc porté ce poids de la honte durant plus de trente ans, jusqu’à ce que je rencontre une psychologue. Lorsque je lui ai expliqué que je vivais mon bégaiement comme un échec, elle m’a répondu simplement :

Mais Laurent, le bégaiement n’est pas une faute et ce n’est pas ta faute.

Cela a été pour moi un déclic, une véritable révélation. En comprenant que je n’en étais pas responsable, je me suis rendu compte que j’avais le droit de bégayer, que ce n’était pas un drame puisque je n’en étais pas responsable. Le résultat, c’est que je me suis enlevé la pression énorme qui permettait justement au bégaiement de s’épanouir. En remplaçant cette pression par des sentiments positifs et des techniques de gestion du stress et d’expression orale, j’ai pu ainsi aborder mes expériences de prise de parole avec un sentiment de détente et surtout un esprit positif qui m’ont beaucoup aidé.

Avec le recul, je me suis interrogé : “pourquoi cette phrase m’a-t-elle fait autant de bien ? “. Tout simplement parce que c’était la première fois que je l’entendais. Jusque-là, on m’avait seulement dit : “calme-toi, détends-toi, respire, prends ton temps…” Sous-entendu : “tu ne fais pas ce qu’il faut ! Fais un effort ! Tu es responsable !”

Et tout à coup, on m’expliquait que ce n’était pas ma faute. J’avais obtenu le permis de bégayer. C’était une libération ! En effet, auparavant, je ne passais pas mon temps à bégayer mais à essayer de ne pas bégayer. Et quand on essaie de ne pas bégayer, on renforce son bégaiement en faisant des choses qui ne font qu’empirer le phénomène (évitements, onomatopées, changements de mots, mots parasites, forçage, silences...).

Le bégaiement c’est ce qu’on fait pour ne pas bégayer. Wendell Johnson, psychologue américain (qui n’a pas fait que des bonnes choses - allez faire un tour sur Wikipédia - mais a trouvé cette bonne formule).

En me déchargeant de cette culpabilité, j’ai arrêté d’être obnubilé par le bégaiement et j’ai commencé à avancer. Je suis passé du “ne surtout pas bégayer” au “je vais peut-être bégayer mais ce n’est pas grave. je l’assume d’autant mieux que je n’y suis pour rien !”

2. Allégez la pression du temps.

Les habitudes créées par le bégaiement (réflexes physiques, comportements, pensées) peuvent être installées depuis longtemps et elles ne partiront pas en quelques semaines ou même quelques mois. Il faut du temps pour remplacer les réflexes de tension par du relâchement, pour apprivoiser des situations qu’on évitait jusqu’à présent, pour reconstruire une estime de soi. Cela nécessite une lente reprogrammation. C’est l’info-vérité que vous devez à votre patient. Vous devez aussi le préparer aux rechutes, qui sont inévitables, parce que les mauvaises habitudes ont la vie dure et n’attendent qu’un moment de faiblesse pour revenir.

Dans le traitement du bégaiement, rien n’est plus commun que de croire que la fluidité acquise durant les séances thérapeutiques durera sans continuer à travailler. Comme un orthophoniste le soulignait avec un brin de provocation : “ce n’est pas très compliqué de rendre un bègue fluent, le problème c’est de maintenir cette fluence.”

Il faut donc être clair dès le départ : cela prendra du temps mais les efforts finiront par payer.

Je préviens l’enfant que l’apprentissage d’une nouvelle compétence ne se fait pas facilement. Lorsque vous apprenez à marcher, vous n’abandonnez pas à la première chute. Continuez à essayer et vous réussirez. Ensuite, j’attire leur attention sur une qualité qu’ils ont démontrée ou une compétence importante qu’ils possèdent —Grace Ademola-Sokoya, orthophoniste à Lagos, Nigeria

Vous pouvez également ajouter de la légèreté dans cet apprentissage en mettant en place un plan d’action par étapes. La désensibilisation progressive est un excellent moyen pour alléger le poids de la peur. Vous pouvez lister avec votre patient ses peurs par ordre croissant de stress et l’aider à monter ensuite l’escalier du succès, marche après marche. Prenons l’exemple du téléphone qui produit le même effet sur une personne qui bégaie qu’un crucifix brandi devant un vampire. Votre patient peut d’abord simuler un coup de téléphone dans votre cabinet, puis vous appeler réellement, puis sortir pour vous appeler depuis la rue, s’entraîner ensuite avec une personne de son entourage, puis passer des appels sans enjeu pour demander un renseignement dont il n’a pas besoin, puis, puis, puis…

Allégez aussi le poids de l’exigence. Les personnes qui bégaient sont obnubilées par leur fluidité et évaluent la réussite ou l’échec d’une prise de parole en fonction de leur “taux de bégaiement”.

Le bégaiement n’est pas un échec et la fluidité n’est pas un succès. Le succès, la récompense, c’est de réussir à dire ce qu’on veut, quand on veut et à qui on veut. Le nombre de “bégayages” n’est pas important. La majorité des personnes qui bégaient se déclarent “guéries” parce qu’elles se sont débarrassées de la peur du bégaiement, qu’elles affrontent toutes les situations de parole. Elles ont encore des accrochages mais elles ne le vivent plus comme la fin du monde.

L’objectif pour une personne qui bégaie est d’être capable de dire les mots sans aucune pensée de bégaiement. Je me considère comme 100% fluide malgré le fait que je bute occasionnellement. Je dis cela parce que je n’ai plus peur de parler en public. Je peux faire face à toutes les situations qui me terrorisaient auparavant. Je n’ai plus recours à la substitution de mot. Je sais que je peux parler de manière fluide. Quand je parle, les mots viennent facilement et je ne pense plus au bégaiement. Dans les rares occasions où il réapparaît, j’utilise les techniques qui me permettent de glisser dessus et de le mettre de côté. Ma vie est tellement plus riche maintenant que j’ai confiance dans ma parole. Charlie - témoignage sur Goodbye Bégaiement.

3. Allégez la manière de bégayer.

Dans le top 5 des questions qui me sont posées, il y a celle-ci : quelles sont les techniques qui fonctionnent ?

Il existe tout un arsenal de techniques dans lesquels votre patient pourra piocher. Personnellement, je suis un grand fan de celles qui permettent de modifier, d’alléger le bégaiement. En effet, celui-ci s’accompagne souvent de tensions, de tentatives de forçage, de grimaces, de tics. Vous allez aider vos patients à se débarrasser de ces réactions inappropriées. Je pense qu’il ne faut pas apprendre une nouvelle façon de parler : les personnes qui bégaient savent très bien le faire à certains moments et leur appareil phonatoire ne présente aucune anomalie. Il faut en revanche alléger les moments de bégaiement.

Essayez de bégayer avec moins d’effort et ouvertement. En réalité, le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’apprendre à mieux bégayer, avec un minimum de tension et d’empressement. Lon L. Emerick - Conseils pour ceux qui bégaient

Il existe plusieurs techniques permettant de les vivre avec plus de douceur, de passer les blocages en souplesse, bref de bégayer plus tranquillement : ERASM, bégaiement inverse, technique du “saut” … Vous pouvez les retrouver sur le blog.

J’ai un petit faible pour le bégaiement lent, que j’ai beaucoup utilisé.

Le « slow stuttering » s’est avéré efficace pour de nombreux bègues en les faisant évoluer d’un bégaiement lourd et complexe vers un bégaiement lent, simple, générant très peu de crispation et d’interruption dans leur parole. J. David Williams, spécialiste du bégaiement à l’Université de l’Illinois - Conseils pour ceux qui bégaient.

Pour expliquer cette technique, j’ai trouvé la métaphore de la conduite sur glace : considérez le bégaiement, le blocage comme une plaque de verglas sur votre route. Si vous accélérez ou freinez brusquement, vous allez patiner ou partir en tête à queue. Si vous avancez en douceur, tranquillement, vous passerez. Il en va de même pour le bégaiement lent : grâce à lui, je continue à avancer en bégayant certains mots de manière relâchée, en ralentissant un peu, avec une tension de plus en plus faible. Je n’évite plus le bégaiement, je le laisse sortir et s’éteindre tranquillement. En résumé : je bégaye à la cool. Je déverrouille les blocages, je surfe sur les répétitions et je poursuis ma route.

Mais ce n’est qu’une technique, il en existe bien d’autres et c’est votre patient qui choisira celle qui lui convient le mieux. Le gros avantage de ces techniques de modification du bégaiement, c’est qu’on ne passe pas son temps à contrôler sa parole. On dégaine son arme seulement lorsque c’est nécessaire. Mais pour modifier le bégaiement, il faut oser le laisser sortir, d’où le travail indispensable sur la honte.


4. Allégez le poids de la solitude.

Je le disais en introduction : lorsqu’on bégaie, on se sent très seul. J’ai dû attendre 20 ans pour échanger avec une autre personne qui bégaie. Cet isolement renforce le sentiment d’anormalité. Lorsque vous bégayez, vous avez l’impression d’être différent, que personne ne peut vous comprendre et vous avez tendance à vous replier sur vous-même. Vous entrez alors dans l’isolement et la rumination, jusqu’à sombrer parfois dans une bonne grosse dépression.

Il faut bien sûr briser ce repli sur soi, aller à la rencontre des autres, échanger et s’informer. Malheureusement, il n’est pas toujours facile de se confier à ses proches, qui ont du mal à comprendre comment notre “petit problème” peut à ce point gâcher notre vie.

Vous pouvez proposer à vos patients plusieurs solutions pour trouver du soutien et de la motivation :
- l’Association Parole Bégaiement réunit personnes qui bégaient et orthophonistes. Elle est présente dans toutes les régions de France. 
- des groupes d’entraide (self-help) se réunissent régulièrement pour parler, partager des expériences, faire des jeux de rôle, pratiquer des techniques, et même monter des pièces de théâtre !




- il existe des groupes de personnes qui bégaient sur les réseaux sociaux. J’ai créé sur Facebook, avec Burt Albrecht, une autre personne qui bégaie, le “Cercle Très Privé des Personnes qui Bégaient” qui compte à ce jour plus de 1 700 membres. Tous les âges et plusieurs nationalités y sont représentés et des membres du Cercle ont aussi choisi d’aller plus loin et de se rencontrer “dans la vraie vie”, autour d’un vrai verre. 
- Sur mon blog, j’ai rassemblé de nombreux témoignages pour inspirer et rassurer les personnes qui bégaient. Vous trouverez sur ce lien la liste des articles publiés. 

Le groupe est la réponse à l’isolement, à la honte (on n’est pas seul à être ainsi), au besoin de soutien et de parole. Ils constituent également un sas, un bac à sable très utile pour transférer dans la réalité les aptitudes travaillées dans votre cabinet. C’est dans des réunions d’information de l’APB que j’ai pu pratiquer mes premières prises de parole en public.

Des orthophonistes organisent aussi des groupes thérapeutiques pour adolescents. Elles le font seule ou en s’associant avec des confrères. Et les résultats sont magiques ! Ainsi, à Montpellier, le groupe d’ados de Jacqueline Bru est allé sur France 3 régional pour présenter la météo ! Sur Paris, Patricia Oksenberg est aussi une grande adepte de cette méthode et elle a présenté lors du dernier colloque de l’APB une vidéo drôle et émouvante réalisée par ses patients. Quel bonheur de voir des personnes qui bégaient passer de l’abattement au rayonnement !

5. Allégez la pression que vous vous mettez :

Une étudiante en orthophonie m’a demandé : “Est-ce que je ne vais pas empirer le bégaiement de mon patient en étant trop exigeante ?”

Je ne sais pas si cela vous désolera ou vous soulagera mais… Tout ne dépend pas de vous. Vous êtes un maillon essentiel mais pas suffisant. Vous n’êtes pas un ostéopathe de la parole qui va remettre la fluence en place après quelques manipulations. Le traitement du bégaiement est beaucoup plus complexe que cela. Vous allez d’ailleurs découvrir que vous avez un magnétisme à ondes courtes. Votre patient qui parle sans difficulté dans votre cabinet va se remettre à bégayer au coin de la rue ! Le thérapeute, c’est comme le WIFI, plus tu t’en éloignes, moins ça marche ! D’où l’importance d’être entouré et de pouvoir pratiquer dans d’autres environnements et avec d’autres personnes.

Une autre étudiante en orthophonie m’a demandé. Quels autres professionnels peuvent être utiles dans la prise en charge ? La réponse est très simple : le professionnel du bégaiement qui pourra vous être utile est… votre patient !

Actuellement, en tant qu’étudiants, vous êtes bien placés pour le comprendre. Votre réussite ne dépend pas uniquement de votre professeur. Il va vous guider, vous donner des connaissances mais il ne va pas travailler pour vous, il ne sera pas avec vous durant vos stages et quand vous recevrez vos premiers patients. C’est vous qui allez construire votre expérience et être de plus en plus à l’aise dans votre pratique. Il en ira de même de votre patient.
  • C’est lui qui identifiera les zones de tension dans son corps et choisira les techniques qui lui conviennent le mieux.
  • C’est lui qui travaillera sur ses pensées, ses croyances, ses émotions et s’exposera progressivement aux situations qu’il redoute.
  • C’est à lui aussi que revient la responsabilité d’expliquer aux autres (camarades, enseignants, employeurs) son bégaiement.

La première chose que je dis à un parent est que nous allons faire un travail d’équipe. Je serai votre guide et vous ferez le boulot —Mara Luque, ortophoniste à Buenos Aires , Argentine

Une personne qui bégaie attend de vous de l’écoute, des explications, des propositions, un accompagnement bienveillant… mais aussi parfois quelques coups de pied au derrière. Patricia Oksenberg, qui est la gentillesse incarnée, n’hésite pas à bousculer ou provoquer ses ados pour les faire avancer. Vous serez ainsi, selon les circonstances et la personnalité de vos patients, thérapeute, coach ou même confidente, tant le bégaiement touche au quotidien et donc à l’intime.


C’est normal que vous ayez des appréhensions mais cela ne doit pas vous retenir car nous avons besoin de vous. Des personnes qui bégaient et leurs familles ont vu leur vie littéralement transformée par leur orthophoniste, comme le montre ce témoignage d’une maman posté la semaine dernière sur le groupe Facebook “Le cercle très privé des personnes qui bégaient” :

Ce qui a aidé véritablement et durablement mon fils qui ne bégaye plus du tout depuis ses 16 ans (il a presque 19 ans aujourd’hui), c’est un suivi hebdomadaire avec une orthophoniste qui a travaillé avec lui sur la gestion du stress. La victoire était au rdv avec un 14/20 à l’oral du bac français, puis de 17 à 19/20 à ses oraux d’admissibilité en école post-bac. Pour lui, la vraie sortie du tunnel a été cette rencontre exceptionnelle et ce travail effectué à deux.

A l’image de vos patients, vous n’êtes pas seuls pour avancer. Comme vous l’avez lu au fil des citations que j’ai reprises dans ce texte, il existe une communauté internationale du bégaiement, réunissant personnes qui bégaient et spécialistes de la parole. Elle sera ravie de vous accueillir et d’écouter vos contributions. Bien sûr, tout est en anglais mais les américains vont adorer votre accent « so charming ! »

Alors, ouvrez vos agendas ou vos smartphones et notez cette date : le prochain congrès conjoint de l’International Fluency Association (IFA), l’International Stuttering Association (ISA) et de l’International Cluttering (bredouillement) Association (ICA) aura lieu à Montréal du 22 au 25 juillet 2021.

On se retrouve là-bas ?

Laurent

Note : les citations des orthophonistes Ellen M. Kelly, Grace Ademola-Sokoya et Grace Maria Luque sont extraites de cette page du site de la Stuttering Foundation of America (traduction Goodbye Bégaiement).



28 déc. 2018

Je bégaie... Laissez-moi parler !

J’ai toujours une appréhension lorsque je reçois un livre sur le bégaiement écrit par une personne que je connais. Que dire si je le trouve sans intérêt ? Ou pas terrible ? Heureusement, rien de tel avec le livre d’Agathe Tupula Kabola. Il est très bien et je peux en parler librement ! Ouf !

Agathe est une orthophoniste québécoise que j’ai eu la chance de rencontrer lors de la journée annuelle de l’Association des Bègues du Canada en 2016. C’est une passionnée du bégaiement qui n’a de cesse d’enrichir et de partager ses connaissances. Elle est chargée de cours à l’Université de Montréal, présente des chroniques à la radio et à la télévision, participe à des conférences et vient donc de publier un livre « Je bégaie… Laissez-moi parler ! ». Elle y aborde les questions importantes (les causes, quand et qui consulter, comment aider, quelles sont les thérapies…) et donne des réponses accessibles et détaillées.

L’originalité de l’ouvrage réside dans l’illustration de ses propos par des études de cas et des exemples concrets. Agathe propose par exemple d’essayer de répondre à la question, « est-ce que cet enfant devrait être pris en charge en orthophonie ? », en soumettant le cas de Malik, 5 ans et 10 mois, qui bégaie depuis environ un an et demi. Son bégaiement oscille présentement entre léger et modéré. Depuis quatre mois, ses parents ont noté une légère augmentation des disfluidités, avec plus de blocages et de répétitions de parties de mots. Voilà trois mois qu’il a commencé la maternelle. Son grand-père bégayait. Alors que conseillerez-vous ?

Dans le chapitre sur l’intimidation, elle partage la stratégie utilisée par Akim pour répondre aux moqueries d‘un de ses camarades qui l’avait interpellé dans le couloir en disant : « Hey Ak-Ak-Ak-Akim ! ». Akim a répliqué en employant une réponse trouvée lors d’une mise en situation avec son orthophoniste : M-moi je bégaie, et toi, tu es bon dans quoi ? Tu manques de p-pratique, reviens me voir quand tu sauras bégayer mieux que moi ! » Le jeune qui l’avait apostrophé n’a rien répondu et a continué son chemin, alors que les témoins de la scène riaient, non d’Akim, mais plutôt de lui !

Agathe présente aussi de manière détaillée un atelier éducatif réalisé avec succès dans la classe d’un élève victime de harcèlement. Elle explique comment elle a brisé la glace en lisant une histoire « Mon nom, c’est c’est Olivier », de Brigitte Marleau, enchaîné ensuite avec des explications sur le bégaiement avant de terminer par un quizz auquel les enfants ont participé avec enthousiasme et démontré qu’ils avaient intégré l’essentiel de ce qu’Agathe voulait transmettre. Bref, une solution clef en main pour parents, orthophonistes et enseignants !

Côté thérapies, on retrouve bien sûr dans son ouvrage les programmes les plus connus comme le Lidcombe, Camperdown ou la thérapie cognitive et comportementale mais j’ai aussi découvert d’autres programmes comme le Palin Parent-Child Interaction, pour les parents d’enfants de moins de 7 ans, ou la Solution-Focused Brief Therapy (SFBT) qui permet au patient de cibler un objectif en lien avec sa parole, d’identifier les ressources et les forces dont il dispose et de mettre l’accent sur ce qui fonctionne déjà en le faisant davantage pour augmenter les chances de réussite. Chouette programme !

Très intéressant aussi, car rarement abordé, le chapitre « A quoi s’attendre lors de la première visite chez l’orthophoniste ? » De même, le conseil donné aux enseignants de s’entendre avec leur élève qui bégaie sur son ordre de passage pour une présentation orale. Très pertinent car les personnes qui bégaient connaissent trop bien l’angoisse d’attendre leur tour !

Ce livre québécois est également l’occasion de découvrir d’autres références culturelles, comme cette citation de Stéphane Laporte, chroniqueur québécois qui a écrit un joli article sur le bégaiement de son père. En voici la conclusion :

J’aimerais dire à tous les petits culs qui bégaient de ne pas s’enfermer dans le silence. Bien sûr, il y aura toujours des cons pour rire de vous. Mais c’est pas grave. Eux n’expriment que leur bêtise. Vous, vous avez de belles choses à dire. Et ce n’est pas parce qu’elles prennent plus de temps à être transmises que vous devez les taire. Aristote, Isaac Newton, Jean-Jacques Rousseau, Winston Churchill, Albert Einstein bégayaient, et ils ont tous été entendus. Pour le bien de tous. Alors, parlez-nous. Pour le bien de vous. Pour le bien de nous. 

En résumé, un nouveau livre testé et approuvé "Goodbye Bégaiement !" Si vous souhaitez le découvrir, voici les références :

Je bégaie… Laissez-moi parler ! Bien vivre avec le bégaiement.
Agathe Tupula Kabola
Editions du CHU Sainte-Justine


Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année !


Laurent

11 nov. 2018

Bégaiement et perfectionnisme - Le témoignage de Paul : "Mon imperfection est mon opportunité"

Cela fait longtemps que je veux aborder le thème “bégaiement et perfectionnisme” car je suis persuadé qu’il y a quelque chose à creuser de ce côté. La traduction de cet article de Paul Vecker me donne aujourd’hui l’opportunité de le faire. J’écoute aussi en ce moment le livre audio de Tal Ben-Shahar “l’apprentissage de l’imperfection” et  j’essaierai de partager prochainement mes découvertes avec vous. En attendant, je vous laisse avec Paul.

Bonne lecture !

Laurent

Paul Vecker – Mon imperfection = mon opportunité

J’ai passé une grande partie de ma vie à combattre ce que je pensais être une imperfection. Je l’ai même personnalisée et considérée comme mon imperfection.

Au début, c’était plus un combat pour la cacher que pour la corriger. Mon objectif était de paraître parfait (même si je ne l’étais pas). Même si je sais maintenant que nous avons presque tous quelque chose que nous voudrions changer (ou au moins cacher), mon imperfection explosait au grand jour la première fois que je parlais à quelqu’un. Ou pour paraphraser une fameuse réplique de film, “je les avais sur mon bonjour” (Note de traduction : référence à la scène finale de “Jerry Maguire” où Tom Cruise fait une longue déclaration d’amouuur à Renée Zellweger qui l’interrompt au bout d’un moment pour lui dire : “Arrête. Tu m’as eue sur ton bonsoir”. Un de mes films préférés avec la subliiime BO de Bruce Springsteen et le titre “Secret Garden”... Mais je m’emballe, je m’emballe, revenons à la traduction). J’ai donc essayé de trouver des manières de ne pas dire bonjour. Ca semblait vraiment un super plan : ne parle pas, ainsi personne ne saura que tu bégaies.

Premier problème : ce n’est pas une super manière de traverser la vie. Et plus important, la vie ne vous laissera pas la traverser ainsi. J’avais besoin de répondre au téléphone. J’avais besoin de commander un plat. J’avais besoin de demander à une fille de sortir avec moi (même si elle pouvait dire “non”).

Deuxième problème: J’avais des choses à dire. Je voulais être entendu. Il n’y a rien de plus frustrant que d’être assis en classe et d’entendre vos camarades donner la mauvaise réponse à une question alors que vous connaissez la bonne. Pas seulement la bonne réponse mais la véritable BONNE REPONSE : celle qui surpasserait toutes les autres réponses à la question. Si je pouvais trouver le courage de lever la main et de donner la réponse, ils seraient épatés. Mais si je bégaie ? Si rien ne sort ? Et si les autres rigolent ou si le professeur perd patience ? Comment surmonter CETTE peur ? Seulement avec une réelle et solide envie d’être entendu - et je l’avais.

Puisque ma stratégie de demeurer silencieux ne pouvait pas marcher, je devais en trouver une autre. Et celle-ci allait me demander beaucoup de travail et de courage.

Première étape : j’ai commencé une thérapie orthophonique à l’école. Pour la première fois, quelqu’un me comprenait et voulait m’aider. Quelqu’un me disait quoi faire quand les mots restaient bloqués dans ma bouche et me donnait des techniques pour progresser. Plus encore, ils ont construit mon courage en m'aidant à me sentir mieux dans ma peau.

Deuxième étape : J’ai fait une introspection. Qui suis-je et quelle est la vie que je veux avoir ? J’ai découvert que j’étais quelqu’un qui avait des choses à dire. Je ne voulais pas rester dans mon coin. J’ai réalisé que les choses que j’avais à dire importaient plus que la manière dont je les disais. Donc, d’une manière ou d’une autre, j’allais trouver un moyen de les dire.

Troisième étape : Ayez le courage d’essayer et ne vous accablez pas lorsque ça ne fonctionne pas comme vous le voudriez.

Lentement et prudemment, j’ai commencé à ramper pour sortir du rocher sous lequel je me trouvais. J’ai commencé à lever la main en classe - allant même jusqu’à me mettre debout pour que tout le monde puisse entendre ma réponse. Etre réellement entendu et voir la réaction positive de l’auditoire me procuraient une sensation nouvelle et excitante. J’ai commencé à rechercher de plus en plus ce frisson. Je me suis porté volontaire et j’ai été retenu pour jouer des pièces à l’école. J’ai saisi chaque opportunité pour me tenir face à un auditoire et parler. Durant mon adolescence, j’ai continué à me positionner en leader et je me suis retrouvé maintes fois à parler devant des foules. Le même schéma (besoin ?) s’est poursuivi tout au long de ma vie adulte et je suis maintenant Responsable de Département dans un grand établissement financier. Je suis aussi le père de trois enfants dont une fille qui est orthophoniste (quelle ironie !) Je fais fréquemment des présentations devant des centaines de personnes et l’année dernière j’ai participé à une vidéo institutionnelle qui a été vue par des dizaines de milliers de personnes. Non seulement, je ne me laisse pas arrêter par mon imperfection mais je l’utilise comme carburant pour avancer.

Je comprends maintenant que mon bégaiement n’est pas une imperfection. C’est un aspect unique de moi. Comme mes empreintes digitales ou mon ADN, il participe à ce qui fait que je suis moi.

Je suis persuadé que je serais une personne différente si je n’avais pas à penser avant de parler. Je dirais peut-être des bêtises si j’étais plus fluent. Je serais peut-être l’une de ces personnes qui parlent beaucoup pour ne rien dire. Je serais peut-être comme ceux qui sortent de leurs gonds à la moindre provocation et hurlent et vocifèrent sans raison apparente. Et ce n’est vraiment pas le genre de personne que je voudrais être.

Le tournant s’est produit lorsque j’ai compris que cet aspect de ma vie ne fait en aucun cas de moi un perdant ou un handicapé. J’ai commencé à me sentir plus à l’aise vis à vis de moi-même. Au lieu de me définir comme une personne avec un trouble de la parole, j’ai commencé à me voir comme une personne courageuse. Je suis quelqu’un qui ne se laisse pas freiner par son incapacité à toujours parler parfaitement. Je suis quelqu’un qui continue à se mettre dans des situations inconfortables, des situations que beaucoup de personnes fluentes redoutent, des situations qui mettent constamment à l’épreuve ma confiance en moi et ma détermination à être entendu.

Je ne considère donc plus mon bégaiement comme mon imperfection. Je l’appelle maintenant mon Opportunité : mon Opportunité de surprendre, mon Opportunité de surmonter, mon Opportunité d’être différent.

Suis-je parfait ? Absolument pas. En fait, mon Opportunité continue à se présenter, parfois même durant des présentations.

Est-ce que je réfléchis toujours avant de parler ? Oui et je le ferai probablement toujours. Ce sera toujours là, pas très loin.

Est-ce que cela m’agace toujours lorsque ça se produit ou lorsque je vois le regard bizarre de mes interlocuteurs lorsque je bute sur mon nom (“avez-vous oublié votre nom ?” demandent même certains) ? Bien sûr.

Suis-je toujours nerveux lorsque nous faisons un tour de table pour nous présenter ? Bien sûr. Mais cela ne m’empêche pas de parler lorsque c’est mon tour.

Parfois, je me demande ce que je ressentirais si je pouvais parler sans appréhension ni préparation. Finalement, même si cela serait sans doute un soulagement, je pense que je me sentirais aussi moins fort.

Voici donc mon conseil pour tous ceux qui ont la même Opportunité que moi : travaillez dur et continuez à voir vos orthophonistes, ils peuvent vraiment vous aider beaucoup – mais aussi, accueillez celui que vous êtes, acceptez le fait que vous n’êtes pas comme toute le monde - et que c’est une bonne chose.

Ne laissez pas votre incapacité à tout dire parfaitement vous amener à ne rien dire du tout. Ne laissez pas votre Opportunité vous réfréner, servez-vous en plutôt comme carburant pour aller de l'avant.

Lien vers l’article original

Et en bonus, le "Tu m'as eue sur ton bonsoir" !



Et Le subliiime "Secret Garden" avec la craquante Renée Zellweger :





31 oct. 2018

Come on Erin !



Erin, 16 ans, a commencé à bégayer à l'âge de 3 ans et n’aurait jamais imaginé qu’elle remporterait un jour un concours inter-écoles d'éloquence.

Dans une interview, elle est revenue sur son parcours et a délivré un message décomplexé et inspirant :

"Le moment où j’ai gagné était incroyable, je n’ai pas de mots pour le décrire. Je ne pouvais croire que j’avais réussi à gagner.

On m’a toujours appris à parler quoi qu’il arrive. Si vous pouvez vous écouter bégayer toute la journée, les autres peuvent bien vous écouter 10 minutes !

Ma thérapie a pris la forme d'un voyage durant lequel je suis passé de l’envie de me débarrasser du bégaiement à la résolution d'apprendre à vivre avec.

Si vous avez un ami ou un enfant qui bégaie, la chose la plus importante que vous pouvez faire est d'accepter que c’est juste une partie de leur personnalité, une part d’eux-mêmes.

Ce n’est pas parce que vous bégayez que vous n’êtes pas capable de parler. Cela signifie juste que ça vous prend un peu plus de temps qu’aux autres.
Vous n’êtes pas stupide, vous n’êtes pas lent, vous n'avez pas un horrible problème psychologique. Bégayer veut juste dire que vos mots ne peuvent pas sortir rapidement."

Voici le lien vers son interview (en anglais).

Come on Erin !

17 août 2018

Le saut, une technique simple et efficace pour franchir les blocages


Mes articles se sont raréfiés ces derniers mois car j’avais l’impression qu’il ne se passait pas grand chose de nouveau sous le soleil du bégaiement. N’ayant pas encore atteint l’âge du radotage, je suis devenu un blogueur dormant, se balançant mollement dans un hamac, le visage dévoré par une barbe de naufragé. Pourtant, je fais encore des découvertes qui me donnent parfois envie (mais pas toujours, ce qui veut dire que j’ai fait plein de découvertes que je n’ai pas partagées. C’est horrible, non ?) de me remettre au clavier. C’est le cas aujourd’hui avec la technique du “saut” (“jump” en anglais), élaborée par l’orthophoniste et chercheur britannique, Paul Brocklehurst.

Paul est lui même une personne qui bégaie. Il anime des ateliers pour adultes et propose un cours gratuit en ligne pour apprivoiser son bégaiement. Il organise également des randonnées chaque année dans les pyrénées pour les personnes qui bégaient, une initiative que j’avais relayée sur la page Facebook du blog (si vous êtes intéressés, la prochaine a lieu en septembre) et qui explique son bronzage à faire pâlir un moniteur de ski.


Qu’est-ce que le saut ?

Des recherches ont montré que les personnes qui bégaient n’ont souvent pas de souci pour produire des sons isolés. Par exemple, si l’orthophoniste vous demande de dire “Ka”, vous le ferez sans doute sans difficulté. En revanche, cela peut être plus difficile pour “Karine”. Vous pouvez rester bloqués sur le “Ka” sans réussir à enchaîner sur “rine”. Cette liaison de phonèmes s’appelle la coarticulation et pose problème aux personnes qui bégaient (surtout si leur copine s'appelle Karine).

Plusieurs techniques existent pour se sortir de cette situation. J’ai déjà présenté certaines d'entre elles sur le blog : l’ERASM, le pull-out, l’annulation... Elles permettent de déverrouiller le blocage et de dissoudre ce mur qui se dresse devant nous. Inconvénients : elles demandent une adaptation de notre élocution, mettent l’accent sur le blocage et provoquent une rupture dans notre discours.

Paul a choisi une autre tactique lorsqu’il constate qu’il n’arrive pas à faire une liaison de phonèmes. Plutôt que d’insister et de se fracasser encore et encore sur ce son, comme un oiseau affolé sur une vitre, il passe directement au son suivant, sans effectuer cette satanée liaison. C’est ce qu’il appelle “le saut”.

Le saut n’est donc pas réellement une technique, au sens où il ne demande aucune préparation, aucun artifice, aucun contrôle. C’est d’ailleurs ce qui m’a séduit. Le saut consiste simplement à abandonner le son sur lequel on bloque et à passer au suivant. C’est aussi simple que ça.

Paul nous invite à procéder de la manière suivante. Après le premier blocage, plutôt que de réessayer, faites une pause. Laissez le son qui vous bloque et passez au suivant. Ne revenez pas en arrière, ne réessayez pas, parce que c’est cela qui crée le bégaiement.

Reprenons l’exemple de Karine. J’ai posé la question à Paul pour bien comprendre.

- Dans une vidéo, tu fais une démonstration sur "Karen". Tu sors du blocage en disant "K-Aren". Je voudrais adapter l'exemple en français sur "Karine". En français, le K se prononce Ka. Le bon saut serait-il donc : "Ka. Ren" ?

Voici la réponse de Paul :
- Pour faire le saut, tu dois simplement t’arrêter là où tu bloques… Avec Karen, il est possible que tu bloques avant même que l’air sorte de ta bouche... ou juste après mais avant que tu vocalises. Ou tu peux bloquer après avoir vocalisé la voyelle… Dans tous les cas, tu t’arrêtes simplement où tu es bloqué, tu laisses aller un instant et continues ensuite avec le reste du mot. Le résultat final du saut peut donc être
1. ?-aren
2. K-aren
3. Ka-ren.
En réalité, tu n’as pas vraiment besoin d’y réfléchir. Tu laisses simplement tomber à l’endroit où tu es bloqué et reprends un peu plus loin dans le mot.


Quelles sont les avantages de cette technique ?
  1. Elle est très reposante ! Grâce à elle, les blocages sont brefs, voire absents, donc beaucoup moins éprouvants et gênants pour la fluidité de votre communication. Ce saut léger d’une syllabe à l’autre est plus confortable que le bégaiement, à la fois pour la personne qui bégaie et son auditeur. Finies les répétitions sans fin, les grimaces et les tics. Vous êtes un rugbyman qui heurte son adversaire puis esquive le plaquage pour filer à l’essai.
  2. Elle vous amène à ne plus éviter les sons redoutés. En effet, le saut n’est pas un évitement puisque, au départ, vous ne cherchez pas à éviter le son. Vous dites ce que vous avez à dire et même si une appréhension surgit, vous ne recourez pas à une substitution de mot. Vous abordez bien le mot qui vous vient aux lèvres, en essayant de le dire une fois avec la liaison attendue. Si vous n’y arrivez pas, vous n’insistez pas et passez au phonème suivant.
  3. Cela vous aide à surmonter la peur du blocage puisque vous savez dorénavant que celui-ci sera bref et ne vous arrêtera pas. Vous avancez sans peur et sans reproche, sans rompre le cours de votre conversation. Paul insiste d’ailleurs sur la nécessité de ne pas ralentir avant le phonème. Il faut continuer à avancer à la même vitesse. Faire une pause ou ralentir est une forme d’évitement. Avec cette technique, le blocage devient un non évènement !
  4. Le saut permet d’avoir une approche plus pragmatique, moins idéaliste et perfectionniste de la parole et de la communication. Le plus important est de transmettre son message rapidement et sans effort, pas d’avoir une articulation parfaite sur chaque son. C’est une bonne façon d’alléger la pression.


Les gens vont-ils me comprendre si je saute ainsi des sons ?

Lorsqu’on découvre cette technique, on peut craindre la réaction de l’autre. Selon l’expérience de Paul, les gens comprendront le plus souvent très bien et reconstitueront les mots d’eux-mêmes s’ils leurs sont familiers. Vous remarquerez que beaucoup de personnes “mangent” des syllabes ou n’ont pas une articulation parfaite. Cela ne vous empêche pas de les comprendre.

Pour vous en convaincre et vous familiariser avec cette technique, Paul conseille de l’utiliser d’abord avec des personnes bienveillantes de votre entourage. C’est la bonne vieille recette de la désensibilisation progressive. Exercez-vous dans des situations simples, avec vos proches, puis progressivement passez à d’autres situations de parole.

Vous entrerez alors dans un cercle vertueux :
Premiers succès = Réduction de la peur du blocage = Prise de confiance = Réduction des blocages = Poursuite de la technique qui deviendra alors un automatisme.


Cette technique est-elle efficace ?

J’ai posé la question à Paul. Voici ce qu’il m’a répondu, très honnêtement.

“J’ai élaboré cette technique du saut et commencé à l’utiliser moi-même il y a 15 ans. Cela a eu un effet immédiat sur mon niveau de fluence. A tel point que cela m’a permis d’aller à l’université pour faire des études d’orthophonie (ce qui aurait été impossible avant que je découvre cette technique, tant mon bégaiement était sévère). Durant les 5 dernières années, j’ai essayé de l’enseigner à d’autres personnes qui bégaient, mais avec des succès divers. Pour qu’elle fonctionne, il faut que la personne ait déjà un haut niveau d’acceptation de son bégaiement et un haut niveau d’estime de soi, qu’elle n’ait plus l’envie irrépressible de masquer son bégaiement.”

Cette technique me semble toutefois intéressante pour un bégaiement masqué car elle présente l’avantage d’être peu visible. C’est un escamotage discret. Je l’utilise moi-même depuis quelques jours avec un certain plaisir (oui Mesdames et Messieurs, la maison ne recule devant rien, le blogueur mouille sa chemise, s’implique, teste avant de proposer !) C’est agréable et déconcertant de se débarrasser ainsi du bégaiement, simplement en renonçant à le produire.

Evidemment, cette technique n’est pas une recette magique et unique. Elle ne fonctionnera pas dans toutes les situations, Paul le reconnaît lui-même. C’est juste une arme de plus à votre disposition. Mais celle-ci est tout de même particulièrement séduisante, tant elle est simple à mettre en oeuvre et va dans le bon sens, celui d’une communication décomplexée et sans effort.

Alors, prêt à sauter ? 1, 2, 3… Let’s go !

Laurent


Pour aller plus loin :

Un article rédigé par Paul sur le sujet et traduit par Richard Parent, mon infatigable et généreux ami québécois.

Une vidéo (en anglais) où Paul explique sa technique avec exemple à l'appui.

4 mai 2018

Grant Meredith, élu meilleur conférencier de son université : « j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. »

Lorsque j’ai créé ce blog, je voulais partager les techniques et expériences de personnes ayant « surmonté » leur bégaiement. L’âge venu, et avec lui un semblant de maturité et d’ouverture d’esprit, j’ai découvert qu’il n’était pas forcément nécessaire de ne plus bégayer pour « réussir sa vie ». J’ai ainsi relayé le témoignage de Daniel, devenu avocat avec mention bégaiement, de Tom devenu pasteur avec mention bégaiement ou d’Amy devenue meilleure vendeuse avec mention bégaiement. Autant d’exemples démontrant qu’on peut bégayer, parfois fortement, et être reconnu dans son métier.

Cela n’empêche pas de travailler sa fluidité et sa communication mais ce n’est pas une condition nécessaire pour avancer et faire ce que l'on aime.

Le témoignage que j’ai traduit aujourd’hui va pleinement dans ce sens. Grant Meredith bégaie, souvent sévèrement. Pourtant, il enseigne à l’université et a été reconnu comme un des meilleurs conférenciers d’Australie. Dans cet article très intéressant, publié initialement sur le site de la British Stammering Association, il explique les raisons de cette réussite.

J'espère que ce témoignage sera source d'inspiration pour tous ceux qui se disent : "si seulement je ne bégayais pas..."

Laurent


Le témoignage de Grant :

"En début d’année, j’ai appris que j’avais gagné le prix de conférencier de l’année à l’Université où j’interviens et que je me classais 14ème au plan national, parmi 6000 nominés.

Je fais des cours dans le domaine du multimédia à l’Université de Ballarat, dans l’état de Victoria, en Australie. Au début, j’étais un peu gêné d’être placé à ce rang dans ma propre université face à des collègues hautement qualifiés et estimés. Toutefois, j’ai fini par me dire que je devais le mériter, en particulier lorsque j’ai appris que c’était le résultat des votes des étudiants et que j’avais visiblement établi une réelle connexion avec eux. Mais comment ce résultat a-t-il été possible avec mon bégaiement ? Oui, vous avez bien lu. Je bégaie et pas toujours de la plus belle des façons.

Je donne des conférences et je vis avec un bégaiement visible et très marqué. Celui-ci est parfois très sévère et s’accompagne de grimaces impressionnantes. J’interviens jusqu’à deux heures d’affilée et il est essentiel que je traite le sujet de manière cohérente. La plupart du temps, je bloque, me fige et lutte intensément pour arriver à mes fins. Pourtant, mes étudiants réussissent plutôt bien dans l'ensemble et personne ne s’est jamais plaint de moi. Une fois, j’ai même bégayé vraiment sévèrement devant un inspecteur et j’ai sincèrement cru que c’était la fin de ma carrière. A mon grand étonnement, les résultats de cette inspection ont été très positifs et il était même noté combien mon bégaiement avait amélioré mon enseignement. Amélioré mon enseignement ! Assurément, c’était une plaisanterie et j’ai demandé une clarification mais on m’a confirmé ce constat. J’ai alors eu une révélation et j’ai compris ce qu’il voulait dire. Cela prenait tout son sens. J’étais devenu le conférencier que je suis, avec un style qui m'est propre, à cause de mon bégaiement.

Maintenant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne prends pas du plaisir à bégayer et je travaille constamment pour améliorer ma parole mais, au boulot, tout va bien pour moi. Comment puis-je être à ce point reconnu dans un métier qui repose autant sur la communication? Voici mes réflexions sur le sujet :

  • Ma parole hachée, entrecoupée de blocages et de variations de tonalité empêche la conférence de sombrer dans la monotonie et maintient éveillée l’attention des étudiants;
  • Mes blocages parfois sévères sur certains mots/syllabes amènent les étudiants à se focaliser sur le contenu;
  • Les étudiants connaissent mon problème et voient que je continue pourtant à m’adresser à eux. Cela semble leur inspirer un profond et sincère respect envers moi, et c'est bien sûr réciproque;
  • J’informe toujours la classe de mon bégaiement lors du premier cours et les étudiants respectent cette transparence. Cela permet en général d’installer un cadre propice à l’apprentissage;
  • Comme je sais que les étudiants peuvent parfois avoir des difficultés avec certains concepts que je décris, je complète mes diapos de présentation par des notes plus détaillées;
  • Ma porte est toujours ouverte et les étudiants peuvent venir me voir à tout moment pour avoir une réponse à leurs questions ou clarifier certains points;
  • Pour appuyer mes présentations, mes notes et ma parole bégayante, j’utilise souvent des exemples visuels qui rendent l’apprentissage plus intéressant.


Au final, j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. Je continuerai toujours à essayer d’améliorer ma parole mais c’est bon de savoir que ce n’est pas un souci pour ma carrière. J’explique souvent aux gens que même si le mode de transmission a parfois tendance à se gripper, le message reste clair et véhiculé avec pédagogie."


Merci Grant !

Voici le lien vers l'article original 

14 janv. 2018

Ma parole tournesol

J'ai découvert cette semaine ce témoignage magnifique de Mandy Taylor et j'ai eu envie de le traduire pour le partager avec vous. Son cheminement et la manière dont elle a décidé de changer sa vision du bégaiement sont vraiment enthousiasmants. Bonne lecture !

"Mon bégaiement est ma manière naturelle de parler et bégayer ne limite ni ma parole ni mes conversations. La communication est tellement plus qu’une voix; c’est votre langage corporel, l’expression de votre visage, votre aura. Durant ma longue vie d’adulte, j’ai découvert qu’une attitude d’ouverture vis à vis de mon bégaiement débouche sur des conversations et des opportunités de faire de ma parole un attribut positif dans ma vie sociale et professionnelle.

Récemment, j’ai dû mettre à jour mon CV et me préparer à des entretiens d’embauche parce que j’ai déménagé d’Irlande du Nord et devais trouver un nouveau travail.
J’ai eu plusieurs discussions sur la manière de présenter mon bégaiement durant les entretiens d’embauche. J’ai aussi fait face à des dilemmes tels que : faut-il cocher la case “handicapé” ? Quel est le bon moment et le bon endroit pour annoncer que vous bégayez ? Pouvons-nous demander à un employeur des aménagements sans que cela nous nuise ?

Le problème, c’est que nous sommes tous différents. Chaque bégaiement est unique, de même que nous sommes tous des individus. Ce qui affecte une personne peut ne pas en toucher une autre, et ce qui semble impossible à l’un sera un jeu d’enfant pour l’autre.

Moi, j’ai décidé que mon bégaiement était une chose dont je pouvais être fière. Je n’aurais pas vécu les expériences de ces dernières années si j’avais été une personne fluente. Je me suis donc attelé à mentionner mon bégaiement dans mon CV sans utiliser les mots “je bégaie”.

C’est devenu d’autant plus facile lorsque j’ai commencé à regarder mon bégaiement sous un angle positif. C’est formidable de montrer qu’il est un atout dans mes relations professionnelles. Je peux dire qu’en étant très conscient de ma parole, je suis aussi plus attentif et sensible aux diversités des autres. Lorsque les autres voient qu’à travers nos propres difficultés nous sommes ouverts à accepter les leurs, cela nous rend plus accessible.

Mes contacts avec la British Stammering Association, les conférences et les portes ouvertes auxquelles je participe, mon implication dans les groupes communautaires, montrent que j’ai un bon réseau et que je me démène pour trouver de l’aide et du soutien.

Pour moi, le bégaiement n’a pas handicapé ma vie mais y a ajouté quelque chose. Cela m’a donné des compétences que je n’aurais pas acquises si j’avais été fluente. Cela m’a aussi amenée à m’impliquer davantage auprès de personnes de tout horizon et à repousser mes limites et les objectifs de mon propre voyage intérieur.

Durant mes entretiens, j’ai donc toujours réussi à mentionner mon bégaiement au détour d’une question sur mes forces, talents et intérêts. Jamais d‘une manière négative, jamais sous forme d’excuse. La plupart du temps, l’accueil était positif, les employeurs étaient réellement intéressés et ça ne semblait pas leur poser problème.

Sur le plan social, en vieillissant, je me préoccupe moins de ma parole et de mon degré de fluence. Mes amis et ma famille sont plus à l’aise maintenant que je suis plus ouverte sur le sujet. Je n‘en reviens pas d’avoir gâché tant de mes jeunes années à redouter de dire les choses ouvertement lorsque je me débattais avec les mots.

L’étape décisive a été ma participation à une étude où on m’a demandé de visualiser et de décrire mon bégaiement comme une “chose”. Quelque chose de tangible que vous pouvez voir et toucher.
C’est ce qui a rendu mon bégaiement positif. A ce moment-là, je le voyais comme une mauvaise herbe, un lierre envahissant et étouffant. On avait beau le couper, il était toujours là, prêt à repousser, sauvage et implacable. Je n’aimais pas l’idée de vivre avec cela le reste de mes jours. Alors, j’ai décidé qu’il fallait changer cette mauvaise herbe, que quelque chose devait prendre sa place. Et moi seule pouvais accomplir ce changement. Moi seule pouvais réaliser cela.

Je suis devenue beaucoup plus ouverte, j’ai arrêté d’essayer de “rentrer dans le moule”. Grâce à la BSA, j’ai rencontré de plus en plus de gens qui bégayaient et j’ai réalisé que beaucoup ont ce sentiment négatif et cette peur de leur bégaiement. Je voulais changer cela, je voulais essayer d’amener les gens à croire en eux, leur faire comprendre que, même avec un bégaiement, vous pouvez être ce que vous voulez.

Pour moi, cette mauvaise herbe est maintenant une fleur, un tournesol grand et fier, resplendissant et majestueux. J’ai été soutenue pour en arriver là, je n’aurais pas pu le faire seule. Mais nous devons prendre des risques et saisir notre chance. Nous trébucherons sans doute sur le chemin mais c’est tellement plus gratifiant que d’être étouffés par notre propre silence.

Pour moi, le bégaiement a ouvert des portes. Lorsque vous serez aussi prêts à ouvrir en grand la porte et à franchir le pas, vous découvrirez un monde complètement nouveau, où nous pouvons tous nous dresser comme ces grandes et belles fleurs et sentir le soleil sur notre visage."

Mandy Taylor
Voici le lien vers l'article original.

Traduction Goodbye Bégaiement janvier 2018

19 nov. 2017

Goodbye Bégaiement in English !

Je suis heureux de vous annoncer une nouvelle étape dans mon aventure au pays du bégaiement : la publication de la traduction anglaise de mon livre !

"21 things I wish I had known about stuttering"
(21 choses que j’aurais voulu savoir sur le bégaiement)

Je suis ravi que tout ce que j’ai appris grâce aux anglophones retraverse l’Atlantique, enrichi de mes propres expériences et de celles de tous les francophones que j’ai pu lire ou rencontrer.

Alan Badmington, l’homme qui a changé ma vie, a accepté de rédiger la préface et j’en suis très honoré. En voici une traduction partielle :

“Lire la vie de ceux qui ont rencontré des problèmes similaires aux nôtres donne une vision intéressante de la manière dont ils ont affronté leurs défis et peut être une réelle source d’inspiration. Nous pouvons ainsi découvrir des possibilités insoupçonnées permettant de révéler notre vrai potentiel, pour peu que nous soyons disposés à nous exposer à l’incertitude et au changement.

Les messages importants et variés de ce livre encourageront de nombreuses personnes (et pas seulement celles qui bégaient) à changer leur état d’esprit, afin de vivre des vies plus épanouies. Si ce livre avait existé lorsque j’étais plus jeune, j’aurais été mieux armé pour gérer mon bégaiement plus tôt.

De même que Laurent, j’ai laissé mes peurs (et ma faible image de moi) entraver trop longtemps mon développement personnel. Par conséquent, ma vie était généralement incomplète. J’ai mis très longtemps à réaliser qu’il y avait des voies plus épanouissantes à emprunter. Si nous ne changeons rien, alors rien de différent ne se produira jamais. Notre futur ne sera qu’un renouvellement du passé.

Vivre une vie sécurisante et prévisible nous empêche de découvrir combien nous sommes courageux et extraordinaires. Nous gagnons en force et en confiance chaque fois que nous affrontons nos peurs. Si nous ne nous plaçons pas dans des situations exigeantes, nous continuerons à ignorer nos vraies capacités.

(...) Je vous invite à vous mettre en marche pour vous libérer de la pesanteur des pensées limitantes qui vous retiennent. Comme Laurent et moi l’avons découvert, cela peut être une telle libération ! Quelles que soient les déceptions et les peines que vous avez connues, il n’est jamais trop tard pour devenir la personne que vous avez toujours voulu être.

Alors, qu’attendez-vous ?”

Mais oui ! Qu'attendez-vous ?

Laurent

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P. S : à cette occasion, j'ai créé une version anglophone du blog : Goodbye Stuttering ! Vous la trouverez sur ce lien.



1 oct. 2017

Un monde qui comprend le bégaiement

A l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement, l'International Stuttering Association organise sa 20ème conférence en ligne du 1er au 22 octobre. Des personnes qui bégaient et thérapeutes soumettent des articles et j'ai eu le plaisir que le mien soit retenu. Le thème de cette année est "un monde qui comprend le bégaiement". Grâce à cette conférence, vous ferez le plein d'espoir, d'idées, de découvertes et d'énergie. Vous pouvez commenter les articles, échanger avec leurs auteurs et vous trouverez aussi un forum pour poser vos questions à des professionnels du bégaiement.

Tout est en anglais mais il y a un système de traduction sur le site. En attendant, voici, en avant-première mondiale :-), la version française de mon texte. Bonne lecture !




Un monde qui comprend le bégaiement

Si vous déplorez que le monde ne comprenne pas notre bégaiement, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : le monde a ses propres problèmes et il ne se lève pas le matin pour nous comprendre.

Cette année, une partie de la communauté bègue s’est déchaînée contre un serveur de Starbucks qui s’était moqué du bégaiement d’un client. Pour ma part, j’ai refusé de participer à ce clouage au pilori de l’employé. Je ne pense pas que ce serveur est un être malfaisant et détestable. Il n’avait simplement pas conscience de la souffrance que peut ressentir une personne qui bégaie et de l’incapacité de beaucoup d’entre nous à en plaisanter.

Le monde ne peut pas comprendre que nous ne faisons pas exprès de bégayer.

Le monde ne peut pas comprendre que le bégaiement n’est pas un signe de nervosité ou de manque d’intelligence.

Le monde ne peut pas comprendre la souffrance engendrée par le bégaiement.

Sauf si quelqu'un lui explique… Or, personne ne peut le faire mieux que nous. C’est notre expérience, notre aventure et nous ne devons pas attendre des autres qu’ils nous comprennent spontanément. C’est notre rôle et notre responsabilité de rendre le bégaiement compréhensible. Bien sûr, des associations font un formidable travail de sensibilisation et d’éducation du grand public mais cela ne doit pas nous dédouaner de cette responsabilité, si nous sommes capables de l’assumer.

Toutefois, un préalable est indispensable si nous voulons mener à bien cette éducation. Nous devons nous-mêmes avoir suffisamment progressé pour comprendre :

   • que le bégaiement n’est pas une faute et surtout pas notre faute, que nous ne devons donc pas nous sentir coupables ou honteux,

   • que ce n’est qu’une partie de nous-mêmes, qu’il ne nous définit pas tout entier et que nous avons aussi de nombreuses autres caractéristiques, qualités ou talents.

Si nous ne comprenons pas cela, comment les autres le pourraient-ils ? Si nous n’acceptons pas notre bégaiement, comment l’accepteraient-ils ? Le monde vivra notre bégaiement comme nous le vivrons nous-mêmes. Quand le bégaiement est accepté, il devient acceptable. Le Mahatma Gandhi disait : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Si nous voulons que le monde change d’attitude vis à vis du bégaiement, commençons donc par changer la nôtre.

En effet, changer notre manière de voir et de vivre notre bégaiement a un impact bénéfique sur notre état d’esprit mais aussi sur celui des personnes que nous rencontrons. C’est l’une des étonnantes découvertes que j’ai faites : la réaction des autres n’est pas liée directement à mon bégaiement mais à la manière dont je le vis, à l’image que je leur projette.
Si je le vis avec gêne, ils en éprouvent à leur tour. Au contraire, si je maintiens le contact visuel et leur envoie des signaux rassurants, cela se passe bien. Les réactions de nos interlocuteurs ne sont que le reflet de nos émotions. Essayez de sourire aujourd'hui à tous ceux que vous croiserez, vous serez surpris...

Voilà pourquoi il est essentiel de se débarrasser de toute honte ou culpabilité. Cela vous permettra d’avancer et aura aussi un impact bénéfique sur votre entourage. Vous serez surpris de voir l’influence positive de votre nouvelle manière de vivre votre bégaiement. 

Tout d'abord, cela rassure votre interlocuteur. Dans mon cas, on ne comprenait pas forcément que je bégayais, on avait l'impression que j’étais très stressé, que j'avais des tics… Je me souviens ainsi d’un oral d’anglais que j’avais passé pour un concours d’entrée en école de commerce. Alors que j’étais plutôt bon dans cette matière, je m’étais retrouvé presque incapable de sortir une phrase à l’examinatrice. Elle a pris mes nombreux silences ou répétitions pour des hésitations et un manque de vocabulaire. J’ai eu une note horrible. Il se trouve que le mari de l’examinatrice était mon professeur d’anglais. Lorsque je lui ai parlé de ma note, je lui ai dit : « je n’ai pas compris !», ce à quoi il a répondu « Elle, non plus ! »
Cette examinatrice ignorait que mes hésitations et ma difficulté à parler en anglais n’étaient que la manifestation de mon bégaiement. Quelques mots de ma part auraient suffi pour clarifier les choses et nous mettre à l’aise tous les deux.

Les réactions des autres ne sont en effet souvent pas dues à la méchanceté ou à la bêtise mais à l’ignorance.

De plus, pour beaucoup de gens, le bégaiement est déstabilisant et ils ne savent pas comment se comporter face à une personne qui bégaie. En parler donne à vos interlocuteurs une opportunité pour poser des questions sur le bégaiement. Cela vous permet aussi de présenter les techniques que vous avez apprises et de les mettre en œuvre de manière totalement libérée.

Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, assumer ses bégaiements devant les autres n’est pas très difficile. Il suffit de dire les choses simplement et de commenter l’évidence. Sincèrement, je pense ne jamais avoir vu de compassion lorsque j’en ai parlé mais plutôt de l’intérêt. L'incompréhension peut même se transformer en une sorte d’ « admiration » sur le fait que vous arrivez « quand même » à surmonter votre bégaiement pour faire des études, avancer dans une carrière, etc.

Cette démarche de transparence est ainsi un précieux sésame dans les situations qui nous font peur : les interrogations orales, le téléphone, l’entretien d’embauche,…

Les moqueries cessent quand un enfant fait un exposé en classe sur le bégaiement.

De l’autre côté du téléphone, vos interlocuteurs font preuve de compréhension lorsque vous les informez que vous bégayez.

L’examinateur ou le recruteur font la part des choses lorsque vous les prévenez que certains mots auront du mal à sortir du fait de votre bégaiement.

Voici quelques années, j’ai postulé pour un poste de responsable marketing dans une grande entreprise. A chaque entretien (cabinet de recrutement puis Responsable des Ressources Humaines puis futur responsable hiérarchique) j'ai dit que je bégayais. Je savais qu’en situation de fort stress le bégaiement pouvait revenir m’embêter et j’ai préféré prendre les devants. Cela n'a posé aucun problème : mes interlocuteurs m'ont remercié pour ma franchise et cela a permis de détendre l'atmosphère. Ils ont pu voir aussi que cela ne m'avait pas gêné pour faire un parcours professionnel intéressant. Résultat : j'ai obtenu le poste… Que j’ai finalement refusé mais c’est une autre histoire.

Depuis, je n’ai jamais cessé d’appliquer cette stratégie. Pour mon plus grand bonheur.

Ainsi, lorsque j’ai rencontré ma future épouse, plutôt que de chercher à masquer mon bégaiement pour être « comme les autres », j’ai pris le parti de lui révéler tout de suite et d'expliquer comment je le vivais. C’est sans doute l’une des décisions les plus intelligentes de ma vie. Cela m’a permis d’être moi-même et d’avancer sans la crainte d’être « démasqué ».

Aujourd’hui, nous sommes mariés et avons trois adorables enfants.

Et je vis dans un monde qui comprend le bégaiement.

Laurent

8 mars 2017

Au professeur qui m'a donné la confiance de bégayer

L'entourage des personnes qui bégaient s'interroge souvent sur l'attitude à adopter. Faut-il feindre l'indifférence, consoler, protéger, encourager ?

J'ai trouvé une réponse magnifique. Il s'agit d'une lettre de remerciement adressée par Makenzie, une jeune fille qui bégaie, à son professeur. Le comportement qu'elle décrit est un modèle d'accompagnement bienveillant. A partager et afficher dans toutes les écoles !

"Tout au long de cette année, mon professeur n'a cessé de gérer mon bégaiement avec énormément d'élégance, de patience et de gentillesse. Lorsque je lui parlais, il n'a jamais - jamais - détourné le regard, ne serait-ce qu'une seconde. Il souriait toujours et hochait la tête d'une façon qui donnait le sentiment qu'il n'y avait rien d'anormal dans la manière dont je parlais. Il me mettait à l'aise. Il n'a jamais pris mon bégaiement en pitié mais m'a plutôt gentiment poussé à me fixer de nouveaux défis. Il écoutait toujours avec attention, patience et intérêt, quel que soit le temps que je mettais pour poser ma question. 

Surtout, il ne m'a jamais dispensée de faire ce que je craignais le plus; il m'a plutôt donné la confiance de le faire.

Je devais toujours faire les présentations et les exposés et je lui en suis infiniment reconnaissante. Si je n'avais pas été amenée à le faire, je sais que je ne l'aurais jamais fait. Je n'aurais jamais appris et progressé autant si je ne m'étais aventurée aussi loin de ma zone de confort. Avant mes exposés, il m'a toujours encouragée à prendre mon temps et à avoir confiance dans ce que j'avais à dire. Et quand je faisais face à la classe, je pouvais toujours compter sur le fait qu'il se tiendrait au fond de la salle avec un sourire sur le visage.

A mon professeur de Seconde, si jamais vous lisez ceci, merci. Merci d'avoir été si gentil et surtout merci de m'avoir donné la confiance de bégayer."

J'espère que cet exemple sera une source d'inspiration pour beaucoup d'enseignants et de parents.


3 janv. 2017

Goodbye 2016 !

2016 se retire en me laissant deux nouveaux beaux souvenirs de mon voyage au pays du bégaiement.

Le premier est la rédaction de mon livre "Goodbye Bégaiement - guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement". J'avais ce projet en tête depuis longtemps et je suis content de l'avoir enfin réalisé. J'espère qu'il donnera sourire et espoir à ceux qui le liront... En attendant le tome 2 :-)

Le deuxième est ma participation à la journée annuelle de l'Association des Bègues du Canada à Montréal. Pour le coup, si vous souhaitez faire le plein de sourire, d'espoir et de convivialité... Réservez tout de suite votre billet pour l'année prochaine !

En attendant, pour vous encourager dans vos résolutions de début d'année, je vous ai traduit, avec son autorisation, les paroles de sagesse adressées par Alan Badmington aux membres d'un forum anglophone. 
Pour mémoire, Alan a bégayé durant presque 50 ans avant d'entreprendre un voyage réussi vers la fluidité de parole. Il est devenu un orateur recherché et nous offre régulièrement de précieuses réflexions sur son parcours. Voici ce qu'il a partagé pour 2017 :

"Avec les années, je suis de plus en plus conscient que le temps que nous passons sur cette planète est relativement limité. Réaliser que nous ne pouvons pas revenir en arrière m'a permis d'apprécier la nature précieuse de chaque minute mise à notre disposition.

J'ai laissé mes peurs (et l'image étriquée que j'avais de moi) inhiber mon développement personnel pendant plus d'un demi-siècle. En conséquence, ma vie était, de manière générale, inaccomplie.

Cela m'a pris du temps pour découvrir qu'il y avait des chemins plus gratifiants à emprunter. Si nous restons dans le statu quo, rien de différent ne pourra se passer. Notre futur sera simplement une reconduction du passé.

En 2000, je me sentais insatisfait par certains aspects de ma vie, alors j'ai décidé d'examiner les croyances/comportements qui produisaient ces résultats insatisfaisants. Lorsque j'ai identifié les choses qui me ne me faisaient pas du bien, j'ai choisi de les abandonner au bénéfice d'autres qui me permettraient de suivre un mode de vie beaucoup plus épanouissant.

Certains savent ce qu'ils devraient faire pour améliorer leur existence mais justifient leur inaction en prétextant être insuffisamment préparés pour aborder ce changement. Ils se promettent d'y remédier quand ils seront mieux outillés.
Mais, comme nous le savons, demain n'arrive jamais et hier ne revient jamais. Si nous sommes convaincus de nos limites, ne soyons pas surpris qu'elles deviennent réalité et empêchent notre progression/développement.

La citation suivante (attribuée au cardinal Newman, théologien anglais - 1801 - 1890) résume cela admirablement :
"On ne ferait jamais rien si l’on attendait de le faire assez bien pour que personne n’y trouve à redire."

Il est important de comprendre que, lorsque nous essayons quelque chose de différent, nous ne devons pas nous attendre à être parfaits. Ce n'est pas ainsi qu'on apprend des nouveaux comportements. Observez un enfant essayer de marcher pour la première fois et vous comprendrez ce que je veux dire. La partie la plus importante (et gratifiante) de l'expérience est d'affronter des revers et de développer alors aptitudes et confiance pour progresser jusqu'à l'étape suivante.

Quand nous entrons dans l'automne de notre vie, les actions que nous regrettons le plus sont celles que nous n'avons pas entreprises. Je n'ai certainement pas l'intention de me présenter devant mon Créateur avec une "to-do-list" inachevée.

Alan."


Je vous souhaite à mon tour une bonne et heureuse année et je ne formulerai qu'un souhait : qu'elle nous apporte le courage et le plaisir d'être nous-mêmes.



Laurent

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