9 nov. 2009
Bienvenue sur l’île de la Fluidité (Fluency Island)
J'ai moi-même assisté à une de ces réunions et j’ai détesté le côté "alcooliques anonymes", le jus d’orange tiède dans les verres en plastique dans une salle communale sinistre, l'impression de ne rien avoir à faire là... Chacun a présenté son parcours, ses craintes, nous nous sommes aperçus que nous rencontrions les mêmes problèmes, nous nous sommes plaints de la réaction des autres… Utile pour sortir ce que l'on a sur le coeur et trouver une écoute mais après ?
J'étais reparti déçu et je m'étais dit que je participerais à ces réunions si l'objectif était de partager des expériences positives, des prises de conscience ou découvertes qui ont permis d'avancer sur la voie de la fluidité. Bref, un lieu d'échanges pas seulement de ses petits malheurs mais aussi de ses réussites, un groupe de soutien et d'encouragement de ceux qui font quelque chose pour s'en sortir.
J'avais mis cela dans un coin de ma tête jusqu'à ce que, voilà quelques jours, je recoive la réponse à ce vœu secret. Et oui, un tel groupe existe… à l’île Maurice.
J'ai en effet reçu un courriel de Jim Caroopen qui m'expliquait être membre d'un groupe de parole créé en 2005 et toujours actif. Un peu loin pour en profiter me direz-vous… Et bien justement, non ! Pour marquer les 4 années d’existence de la création de ce groupe, ils ont créé un magazine pour partager leur expérience et leur parcours. II s'agit d'un recueil de témoignages, de réflexions et d’idées de toutes les personnes qui ont participé à ce projet mais aussi de correspondants issus du monde entier, des « activistes du bégaiement » australiens, anglais, indiens, allemands, japonais, chinois, néo-zélandais… et français !
J’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce magazine et j’ai été impressionné par le dynamisme et l’état d’esprit positif qui se dégageaient de ces pages.
Séduit et intrigué, j'ai demandé à Jim de m'en dire un peu plus sur le fonctionnement de son groupe, sur le déroulement des séances et sur les conseils qu'il pourrait donner. Il m'a répondu très gentiment et c'est un grand plaisir de vous livrer aujourd'hui son témoignage, en espérant que cela vous inspirera.
Je vous mets le lien vers le magazine à la fin du post.
Bonne lecture.
« Cher Laurent,
Je te remercie pour tes courriels et ton intérêt pour notre groupe de parole.
Nos activités sont intimement liées à l’histoire du groupe et à deux rencontres importantes que nous avons fait, notamment avec Mark Irwin en 2005 et avec Anne-Marie Simon en 2007.
Nous avons rencontré Mark Irwin en septembre 2005, et il a partagé avec nous sa vision et son expérience sur la sortie du bégaiement ; et il nous a transmis quelques techniques – que nous avons utilisés jusqu'à fin 2007. (Juste pour rappel, Mark Irwin était à l’époque le président de l’International Stuttering Association, et c’est lui qui nous a encouragé à lancer un groupe de parole dans l’île.)
Le maître mot de son message était d’oser aller de l’avant et de ne pas avoir peur parler du bégaiement. Nous en parlions d’abord entre nous, dans notre groupe de parole, puis graduellement avec les autres autour de nous, en commençant par les plus proches.
Cela nous permettait d’avoir plus confiance en nous, et d’amorcer une brèche dans le tabou autour du bégaiement dans notre île.
Les techniques que Mark nous a apprises étaient très simples, mais diablement utiles pour nous :
- Faire la lecture à débit lent
- Prendre conscience de notre respiration, et de son importance dans l’acte de parler
- Prendre confiance en soi graduellement, en faisant un petit effort chaque jour (ex. aller à la boutique du coin, parler à une personne que l’on ne connais pas…)
- Accepter le fait que l’on est une personne bègue, et que l’on ne pourra (peut-être) jamais s’en défaire à 100%
- Pratiquer des séances de relaxation en groupe.
Puis en mars 2008, Anne-Marie Simon est venue pour animer un Stage Thérapeutique Intensif d’une semaine. Pendant ce stage, nous avons appris quelques techniques plus élaborées, tels que :
- L’ERASM
- Le parler rythmé
- Les jeux de rôles
- Des exercices vocaux
(Pour être précis, Anne-Marie Simon est venue deux fois à l’île Maurice : en juin 2007 pour une visite de deux jours, et en 2008 pour le Stage.)
Surtout, Anne-Marie nous a fait prendre conscience de l’importance de la communication : comment entrer en communication avec l’autre, plutôt que de nous focaliser sur la manière dont nous parlons ; l’importance de la communication non-verbale (que les personnes bègues ont tendance à négliger) ; et l’importance de s’assumer en tant que personne bègue, sans que cela soit vécu comme un obstacle pour vivre pleinement, et faire ce dont noue rêvons.
Donc, après le stage thérapeutique, nous avons continué à travailler les techniques qu’elle nous a apprises, et à approfondir notre acceptation de notre état de personnes bègues.
Nos rencontres sont empreintes de convivialité, avec une pause pour partager un léger casse-croûte. Nous essayons de le vivre surtout dans une grande amitié.
Nos réunions ne se tiennent pas pendant toute l’année. Par exemple, en 2005 nous avons eu un dizaine de réunions hebdomadaires ; et en 2006 et 2007 une quinzaine de réunions hebdomadaires.
A partir de 2008, nous tenons des réunions mensuelles. Pour 2009, nous avons tenu des réunions de janvier à septembre uniquement.
Qui anime les réunions ? D’une manière générale, c’est une animation collégiale, avec quelques membres qui prennent un peu plus de responsabilités que d’autres.
Un conseil que je donnerais aux membres des groupes de parole ? Ce serait de les encourager à travailler en étroite collaboration avec les orthophonistes. Certes, il faut des moments où les personnes bègues se retrouvent entre elles ; mais il est essentiel d’avoir de temps en temps un(e) orthophoniste pour faire un suivi thérapeutique, une évaluation, et peut-être donner des indications personnalisées à chacun.
Les pièges à éviter : bien se connaitre avant de se lancer dans des projets a long terme, comme la création d’une association. Début 2007 nous avions établi une collaboration de ce type avec un groupe de parents – mais sans vraiment prendre le temps de connaître les motivations de chacun. Résultat : après une période de grâce au début, ce fut l’éclatement, et notre groupe de parole a même failli disparaître ! Mais heureusement, nous avons pu remonter la pente grâce à la solidarité et la cohésion au sein du groupe.
Jim Caroopen ».
Voilà pour le témoignage de Jim. Comme promis, je vous mets le lien vers le magazine « Fluency Island ». Je vous recommande particulièrement l‘article de Deborah Plummer et les conseils de Mark Irwin, qui raconte comment il a surmonté son bégaiement.
Je suis également tombé en arrêt sur cette jolie définition de la « guérison », donnée par George Dabb : « Arrêter de bégayer, c’est penser en idées et non plus en mots. »
Je n'en dis pas plus et je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même vos propres pépites…
Ah ! Si, quand même : si vous souhaitez interroger Jim, laissez un commentaire, ça nous fera plaisir à tous les deux ! Lire la suite...
1 nov. 2009
Témoignage d'un ancien bègue : Alan Badmington
Avec le post d’aujourd’hui, je vais tenir deux promesses :
1.Quand j’ai rédigé le billet « itinéraire d’un bègue », qui pouvait sembler assez noir, je terminais en disant qu’il y avait des exemples de personnes qui avaient eu des déclics et avaient réussi à inverser le processus. C’est le cas d’Alan Badmington.
2.Certaines personnes m'ont demandé si je pouvais donner des exemples de personnes ayant vaincu leur bégaiement. C’est le cas d’Alan Badmington.
Les témoignages d’anciens bègues sont rares et celui d’Alan est l’un des premiers que j’ai découvert, voilà quelques années. Il m’a beaucoup marqué et je le relis souvent. Parce qu’Alan a un véritable talent de conteur (difficile de décrocher de son récit lorsqu’on a commencé à le lire) et parce que son histoire est une très belle aventure humaine et un formidable message d’espoir pour tous les bègues.
Alan est gallois. Il a connu un parcours classique dans lequel vous vous retrouverez sûrement : bégaiement apparu à l’âge de 3 ans, premières difficultés majeures vers 11 ans, lorsqu’il a dû dire son nom devant 30 autres élèves qu’il ne connaissait pas, problème avec certains mots et face à des inconnus ou des figures d'autorité, premier évitement avec le refus de lire en classe un texte qui contenait des mots redoutés... Ayant acquis le sentiment qu’il aurait toujours des difficultés, Alan avait fini par parler peu en choisissant ses mots. Il était frustré et obsédé par le bégaiement, il avait le sentiment constant d’être jugé...
Grâce à ce parcours sans fautes, son bégaiement s'est transformé en un sévère handicap à l'âge adulte. Devenu policier, il dessinait des croquis quand quelqu’un lui demandait une direction, pour éviter de bloquer sur le nom d'une rue. Cantonné dans des tâches administratives après avoir été incapable de prêter serment et de témoigner lors d’un procès, il a décidé d'utiliser un appareillage électronique, appelé l’Edinburgh Masker. Grâce à celui-ci, il a repris confiance. Mais un jour l’appareil est tombé en panne au beau milieu d’un discours pour le départ en retraite du constable en chef...
Il exprime très bien comment, au fur et à mesure de son parcours de bègue, il a acquis peu à peu certaines certitudes, certaines croyances négatives et limitantes et comment il s’est enfermé dans le cercle vicieux du bégaiement. Comme beaucoup de bègues, Alan était convaincu :
- qu’il ne pourrait jamais parler en public,
- qu’il ne pouvait pas prononcer certains mots,
- qu’il ne pourrait jamais vaincre le bégaiement,
- qu’il ne pourrait jamais réussir professionnellement à cause de son bégaiement...
Pour expliquer l'impact de ces croyances et de nos perceptions sur notre parole, il prend l’exemple du témoignage qu’il a dû faire devant la Cour, en décortiquant toutes ses pensées avant, pendant et après l’événement. Cette démonstration concrète sur une situation vécue est absolument fascinante (à partir de la page 10). Vous comprendrez pourquoi dans deux situations apparemment similaires, il a bégayé dans un cas et pas dans l’autre. Il raconte aussi avec un humour très britannique comment s'est déroulée la cérémonie des voeux pour son mariage.
Au fur et à mesure de son récit, vous découvrirez comment il a fini par inverser le processus et par vaincre son bégaiement, comment il a élargi progressivement ses « zones de confort », comment il a décidé de voir les situations nouvelles comme des expériences d'apprentissage plutôt que comme des difficultés, comment son image de lui-même s'est améliorée, comment cela lui est devenu de plus en plus facile de communiquer, allant même jusqu'à enchaîner des interviews à la radio et à la TV et à remporter plusieurs prix dans des concours d'éloquence !
Son témoignage sera aussi, je le pense, très intéressant pour des non-bègues. Car chacun se fixe des limites, chacun a des croyances sur ce qu’il est capable ou non de réussir. Ces croyances sont limitantes car elles créent le script à partir du quel nous jouons nos vies. En prendre conscience permettra à chacun de progresser et de réaliser la prophétie de Thomas Edison : « si nous faisions toutes les choses dont nous sommes capables, nous nous épaterions » !
Je vous laisse donc en compagnie d'Alan. La traduction du texte original a été réalisée par le canadien Richard Parent, grâce à qui vous avez pu déjà découvrir les textes de John Harrison. Je le remercie de me l'avoir envoyée pour que je puisse vous la faire partager.
Bonne lecture et n'hésitez pas à réagir.
Le témoignage d'Alan Badmington : « le bégaiement n'est pas qu'un problème de parole » (fichier pdf)
22 oct. 2009
Les réponses à vos questions
Depuis deux semaines, sur mon blog et ceux d'Alexandre et Olivier, vous avez pu poser vos questions au Docteur Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel, médecin phoniatre, spécialiste du bégaiement.
Elle nous avait promis ses réponses pour le 22, journée mondiale du bégaiement, et la promesse est tenue. L'exercice était difficile car il lui était bien sûr impossible de traiter des cas personnels à partir d'un simple e-mail. Elle vous fait donc partager son expérience mais aussi sa propre sensibilité pour vous guider au mieux et sans langue de bois dans votre compréhension du bégaiement et votre thérapie.
Vous trouverez les premières réponses sur les blogs d'Olivier et d'Alexandre.
Bonne lecture
Laurent
16 oct. 2009
Des livres pour aider les enfants qui bégaient
Dans mon dernier billet, je vous ai parlé de la marmite du bégaiement . Et bien, je peux vous confirmer qu’en ce moment elle bouillonne !
En effet, à l’occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement (plus de détail sur cet événement sur le site de l’APB), des conférences en ligne sont organisées jusqu'au 22 octobre sur le site de la « Stuttering Home Page » hébergé par l’Université du Minnesota.
Des orthophonistes, des bègues ou des membres d’associations postent des articles sur des sujets divers et variés. Vous pouvez réagir en ligne et l’auteur vous répond.
Vous y trouverez une mine d’informations sur les dernières thérapies, des témoignages de personnes bègues et des initiatives intéressantes (si vous ne comprenez pas l’anglais, vous pouvez cliquer en bas de chaque page pour lancer un service de traduction).
Une initiative a tout particulièrement retenu mon attention. Il s’agit de petits livres créés par deux orthophonistes américains, Craig Coleman and Mary Weidner, qui travaillent à l’hôpital pour enfants de Pittsburgh.
Ces livres ont pour but d’aider les orthophonistes et les parents à donner des conseils à l’enfant de manière concrète et ludique.
D’après leur expérience, la participation des enfants et leur assimilation est bien meilleure lorsque l’on passe par le jeu (là, je dois mettre un bémol : ça ne marche pas à tous les coups. La semaine dernière, j’ai essayé de faire jouer mes enfants à ranger leur chambre et ça a été un bide retentissant :-)).
Le premier livre qu’ils ont rédigé s’adresse à des enfants de 2 à 8 ans. Son objectif est d’apprendre à l’enfant à réduire son débit tout en gardant une manière de parler normale.
Pour cela, ils mettent en scène Tarby, une petite tortue qui se déplace en fusée.
Toujours pressée, Tarby apprend au fil de l’histoire que les gens ont du mal à la comprendre lorsqu’elle parle trop vite. Elle découvre aussi que faire les choses trop rapidement n’est pas forcément le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs.
Comme je suis sympa, je vous ai fait un petit résumé de l’histoire pour que vous compreniez bien l’esprit. Vous êtes prêts les enfants ? (là, vous devez crier devant votre écran : Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii) Alors écoutez bien Tonton Laurent.
« Tarby, la tortue volante, est très excitée car elle va fêter son 4ème anniversaire. Elle est tellement pressée qu’elle va y aller en fusée. Mais, catastrophe ! Elle est allée tellement vite qu’elle se retrouve coincée dans les branches d’un arbre !
Elle demande aux autres animaux de l’aider mais parle tellement vite qu’ils ne la comprennent pas. Elle va donc apprendre à parler plus lentement pour que les autres animaux puissent l’aider à se dégager de son arbre.
C’est tout d’abord Germaine la Girafe qui vient à sa rescousse.
- Et bien Tarby, tout d’abord, pour parler moins vite, tu ne dois pas utiliser des phrases trop longues. Tu dois les découper en parties plus courtes…
Les amis, est-ce que vous pouvez aider Tarby à découper les phrases suivantes en petites parties (si vous suivez, vous devez crier de nouveau : « Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ») ?
Les girafes sont / les plus grands animaux / sur terre.
Les girafes ont / dans leur bouche / une langue rose et noire.
Les girafes peuvent dormir / debout
Les girafes ne mangent pas / les gâteaux d’anniversaire.
Tarby est enchantée et parle désormais en découpant ses phrases, par ex :
Merci Germaine / et les amis / vous avez fait du bon travail / en m’apprenant / comment découper / mes phrases / en petites parties.
Le guépard apprend ensuite à Tarby à faire des pauses entre chaque portion de phrase. Par exemple :
Les guépards n’ont pas besoin de fusée () sur leur dos () pour aller vite !
Enfin, c’est le cochon qui lui apprend à parler seulement lorsque c’est son tour (là, j’ai moins compris l’intérêt, si vous avez une idée, ça m’intéresse). Et le livre se termine avec Turby qui met en œuvre les trois recommandations. The End. »
Franchement, j’ai trouvé ça très sympa. Les images sont jolies, les personnages rigolos et tout est bien amené.
Au début l’adulte doit parler très vite pour restituer le débit rapide de Tarby. Ensuite, il doit proposer à l’enfant d’aider Tarby à s’exercer en lui montrant où découper sa phrase et où faire des pauses.
Craig et Mary envisagent de poursuivre la collection en abordant d’autres aspects du bégaiement comme les réactions négatives, l’évitement ou la réduction des tensions.
J’ai proposé aux auteurs mes services pour traduire ces livres. Je vous tiens au courant.
Le lien vers l’article original
Vous trouverez aussi le PDF ICI.
Rappel : à l’occasion de cette Journée Mondiale du Bégaiement, vous pouvez, jusqu’au 22 octobre, poser vos questions par mail au Dr Monfrais-Pfauwadel
9 oct. 2009
Bégaiement : une spécialiste vous répond !
Dernière minute ! Le Dr Monfrais-Pfauwadel a participé aujourd'hui (15/10) à l'émission "La tête au carré" sur France Inter pour parler... du bégaiement. Cliquez ICI pour (ré)écouter l'émission.
A l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement du 22 octobre, en collaboration avec les blogs Parole de Bègue et Un Olivier sur un Iceberg, nous vous invitons à poser vos questions, dès maintenant, sur le bégaiement, en commentaire ou par email.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bégaiement, nous allons essayer d'y répondre, avec l'aide d'une spécialiste émérite.
A journée exceptionnelle, dispositif exceptionnel ! Le Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel est médecin phoniatre, spécialiste du bégaiement, enseignante en phoniatrie et en orthophonie. C'est une figure emblématique du corps médical, qui fait référence lorsqu'il s'agit de parler bégaiement. Elle a accepté de nous aider à répondre à vos questions pour vous faire bénéficier de son expérience et des dernières avancées sur le sujet.
Soulignons que le Dr Monfrais-Pfauwadel est aussi mère d'enfants ayant bégayé ; elle est non seulement experte, mais aussi entourée de personnes souffrant ou ayant souffert du bégaiement.
Vous pouvez laisser vos questions en commentaires sur ce post ou les envoyer à cette adresse email : questionsjmb@gmail.com
Les questions seront ensuite synthétisées (une seule réponse pour des questions similaires) et traitées, puis les réponses seront mises en ligne.
Et rappelez-vous : il n'y a pas de questions idiotes !
5 oct. 2009
Le monde merveilleux du bégaiement
Si vous bégayez et êtes en quête de réponses, je vais vous expliquer aujourd’hui pourquoi vous avez des raisons d’être optimiste.
En quelques années, l’information disponible sur le bégaiement a connu un véritable bouleversement. Elle est passée d’une poignée d’ouvrages confidentiels pour initiés à des milliers de textes ou d’échanges accessibles en quelques clics.
Et avec cette démultiplication de l’information, nous avons assisté à un tournant majeur dans l’approche du sujet et à la mise en place d’une véritable dynamique.
Il y a quelques années en effet, lorsque j’ai commencé à fureter sur la toile, j’attendais beaucoup de l’essor d’Internet et du foisonnement de ressources et d’échanges que j’y trouverais. Ma déception a été à la hauteur de mes attentes.
Je ne tombais que sur des témoignages de bègues racontant leur parcours chaotique et leur souffrance, quelques aveux d’ignorance et d’impuissance d’orthophonistes, deux ou trois méthodes d’anciens bègues accessibles en échange d’un gros chèque et des débats houleux et stériles entre partisans de telle ou telle thérapie. J’avais l’impression de me promener dans une cour des miracles emplie de mendiants, de bonimenteurs et de coupe-jarrets…Triste spectacle…
Entre propos déprimants et propositions mercantiles, ma déception et ma frustration étaient donc énormes. Il me semblait que rien n’avait changé depuis mon enfance et mon adolescence sauf qu’en plus, pour paraphraser Shakespeare, « il y avait quelque chose de pourri au royaume du bégaiement ».
Et puis j’ai découvert des sites canadiens et américains qui diffusaient des textes intéressants et grand public sur le sujet et surtout publiaient les témoignages de personnes qui s’en étaient sortis.
Et puis sont apparus les blogs d'Alexandre et d’Olivier. Pour la première fois, des bègues français partageaient leurs doutes et leur expérience mais aussi essayaient d'informer et de fédérer largement sur le sujet du bégaiement, relayant les bonnes initiatives et les dernières découvertes.
Grâce à eux, j’ai alors découvert que, par delà le côté « obscur », il y avait aussi un certain nombre de « justes », anciens bègues ou thérapeutes, qui travaillaient ensemble pour mieux faire connaître ce qu’était le bégaiement et partager et relayer des enseignements nouveaux ou des découvertes scientifiques liées à ce sujet complexe.
Oui, il y avait des personnes qui travaillaient bénévolement pour aider les personnes bègues et qui partageaient leurs informations sans arrière-pensée mercantile !
Oui, les choses bougeaient dans le monde du bégaiement et certains parlaient même d’espoir en évoquant des thérapies comportementales ou des avancées scientifiques !
Oui, il était possible d’avoir des échanges apaisés et constructifs sur le sujet !
Cela m’a regonflé et j’ai eu à mon tour envie de créer mon blog pour m’associer à ce mouvement positif et relayer cette dynamique.
Au début, je craignais un peu, je l’avoue, la réaction du « monde » Internet du bégaiement. Je n’avais rien d’autre à proposer que ma bonne volonté, mon histoire sans doute intéressante mais pas forcément universelle et le fruit de mes recherches documentaires. Ma surprise a été à la hauteur de mes craintes.
Tout d’abord, Olivier et Alexandre ont réagi aussitôt en relayant mes premiers articles sur leur blog. Je craignais bêtement qu’ils me voient comme un « concurrent » et aient un peu de méfiance vis à vis de ce nouvel acteur. C’est au contraire une réaction enthousiaste et bienveillante qui m’a accueilli et c’est à eux que je dois le début de fréquentation de mon blog, ainsi qu’à Daniel, de l’APB qui a aussi très rapidement mis un lien sur son site.
Ensuite, c’est presque incrédule que j’ai vu d’éminents spécialistes comme François Le Huche ou Marie Claude Monfrais-Pfauwadel déposer des commentaires sur mes articles, alimentant ainsi mes thématiques et les éclairant de leur expérience et de leur rigueur scientifique.
Encouragé par ces premières réactions, je me suis alors tourné vers le monde anglo-saxon et j’ai pris contact avec la « Stuttering Foundation of America », une institution du bégaiement, sans grand espoir quant à l’intérêt qu’elle me porterait. Je me sentais un peu comme un plongeur amateur proposant à l’équipe Cousteau de participer à leur prochaine expédition sous-marine…. Et là aussi, surprise ! C’est Jane Fraser en personne, la présidente, qui m’a répondu avec gentillesse et en français (elle a vécu en France). Elle m’a remercié (remercié !) pour mes traductions et encouragé à continuer. Vous ne pouvez pas imaginer la pêche que cela m’a donnée.
Et le miracle continue. Dernièrement, j’ai pris contact avec Richard Parent, le traducteur de John Harrison. Là aussi la réponse a été immédiate. Il m’a envoyé ses dernières traductions en format PDF et m’a dit qu’il me mettrait en destinataire des prochaines pour que je vous les fasse partager.
Oui, il y a des personnes bègues ou non bègues, scientifiques ou amateurs, qui travaillent sur le bégaiement, partagent sans réticence leurs connaissances et accueillent à bras ouverts toutes les bonnes volontés.
Cet état d’esprit constructif et collaboratif me fait penser à l’Astronomie. Vous avez d’un côté des astro-physiciens émérites et professionnels et de l’autre des astronomes amateurs mais dont la contribution est importante car ces milliers de vigies qui scrutent le ciel avec passion aident à découvrir des astres ou des phénomènes nouveaux. Les scientifiques officiels ne les regardent pas avec condescendance mais les considèrent comme de véritables partenaires qui contribuent à une meilleure connaissance de l’univers.
L’univers du bégaiement n’est peut-être pas infini mais il est complexe. C’est pour cela que ce mouvement positif dont je parlais est si rassurant. Cette ouverture d’esprit, cette générosité, cette acceptation de spécialistes du langage de partager et de travailler avec des amateurs sont les meilleures choses qui puissent nous arriver.
Et c’est pour cela aussi qu’il est si important que les lecteurs de passage commentent nos articles, y ajoutent leur témoignage. Le forum Paroles de bègues et le blog d’Olivier sont devenus des références, des mines d’information consultées par les spécialistes et les étudiants en orthophonie. Grâce à eux, ces étudiants en savent sûrement dix fois plus sur le bégaiement et la vie d’un bègue qu’il y a quelques années.
Le web est ainsi devenu une gigantesque base de connaissances du bégaiement, une cuisine en ébullition où marmitons et grands chefs se côtoient, chacun goûtant le plat de l’autre, faisant des suggestions et perfectionnant ainsi les recettes. Et vous avez le droit de ne pas goûter à tout, vous avez le droit de ne pas aimer certains plats. Libre à vous de composer votre menu à la carte en choisissant ce qui vous semble bon pour vous !
Alors, fouinez, furetez, soyez curieux, je suis sûr que vous tomberez forcément sur des témoignages et des conseils qui vous « parleront » et vous aideront à avancer. Et si vous voulez vous lancer et apporter votre contribution, n’hésitez pas ! Vous ne pouvez pas vous imaginer combien il est enrichissant et combien cela fait du bien de participer à une si belle aventure. Il y a beaucoup à apprendre mais aussi beaucoup de territoires inexplorés et de la place pour des Galilée, des Marco Polo ou des Neil Armstrong du bégaiement !
Richard Parent vient justement d’ajouter à la carte trois nouvelles traductions de John Harrison. Vous y accéderez en cliquant sur les liens ci-dessous . Il s’agit de :
Le pouvoir de l’observation
Avoir du plaisir c’est plus important que vous croyez
Etre ou ne pas être bègue
Bonne dégustation et je vous rassure : vous n’avez pas besoin de tout avaler. Vous avez même le droit de recracher si vous n’aimez pas !
P. S : C’est la première fois que je teste la mise en ligne de PDF sur mon blog. Dites-moi si ça marche sur vos navigateurs !
30 sept. 2009
66 jours pour changer
Juste après avoir publié mon billet « ne vous découragez pas ! » sur la longueur de tout apprentissage, les rechutes inévitables et l’importance de persévérer, je suis tombé sur une étude sur le temps nécessaire pour qu’un nouveau comportement devienne automatique et se transforme en habitude.
En clair, si vous avez décidé de faire un exercice d’articulation ou de yoga chaque matin ou bien si vous avez pris la résolution de vous exercer chaque jour à passer un appel téléphonique ou bien encore de ne pas perdre le contact visuel avec votre interlocuteur lorsque vous bégayez, quel temps cela vous prendra-t-il pour le faire naturellement et automatiquement ?
Jusqu’ici, il n’y avait pas vraiment de référence sur ce sujet. La seule connue était celle d’un certain Dr Maxwell Maltz, chirurgien esthétique, qui avait noté que ses patients amputés mettaient en moyenne 21 jours pour s’adapter à la perte de leur membre. Comme le note avec humour l’auteur du post : « à moins que vous envisagiez de vous scier un bras dans les prochains jours, cette information ne vous sera pas forcément utile...»
L’étude qui fait l’objet du post est plus intéressante. Elle a été publiée dans l’European Journal of Social Psychology. Phillippa Lally et ses collègues de l’University College London ont suivi 96 personnes qui avaient decidé de prendre une bonne résolution telle que de manger un fruit au déjeuner ou de faire un footing de 15 minutes chaque jour.
Et ça confirme ce que nous savons tous. D’une part, plus vous répéterez régulièrement un comportement, plus celui-ci aura tendance à s’automatiser et d’autre part, ça ne se fait pas en 3 jours… Mais ce qui est intéressant, c’est que cette étude a permis de déterminer le temps moyen nécessaire pour former une habitude. Et ce temps moyen est de - roulements de tambour......... suspense...... (enfin pas tant que ça puisque la réponse est dans le titre de mon post)...... - 66 jours !
Bien sûr, c’est une moyenne et tout dépend de votre motivation et de la complexité du comportement que vous souhaitez acquérir. Mais enfin, si vous avez décidé de faire un exercice de respiration abdominale chaque matin ou d’utiliser le bégaiement volontaire au moins trois fois par jour, sachez qu’il vous faudra le faire pendant au moins deux mois avant de vous décourager et de dire que ça ne marche pas !
La bonne nouvelle est que si vous oubliez une fois votre bonne résolution, cela n’aura pas d’impact sur la formation de l’habitude. Vous avez donc un droit à l’oubli ou à une petite incartade de temps en temps !
Reste maintenant à choisir sa résolution. J’ai calculé : 66 jours cela nous mène au 5 décembre. On prend rendez-vous ?
Le lien vers l’article original
25 sept. 2009
Ne vous découragez pas !
Après plusieurs tentatives infructueuses,>vous avez enfin trouvé une méthode ou thérapie qui vous convient. Vos séances chez l’orthophoniste ou votre stage se sont terminés avec succès et votre parole s’est libérée. Vous tenez des conversations, effectuez des démarches auprès d’étrangers. Vos parents et vos proches n’en reviennent pas.Vous êtes transformé et ressentez un sentiment nouveau de puissance et d’invincibilité. Pour la première fois, vous prenez du plaisir à communiquer. La parole vous semble facile, évidente et vous pensez que le déclic tant attendu s’est enfin produit. Vous pensez que votre bégaiement est vaincu et que vous avez enfin trouvé et parfaitement assimilé le moyen de vous exprimer. Cela dure quelques jours, parfois quelques semaines…
Et puis, quelques accrochages réapparaissent, quelques ratés dans le moteur qui tourne un peu moins rond, une fêlure légère mais suffisante pour que le doute recommence à s’insinuer. Vous perdez confiance dans la méthode apprise, vous l’appliquez un peu moins et peu à peu vos anciens réflexes resurgissent. Quelques évitements de mots ou de prise de parole, quelques bouffées de stress et… Patatras ! C’est la rechute. Après une histoire que vous n’avez pas pu raconter, une démarche ou un coup de téléphone, vous avez le sentiment qu’une vague brutale vous a violemment ramené à votre point de départ. Vous le vivez extrêmement mal et la désillusion est cruelle, à la hauteur de l’euphorie qui vous avait gagné les jours précédents. La fluidité s’en est allée, où a-t-elle bien pu se cacher ?
Pas de panique : c’est normal ! Je vais vous expliquer pourquoi...
Dans le traitement du bégaiement, rien n’est plus commun que de croire que la fluidité acquise durant des séances thérapeutiques ou un stage intensif durera sans continuer à travailler. Le problème de la rechute est un problème crucial dans le traitement du bégaiement. Comme certains thérapeutes le soulignent, avec un brin de provocation : « ce n’est pas très compliqué de rendre un bègue fluide, le problème c’est de maintenir cette fluidité. »
Sénèque, qui détient une certaine crédibilité en terme de philosophie de vie, écrivait que les obstacles sont inévitables et qu’il faut s’y préparer. C’est là que réside la clef. Si vous pensez que votre guérison sera un long tapis de fleurs, vous vous trompez.
Il ne faut pas être démotivé par des échecs ou rechutes qui arrivent inévitablement. Dans son livre « la semaine de 4 heures », Timothy Ferriss consacre tout un chapitre à la prise de risque et à la nécessité d’agir pour avancer et atteindre ses buts. Il cite notamment cette phrase de Thomas J. Watson, fondateur d’IBM : « La recette du succès : doubler son taux d’échec ! »
Autre citation particulièrement intéressante de David Burns : «N’abandonnez jamais votre droit à l’erreur, car vous perdriez la capacité d’apprendre des choses nouvelles et d’avancer dans la vie.»
Apprendre une technique ou se fixer un objectif (par exemple, arrêter de cacher mon bégaiement et de recourir à des subterfuges pour éviter de bégayer) demandent peu de temps, il est beaucoup plus long de changer ses comportements, pensées et réflexes appris.
Il faut donc accepter que votre « guérison » prenne du temps et surtout ne pas vous laisser abattre par l’échec. Tous vos apprentissages se sont fait ainsi. Est-ce qu’on empêcherait d’apprendre un enfant à marcher ou à faire du vélo parce qu’il est tombé plusieurs fois ? Non bien sûr, il faudrait être fou !
Le bégaiement est ancré en vous depuis de longues années. Il ne partira pas en quelques semaines ou même quelques mois. Il faut donc vous préparer à l’échec, si vous voulez l’affronter avec sérénité. Faites en une expérience positive : pourquoi me suis-je planté, qu’ai-je fait ou pas fait, quelles étaient mes pensées, comment ai-je réagi, ai-je utilisé les techniques que j’ai apprises, si non pourquoi ?
Il y a quelques années j’ai voulu apprendre à jongler avec trois balles. Cela m’a pris des semaines, beaucoup d’énervement et des centaines (des milliers ?) de tentatives (heureusement que je ne m’exerçais pas avec des couteaux ou des torches enflammées, j’aurais aujourd’hui la tête de Nikki Lauda).
J’aurais pu abandonner, ranger mes balles et aujourd’hui je ne saurais toujours pas jongler. Pas très important, me direz-vous. Certes… Mais persévérer dans cet apprentissage futile m’a donné confiance en moi. Au début, donc, je n’y arrivais vraiment pas. Les balles partaient dans tous les sens. A un moment, je pensais même que je n’étais pas apte physiquement pour accomplir cet exercice, que je n’y arriverais jamais (ça ne vous rappelle rien ?). Et puis un jour, j’ai réussi à jongler cinq secondes sans que les balles tombent, puis un peu plus longtemps… Au fur et à mesure, les balles tombaient de moins en moins souvent, jusqu’au jour où j’ai commencé à enchaîner les gestes sans y penser.
Aujourd’hui, grâce à ce petit talent, je renforce ma position de Dieu Vivant auprès de mes enfants en attrapant de temps en temps 3 oranges et en jonglant négligemment devant leurs yeux émerveillés (:-)).
Alors, si vous avez trouvé une méthode ou pris des résolutions, ne vous découragez pas, persévérez, dites vous que les rechutes sont entièrement normales et ne remettent pas en cause votre aptitude à réussir. Elles ne sont pas reliées à vous, à votre personnalité ou à votre qualité en tant qu’être humain. Elles sont l’accompagnement logique de tout apprentissage.
Et si vous avez une petite baisse de moral, repensez à toutes les choses que vous avez déjà apprises ou réussies dans votre vie, même les plus futiles…
Je vous laisse, j'ai décidé d'apprendre à sculpter des ballons pour le prochain anniversaire de ma fille et ces satanées fines et longues saucisses de baudruche refusent de se gonfler. Je crois que je n'y arriverai jamais ! Je vous tiens au courant...
22 sept. 2009
John Harrison parle enfin aux grenouilles !
Je me plains souvent de la pauvreté des ressources francophones sur le traitement du bégaiement (hormis bien sûr les blogs d'Alexandre et Olivier) et c’est donc avec plaisir que j’ai découvert qu’un certain Richard Parent (merci à lui) a traduit quelques articles de John Harrison. Ca tombe bien parce que John est un auteur très prolifique, au style agréable, avec des analyses intéressantes qu’il illustre toujours avec des anecdotes ou expériences personnelles.
John Harrison est un ancien bègue américain (il ne bégaye plus mais est toujours américain :-)) qui a développé la théorie de l’hexagone du bégaiement pour expliquer que le bégaiement est la résultante de l’interaction de facteurs psychologiques et psychologiques interdépendants et qu’il n’était pas possible d’en guérir si l’on agissait pas sur l’ensemble des composantes de l’hexagone (intentions, croyances, perceptions, émotions, comportements physiques, réponses psychologiques). En France, on retrouve parfois cette théorie sous le terme d’iceberg du bégaiement.
John Harrison est un membre historique de la National Stuttering Association (l’équivalent de l’AFB en France). Son livre « Conquer your fears of speaking before people » republié depuis sous le titre « Redefining Stuttering » rassemble le fruit de ses différents travaux et fait partie des 3 ou 4 ouvrages grand public sur le bégaiement qui font référence dans le monde anglo-saxon. La « thérapie globale du bégaiement » s’est notamment largement inspirée de cet ouvrage (cf mon post sur le sujet).
Pour commencer, je vous recommande de lire :
Developper Un Nouveau Paradigme Pour Le Begaiement où il expose sa théorie sur l’hexagone du bégaiement.
Treize Observations Au Sujet Des Personnes Qui Begaient – peut-être vous y retrouverez-vous… ou peut-être pas.
Entrevue Avec Jack Menear Qui a Vaincu le Begaiement, un entretien très intéressant avec Jack Menear, ancien bègue qui a vaincu son bégaiement sans recours à aucune méthode orthophonique, uniquement en travaillant sur sa manière de vivre son bégaiement. C'est après la lecture de ce témoignage que quelque chose a commencé à changer pour moi...
Le lien est ICI.
Bonne lecture !
17 sept. 2009
Rejoignez la Ligue des Optimistes !
Pour me rattraper un peu de mon dernier post qui en a déprimé certains (bien qu’il finissait sur une note positive), je vous mets le lien vers un site original et sympa, que j’ai découvert récemment : « La ligue des Optimistes du Royaume de Belgique ». Il fait partie de ces petites perles que l’on trouve parfois au détour d’un surf.
Cette ligue existe réellement et j’ai même découvert qu’il existe une association internationale « Optimistes sans frontières » ! Elle a son conseil d’administration et ses propres statuts dont voici un extrait :
« La Ligue des Optimistes du Royaume de Belgique a pour but de promouvoir l'évolution des mentalités des habitants de la Belgique vers davantage d'optimisme et de renforcer l'enthousiasme, la bonne humeur et la pensée positive, l'audace et l'esprit d'entreprise, la tolérance, ainsi que l'entente des citoyens et des communautés. »
Vous trouverez sur le site un certain nombre de contenus sur l’optimisme et la manière dont nous pouvons vivre nos vies.
Dans la rubrique « réflexions », il y a des textes « positifs » ou de petits contes philosophiques qui devraient vous donner la pêche. J’ai bien aimé par exemple l’histoire du porteur d’eau indien et de ses deux jarres.
Comme je n’ai pas tout lu, je compte sur vous pour me signaler d’autres textes sympas.
Il y a également une page entière reprenant des aphorismes et citations d’auteurs célèbres. Je vous en ai concocté un petit florilège.
Sur l’importance de nos pensées et de nos croyances :
- « Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes avec les mêmes pensées que celles utilisées pour créer ces problèmes.» (Albert Einstein)
- « Ce n'est pas le monde qui va mal. C'est notre façon de le regarder. » (Henry Miller)
- « Autant l'optimisme béat, c'est à dire inactif, est une sottise, autant l'optimisme, compagnon de l'effort, pour sortir des difficultés, des souffrances, des lésions fonctionnelles et organiques, est légitime. » (Léon Daudet)
- « J'ai choisi d'être heureux. C'est mieux pour la santé.» (Voltaire)
Sur la nécessité d’aller de l’avant et d’affronter nos peurs :
- « Le succès c'est être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme. » (Winston Churchill, bègue rappelons-le)
- « Tout ce que j'ai réussi, je l'ai d'abord raté. » (Claude Lelouch)
- « Le changement ne viendra pas si nous attendons une autre personne ou un autre moment. Nous sommes ceux que nous attendons. Nous sommes le changement que nous recherchons» (Barack Obama - en ce moment, ça fait toujours bien de citer Barack)
J’ai également une « spéciale dédicace » à Olivier, à relire en période de doute :
« La science est faite d’erreurs, mais ce sont des erreurs utiles car elles mènent petit à petit à la vérité» (Jules Verne)
J’ai aussi un faible particulier pour celle-ci :
« Vrijheid is niet voor bange mensen. » (Anneke Van Gogh)
Même si j’ai gardée ma préférée pour la fin :
“Laisse un commentaire sur un blog et ta journée s’éclairera…”
Bonne journée !
14 sept. 2009
Itinéraire d'un bègue
De tous les témoignages que j’ai pu lire ressort une trame assez classique de la vie d’un bègue. La voici.
Vous avez commencé à bégayer enfant entre 4 et 6 ans. Au début, cela ne vous gênait pas outre mesure puis petit à petit, vous avez constaté que cela vous rendait différent, que les autres vous regardaient bizarrement, s’impatientaient ou souriaient lorsque vous accrochiez sur vos mots.
Vos parents vous ont ensuite emmené chez un orthophoniste. Pour certains, l’histoire s’arrête là, après quelques séances. Pour les autres, cela ne fonctionne pas : les techniques qui marchaient si bien dans l’enceinte rassurante et paisible du cabinet n’ont plus d’effet lorsque vous retrouvez la « vraie » vie.
Très souvent, la honte et la perception négative commencent au collège. Vous devez répondre ou lire devant une classe de trente élèves que vous ne connaissez pas, vous prenez conscience de votre différence et, pire que tout, vous en avez honte. Votre bégaiement se renforce et devient une véritable gêne.
Vos parents vous emmènent alors voir d’autres spécialistes ou recourent à des médecines alternatives, sans aucun résultat. Petit à petit, vous vous enfermez dans votre bégaiement. A l’école, si vous avez une question ou, pire peut-être, une réponse, vous vous taisez. Si vous êtes interrogés, vous ne répondez pas ou donnez la mauvaise réponse parce que vous savez que vous ne pourrez pas prononcer la bonne. Si quelqu’un vous attire, vous n’osez pas l’aborder. Lorsque les conversations battent leur plein, vous n’osez pas intervenir. Ces renoncements vous renforcent dans votre conviction d’être incapable de parler en public ou devant certaines personnes.
Vous lisez beaucoup et vous réussissez plutôt bien dans les études, du moins tant que les épreuves restent écrites. Vous vivez dans la hantise des exposés et des oraux. Vous êtes prêts à tomber malade ou à sécher le cours pour ne pas vivre ce cauchemar. Vos parents et vos professeurs insistent et vous vivez la pire des tortures, dont le souvenir restera longtemps gravé dans votre mémoire et ressortira chaque fois que dans votre vie vous devrez subir une nouvelle prise de parole.
Vous choisissez un métier où il ne faudra pas trop parler : comptable, informaticien, chauffeur routier…. Malheureusement, dans tous les métiers, il faut d’abord passer un entretien d’embauche. Et le cauchemar de l’exposé resurgit. Si vous êtes tombé sur un employeur compréhensif ou si vous avez eu la chance de ne pas trop mal vous en sortir ce jour-là, vous intégrez une entreprise. Il vous faudra répondre au téléphone, vous présenter durant les réunions, peut-être même faire des présentations. Votre nom devient un obstacle impossible à prononcer et, lors des tours de table, vous attendez en paniquant le moment où tous les regards se tourneront vers vous.
Au restaurant, vous commandez ce que vous pouvez dire, pas ce qui vous fait envie. Vous fuyez le téléphone et parcourez des kilomètres pour faire vos démarches ou prendre des rendez-vous. Vous avez peu de conversation et vous n’exprimez pas votre point de vue, même si cela vous brûle les lèvres. Lors des soirées ou rassemblements, vous restez en retrait.
Avec ces défaites et à ces fuites réitérées, votre estime de vous se détruit peu à peu. Vous vous dévalorisez, vous commencez à vous couper du monde, à déprimer. Vous avez l'impression de ne pas pouvoir exprimer votre potentiel et vous sombrez tour à tour dans la rage, le chagrin et la dépression.
Vos parents ont jeté l’éponge, ils ne vous parlent plus de votre bégaiement. Vos amis et connaissances font de même.
Au fil des années, vous avez développé des trucs pour cacher votre bégaiement : vous parlez peu, vous substituez les mots… D’ailleurs, la plupart de vos nouveaux amis ou collègues ignorent que vous bégayez. Ils pensent plutôt que vous êtes timide, que vous avez des tics ou que vous êtes nerveux ou impressionnable.
Malheureusement, ces trucs ne sont pas efficaces à 100% et vous vivez dans une incertitude constante et la peur d’être démasqué. Lorsqu’une bonne âme vous parle d’un reportage qu’elle a vu ou d’un article qu’elle a lu sur un stage « anti-bégaiement » qui fait des miracles. Vous essayez : cela marche un temps et puis vous rechutez, ce qui vous affecte durement. Vous en êtes maintenant convaincus : vous ne vous en débarrasserez jamais. Vous rendrez dans une profonde dépression et vous avez même parfois des idées morbides… Les situations extrêmes de bégaiement vous laissent dans un état de détresse et d’abattement insondables.
Le bégaiement devient votre obsession. Vous vous levez en pensant à votre parole, vous traversez la journée en y pensant et vous vous couchez en y pensant.
Vous essayez les calmants, les drogues plus ou moins douces, parfois l’alcool pour vous désinhiber mais cela ne marche pas.
Le bégaiement est devenu votre maître. Vous l’avez laissé construire votre vie sentimentale, sociale et professionnelle et il est devenu pour vous l’explication de tous vos maux. Vous avez même choisi pour vos enfants un prénom que vous pourriez prononcer… Le petit défaut d’élocution de votre enfance est devenu une créature maléfique et invincible qui vous tourmentera jusqu’à la fin de vos jours…
Ce tableau est noir, non ? A votre avis, qui est responsable ? Le Bégaiement ? Faux ! C’est la peur du bégaiement, l’idée que vous vous en faites, qui est responsable.
Cette descente aux enfers, c’est ce qui vous pend au nez si vous avez honte de votre bégaiement, si vous ne l’acceptez pas et si vous le laissez conduire votre vie. Chaque refus de parler ou de vous exprimer est une victoire du bégaiement. Il se nourrit et se délecte de votre angoisse et de votre stress. Chaque pensée négative, chaque évitement renforcent son étreinte. Ce n’est pas le bégaiement qui vous pourrira la vie mais la peur que vous en avez.
Une erreur commune est de croire que vous pourrez commencer votre vie et vous exprimer lorsque vous aurez cessé de bégayer : aborder la fille ou le garçon qui vous plaît, choisir le métier ou l’activité qui vous attire, exprimer vos opinions….
Faux encore ! C’est lorsque l'on commence à s'exprimer, à aller vers les autres et à accepter de ne pas avoir une parole parfaite que le bégaiement commence à disparaître...
Et cet itinéraire d’un bègue est loin d’être une fatalité. Le web fourmille de témoignages d’anciens bègues qui ont, eux aussi, connu ce début de parcours. Et puis un jour, à 20 ans, 40 ans ou 60 ans, ils ont inversé le processus et sont sortis de cette spirale négative. Bien sûr beaucoup se sont appuyé sur des thérapies, mais surtout, surtout, ce que tous disent, ce que tous racontent, c’est qu’ils ont un jour décidé d’arrêter de se cacher, de se débattre et d’avoir peur.
8 sept. 2009
J'ai testé... la Thérapie Globale du Bégaiement
Si vous tapez « bégaiement » sur Google, vous tomberez immanquablement sur un lien sponsorisé pour « La thérapie globale du bégaiement ». Il s’agit d’un livre écrit par un certain Phillip Roberts, qui affirme avoir vaincu son bégaiement en deux mois grâce à la méthode qu'il a mise au point. Je l’avais acheté il y a quelques années et il m’a paru intéressant d’écrire un billet sur cet ouvrage qui intrigue pas mal de monde.…
Avant de parler du contenu, je vais vous parler de l’emballage. Je ne sais pas si Phillip Roberts est un Johnny Costard (cf mon coup de gueule sur les vidéos avant/après) mais il en a les méthodes. Si vous cliquez sur son lien sponsorisé, vous allez tomber sur un site suisse (j’ai découvert depuis qu’il a un site identique en anglais) qui vous confirmera que vous avez frappé à la bonne porte :
« une thérapie qui a fait ses preuves »,
« des effets à long terme »,
« 30 exercices pour éliminer le bégaiement »
« des conseils précieux »
« 30 exercices qui ciblent tous les aspects du bégaiement et vous permettront ainsi de contrôler durablement et efficacement votre bégaiement. »
« La Thérapie globale du bégaiement vous aidera à vaincre le bégaiement depuis chez vous et à votre propre rythme. »
On se croirait au Télé-achat ou devant les pubs presse des années 80 pour les méthodes de musculation, vous savez celles où on voyait ’un type tout maigre et tout triste devenir en quelques semaines une boule de muscles bronzée et souriante…
Si vous avez encore quelques doutes, une page entière recense une foule de témoignages enthousiastes et invérifiables de bègues et même d’orthophonistes. Et le miracle est mondial : Egypte, Chili, Birmanie, Singapour, Haïti, Sénégal, Inde, Australie…. Il n’y a guère que les esquimaux et les Nord Coréens qui n’ont pas lu et apprécié le livre ! Si vous avez des enfants, vous trouverez même sur le site une très jolie collection de drapeaux des pays des acheteurs.
Avouez : il faudrait être un peu couillon pour ne pas acheter ce bouquin qui va vous délivrer si imparablement des affres du bégaiement. Vous filez donc vos 35€ et vous téléchargez le livre…. Et là, le ton change. L’ami Phillip devient un peu plus prudent et enfile la ceinture et les bretelles. Maintenant que vous lui avez filé 35€ et que vous vous connaissez un peu mieux, il peut bien vous l’avouer :
« je ne peux pas garantir qu’elle marchera pour tout le monde… »
Et même si elle marche : « Il est très probable que vous rechutiez tôt ou tard… »
Jusqu’à l’aveu ultime : « Il est possible que vous ne constatiez pas de progrès. Si c’est le cas, n’abandonnez pas, consultez un orthophoniste ou cherchez sur Internet… ». C’est à dire qu’il vous conseille de retourner d’où vous venez… Remarquez, c’est pas con : avec un peu de chance, si en plus d’être bègue, vous avez l’Alzheimer, vous allez recliquer sur son lien sponsorisé et lui filer de nouveau 35€…
Le contenu :
Si vous lisez correctement l’anglais, je vais vous épargner 35€. En effet, là-aussi, il y a une distorsion entre ce qui est écrit sur le site promotionnel et ce que vous découvrez à la lecture. P. Roberts écrit en effet sur son site : « j'ai mis au point ma propre thérapie ». Je dirais gentiment que c’est un abus de langage. En fait, son bouquin est une compilation de 5 ou 6 ouvrages anglophones relativement connus, dont :
- Understanding and Controlling Stuttering de William Parry
- Stutter no more de David Schwartz
- Self Therapy for The Stutterer de Malcolm Fraser
- Conquer your fears of speaking before people de John Harrison (republié depuis sous le titre “redefining stuttering”).
Les trois derniers sont téléchargeables gratuitement sur Internet. Je vous mets les liens à la fin du post.
Phillip Roberts s’est donc engouffré dans le vide quasi-intersidéral de la bibliographie francophone sur les thérapies du bégaiement et surtout sur l’absence de traduction des ouvrages anglophones sur le sujet. Il est d’ailleurs transparent puisqu’il cite ses sources à chaque fin de chapitre.
Il a eu le mérite de faire cette traduction, d’en réaliser une synthèse et une mise en forme. Je ne critique donc pas le fait qu’il échange ce travail contre une rémunération (quoiqu’il y a quelques bloggeurs sympas qui le font pour pas un rond…). Le prix n’est d’ailleurs pas rédhibitoire et cela ne vous coûtera pas plus cher qu’une heure d’orthophonie (j’en connais qui vont hurler …) ou 20 minutes chez un Johnny Costard. Non, c’est plus la méthode de commercialisation qui me chagrine. OK, il veut faire du business avec son bouquin mais s’il a vraiment été bègue lui-même, il pourrait avoir la même transparence en avant-vente qu’en après-vente et éviter de « rabattre » comme un bateleur de foire des personnes désespérées par leur bégaiement.
Le bouquin est facile à lire, donne des conseils simples (mais qui sont, je le répète, la reprise d’autres auteurs) et explique bien la complexité de traitement du bégaiement (d’où le nom « thérapie globale »). Comme toute méthode, cela marchera sûrement si vous suivez scrupuleusement les conseils donnés et faites durablement les exercices recommandés. Plus facile à dire qu’à faire… Pour ma part, le livre m'avait plutôt bien réussi au début. J'en avais même fait un tableau de synthèse que j'avais affiché sur le miroir de ma salle de bains. Il n'y a cependant pas de miracle : comme pour toute méthode, il faut faire les exercices régulièrement. A l’époque, j’avais cherché alors à contacter Phillip Roberts en lui demandant si je pouvais communiquer avec d'autres personnes ayant suivi sa méthode afin de travailler ensemble (ça m’aurait fait plaisir moi de rencontrer des bègues birmans ou chiliens). J'ai eu une réponse laconique me disant que la rechute était normale et qu'il ne fallait pas se décourager...
J’arrête là le post car j’ai pris la résolution de faire dorénavant plus court (c’est un peu raté pour aujourd’hui). Pour les allergiques à l’anglais, si ça vous intéresse d’en savoir un peu plus sur le contenu, laissez moi un commentaire et je ferai un autre billet sur le sujet.
J’en profite d’ailleurs pour lancer un appel. Je vois que de plus en plus de personnes viennent se promener sur mon blog et ça me fait vraiment plaisir. Si j’en crois mes stats, je vais même bientôt faire concurrence à Phillip Roberts (va falloir que je lui demande ses petits drapeaux) : Québec, Etats-Unis, Suisse, Belgique, Allemagne, Sénégal, Cote d’Ivoire, Algérie, Maroc, Tunisie, Arabie Saoudite... Mais il faut me rendre à l’évidence : vous êtes tous de grands timides ! Pourtant, vous ne savez pas le bien que peut faire un commentaire ! Alors n’hésitez pas, laissez moi un petit mot, un petit coucou ou un petit « m…. », comme vous voulez… (ou votre témoignage si vous êtes esquimeau ou nord-coréen et que la thérapie globale du bégaiement a changé votre vie….), ça me fera plaisir.
A vot’ bon cœur, messieurs dames !
Liens vers les ouvrages cités :
Stutter no more de David Schwartz
Self Therapy for The Stutterer de Malcolm Fraser
Redefining Stuttering de John Harrison
3 sept. 2009
Post-correction des blocages (cancellation) : comment Roger FEDERER peut vous aider à ne plus bégayer…
En y réfléchissant bien, la "post-correction" est loin d'être artificielle ou surprenante. Elle est même finalement assez naturelle (cf le sketch de Muriel Robin, cité plus haut). En creusant un peu mes petites méninges, je vous ai trouvé un exemple pour vous le démontrer.
L'US Open vient de commencer et cela m'a semblé le bon moment pour vous parler des techniques de correction « post-blocages ». Si vous allez jusqu'au bout de ce post, vous allez comprendre pourquoi…
Dans le post « Que faites vous quand vous bégayez ? Comprendre vos blocages », je vous ai présenté les conseils de Malcolm Fraser pour comprendre, analyser et corriger vos blocages afin de prendre conscience de ce que vous faites lorsque vous bégayez et de trouver ce que vous devriez faire pour ne pas bloquer.
Une fois ce travail effectué, vous pouvez commencer à utiliser des techniques pour corriger vos blocages.
La première de ces techniques s'appelle l'effacement ou l'annulation (cancellation en anglais).
Selon Malcolm Fraser, c'est probablement l'une des meilleures et plus simples techniques qu'un bègue puisse apprendre pour réduire son bégaiement. Elle n'est pas compliquée mais elle vous oblige à vous confronter à votre bégaiement et donc à l'accepter.
Théorisée par Van Riper (si je ne me trompe pas…), elle a depuis été reprise et enseignée par de nombreux thérapeutes. En voici la description.
Brièvement, la correction post-blocage fonctionne de la manière suivante.
Après avoir bégayé sur un mot, vous vous arrêtez un moment pour relâcher la tension et vous donner le temps de réfléchir à ce que vous avez fait de mal, à ce qui a causé votre bégaiement et à ce que vous devez corriger pour éviter ce blocage. Après quoi, vous allez répéter le mot calmement, lentement, doucement, en étirant les sons, en articulant de manière exagérée et en corrigeant ce que vous avez fait de mal lorsque vous avez bégayé dessus.
Par exemple, si vous avez bloqué sur le "P" de Paris avec vos lèvres contractées à mort et refusant de s'ouvrir pour laisser passer l'air et le son, inversez votre action en pressant à peine vos lèvres l'une contre l'autre. En le faisant lentement, de manière presque décomposée, vous devriez arriver à relâcher la tension et à faire passer la petite bulle d'air qui entrouvrira vos lèvres : « Paaariiis ».
La pause après le blocage est très importante car elle vous permet de retrouver votre calme, de prendre le temps d'analyser ce qui s'est passé et de visualiser ce que vous devez faire.
Durant cette pause, essayez de relâcher la tension dans votre mécanisme phonatoire, en particulier dans votre gorge. Sentez votre langue reposer mollement dans votre bouche. Laissez votre mâchoire s'ouvrir et descendre légèrement, lèvres molles, comme si vous dormiez la bouche ouverte. La clef est de sentir la tension s'en aller en même temps que votre respiration reprend un rythme normal.
Prolonger et étirer le son vous aide à maintenir le flux d'air et à enchaîner plus facilement vers le son suivant.
Le ralentissement du débit doit se limiter au mot sur lequel vous avez bégayé. Vous ne devez pas parler tout le temps comme cela.
Il faut vous concentrer sur vos sensations plus que sur le son. Reproduisez mentalement ou mimez silencieusement le mouvement de vos lèvres et de votre langue. Percevez bien les contacts dans votre bouche… Remplacez la tension par la volupté, le plaisir de façonner délicatement le mot ou la syllabe.
Ne soyez pas inquiets de la réaction des autres. Cela ne vous prendra que quelques secondes, et sans aucun doute beaucoup moins de temps que si vous engagez tête la première dans un « tunnel » de bégaiement. En agissant ainsi, vous reprenez le contrôle et vous repartez sur de bonnes bases.
Si vous observez bien, c'est ce que font spontanément les non-bègues lorsqu'ils accrochent vraiment sur un mot. Pour les fans de Muriel Robin, réécoutez le sketch où elle enregistre son message d'accueil sur son répondeur. Elle bute sur le mot « coordonnées » et, pour le « sortir », elle le répète en ralentissant, en exagérant l'articulation et en étirant les sons « vos COOO - OOOOR - DOOONNEES » !
Pour moi cette technique présente plusieurs avantages :
- Elle vous permet de reprendre pied dans votre phrase, de faire une pause. En gros : « On se calme et on recommence tranquillement »
- Elle vous « reprogramme ». Les manifestations du bégaiement sont principalement des comportements appris qui sont devenus progressivement chez vous des réflexes naturels. Le problème c'est que ces réflexes ne sont pas bons. Vous forcez et mettez de la tension là où il vous faudrait au contraire relâcher. En prenant conscience de ce que vous avez fait, de ce que vous auriez dû faire et en le mettant en oeuvre, vous intégrez progressivement une nouvelle manière « correcte » de parler, qui doit ensuite devenir automatique.
- Elle vous redonne confiance : en répétant le mot correctement, vous acquérez progressivement la conviction que vous êtes capables de prononcer ce mot sans bloquer. La prononciation normale qui s'en suit chasse de la mémoire le souvenir du bégaiement sur le mot. Rappelez vous « Cancellation = effacement ».
- Elle peut contribuer à vous redonner le plaisir de parler, de former un mot. Vous n'êtes plus dans le combat mais dans le modelage.
Prenons un tennisman qui vient de rater un coup (un français, donc… oui, je sais j'ai mauvais esprit). En général, il a deux réactions possibles. Premièrement, il peut se prendre la tête à deux mains, hurler de rage et fracasser sa raquette au sol. Bof…
Ou alors, il a une autre réaction légèrement plus constructive : il ramasse sa balle et reproduit le coup qu'il vient de manquer au ralenti, de manière fluide, en le décomposant, en exagérant sa préparation et sa fin de geste pour le faire correctement. Si vous avez déjà suivi un match de tennis, vous avez certainement déjà vu un joueur faire cela. Ce n'est ni plus ni moins qu'une correction post-blocage. Il se remémore quelle est la bonne technique puis l'exécute pour « effacer » son échec et reproduire ce geste correctement lorsque la situation se présentera de nouveau.
Lorsque vous maîtriserez cette technique, vous pourrez ensuite l'utiliser pendant un blocage (pull-out) ou avant un blocage (preparatory set). J'en parlerai dans un prochain post. En attendant, si cela vous semble intéressant, vous pouvez commencer à vous exercer seul (lecture à voix haute) puis avec un proche puis en passant un coup de téléphone vers un numéro vert…
Et si vous avez un moment de doute durant cet apprentissage, dites vous que vous êtes le Roger Federer du bégaiement !
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25 août 2009
Mécanisme Valsalva et bégaiement
Je vous invite aujourd’hui à poursuivre notre voyage au pays mystérieux et fascinant des blocages. Si vous faites des recherches sur le bégaiement, vous entendrez un jour parler du « mécanisme Valsalva ». Si vous achetez le livre « thérapie globale du bégaiement », vous verrez par exemple que de longues pages y sont consacrées. En fait, ces pages sont une traduction de « Understanding and Controlling Stuttering » de William D. Parry, un ouvrage qui fait référence dans le monde du bégaiement.
William D. Parry (Bill pour les intimes) est un avocat américain et… bègue. La grande obsession de sa vie a été de percer le mystère du bégaiement. Ayant testé plusieurs thérapies sans grand succès, il a décidé un jour de prendre les choses en main et de faire ses propres recherches.
Pour cela, il est parti d’un constat simple : il était capable de parler normalement mais, dans certaines situations, il bloquait avec l’impression qu’une force surpuissante l’empêchait de sortir ses mots. Ses capacités à produire des sons, à articuler et à parler n’étaient pas en cause : il le faisait très bien dans certaines circonstances. Cependant, pour une raison inconnue, son mécanisme phonatoire se grippait à certains moments et ses mots refusaient de sortir.
Intrigué, il est donc parti à la recherche, non pas du bégaiement, mais de cette force mystérieuse. D’où venait-elle et pourquoi se manifestait-elle chaque fois qu’il avait du mal à sortir un mot ? A force de fureter, il est tombé sur la description du mécanisme Valsalsa, une manoeuvre physiologique instinctive que nous utilisons tous les jours, sans y penser, lorsque nous devons produire un effort.
Pour expérimenter cette manœuvre, faites l’exercice suivant... Levez-vous et croisez vos doigts devant vous. Prenez une grande inspiration et maintenant essayez de séparer vos mains, en tirant très fort, tout en résistant pour garder vos doigts entrecroisés. Vous remarquerez que vos abdominaux et les muscles de votre poitrine se tendent tandis que votre gorge se ferme. Et plus vous vous tirez, plus votre gorge se serre. Si vous observez bien, cette fermeture se passe au niveau du larynx là où votre voix est produite. Tiens, tiens…
Maintenant, refaites l’exercice en fermant vos lèvres et en essayant de prononcer le son « p ». Tirez sur vos mains. Vous sentez comme vos lèvres accentuent leur pression. Idem si vous placez votre langue juste au dessus de vos dents supérieures et que vous essayez de sortir le son « T ». Vous sentez comme votre langue appuie ? Est-ce que ces tensions ne vous rappellent rien ?
Vous êtes en train d’exécuter une manœuvre Valsalva. Le but de cette manœuvre est d’augmenter la pression d’air dans les poumons, pour vous aider à produire un effort physique - pour lever quelque chose de lourd, par exemple, comme le charmant monsieur sur la photo - ou pour expulser quelque chose. Pour cela, les abdominaux poussent sur le diaphragme pour compresser la cage thoracique. Simultanément, le larynx se ferme pour empêcher l’air de sortir. Plus les muscles se tendent et plus l’air est comprimé dans les poumons.
C’est notamment le réflexe naturel que vous avez lorsque vous êtes… constipé.
Pourquoi ce mécanisme serait-il déclenché lors du bégaiement ? Tout simplement, parce que, lorsque nous anticipons qu’un son ou mot va être difficile, nous nous préparons à produire un effort pour réussir à sortir ce mot.Nous mettons donc en œuvre cette réponse physiologique instinctive, celle que nous utilisons naturellement lorsque quelque chose nous résiste (voir mon post sur le bégaiement appris) ou que nous voulons expulser quelque chose de notre corps. Certains ont même assimilé le bégaiement à une constipation verbale, les mots étant des corps étrangers que nous essayons de faire sortir…
Bill Parry a donc développé une série d’exercices de relaxation, de respiration et d’élocution ayant pour but de relâcher le mécanisme Valsalva et donc d’éviter les blocages.
Pour relâcher les muscles impliqués dans ce mécanisme et provoquant au final la fermeture du larynx, il recommande de se concentrer sur les muscles abdominaux et rectaux. Relâcher ces muscles tend en effet à décontracter l’ensemble du mécanisme. Pour bien comprendre, il conseille de contracter puis de relâcher progressivement les muscles des sphincters et de sentir comme leur relâchement se propage peu à peu à travers votre abdomen, puis votre poitrine pour atteindre votre larynx.
Pour Parry, le relâchement de vos tensions part donc du fondement…Cela peut paraître un peu bizarre voire loufoque, écrit comme cela, mais je vous invite à tenter l’expérience…
Vous pouvez par exemple faire cet exercice en lisant à haute voix. Lorsque vous arrivez sur un son qui vous pose problème d’habitude (le « p », par exemple), vous le prononcez en poussant exagérément pour déclencher votre mécanisme Valsalva. Puis, lorsque vous êtes bien tendu, prêt à éclater, vous relâchez progressivement la pression en partant toujours des muscles inférieurs et en prenant bien conscience du sentiment de relaxation qui accompagne cette détente. Lorsque ce flux de décontraction arrive à votre gorge, vous prononcez votre « p » de manière cool en étirant légèrement le son (ex : je suis paaarti).
L’objectif est de prendre conscience des contractions dans votre corps et de savoir les dissiper. Si vous êtes attentif, vous vous apercevrez que, durant la journée, votre ventre est souvent contracté, sans raison apparente. Bill Perry appelle cela des manoeuvres Vasalva inutiles. Il vous invite à les traquer régulièrement et à les chasser via cet exercice ou en pratiquant la respiration abdominale.
Pour beaucoup de bègues, la description de ce mécanisme a été une révélation. Attention quand même : cet exercice ne sera bien sûr pas suffisant pour stopper votre bégaiement. Bill Parry a utilisé bien d’autres techniques en complément pour retrouver une parole fluide et sans appréhension. Cependant, cela peut vous permettre de mieux prendre conscience de ce qui se passe dans votre corps lorsque vous bloquez et d’avoir une méthode de relaxation efficace.
Vous trouverez plus d’info sur le site de Bill Parry, ici.
17 août 2009
Comment bégayez-vous ? Comprendre vos blocages.
Durant longtemps, j’ai assimilé mon bégaiement à un être mystérieux, un animal parasite qui prenait le contrôle de ma parole et bloquait mes mots. Je n’avais aucune prise sur cet « alien », doué d’une vie propre et que je ne pouvais expulser, un monstre qui s’éveillait ou restait endormi sans que j’y puisse quoi que ce soit. Et puis un jour, je suis tombé sur cette phrase d’un certain Dr Johnson,"Stuttering is not something that happens to me. It is something that I do", c’est à dire “Le bégaiement ce n'est pas quelque chose qui m'arrive, c'est quelque chose que je fais.» Cette formulation toute simple ne faisait qu’énoncer une vérité : celui qui presse ses lèvres comme un malade, coupe la sortie d’air de son larynx, contracte ses abdominaux… c’est moi ! Pas un petit lutin ou une créature extra-terrestre qui aurait pris le contrôle de mon corps. Et si je bégaie parfois, ce n’est pas parce que je ne sais pas parler : je le fais très bien en certaines occasions. C’est juste qu’en d’autres occasions, je perds les pédales et place ou utilise de manière inappropriée mes lèvres, ma langue, mon diaphragme produisant alors un blocage ou une répétition.
Prendre conscience de cela est primordial. Pourquoi ? Parce que lorsque vous aurez identifié la manière dont vous produisez vos blocages, vous pourrez utiliser des techniques de corrections de ces blocages. Vous pourrez en quelque sorte vous « reprogrammer » pour remplacer ces comportements inappropriés par d’autres plus efficaces. Si vous ne passez pas par cette étape, il est vain de suivre des thérapies pour apprendre à parler différemment, que ce soit en comptant sur vos doigts, en respirant différemment, en chantonnant comme les demoiselles de Rochefort ou en modifiant votre débit verbal. En effet, dès que vous serez dans une situation de stress excessif, votre réflexe acquis depuis des années, celui qui empêche si efficacement vos mots de sortir, sera plus fort que tout et prendra le pouvoir. Un travail psychologique peut vous aider à maîtriser ces réactions devenues instinctives mais, en attendant, vous pouvez apprendre à mieux les comprendre pour mieux les corriger. Il faut donc que vous essayez d’identifier ce que vous faites de travers lorsque vous bégayez.
Van Riper, bègue sévère devenu orthophoniste et pionnier des thérapies modernes du bégaiement, l’exprimait ainsi : « Le bègue doit apprendre à savoir ce qu’il fait lorsqu’il est confronté à un mot redouté ou à une situation stressante ».
Cette nécessité d’analyser son bégaiement et ses blocages est très bien expliquée dans l’ouvrage de Malcolm Fraser (Self therapy for the stutterer). Pour comprendre comment procéder, je vais vous livrer un résumé du chapitre consacré à ce thème.
Fraser prend un exemple concret : prononcer le prénom Pierre. Admettons que vous ayez des problèmes pour sortir le « P » et enchaîner sur le son suivant. Le son « P » est une labiale explosive. Ce type de son est produit en fermant vos lèvres (d'où le « labiale ») et en créant une petite pression d'air que vous relâchez soudainement en ouvrant vos lèvres ( c'est l'explosion du « P »). Allez-y, faites le test... Ca y est ? Bon. Maintenant, mettez-vous devant un miroir et bégayez ou bloquez comme un malade sur le P en mettant un maximum de tension. Refaites le ensuite plus lentement en essayant de bien comprendre comment vous produisez ce blocage. Que font vos lèvres, votre mâchoire, vos abdominaux ? Vous avez sans doute décelé une tension importante. Où était-elle localisée ?
Peut-être que vos lèvres et vos mâchoires tremblaient, répétant en mitraillette le « P »?
Peut-être que vous pressiez vos lèvres si fort que vous ne pouviez pas les séparer pour laisser l'air passer et provoquer l'explosion ?
Maintenant, faites un joli sourire à votre miroir et dites le son « P » très lentement et tranquillement sans bégayer. Sentez la différence.
Admettons que votre blocage venait d'une trop grande tension sur vos lèvres qui refusaient de se séparer et de libérer l'air. Que pourriez-vous faire pour changer cette habitude ? Bon, je vous rassure, la réponse est simple, pas besoin de vous creuser la tête. Vous devez tout simplement faire l'inverse. En l'occurence, réduire la tension. Pour cela, vous allez relâcher vos lèvres et les rapprocher ensuite très légèrement, avec très peu de tension pour produire une légère pression et l'explosion du son « P ». Ca s'appelle un « contact léger » ou « en douceur», un peu comme si vouliez déposer un baiser très doux sur la joue d'un enfant endormi (elle est pas jolie ma comparaison?). Pour produire un « light contact », vous devez contrôler les muscles de vos lèvres pour que celles-ci se touchent à peine, en laissant l'air passer librement entre elles. Concentrez vous sur la sensation du mouvement que font vos lèvres en se rapprochant puis en s'écartant pour sortir le P et aller vers le son suivant.
Le P, n'est qu'un exemple. Vous pouvez essayer avec les autres sons qui vous posent problème. Le son « B », par exemple est très proche du P. Le but est de prendre conscience que vous pouvez sortir ces sons de manière très cool sans forcer. Vous verrez que pour la plupart des sons, les corrections à apporter sont assez faciles. Vous allez vous rendre compte qu'il est possible de « sortir » un son redouté sans forcer comme un malade, sans utiliser des mots parasites, sans raclements de gorge ou je ne sais quoi encore. Plus vous ferez cette analyse et plus vous prendrez conscience que vous pouvez vous sortir d'un bégaiement sans vous débattre comme un singe dans un filet. Lorsque vous aurez décortiqué vos blocages pour détecter vos erreurs ou mouvements parasites, vous serez mûr pour assimiler des techniques d'élimination de ces blocages. Je les aborderai dans d'autres posts.
Rappelez-vous, le bégaiement est ce que vous faites. Or vous pouvez changer ce que vous faites.
Le livre de Malcom Fraser est disponible en téléchargement gratuit ici (version anglaise).
3 août 2009
Mon enfant bégaie : quand consulter ?
La Stuttering Foundation of America donne sur son site Internet des conseils pour aider les parents à savoir s’ils doivent ou non consulter un orthophoniste. Pour cela, ils ont rédigé une grille d’évaluation permettant d’identifier des facteurs de risque (voir tableau à gauche). Si votre enfant a au moins un de ces facteurs, ils vous conseillent de consulter.
Je reçois des messages de parents inquiets pour le bégaiement de leur enfant et il m'a paru utile de traduire cet article qui pourra les aider et aussi les rassurer. Cette grille d'évaluation me semble pertinente avec les études faites généralement sur le bégaiement (antécédents familiaux, âge de survenance...). Vous en trouverez ci-après la traduction complète. Si vous avez un commentaire à faire, n'hésitez pas.
Antécédents familiaux
Près de la moitié des enfants qui bégaient ont un bègue dans leur famille. Le risque que votre enfant bégaie vraiment, et que ce ne soit pas simplement des accidents de parole « normaux » à cet âge, augmente si ce membre de votre famille bégaie toujours. Le risque est moindre si cette personne a surmonté ce bégaiement durant son enfance.
Age d’apparition
Les enfants qui commencent à bégayer avant l’âge de 3 ans sont plus susceptibles de se débarrasser de leur bégaiement. Si votre enfant commence à bégayer avant 3 ans, il y a de fortes chances qu’il s’en débarrasse en 6 mois.
Le temps écoulé depuis l’apparition
Entre 75% et 80% des enfants qui commencent à bégayer vont retrouver une élocution normale dans les 12 ou 24 mois qui suivent, sans thérapie orthophonique. Si votre enfant bégaie depuis plus de 6 mois, il a moins de chances de s’en sortir tout seul. S’il bégaie depuis plus de 12 mois, la probabilité est encore plus faible qu’il s’en sorte sans aide.
Le sexe de votre enfant
Les filles ont une plus grande probabilité que les garçons de surmonter leur bégaiement En fait, il y a 3 à 4 garçons qui bégayent pour une fille. Pourquoi cette différence ? Tout d’abord, il apparaît que durant la petite enfance, il y a des différences innées dans les aptitudes au langage entre les garçons et les filles. Deuxièmement, durant cette même période, les parents, les membres de la famille et les autres personnes se comportent souvent différemment avec les filles et les garçons. Il est donc possible qu'il y ait plus de bègues chez les garçons que chez les filles à cause de différences de base dans les aptitudes au langage mais aussi dans leurs interactions avec les autres. Ceci étant dit, beaucoup de garçons qui commencent à bégayer vont surmonter ce problème. Ce qu’il est important de vous rappeler est que si votre enfant bégaie en ce moment, cela ne signifie pas forcément qu’il bégaiera toute sa vie.
Autre facteurs liés à la parole et au langage
Un enfant qui parle clairement avec quelques accrochages est plus susceptible de surmonter son bégaiement qu’un enfant que les erreurs de langage rendent difficile à comprendre. Si votre enfant commet de fréquentes erreurs de langages comme substituer un son à un autre ou oublier des sons dans les mots, ou a des difficultés à suivre des indications, cela doit attirer votre attention. Les découvertes les plus récentes contredisent les idées reçues sur le fait que les enfants qui commencent à bégayer ont en général un langage moins développé. Il semblerait, au contraire, qu’ils soient plutôt dans les normes, voire au dessus. Des aptitudes avancées au langage semblent même être davantage un facteur de risque pour les enfants dont le bégaiement persiste.
La présence de ces facteurs augmente donc le risque que votre enfant développe un bégaiement. Si votre enfant est concerné par l'un d'entre eux et montre les signes d’alerte mentionnés plus haut, vous devriez être vigilant. Vous pouvez consulter un orthophoniste spécialisé dans le bégaiement. Le thérapeute vous indiquera si votre enfant bégaie vraiment et déterminera s’il faut attendre un peu ou débuter un traitement tout de suite.
L'article original se trouve ici.
1 Longitudinal research studies by Drs. Ehud Yairi and Nicoline G. Ambrose and colleagues at the University of Illinois provide excellent new information about the development of stuttering in early childhood. Their findings are helping speech-language pathologists determine who is most likely to outgrow stuttering versus who is most likely to develop a lifelong stuttering problem. Research reports include:
Yairi, E. & Ambrose, N. (1992). A longitudinal study of stuttering in children: A preliminary report. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 35, 755-760.
Ambrose, N. & Yairi, E. (1999). Normative disfluency data for early childhood stuttering. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 42, 895-909.
Yairi, E. & Ambrose, N. (1999). Early childhood stuttering I: Persistence and recovery rates. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 42, 1097-1112.
2 Yairi, E. & Ambrose, N. (2005). Early Childhood Stuttering: For Clinicians by Clinicians, ProEd, Austin, TX.
3 Yairi, E. & Ambrose, N. (2005). Early Childhood Stuttering: For Clinicians by Clinicians, Chapter 7, Pro-Ed, Austin, TX.
31 juil. 2009
Bégaiement et téléphone
Pour beaucoup de bègues, le téléphone est une invention maléfique. Selon Martin Schwartz, auteur de « Stutter no more », 80% de ses patients avaient peur du téléphone et lorsqu’il demandait « quelle situation est la plus difficile pour vous ? », la réponse la plus fréquente était « passer un coup de fil ».
Chez certains bègues, la hantise du téléphone est telle qu’ils refusent de décrocher et font passer leurs appels par leurs proches. Ils vont même jusqu’à se déplacer chez leur médecin pour prendre rendez-vous plutôt que de téléphoner.
Pour ma part, lorsque j’ai commencé à travailler, le bégaiement m’a permis d’entretenir une excellente condition physique. Ma peur du téléphone était en effet telle que je préférais aller directement dans le bureau de la personne que je devais appeler. J’arpentais ainsi des kilomètres de couloirs chaque semaine. Le bègue moderne a cependant la chance de disposer d’une messagerie interne qui lui permet de se sédentariser. Certaines entreprises utilisent même désormais des messageries instantanées (une invention de bègue, j'en suis sûr).
Deux explications principales peuvent être données à cette phobie :
- Au téléphone, la communication ne passe que par les mots, ceux là même qui nous causent tant de soucis. Nous ne pouvons pas compenser ou détourner l’attention par du visuel, gestes ou mimiques. Et en cas de blocage le silence parait deux fois plus lourd.
- La pression temporelle est plus forte. Elle commence dès le début de l’appel : si vous ne disez pas « Allo » dans la seconde qui suit le décroché, votre interlocuteur va s’inquiéter « Allo ? » « Oui ? ». Idem si vous bloquez quelques secondes « Allo ? Vous êtes toujours là ? ». Ce sentiment d'urgence et la précipitation induite sont propices à l'apparition du bégaiement.
Pour autant renoncer à téléphoner est la pire des solutions. Cette fuite ne fera que renforcer votre crainte qui deviendra peur puis terreur puis phobie. Et tôt ou tard, à moins de demander asile auprès d’une tribu d’indiens amazoniens, vous devrez passer des appels
La seule solution est de pratiquer. Nombreux sont les bègues à avoir surmonté leur peur du téléphone mais cette capacité ne leur a pas été donnée une nuit par une fée bienveillante. C’est le résultat d’une longue pratique qui leur a permis de dédramatiser l’appel téléphonique, de prendre confiance et même de s’y sentir à l’aise. Comme le dit Jim McClure sur le site de la British Stammering Association, « l’exposition constante m’a désensibilisé ». Il n’a en effet jamais évité le téléphone et est même allé jusqu’à se faire embaucher chez un opérateur téléphonique ! Sa tactique a été de se mettre chaque fois dans des emplois où il n’avait pas d’autre choix que d’utiliser le téléphone.
Pour vous aider dans vos exercices, voici quelques conseils glanés sur les sites de la British Stammering Association et de la Stuttering Foundation America.
Préparez votre appel : Assurez-vous que vous savez pourquoi vous appelez. N’ajoutez pas le stress de l’improvisation à celui du blocage. Notez les points-clefs sur un papier et tenez le devant vous lorsque vous appelez. Vous pouvez même écrire les premières phrases d’un appel important et choisir les mots qui vous semblent les plus faciles à dire. Ayez aussi quelques alternatives de premiers mots en tête. Vous pouvez par exemple choisir de commencer votre appel par « Bonjour, Laurent Dubois » ou « Laurent Dubois, bonjour », selon ce qui passera le mieux sur le moment. Mettez-vous aussi en condition : lorsque vous composez les numéros, dîtes les à haute voix et lentement. Cela vous calmera et vous aidera à commencer votre appel plus en confiance
Graduez les appels : Si vous avez plusieurs appels à passer, classez-les dans l’ordre croissant de difficulté en commençant par le plus facile. Essayez d’appeler un ami ou un proche juste avant l’appel important. Cela peut vous aider à vous relaxer et à renforcer votre confiance.
N’hésitez pas à dire que vous bégayez. Cela relâchera la pression et vous permettra de prendre plus de temps. Les gens ne peuvent pas vous voir lorsque, à l’autre bout du fil, vous luttez pour sortir un mot. Si vous avez un blocage un peu long, ils ne comprennent pas ce qui se passe. En leur disant simplement « Je bégaie, ne soyez pas surpris si je bloque sur certains mots » ou « je suis un peu fatigué aujourd’hui et je bégaie plus d’habitude, merci de votre patience », vous aurez généralement une réponse compréhensive. Dire c’est partager. En procédant ainsi, votre interlocuteur n’est plus un juge inquiétant mais un partenaire bienveillant.
Déculpabilisez : ce que vos interlocuteurs vont penser de vous à cause de votre bégaiement est leur problème. Votre problème à vous est de passer les appels que vous avez besoin de faire. Ne vous inquiétez pas des silences; ils surviennent dans toutes les conversations. Concentrez-vous sur ce que vous avez à dire, plutôt que sur vos blocages. Votre objectif est de communiquer, que vous bégayez ou non. Et oubliez le fantasme de la fluidité : si vous écoutez des non-bègues téléphoner, vous vous apercevrez que leurs hésitations et répétitions sont fréquentes.
Pensez à relâcher au maximum la tension : si vous commencez à bloquer, bégayez ouvertement et doucement (voir bégaiement lent ); essayez de ne pas forcer pour sortir les mots et, le plus important, souvenez-vous de parler lentement. Vous regarder dans un miroir peut vous aider à détecter où est la tension sur votre visage et sur les autres parties de votre corps.
Lorsque votre interlocuteur parle, profitez-en pour respirer calmement en relâchant la tenson dans vos épaules, vos abdominaux,…
Positivez ! Si vous avez trouvé un appel stressant et que vous avez bégayé plus que d'habitude, adoptez une attitude positive. Souvenez-vous qu'il y aura d'autres conversations où vous bégayerez moins. Ce n'est pas un désastre de bégayer et vous pouvez apprendre de chaque expérience de parole.
Pour progresser, enregistrez vos conversations si vous le pouvez (je le fais encore de temps en temps grâce à la fonction dictaphone de mon téléphone mobile). Essayez d'apprendre de chaque enregistrement et préparez une stratégie pour le prochain appel. Si vous faites cela durant un certain temps, vous identifierez quelques problèmes récurrents. Soyez également attentif à votre parole fluide. Beaucoup de bègues oublient qu’ils ont des moments de fluidité et s’arrêtent sur le bégaiement. Savourez cette fluidité et enchaînez les appels; battez le fer tant qu’il est chaud. Une parole fluide génère la confiance et la confiance génère la fluidité.
Exercez-vous chaque jour ! répondez à des petites annonces, prenez des rendez-vous, annulez-les, appelez des numéros verts pour avoir une information… Chez vous, essayez d'être la personne qui répond au téléphone. L’objectif est de réduire votre anxiété, de mettre en pratique les conseils précédents et de tirer vous aussi des enseignements de ces appels. Encore une fois, c'est en faisant qu'on progresse, il n'y a pas de voie plus efficace.
Et n’ayez pas peur de vous « planter ». Dites-vous que les échecs sont avant tout des expériences et font partie de votre apprentissage : ils sont inévitables pour atteindre votre objectif. L’apprenti-skieur va se prendre des gamelles, l’apprenti-jongleur va faire tomber ses massues, l’apprenti-golfeur va frapper à côté de sa balle… jusqu’au jour où, à force d’entraînement et de persévérance, ils vont réaliser leurs gestes automatiquement, sans y penser et sans appréhension… comme vous le ferez dans quelques temps avec le téléphone.
« La recette du succès : doubler son taux d’échec ! » - Thomas J Watson, fondateur d’IBM.
Allez, hop ! Au téléphone !
24 juil. 2009
Coup de gueule : les vidéos avant/après
Si vous surfez sur le web à la recherche d’une solution pour vous débarrasser de votre bégaiement, vous serez peut-être impressionné par certaines vidéos « avant/après » mises en ligne pour démontrer l’efficacité d’une méthode. Les anglo-saxons sont les champions pour ce genre de pratique (cela fait partie du package marketing avec le satisfait ou remboursé et le témoignage de reconnaissance, écrit et invérifiable, de plusieurs personnes à travers le monde). En France, les reportages télévisés sur les stages anti-bégaiement sont souvent construits sur le même scénario.
Le principe est simple : le bègue est filmé et interviewé avant son stage pour qu’il puisse montrer comme il sait bien bégayer et combien il souffre. Pour cela, invariablement, on lui demande d’aller chez le boulanger (en Allemagne, on doit lui demander d’aller chez le charcutier) et on refait la prise jusqu’à ce que le bégaiement soit bien caricatural. A noter qu’il tombe toujours sur une boulangère hyper sympa et souriante qui attend patiemment qu’il ait fini son numéro.
Ensuite, entrée en scène du Grand Guru Qui a Vaincu le Bégaiement, j’ai nommé Johnny Costard (vous remarquerez, ils sont toujours en costard cravate, le côté VRP peut-être…), qui explique vaguement sa méthode (pas trop non plus, faut quand même pas déconner, y’ pas écrit Abbé Pierre sur son front)... Et en fin de stage, tel un ours (ou un panda…) savant, on demande au bègue de repasser devant la caméra pour montrer combien il a progressé. Et là, ô miracle, mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, reprenez avec moi tous en chœur : « il est guéri ! ». Il parle presque sans accroc grâce à la méthode révolutionnaire de l’évangéliste Johnny Costard, ancien bègue et bientôt nouveau riche. Le bègue pleure, sa maman pleure, la ménagère de moins de 50 ans pleure…
Aaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhh (rugissement de panda en colère) !!!
Même si cette amélioration est spectaculaire, elle n’a absolument rien d’étonnant !
Le premier jour, vous arrivez déprimé par votre bégaiement et il vous est demandé de vous présenter face caméra (horreur) devant des personnes que vous ne connaissez pas ! Situation nouvelle + caméra + auditoire d’inconnus : l’arme fatale pour abattre un bègue ! Vous êtes hanté par des croyances négatives qui exacerbent le bégaiement : « je suis bègue et je suis incapable de parler en public. Je vais me planter, c’est sûr. En plus, je suis devant des personnes qui ne me connaissent pas et elles vont me juger. Je vais me coller la honte si j’ai des blocages trop prononcés. Les anciens bègues qui animent le stage vont voir que je n’arrive pas à me contrôler alors que eux ont réussi. Et puis, je ne sais pas trop ce qui m’attend dans ce stage. »
Bref, vous êtes dans la rétractation et la tension.
Le dernier jour, au contraire, vous connaissez tout le monde, vous êtes porté par la dynamique du stage et vous appliquez consciencieusement une méthode que vous n’avez pas encore mis à l’épreuve de la vie réelle !
Vous êtes porté par des croyances positives : « j’ai une méthode qui me permet de parler correctement, j’ai progressé durant le stage et les gens autour de moi m’ont montré qu’ils la pratiquaient avec succès. Je ne vais pas hésiter à l’utiliser et j’ai confiance. Et puis, je suis entouré de gens que je connais, avec qui j’ai sympathisé et qui auront une écoute bienveillante. » Vous avez confiance dans votre parole et dans votre auditoire et vous êtes dans l’ouverture et la décontraction.
Il y a aussi une manipulation psychologique : au début, on vous installe devant la vidéo pour évaluer votre bégaiement. A la fin, on vous demande de montrer que vous parlez « normalement ». Vous avouerez que la mise en condition est bien différente !
Comme disait mon professeur de statistiques à l’université : « y’a comme un biais ! ».
Mais lorsque vous sortirez du stage, retrouverez-vous cet environnement favorable et cet état de confiance et oserez vous mettre en œuvre les techniques apprises ? Vous serez seul pour affronter des situations de prise de parole. Si elles sont particulièrement stressantes, vous retrouverez vos anciens réflexes et vous n’oserez pas appliquer votre nouvelle méthode ou vous n’aurez pas la prise de distance nécessaire pour le faire. Ces micro-échecs vont peu à peu effriter votre confiance et vous allez redescendre de votre nuage. Vous vous croyiez sauvé et vous voilà revenu à votre point de départ. Sauf que vous êtes encore plus mal qu’avant car vous avez chuté de toute la hauteur des espoirs donnés par le stage. Cerise sur le gâteau, vous n’êtes plus seulement un bègue mais un bègue nul, incapable de s’en sortir alors que d’autres le font brillamment grâce à la méthode Costard.
Méfiance, donc… Ce n’est pas parce qu’il y a des vendeurs de miracles que les miracles existent…
Certaines méthodes peuvent vous aider (cf mon post sur Impocco) mais elles ne sont pas universelles et vous demanderont rigueur et persévérance. Il est important de le savoir avant de s’y engager.
Surmonter un bégaiement durablement ancré est un long voyage. On peut choisir de le faire seul ou accompagné, mais pas sur un week-end de trois jours.
20 juil. 2009
J'ai testé... les bêta-bloquants
A 13 ans, j’ai fait un séjour de deux semaines à l'hôpital Hérold, dans le 15ème arrondissement de Paris. On me donnait des calmants et des médecins à la mine grave, suivis par une cour silencieuse de blouses blanches, observaient mes réactions et l'évolution de mon bégaiement.
Et puis un jour, tout a dérapé. Ils ont dû se gourer dans les doses ou bien deux médicaments ne se sont pas entendus, je ne sais plus... Lorsque ma grand mère est venue me voir, j'étais en plein délire et je ne reconnaissais plus personne. Ils m'emmenèrent alors passer un électro-encéphalogramme et entreprirent de m'arracher mes cicatrices. C'est du moins ce que je racontai ensuite à ma mère. En fait, ils m'avaient simplement enlevé les pansements qui maintenaient les électrodes, d'où cette impression de tiraillement sur la peau...
Je suis sorti de l'hôpital mais j'ai continué à prendre des médicaments. J'étais assommé la moitié de la journée et j'avais autant d'énergie qu'un paresseux sur son arbre. Je parlais d'une voix pâteuse et je n'avais même plus la force de bégayer. La réussite était donc évidente et les médecins ont dû longuement se féliciter, charmés d'avoir si bien soigné ce jeune garçon... J’étais devenu un véritable zombie parfaitement apathique. Problème de dosage peut-être… Quoiqu’il en soit, mes parents ont décidé, avec raison, d’arrêter là l’expérience.
Il a donc fallu attendre 25 ans avant que je ne retourne vers la voix médicamenteuse. Je crois aussi que cela me blessait dans mon orgueil d'avoir recours à une béquille chimique. Je voulais m'en sortir seul, sans aide et de manière "naturelle". J’ai donc commencé « cool » en essayant d’abord l’homéopathie, les huiles de Bach, la passiflore… Tout cela n’avait pas mauvais goût et était délicieusement inefficace...
Un jour où je stressais particulièrement avant une présentation importante (amphithéâtre plein, pupitre, micro : l’apocalypse version bègue…), je suis allé voir mon médecin. J’avais lu que les bêta-bloquants étaient très utilisés par les orateurs professionnels (présentateurs, hommes politiques) et par les musiciens classiques (une copine violoniste m’a confirmé que c’était en effet assez courant dans le « milieu » avant le passage d’une audition importante ou avant un concert). Les étudiants commenceraient aussi à y avoir recours pour leurs examens. Une lycéenne témoignait que dans sa salle d’examen, une personne sur 6 en avait pris pour les épreuves du baccalauréat.
J’avais donc décidé de franchir le pas. Je n’étais cependant pas très à l’aise pour exposer ma demande et je ne savais pas comment mon médecin allait réagir. Pour moi, la prise de « calmants » avait un côté un peu sulfureux et tabou. A mon grand soulagement, il n’a pas été surpris par ma demande et a immédiatement compris combien le stress de la prise de parole pouvait être amplifié démesurément par la peur de bégayer. Il m’a donc prescrit un bêta-bloquant. Ce médicament a pour effet de bloquer les manifestations habituelles du trac : emballement cardiaque, tremblements, rougeurs, suées… Il a cependant fait preuve de prudence car j’ai un rythme cardiaque naturellement bas. Il m’a donc demandé de tester d’abord un demi-comprimé et de venir le voir deux heures après pour m’ausculter. Ce test ayant été concluant, j’ai fait un autre test avec un comprimé entier et le puis le jour fatidique est arrivé.
Cela s’est passé merveilleusement bien sans accroc, ni blocage. Debout derrière mon pupitre, j’ai déroulé tranquillement et posément ma présentation. Je me sentais calme avec une légère sensation d’engourdissement. Je n’ai pas eu d’effet secondaire et depuis, je prends ce médicament chaque fois que j’ai une présentation « à enjeu », soit 4 ou 5 fois par an. J’avale mon petit comprimé magique 2 heures avant ma prestation et je me transforme en un type zen et tranquille, qui prend son temps pour parler, qui ne se laisse pas impressionner et qui est relativement décontracté. Deux heures après, les effets ressentis ont disparu.
Attention ! Ce petit comprimé n’explique pas tout ! Dans mon cas, ses effets sont bénéfiques car ils m’aident, dans des circonstances particulièrement stressantes, à appliquer ce que j’ai pu apprendre sur la « gestion » des blocages et la prise de parole en public. Il n’y a pas de miracle.
En outre, il m’a semblé que, la dernière fois, l’effet était moins marqué. Y’aurait-il une accoutumance même si les prises restent exceptionnelles ? Notre spécialiste Olivier aurait peut-être des infos là-dessus. A suivre…
Encore une fois, ce n’est que mon témoignage et je ne suis pas médecin. Les effets secondaires des bétâ-bloquants peuvent être importants et je ne pense pas que cela peut être envisagé comme traitement régulier et durable du bégaiement. Consultez avant d’envisager le recours à la médication.
25 juin 2009
Bégaiement lent et conduite sur glace
Je vais vous parler aujourd’hui d’une technique qui m’a beaucoup aidé et que je continue à utiliser. Il s’agit du bégaiement lent ou relax.
Selon J. David Williams, spécialiste du bégaiement à l’Université de l’Illinois, le « slow stuttering » s’est avéré efficace pour de nombreux bègues en les faisant évoluer d’un bégaiement lourd et complexe vers un bégaiement lent, simple, générant très peu de crispation et d’interruption dans leur parole.
Le but de ce bégaiement lent n’est pas de ralentir votre débit sauf si vous parlez vraiment très vite et que cela vous rend difficilement compréhensible. L’idée est de simplement ralentir lorsque le bégaiement et la tension associée surviennent.
En fait, vous devez tout simplement faire l’inverse de ce que vous faites d’habitude. En effet, habituellement, les bègues réagissent au bégaiement en se crispant ou en accélérant. Avec ce bégaiement lent, vous devez apprendre à passer en mode « relax » pour faire disparaître la tension responsable du blocage.
Si le bégaiement survient, ne vous arrêtez pas, ne revenez pas en arrière mais... continuez à avancer sans forcer. Pour cela, relâchez votre langue, votre mâchoire, vos lèvres, laissez les en mouvement sans bloquer. Résistez à tout sentiment d’urgence ou de pression ou envie d’accélérer, ne paniquez pas et prenez tout le temps dont vous avez besoin. Restez confiant et continuez à avancer lentement mais sûrement. Essayez de faire tout de manière relâchée, doucement, lentement. Dites vous que vous avez appuyé sur la touche « slow » de votre lecteur !
A un point critique, une seconde, 2 ou 10, vous allez soudain sentir que vous avez passé l’obstacle. Votre tension se dissipe, votre confiance resurgit et vous finissez simplement votre mot et continuez à parler à vitesse normale. Si un blocage revient, repassez alors aussitôt en mode lent.
Encore une fois, l’objectif n’est pas de ralentir votre discours mais votre bégaiement. Avec cette technique, vous refusez de céder à la panique et la tension qui accompagnent habituellement le bégaiement.
Pour moi, cette technique a été bénéfique pour plusieurs raisons :
- J’ai arrêté de forcer quand un blocage survenait.
- Je ne cherche plus à masquer mon bégaiement. Sur certains mots, je bégaie mais cela se fait en douceur et de manière « décontractée ». Je le vis bien et donc mon interlocuteur aussi. Je me surprends même parfois à provoquer ce léger bégaiement. C’est une manière d’avancer à visage découvert, d’informer mon interlocuteur que c’est ma façon de parler et qu’il n’y a pas à s’en inquiéter. De même si, exceptionnellement, le bégaiement se prolonge un peu, je souris et je fais une petite remarque pour rassurer mon interlocuteur.
- Je ne cherche plus la fluidité, ce qui est encore une manière de relâcher la pression. Un accident de parole est tolérable, d’autant plus qu’il peut être aisément rattrapé. C’est aussi un signal qui me permet de lever le pied quand mon discours s’emballe et que la tension monte.
Au final, ne redoutant plus les blocages, j’ai une parole plus spontanée, détendue et j’en ressens les effets. Je suis plus zen, je me concentre davantage sur le contenu de mon discours et je suis aussi moins fatigué.
Pour expliquer cette technique à mes proches, j’ai trouvé la métaphore de la conduite sur glace : considérez le bégaiement, le blocage comme une plaque de verglas sur votre route. Si vous accélérez ou freinez brusquement, vous allez patiner ou partir en tête à queue. Si vous avancez en douceur, tranquillement, vous passerez.
Il en va de même pour le bégaiement lent : grâce à lui, je continue à avancer en bégayant certains mots de manière relâchée, en ralentissant un peu, avec une tension de plus en plus faible. Résultat : je passe au travers du bégaiement et je poursuis ma route.
Et bizarrement, depuis, je rencontre de moins en moins souvent des plaques de verglas…
22 juin 2009
Bégaiement, oraux et entretiens d'embauche
L’été arrive et avec lui…la période critique des oraux et des entretiens d’embauche.
Déjà stressante pour un non-bègue, l’épreuve de l’oral devient une véritable angoisse pour une personne qui bégaie.
Je me souviens ainsi d’un oral d’anglais que j’avais passé pour un concours d’entrée en école de commerce. Alors que j’étais plutôt bon dans cette matière, je m’étais retrouvé presque incapable de sortir une phrase à l’examinatrice. Elle a pris mes nombreux silences ou répétitions pour des hésitations et un manque de vocabulaire. Bien sûr, j’ai eu une note horrible. Il se trouve que le mari de l’examinatrice était mon prof d’anglais. Lorsque je lui ai parlé de ma note, je lui ai dit : « je n’ai pas compris !», ce à quoi il a répondu « Elle, non plus ! »
J’avais pourtant vécu la situation exactement inverse pour mon bac de français et j’aurais dû m’en souvenir… Ma mère avait signalé mon bégaiement à l’académie et j’avais eu ainsi droit à trente minutes en plus pour l’épreuve orale. Ce qui m'a le plus aidé dans cette dispense, c'est que l'examinateur savait que j'étais bègue. Ca m'a même tellement libéré qu'il m'a demandé à la fin pourquoi j'avais demandé cette dérogation ! C’est d’ailleurs toujours ce qui arrive lorsque je fais ce choix de transparence. Après quelques minutes d’échange, mes interlocuteurs me disent « mais enfin, vous n’êtes pas bègue ! ». Mais si, mais si…
Un conseil donc pour tous ceux qui doivent passer des oraux : annoncez-le d’emblée. Ca vous libérera et ça évitera à l'examinateur de penser que vos mots sortent laborieusement parce que vous ne savez rien… Ca vous évitera aussi de concentrer votre énergie sur l’évitement du bégaiement plutôt que sur le contenu de vos réponses.
J’en profite pour relayer une très bonne initiative de l’APB : un dépliant conçu spécialement pour les examinateurs. Il explique ce qu’est le bégaiement et comment réagir face à un candidat qui bégaie. Vous pouvez le consulter ici.
Je conseille aussi fortement cette transparence pour les entretiens d’embauche. Voici deux ans, j’ai postulé pour un poste de responsable marketing dans une grande entreprise : à chaque entretien (cabinet de recrutement puis DRH puis responsable hiérarchique) j'ai dit que je bégayais. Je savais en effet qu’en situation de fort stress, le bégaiement pouvait revenir m’embêter et j’ai préféré prendre les devants. Ca n'a posé aucun problème : ils m'ont remercié pour ma franchise et ça a permis de détendre l'atmosphère. Ils ont pu voir aussi sur mon CV que ça ne m'avait pas gêné pour faire un parcours professionnel intéressant. Résultat : j'ai obtenu le poste… que j’ai finalement refusé mais ça, c’est une autre histoire.
A l'inverse, si vous réussissez à passer les entretiens en masquant votre bégaiement, la pression sera encore plus forte lors de la prise de poste ou de l’entrée dans votre nouvelle école : "mon dieu, il ne faut surtout pas qu'ils découvrent que je suis bègue, que je leur ai caché quelque chose...".
Outre cette franchise, quelques petits conseils tirés de mon expérience pour diminuer la pression :
Préparez votre entretien : n’ajoutez pas au stress de la prise de parole celui de l’improvisation. Si vous maîtrisez votre présentation, votre argumentaire, c’est un poids en moins. Ecrivez ce que vous voulez dire, quitte à choisir des mots qui vous conviennent (bon OK, ce n’est pas forcément un bon conseil à donner pour un bègue, mais on est dans une situation un peu exceptionnelle…) Souvenez vous de Churchill…(voir l’article d’Alexandre sur parole de begue)
Mettez vous en situation : on fait bien ce que l’on fait souvent. Demandez à un proche de vous faire répéter de manière cool d’abord puis en endossant le rôle de l’examinateur un peu moins sympa, histoire de monter un peu la pression. Demandez ensuite à quelqu’un d’un peu mojns proche… L’idée est de vous exposer un peu plus chaque fois. Pour les entretiens d’embauche, l’idéal est de commencer par postuler à des postes qui ne vous intéressent pas pour faire des exercices en situation réelle sans toutefois qu’il n’y ait trop d’enjeu pour vous. Lorsque l’entretien qui vous intéresse arrivera, certes vous aurez encore le trac (rassurez-vous, pas besoin d’être bègue pour l’avoir) mais vous serez préparé et vous aurez avec vous l’expérience donnée par vos exercices.
Pensez au non-verbal : l’impression que vous allez faire passe aussi par là. Regardez dans les yeux, souriez et écoutez (les bègues sont parfois très bavards et coupent facilement la parole ou écoutent peu leur interlocuteur, obnubilés qu'ils sont par leur propre discours). On a forcément plus envie de travailler avec quelqu'un de franc, souriant et bien élevé... Il faut donner à votre interlocuteur l’envie de vous revoir.
Rappelez vous aussi que 1% de la population bégaie, c’est à dire un candidat sur 100… Vous ne serez sans doute donc pas le premier bègue rencontré par l’examinateur ou le recruteur. En revanche, vous serez parmi les rares à oser en parler ouvertement et de manière transparente, ce qui sera sûrement apprécié. Ce peut-être d’ailleurs l’occasion pour mettre en avant les qualités nécessaires à votre rééducation : volonté, persévérance, rigueur…
Et rassurez-vous : être bègue n’empêche pas de faire des études, d’intégrer de entreprises ou de faire carrière. J’en ai même rencontré un qui avait créé son agence de communication !
18 juin 2009
Mon enfant bégaie : comment en parler à l'école ?
Je suis tombé sur un article très intéressant rédigé par The Stuttering Foundation of America. C’est un mini guide pour des enfants qui souhaitent expliquer leur bégaiement en classe. J’ai déjà parlé de l’importance de cette démarche dans mon post « parlez-en ». Les conseils donnés ci-après peuvent être utilisés quelque soit la thérapie suivie par l’enfant (orthophonie ou autre).
En voici une traduction résumée.
L’un des moyens pour expliquer votre bégaiement à vos amis est de demander à votre thérapeute ou à votre professeur de vous aider à faire une présentation sur le sujet. Beaucoup d’enfants que nous connaissons ont fait ce type d’exposé en classe et nous avons pensé intéressant de vous faire partager leur expérience avec ce modèle de présentation...
1. Introduction
Présentez les intervenants (en général vous et votre orthophoniste ou thérapeute)
2. Demandez qui est déjà allé chez l’orthophoniste et pourquoi ?
Il y a en effet un grand nombre de troubles de la parole : problème de prononciation, dyslexie… et il y a de grandes chances pour que d’autres élèves aient déjà suivi des séances d’orthophonie.
Dites à la classe que vous allez leur apprendre des choses intéressantes sur le bégaiement et que vous allez les instruire parce c’est important d’être éduqué.
3. Dites leur ce qu’est le bégaiement et pourquoi il survient.Demandez aux élèves s’ils savent ce que c’est. Donnez ensuite votre définition.
4. Demandez-leur s’ils connaissent des gens célèbres qui bégaient.Citez-en quelques-uns : Moïse, Julia Roberts, Bruce Willis, François Bayrou,…
5. Assurez-vous qu’ils savent que l’on est pas responsable de son bégaiement. Les gens ne bégaient pas parce qu’ils sont bêtes ou malades et ce n’est pas votre faute si vous bégayez.
6. Faites leur comprendre ce qu’est le bégaiement :
Montrez différentes sortes de bégaiement (blocage, répétition, substitution de mots…)
Demandez leur d’essayer de bégayer. Vous pouvez même leur donner une note !
Demandez ensuite à vos camarades ce qu’ils ressentiraient s’ils devaient s’exprimer toujours de cette manière. C’est le meilleur moyen pour qu’ils vous comprennent.
7. Montrez aux élèves ce que vous avez appris pour parler plus facilement.
On n’ose pas toujours appliquer ce que l’on a appris. Là aussi, le mieux est de leur expliquer ce que vous devez faire.
Faites une démonstration des techniques que vous avez apprises.
Demandez à quelques-uns de faire la même chose. Ils verront ainsi que ce n’est pas si facile de changer sa manière de parler.
Dites leur que vous n’arriverez pas toujours à mettre en oeuvre ces techniques. Que c’est un travail long et difficile.
Expliquez qu’il y a des moments où cela sera particulièrement plus dur. Par exemple, lorsque vous êtes fatigué ou énervé, ou si vous avez peur de parler ou que l’on se moque de vous..
8. Expliquez comment les gens peuvent parfois se moquer des bègues et comment cela vous affecte.Demandez aux autres élèves si l’on s’est déjà moqué d’eux pour une raison ou une autre et ce qu’ils ont ressenti.
Interrogez les sur la manière dont la classe doit réagir si l’un des élèves est moqué ou embêté.
9. Dites à vos camarades ce que vous attendez d’eux, ce qu’ils doivent faire pour vous aider lorsque vous bégayez.
Je trouve ces conseils vraiment très intelligents pour les raisons suivantes :
- C’est une excellente idée de se faire accompagner d’un adulte, notamment de son thérapeute. Pour un enfant, c’est en effet très difficile d’être seul face à la classe. L’appui d’un adulte va le rassurer et peut lui permettre de faire le pas. De plus, la présence du thérapeute « crédibilise » le handicap, le bégaiement étant souvent perçu comme quelque chose d’amusant mais de finalement pas très grave.
- Ils permettent de dédramatiser les choses et de faire preuve de pédagogie. On a peur de ce qu’on ne connaît pas. Or le bégaiement est méconnu et tout ce qui peut contribuer à l’expliquer est bienvenu. Je pense qu’il faut dire à l’enfant que son exposé sera utile pour lui mais aussi pour d’autres personnes bègues que croiseront ses camarades et qui n’oseront peut-être pas expliquer tout cela. L’idée de demander aux autres de bégayer puis de dire ce qu’ils ressentiraient s’ils parlaient toujours comme cela est excellente.
- Les sujets abordés vont remplacer les réactions de rejet ou d’incompréhension par une complicité entre l’enfant qui bégaie et ses camarades. Les associer à sa rééducation est important. C’est une marque de confiance et ils seront certainement heureux de pouvoir donner leur aide. De son côté, l’enfant bègue ne cherchera plus à masquer son bégaiement en classe et osera utiliser les techniques apprises.
Pour finir, il m'a paru utile de mentionner cette présentation parce qu'elle n'est pas seulement adaptée au bégaiement : elle peut, à mon avis, être utilisée quelque soit le handicap de l'enfant.
Pour les anglophones, l’article original est ici.
15 juin 2009
Eloge de la lenteur
La ralentissement du débit est souvent évoqué dans les thérapies du bégaiement. Pour ma part, c’est un conseil efficace mais aussi difficile à suivre. Je viens en effet d’une famille où l’on parle extrêmement vite et mon épouse me conseille souvent de ralentir mon débit. De plus, le bégaiement a renforcé ma tendance à l’accélération pour deux raisons principales :
- Comme beaucoup de bègues, je subissais la pression du temps. Je ressentais la prise de parole comme une épreuve pénible à la fois pour moi et pour mes interlocuteurs. Pour abréger le supplice, je courais dans mon discours aussi vite qu’à travers une forêt en flammes.
- J’assimilais la fluidité au mouvement et donc à la rapidité, le blocage étant au contraire assimilé à l’arrêt et à l’immobilité. J’avais l’impression que l’élan donné par la vitesse empêcherait l’arrêt et donc le blocage. Je pédalais donc aussi vite que possible pour monter la côte.
Pour moi, le déclic est venu en regardant un documentaire sur Robert Badinter. Cet homme éloquent et charismatique parle lentement, articule nettement, observe des pauses, choisit des mots et des intonations justes. J’ai repris ces idées à mon compte et j’ai pu constater leur efficacité.
Les conseils que je vais vous donner sont ceux qui reviennent souvent dans les thérapies contre le bégaiement mais aussi dans les formations à la prise de parole en public (j’en ai suivi quelques unes).
1. Brisons le cou à une idée reçue : parler lentement n'est pas ennuyeux !
Pas du tout ! Il y a des gens qui parlent lentement et sont néanmoins intéressants. D’ailleurs, l’attention est plus captée lorsque le discours est posé. J’ai cité l’exemple de Robert Badinter mais il y en a beaucoup d’autres. Pour vous en persuader, écoutez attentivement un débat télévisé avec plusieurs intervenants. Observez comme celui qui prend le plus son temps, qui choisit ses mots et s'exprime posément capte bien souvent le mieux l'écoute.
Par ailleurs, vous ne vous exprimerez pas plus lentement que lorsque vous bégayez, bloquez ou entrecoupez vos phrases de mots ou sons parasites.
2. Faites des pauses.
Plutôt que de parler comme une tortue neurasthénique (si les tortues pouvaient parler, bien sûr…), ralentissez votre parole en utilisant les pauses. Ce sont elles qui aboutiront au ralentissement de votre discours. Pourquoi ?
- Les pauses vous permettent de respirer, de reprendre votre souffle, d’éviter l’emballement et le dérèglement de votre appareil phonatoire.
- Elle vous permettent de rester en contact avec votre interlocuteur, de vous assurer qu’il suit bien vos propos. Vous lui laissez ainsi le temps d’assimiler vos paroles.
Pour ménager ces pauses, il vous faut apprendre à parler par séquences. Pour cela, découpez vos phrases en unités de sens. C’est beaucoup plus facile et reposant de se fixer pour objectif la prononciation de 5 mots, plutôt que de 20. Cela permet aussi de mieux s’attarder sur l’articulation mais aussi sur le sens des mots. Si je l’applique à une prise de parole en public, cela va changer beaucoup de choses. Avant, je montais au pupitre en me disant : « Mon Dieu ! Je vais devoir parler durant dix minutes, un quart d’heure ou une demi-heure. » et le bout du calvaire me paraissait horriblement éloigné. Maintenant, je peux me dire. « je vais faire mon intervention en faisant attention de me faire comprendre. Mon discours est une succession de petites étapes que je vais enchaîner calmement et qui vont m’amener à bon port». Chaque séquence est un objectif en soi.
3. Efforcez-vous de ralentir l'ensemble de vos gestes :
Marchez plus lentement, levez-vous également calmement, ne vous précipitez pas vers le téléphone et décrochez lentement. Cette lenteur doit être votre nouvelle nature. Il y une relation étroite entre la manière dont vous bougez et celle dont vous parlez. Ralentir vos gestes vous apporte une sensation de calme et vous aide à être plus posé.
J’avoue qu’il est difficile de changer sa nature et de suivre ce conseil en permanence. Essayez au moins de le faire avant une prise de parole importante.
4. Articulez :
Je sais que si je suis vigilant sur mon articulation, les impacts sur mon élocution sont rapidement bénéfiques et peuvent être maintenus. Articuler m’oblige à ralentir et à être plus concis. J’utilise moins de mots mais mieux choisis et mieux prononcés.
Cela me permet aussi de soigner mon intonation. En effet, lorsqu’on parle lentement, on a tendance à le faire de manière monocorde. En se concentrant sur une articulation claire et accentuée, vous évitez cet écueil. L’idéal est de réussir à savourer chaque syllabe, à y prendre du plaisir (si, si, c’est possible !).
5. Profitez en pour travailler votre contenu.
Je suis tombé récemment sur cette citation de Stendhal : « Ne dîtes que des choses fortes de comique ou de raison et il vous sera permis de parler lentement ». Plutôt que de vous focaliser sur votre élocution, concentrez vous sur le contenu de votre discours. Si vous choisissez vos mots et vos interventions, si vous avez de l'humour, si vous dites des choses intéressantes, vous serez écouté, même si vous parlez lentement.
J’ai trouvé aussi cette citation de David Adams, Chief executive d'un fonds de pension aux Royaume-Uni, trouvé sur le site de la British Stammering Association. « Je bégaye toujours mais ce n'est plus important, même quand c'est embarrassant. Parler lentement et avec précaution a des avantages. Les gens prêtent plus d'attention à ce que vous dîtes et vos paroles portent plus. Et le contenu suscitera toujours plus de respect que le style. »
D’accord, il est toujours facile de donner des conseils… Mais sincèrement, lorsque je suis vigilant (je ne le suis pas toujours…) et que je respecte cette prise de temps, j’ai une sensation de bien être, de tranquillité, d’apaisement. Je suis plus zen et je ne m’épuise plus dans mes prises de parole. Parler ainsi me permet aussi d’être concis, à la fois posé et percutant.
Le plus difficile est de réussir à conserver mon propre rythme sans me laisser emporter par le débit de mon interlocuteur. Mais après avoir écrit cet article, je n’aurai plus d’excuses si je ne le fais pas !
9 juin 2009
J'ai testé... l'IEB et la méthode Impoco
Difficile de faire un blog français sur le bégaiement et ses différentes thérapies sans parler d’Ivan Impoco, fondateur de l’IEB (Institut d’Elimination du Bégaiement). J’avoue que j’ai hésité avant de faire cet article tant je sais que la polémique est grande dans le monde du bégaiement sur la « méthode Impoco ». J’ai souvent vu des pro et anti IEB s’entre-déchirer sur des forums et j’espère que, s’il y a des commentaires sur cet article, ils seront plus apaisés.
J’ai donc moi aussi suivi la méthode Impoco. J'ai fait mon premier stage en 1990 et je suis revenu ensuite trois ou quatre fois, de manière très espacée, jusqu'en 2004. Ayant pu voir les débuts de l'association et son évolution, je vais essayer de vous livrer mon expérience de la manière la plus objective possible.
1. Le contenu de la méthode :
Difficile de la résumer ici. Sachez simplement qu’elle associe des techniques « mécaniques » (contraction musculaire à chaque syllabe émise, gestion de la respiration, absence d’articulation) et comportementales (posture, regard, refus de la pression du temps, conditionnement psychologique).
Un mot sur la violence souvent évoquée par d’anciens stagiaires. Elle n'était pas présente au début mais je l'ai ressentie lorsque je suis revenu vers le milieu des années 90. Et j'avoue, cela m'a choqué. Je jouais à ce moment là le rôle de l'ancien et je voyais certains de mes collègues adopter des comportements plus proches du bizuthage que de l'enseignement. On était passé dans une opération commando (un film sur des légionnaires était même projeté) et les stagiaires étaient réellement mis sous pression. L'objectif était de combattre le bégaiement, de prendre la revanche sur ses humiliations et d'être sans pitié pour ceux qui n'appliquaient pas ce qu'on leur demandait. Bref, on était plus dans l'électrochoc que dans l'enseignement. Très mal à l'aise, je suis parti et ne suis pas revenu jusqu'en 2000.
Lors du dernier stage que j'ai fait en 2004, j'ai pu voir qu'Ivan Impoco avait adouci son enseignement. Je crois qu'il s'était rendu compte qu'il avait été un peu trop "extrémiste" et qu'il ne cherchait plus à passer coûte que coûte avec ceux qui, manifestement, n'adhéraient pas.
Par ailleurs, je pense sincèrement qu'il agit par conviction et non pour des raisons financières. Il a trouvé sa méthode, est convaincu de son efficacité et s’engage totalement dans sa diffusion. J’ai payé mon premier stage en 1990 et n'ai jamais rien versé par la suite lorsque je suis revenu.
2. Mon expérience :
Le premier stage m'a beaucoup aidé. J’y vois plusieurs explications.
Tout d'abord, cela s'est passé à une époque délicate de ma vie : la fin des études, la recherche imminente du premier job et donc les premiers entretiens d'embauche. Mon bégaiement était à son paroxysme, mon moral très bas, mes pensées très noires et je ne voyais pas d'issue pour me sortir de ce handicap. L’IEB est arrivé à un moment crucial pour moi et j’étais motivé pour l’utiliser.
Ensuite, c’était la première fois que j’échangeais avec d’autres bègues… et que j’en voyais autant (à l'époque les autres thérapies étaient individuelles) ! Je me souviens de cette armée de bègues lâchée dans les rues, sonnant aux portes, entrant dans les commerces, arrêtant les passants… L’effet de groupe a joué à plein et m’a apporté émulation et confiance. Je n’étais plus le bègue de service et je pouvais m’exprimer, m’épanouir en me faisant remarquer par d’autres qualités ou traits de caractères.
Enfin, l’approche était nouvelle et séduisante. C’était la première fois que l’on me parlait de l’importance de l’état d’esprit dans le bégaiement. Les thérapies que j’avais suivies jusqu’à alors étaient basées uniquement sur le travail du mécanisme physiologique de la parole. Cela a été pour moi une révélation et m’a aidé à une époque où j’entrais de plein pied dans le monde des adultes et où j’avais besoin de m’affirmer. Le côté « ancien bègue, je sais de quoi je parle » m’a également séduit car cela aussi était nouveau.
Les premiers effets ont donc été spectaculaires. Ma mère pleurait au téléphone en m'entendant parler "normalement". J’ai pu également affronter une situation de prise de parole qui me terrifiait depuis quelques mois. J'étais alors en DESS et il y avait un cours de "prise de parole en public". Chaque semaine, deux ou trois élèves passaient pour faire un exposé. Vous imaginerez aisément l'angoisse qui montait en moi au fur et à mesure que ma semaine approchait. Une seule chose me rassurait : progressivement, de moins en moins d'élèves assistaient à ce cours… Ceux qui avaient déjà eu la chance de passer ne revenaient en effet souvent pas ensuite. J'aurais donc la chance d'avoir un auditoire peu fourni... Je me trompais. Lorsque le jour tant redouté arriva, presque toute la classe était là ! Décontenancé, j'interrogeai un élève et la réponse de cet abruti résonne encore aujourd'hui à mes oreilles : "On est venu parce qu'on s'est dit qu'avec toi, on allait bien se marrer !". Comme quoi la bêtise et la méchanceté n'existent pas qu'en primaire. J'étais donc le pauvre clown jeté au milieu du cirque et ils étaient tous là pour assister à mon humiliation. Heureusement, je venais juste de suivre mon premier stage avec Impoco et j’ai réussi ma prestation. Je crois que la rage qui m'animait ce jour là cadrait alors parfaitement avec les enseignements que je venais de recevoir (état d'esprit de combattant, affirmation de soi,...) et j'étais dans les meilleures dispositions pour appliquer la méthode. Dans la foulée, j’ai effectué mon stage de fin d’année et décroché ensuite un poste dans une banque après trois entretiens réussis et maîtrisés.
J’ai vu également des résultats spectaculaires, en particulier pour des gens ayant un bégaiement sévère et permanent. Je me souviens notamment avoir sympathisé avec quelqu’un qui, auparavant, communiquait avec sa mère en écrivant ce qu’il voulait dire sur des bouts de papier. Le stage a été pour lui une révélation et il a suivi ensuite la méthode avec assiduité parce qu’il n’avait pas le choix (ou du moins à l’époque, il ne voyait pas d’autre solution).
De mon côté, j’ai cessé progressivement d’utiliser la méthode tout simplement parce que qu’elle ne me convenait pas. J’ai refait 3 ou 4 stages entre 1995 et 2004 à des moments où je vivais moins bien mon bégaiement mais je ne me suis jamais approprié la technique de manière durable. Finalement, j'ai décidé de me tourner vers d'autres solutions qui m’ont apporté des résultats aussi satisfaisants.
3. Pourquoi n’ai-je pas poursuivi la méthode ?
Comme beaucoup de bègues, le bégaiement était pour moi une obsession. La peur de bégayer m’accompagnait à chaque heure de la journée. Or, pour moi, la méthode Impocco renforce ce sentiment. Le bégaiement y est en effet vécu comme un échec (c’est d’ailleurs l’argumentaire récurrent des pro-IEB « tout est préférable au bégaiement »), quelque chose d’inacceptable, de ridicule, sujet à moquerie. On ne s’autorise pas à bégayer, d’où la surveillance constante de la parole. On n’est pas du tout dans l’acceptation et le lâcher prise mais dans le refus et le contrôle. Pour ma part, je ne partage plus cette notion de combat et de revanche à prendre.
Je parvenais à apprivoiser ou à masquer mon bégaiement dans la plupart des circonstances. Or, la méthode Impoco nécessite de faire des exercices quotidiens et d’appliquer la technique constamment (Impoco établit un parallèle avec la pratique d’un art martial). Il faut donc avoir une sacrée volonté pour « tenir » sur la durée ou, encore une fois, ne pas avoir le choix. Pour ma part, j’avais du mal à adopter une parole mécanique et toujours contrôlée, qui ne m’était finalement réellement utile qu’occasionnellement.
En 2004, lors de mon dernier stage, j’ai été gêné par le tour un peu "clanique" qu'avait pris l'association, avec une vénération pour "le chef" (surnom d'Impoco) et l'adoubement des anciens par les nouveaux en fin de stage. Certes, cela peut s’interpréter comme une réaction de repli face aux nombreuses attaques qu’a subi l’IEB mais, pour ma part, je ne suis pas un militant ou partisan dans l’âme et je ne goûte pas ce genre de fonctionnement. Je ne sais pas si cela continue aujourd’hui mais leur communication très agressive vis à vis des autres sites dédiés au bégaiement me met aussi mal à l’aise.
4. Ce qu’elle m’a apporté :
Même si je l’ai abandonné, la méthode Impoco m’a, comme toutes les autres thérapies, apporté des enseignements positifs :
- l’importance dans la communication du contact visuel, de l’expressivité, des attitudes,
- la nécessité de se détacher de la pression du temps et de l’auditoire.
- l’importance d’aller de l’avant, de s’exposer et de s’exercer à des situations de prise de parole pour élargir sa zone de confort,
- la nécessité de « dire » son bégaiement. Il est recommandé aux stagiaires d’informer leur entourage familial et professionnel (ou scolaire) qu’ils sont bègues et utilisent cette méthode. En appliquant cette recommandation, j’ai pu voir que les réactions étaient beaucoup plus positives que je ne l’aurais imaginé.
En résumé, les conseils que je vous donnerais avant de vous lancer :
Interrogez-vous sur votre motivation et la gêne que vous procure votre bégaiement. La méthode est en effet assez contraignante et doit être utilisée constamment. Vous aurez certainement des résultats immédiats mais il est très difficile de les conserver sans une discipline permanente et une motivation importante. Le travail en groupe apporte une émulation et une confiance qui vous porte et vous motive mais, lorsque vous vous retrouvez seul, les données sont différentes. Si votre bégaiement ne vous gêne qu’occasionnellement, je pense que cela ne passera pas car vous aurez l'impression de pouvoir passer par des méthodes moins radicales. De plus, il est illusoire de penser que vous pourrez recourir aux techniques apprises seulement en cas de gros stress.
Essayez d’échanger et, si cela est possible, de rencontrer des membres ou anciens membres de l’IEB (comme je l’ai dit, certains passent sur le forum parole de bègues). Cela vous permettra de vous faire une opinion.
Si au bout du compte, vous décidez de faire un stage, préparez vous à vivre peut-être un échec. La technique enseignée peut en effet ne pas vous convenir et tous les stagiaires ne repartent pas guéris comme en revenant d'un pélerinage à Lourdes. N'en attendez donc pas trop, pour pouvoir surmonter une éventuelle déception. Par ailleurs, si vous vous sentez mal à l'aise, n'hésitez pas à le dire.
Si vous avez des témoignages à ajouter, n'hésitez pas mais encore une fois... KEEP COOL !
Laurent
5 juin 2009
Mon enfant bégaie
1. Ne donnez pas de conseils mais montrez l’exemple : Pour cela : Cela permet de ne pas lui mettre la pression du temps (pas besoin de se précipiter pour parler) et de lui montrer que ses éventuels accidents de parole n’empêchent pas la communication (la parole est un échange qui passe aussi par le regard et l’écoute). A propos de pression, certains thérapeutes conseillent aussi de relâcher un peu celle que les parents peuvent mettre sur l’enfant : autorité excessive, exigences sur les repas, sur les résultats scolaires… sans tomber non plus dans le laxisme, bien entendu. Ces conseils doivent bien sûr être suivis par toute la famille. S’il a des frères et soeurs, veillez à ce que son temps de parole soit bien respecté, qu'on l'écoute et qu'on ne l'interrompe pas sinon il sera toujours dans l'urgence et la précipitation. J’ai un débit de parole très rapide et, comme par hasard, je suis issu d’une famille de trois enfants où tout le monde parlait à une vitesse supersonique… 2. Consultez une orthophoniste spécialisée dans le bégaiement (liste sur le site de l’APB http://www.begaiement.org/). Elle vous conseillera et jugera si une prise en charge est nécessaire. Si c’est le cas, quelques séances sont souvent suffisantes pour retrouver une parole fluide, surtout si vous suivez en parallèle les conseils cités plus haut.
Je ne me souviens pas de mon premier bégaiement. Mes parents m'ont dit qu'à la maternelle déjà, ils avaient décelé quelque chose mais le médecin de famille les avait rassurés en disant que cela passerait...
C'est malheureusement le conseil souvent donné par les enseignants ou médecins.
Certes, cela peut arriver… Mais cela peut aussi ne pas « passer » : sur 4 enfants qui bégaient, un restera bègue à l’âge adulte, selon les chiffres généralement cités par l’Association Parole Bégaiement. 25% de risque, cela reste important et, plus on aura attendu, plus cela sera difficile d’agir.
En effet, s’il est traité avant 8 ans et dans la première année suivant l’apparition, le bégaiement de l’enfant se soigne très bien. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’a pas encore réussi à s’ancrer et que les situations d’échec marquant l’esprit ne sont pas encore trop importantes. L’enfant n’a pas eu le temps de se focaliser sur le bégaiement et de se construire autour de lui. Il n’est pas entré « dans la peau » d’un bègue qui surveille sa parole, évite certains mots et fuit les prises de parole. Il faut donc agir rapidement. Quelle attitude avoir face à un enfant qui bégaie ?
Un conseil peut passer pour un jugement et amener l’enfant à surveiller sa parole ce qui est le meilleur moyen pour faire prospérer le bégaiement.
Montrer l’exemple, au contraire, peut faire des merveilles. En matière d’éducation, ce que nous faisons est en effet plus important que ce que nous disons. Les enfants apprennent beaucoup par mimétisme et c’est bien sûr aussi le cas pour l’apprentissage de la parole. On reconnaît souvent les filiations par la voix : mêmes intonations, même débit… Au téléphone, il a dû déjà vous arriver de confondre un père et son fils ou une mère et sa fille. (un fils et sa mère, c’est peut-être un peu moins courant…)
Le plus important est donc de donner un bon modèle de parole à son enfant car il le reproduira.
Ce thème a aussi été souvent abordé sur le forum « parole de bègues » et je vous invite à aller y faire un tour pour trouver d’autres témoignages.
4 juin 2009
Le WiWiKi du Bégaiement
Alexandre, le fondateur du site "Parole de bègue", a créé un Wiki sur le bégaiement.
L'objectif du site est de rassembler toutes les informations concernant le bégaiement et tout le monde peut apporter sa contribution.
Quelques articles (une liste de liens externes et un début de glossaire du bégaiement)ont déjà été rédigés par Alexandre. Olivier, créateur du site "un Olivier sur un iceberg" vient d'en ajouter un sur le Pagoclone, médicament testé pour combattre le bégaiement et j'ai apporté ma première contribution aujourd'hui avec un article sur le "passage en force", inspiré de mon post sur le bégaiement appris.
Le lien vers le site est ici wiwiki.free.fr
A vos contributions !
2 juin 2009
Sénèque et le placard
Dissimuler son bégaiement est particulièrement fréquent. Les anglophones parlent des « closet stutterers », les bègues du placard. Ceux-ci ont développé des artifices si élaborés que peu de gens savent qu’ils bégaient. C’était notamment le cas de Winston Churchill dont la richesse de vocabulaire était le résultat d’une longue pratique de la périphrase et de la substitution de mots. Il préparait minutieusement ses interventions évitant les sons qui lui posaient souci, allant même jusqu’à prévoir les objections ou attaques de l’opposition afin de choisir également par avance les mots de sa réponse (voir l’article qui lui est consacré sur le blog d’Alexandre).Malheureusement, tout le monde n’est pas aussi brillant que Winston Churchill et les bègues cachés sont souvent plus stressés du fait de devoir continuellement éviter des situations ou trouver des subterfuges pour dissimuler leur bégaiement. Cela peut s’avérer épuisant et votre vie devient guidée par cette peur d’être démasqué et de sombrer dans le ridicule.
Au lycée, la philosophie ne m’intéressait guère mais, avec l’âge, je commence à apprécier certains textes qui me parlent beaucoup plus que lorsque j’avais 18 ans. C’est ce qui s’est passé avec l’extrait suivant, issu de « de la tranquillité de l’âme » où Sénèque donne ses conseils pour trouver la paix de l’esprit. Celui-ci a particulièrement retenu mon attention.
« Il est une autre source assez féconde d'inquiétudes et de soins, c'est de se contrefaire, de ne jamais montrer un visage naturel, comme nous voyons maintes gens dont toute la vie n'est que feinte et dissimulation. Quel tourment que cette perpétuelle attention sur soi-même, et cette crainte d'être aperçu sous un aspect différent de celui sous lequel on se montre d'habitude ! Point de relâche pour celui qui s'imagine qu'on ne le regarde jamais qu'avec l'intention de le juger. En effet, maintes circonstances viennent, malgré nous, nous démasquer. Dût cette surveillance sur soi-même avoir tout le succès qu'on en attend, quel agrément, quelle sécurité peut-il y avoir dans une vie qui se passe tout entière sous le masque ? »
Je vous laisse méditer…
Lire la suite...
29 mai 2009
Parlez-en !
Dans son article sur Harry Potter, Katie Brewer rappelle que la plante du diable, qui relâche son étreinte lorsqu’on arrête de se débattre, est affaiblie lorsqu’elle est exposée à la lumière.
Pour Katie, cette lumière qui affaiblit est une des métaphores les plus adaptées au bégaiement.
Sincèrement, et je vous le dis par expérience, Katie a raison.
Arrêtez de cacher votre bégaiement : exposez le à la lumière et parlez-en ! Vous serez surpris de l’intérêt et de l’accueil des gens, de leur empathie, de leur admiration et de vos encouragements pour votre combat.
Ne craignez pas de faire la démarche, vous n’y trouverez que des avantages. J’en vois au moins trois.
- Cela change la croyance que vous avez sur la manière dont les autres perçoivent votre parole ou votre particularité. Vous avez peur que cette révélation les gêne ou qu’ils se moquent de vous ? Croyez-moi, c’est exactement l’inverse qui se produit. Lorsque je pratiquais la méthode Impocco (que j’ai abandonnée depuis, j’aurai l’occasion d’y revenir), je parlais d’une manière un peu étrange, ce qui ne manquait pas d’intriguer certains de mes interlocuteurs. Quelques fois, j’ai donc pris l’initiative de leur expliquer ce que je faisais. J’ai été agréablement surpris par les réactions qui étaient toujours positives et souvent même empreintes d’admiration. Ces réactions positives vous aident à cesser d’assimiler le bégaiement à une honte inavouable.
- Cela vous soulage.
J’ai souvent rencontré cette notion de soulagement ou de libération dans les témoignages de ceux qui ont « osé » en parler.
Dissimuler son bégaiement peut s’avérer épuisant et les bègues cachés sont souvent plus stressés du fait de devoir continuellement éviter des situations ou trouver des subterfuges pour ne pas être démasqués.
En affichant votre bégaiement, vous n’avez plus l'impression de fuir ou de vous cacher. Je me souviens de ce témoignage sur le forum parole bégaiement : « Pour moi, le moment-clef a été d’avouer avant un exposé que j'avais un problème de bégaiement. Quel soulagement cela a été de pouvoir dire ces mots ! »
Lorsque j’ai rencontré mon épouse, plutôt que de chercher à masquer mon bégaiement pour être « comme les autres », j’ai pris le parti de lui révéler tout de suite. Cela m’a permis d’être moi même et d’avancer sans la crainte d’être « démasqué ». Et puis, ç’est beaucoup plus original que « vous habitez chez vos parents» ! Aujourd’hui, nous sommes mariés depuis 11 ans et nous avons trois adorables enfants. - Cela rassure vos interlocuteurs.
Dans mon cas, on ne comprenait pas forcément que j’étais bègue, on avait l'impression que j’étais très stressé, que j'avais des tics...Cette révélation était donc parfois vécue par l’Autre comme un soulagement. Ce n’était « que » ça !
Il faut savoir que, pour beaucoup de gens, le bégaiement est une énigme (ça l’est déjà pour vous alors imaginez pour les autres), quelque chose d’intrigant, de mystérieux. Ils ne savent pas non plus comment se comporter face à un bègue (j’en profite pour vous mettre un lien vers le blog d'Alexandre qui présente le fascicule réalisé par l’APB pour expliquer aux examinateurs comment réagir face à un élève qui bégaie). En parler donne à vos interlocuteurs une opportunité pour poser des questions sur le bégaiement. Cela vous permet aussi de présenter les techniques que vous avez apprises et de les mettre en oeuvre de manière totalement libérée.
Et puis rappelez-vous : vous n’en êtes pas responsable ! Ne l’avouez pas comme une faute. Le but n’est pas de se faire plaindre. Sincèrement, je pense ne jamais avoir vu de compassion lorsque j’en ai parlé mais plutôt de l’intérêt.
L'incompréhension peut même se transformer en une sorte d"admiration" sur le fait que vous arrivez « quand même » à surmonter votre bégaiement pour faire des études, avancer dans une carrière, etc,...
Alors, chiche ?
27 mai 2009
Harry Potter contre le bégaiement
Je suis tombé récemment sur un article rédigé par Katie Brewer, une jeune bègue américaine de 13 ans. Fan d’Harry Potter, elle a trouvé dans l’œuvre de J.K. Rowling plusieurs métaphores qui peuvent s’appliquer au bégaiement. Cela me permet d’illustrer mon précédent article et de rebondir sur les commentaires.
Dans « Harry Potter à l’école des sorciers », Harry, Ron et Hermione tombent dans le piège du « filet du diable », une plante dotée de tentacules qui étouffe ses proies. Plus ses prisonniers gesticulent et plus elle resserre son étreinte. Hermione, qui est une élève studieuse, reconnaît la plante et demande à Harry et Ron d’arrêter de la combattre. Ils finissent par l’écouter, se relâchent et sont finalement sauvés.
Pour Katie, l’analogie avec le bégaiement est évidente. Elle l'apparente à un sortilège qui prend le contrôle de notre corps et de notre esprit. Et plus vous vous débattez, plus il se renforce et vous étouffe. Ce combat peut prendre plusieurs formes : le forçage des sons, la crispation, l’évitement de situations, la substitution de mots…
Je trouve que la métaphore est bonne. Comme le filet du diable, le bégaiement est vécu comme une menace, celle de ne pas dire le mot, la phrase que nous souhaitons dire. Lui aussi va nous étouffer, nous empêcher de nous exprimer. Or, nous sommes programmés génétiquement pour réagir à une menace. Notre coeur s'emballe, le sang afflue vers nos muscles qui se contractent prêts à nous défendre ou à actionner nos jambes. C'est une réaction au stress naturelle et elle se produit pour nous avant une prise de parole. Ici le danger n'est que social mais notre corps ne fait pas la différence. La réponse physique qui s'ensuit ne fait qu'ajouter à notre inconfort et à notre sentiment d'insécurité. Nous réagissons alors comme le font les hommes depuis la nuit des temps face à un danger : par le combat physique ou la fuite. Les anglo-saxons, qui ont le sens de la formule, appellent cela le « fight or flight ».
Pourquoi ces réactions presque animales vont elles renforcer le bégaiement ? De manière très simple.
Si vous le combattez physiquement en vous crispant, en forçant, en accélérant pour vous libérer de l'étouffement, vous ne faites que renforcer votre tension, vos contractions musculaires et donc votre bégaiement.
Si vous prenez le parti de fuir, vous le ferez principalement de deux manières, soit en évitant la situation (vous vous tairez ou vous demanderez à un tiers de parler pour vous), soit en substituant le mot redouté par un autre. Là aussi, vous allez nourrir le bégaiement : en évitant la situation (téléphoner, intervenir en public,...), vous vous renforcez dans l'idée que vous n'êtes pas capable de l'affronter et vous dramatisez de plus en plus son importance. Vous la rendez plus effrayante et vous alimentez vos fantasmes. Ce renoncement vous donnera également une piètre image de vous et ne contribuera pas à restaurer votre confiance. Ce qui n'était qu'une crainte au départ va peu à peu se transformer en une véritable phobie. Encore une fois, le bégaiement en sort vainqueur et renforcé.
Un premier conseil pour éviter ces réactions négatives ? Commencez par faire une chose toute simple : arrêtez de vous croire en danger...
Dans un prochain article, je continuerai, comme Katie, à explorer l'univers d'Harry Potter et je vous parlerai de Voldemort, vous savez « celui dont on ne dit pas le nom ». Ca ne nous évoque pas quelque chose ?
En attendant, vous trouverez l’article original ici.
25 mai 2009
Blocage et forcages : la théorie du bégaiement appris
Lorsque je rencontrais un blocage, je forçais désespérément pour expulser le mot qui ne voulait pas sortir. Ce redoublement d’effort ne faisait qu’accentuer la crispation de mes lèvres, de ma langue, de mes mâchoires empêchant l’air et donc le son de passer. Cela était aussi efficace que d’accélérer en écrasant la pédale de frein. J’essayai alors de prendre de l’élan, sans guère plus de succès : je ressemblais à un moineau affolé venant s’écraser encore et encore sur une vitre fermée.
Cette lutte intérieure se manifeste souvent de manière spectaculaire pour l’interlocuteur. Le bégaiement peut par exemple s'accompagner de tics faciaux : la bouche se crispe, les yeux se plissent, la langue affolée déforme les joues ... Dans certains cas extrêmes, le corps entier s'emballe. J'ai vu un homme-héron jeter la tête en arrière pour essayer de gober un poisson invisible, d’autres taper des mains ou du pied. C’est un véritable combat qui se déroule sous les yeux de l’interlocuteur interloqué. Tout votre corps est tendu dans l’effort d’expulsion : les abdominaux se contractent, l’appareil phonatoire se crispe…
Inutile de forcer pourtant : vous n'activez pas les bons muscles ou du moins pas de la bonne manière et si les sons finissent par sortir, c’est au prix d’un effort spectaculaire et épuisant.
Pourquoi alors réagissons nous de manière si inappropriée à l’accident de parole ?
Dans son livre « stutter no more », le Docteur Martin Schwartz donne une explication que je trouve assez séduisante.
L’idée lui en est venue un matin où la porte de son bureau était coincée. Instinctivement, il a forcé pour l’ouvrir et a réussi ainsi à entrer. Lorsqu’il est ressorti un peu plus tard, il a de nouveau forcé pour ouvrir la porte. Alors, tel Eurêka courant tout nu dans les rues d’Athènes, il est retourné s’asseoir pour rédiger sa théorie du bégaiement appris.
Il venait en effet de découvrir comment il avait été conditionné par son expérience de la porte coincée. Parce qu’il avait réussi à l’ouvrir en forçant, il avait reproduit la même action alors même qu‘elle n’était plus coincée.
Il en déduisit que la production du bégaiement était similaire. Face à un blocage, nous avons pris l’habitude de forcer parce que c’est une réaction naturelle. Si vous tirez le seau d’un puits et que vous rencontrez une résistance, vous allez tirer plus fort pour passer l’obstacle ou bien redonner un peu de mou pour prendre de l’élan et tirer une bonne secousse.
Comme cette habitude a été couronnée de succès dans le passé (le son obstrué finit toujours par sortir), nous la reproduisons chaque fois que nous bloquons. Nous voilà conditionnés. Désormais, en réponse à un certain stress, les nerfs détecteront une tension et en informeront le cerveau qui déclenchera le comportement appris, c’est à dire le réflexe du blocage/forçage.
La théorie est bien sûr ici très résumée… Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez cliquer ici pour découvrir le livre de Martin Schwartz.
22 mai 2009
Les fantasmes du bègue
Il n’y a pas plus stupide que de dire « je suis bègue ». Premièrement parce que votre personnalité ne se résume pas à cela. Deuxièmement parce que vous ne passez pas votre vie à bégayer. Généralement, les bègues parlent « normalement » lorsqu’ils sont seuls ou dans certaines situations (lorsqu’ils s’adressent à des enfants, par exemple). Et lorsqu’ils bégayent, ils ne butent pas non plus sur tous les mots.
Faites donc cet exercice objectivement : quelle part de votre temps ou sur quel pourcentage de mots bégayez-vous. 50% ? Alors, gardez à l’esprit que vous n’êtes pas bègue mais bègue à 50% ! Et même normal à 50% ! Vous allez peut-être découvrir que vous êtes plus non-bègue que bègue !
Ne fantasmez pas non plus sur la fluidité des autres. Une croyance tenace des bègues est de croire que ceux qui ne bégaient pas n’ont pas de problème pour s’adresser à un groupe ou parler en public et que leur parole coule comme le miel.
Alors, tordons le cou à ces croyances :
1. Les études montrent que la peur n°1 des gens est de parler en public. J’ai des collègues bons orateurs qui m’ont impressionné par leur décontraction et leur facilité à prendre la parole devant des salles pleines. Lorsque j’ai parlé avec eux, tous m’ont avoué combien leur trac était grand. Certains ont envie de vomir avant de monter sur scène, ont des insomnies, n’écoutent pas les orateurs qui les précèdent tant ils sont enfermés dans leur stress… Si vous apprivoisez votre bégaiement, ne croyez pas que vous n’aurez plus peur de parler et qu’il vous suffira simplement d’ouvrir la bouche pour sortir toutes les choses si spirituelles et intéressantes que vous avez en vous.
2. Une élocution normale n’est pas une élocution parfaite. Ecoutez autour de vous : vous verrez que tout le monde a des accrocs de parole, des mots ou sons parasites (alors, euh, en fait…), des répétitions, des hésitations… Souvent, ils ne se remarquent pas parce que celui qui parle ne cherche pas à les combattre. Gardez donc à l’esprit que vous travaillez pour atteindre une élocution normale… avec toutes ses imperfections.
Dernier fantasme : n’imaginez pas que tous vos problèmes vont être résolus parce que vous ne bégayez plus. Bien sûr, c’est mieux de ne pas bégayer mais la fluidité ne fait pas de miracles : demandez aux non bègues !
19 mai 2009
Analysez votre bégaiement
Beaucoup d’anciens bègues insistent sur l’importance de cette étape. Avez-vous jamais analysé ce que vous faisiez exactement lorsque vous bégayez ?
L'appareil vocal humain est un instrument à vent. L’air expulsé des poumons crée une pression sur les cordes vocales et les fait vibrer produisant un son. Ce son est la matière brute de la parole. Il est ensuite converti en mots par l’action des lèvres, de la langue, de la mâchoire, des dents, du palais et d’autres « articulateurs ».
Le bégaiement se manifeste par une répétition des syllabes ou un blocage pur et simple. Dans ce dernier cas, qu’est-ce qui fait que votre son ne sort pas ? Reproduisez votre bégaiement et observez comment fonctionne votre appareil phonatoire. Est-ce que vous expirez correctement ? Sans air pas de son ! Vos abdominaux sont-ils contractés. Si l’air est bien envoyé, qu’est-ce qui le bloque ? Vos lèvres, votre langue ? Décortiquez, analysez, exagérez pour détecter les points exacts de tension. Notez vos observations sur une feuille...
Un orthophoniste peut vous aider à identifier vos zones de tension. Vous pouvez aussi travailler avec un sophrologue qui vous enseignera des techniques pour vous relaxer.
Je le répète : cette étape est essentielle. John C. Harrison l’explique parfaitement dans son livre « Redefining stuttering : What the struggle to speak is really all about». Il a passé beaucoup de temps à « observer avec précision ce que je faisais en bloquant ». Et il insiste sur « avec précision ». Comment il positionnait sa langue, ses lèvres, comment il respirait… Etape par étape, il a ensuite travaillé pour relâcher ses points de tension, repositionner ses muscles phonatoires correctement. Il a appris à ressentir la sensation de bien-être, de détente qui pouvait être associé à une parole relâchée, libérée. Puis un jour, il a réussi à reproduire ce relâchement et donc cette sensation en situation de stress.
C’est tout le mal que je vous souhaite !
P.S : John C Harrison est un ancien bègue qui s’est beaucoup impliqué dans la National Stuttering Association in America (la principale association de bègues aux Etats Unis). Il a été un des premiers à parler de l'"hexagone du bégaiement" appelé aussi "iceberg du bégaiement", démontrant que le bégaiement est le résultat d'une interaction entre un certain nombre de mécanismes physiques et psychologiques. Il a animé des ateliers un peu partout dans le monde anglophone et a rédigé un livre très instructif où il expose son parcours personnel et ce qu’il a mis en œuvre pour « guérir ». Vous trouverez une copie gratuite de son livre au format pdf à cette adresse.
18 mai 2009
N'ayez pas honte de votre bégaiement !
Ce conseil est peut-être le plus important qui m’a été donné. Il a été pour moi un véritable déclic, une libération.
En tant que bègue, vous percevez le bégaiement comme quelque chose de mal, qu'il ne faut pas faire et dont vous êtes responsable et même coupable. Vous avez honte de votre incapacité à parler normalement et vous faites tout pour dissimuler ce bégaiement : vous évitez de prendre la parole, vous remplacez un mot par un autre quand vous pressentez un blocage, vous faites même parfois semblant de chercher un mot ou d'avoir oublié ce que vous vouliez dire... Tout est préférable pour vous au bégaiement : passer pour un type sans conversation, faire des fautes de français ou de liaison,... Stop !
Dites vous simplement ceci : « ce n'est pas ma faute si je bégaie, le bégaiement est quelque chose que je fais avec ma bouche mais qui ne me définit pas et ne détermine pas ma valeur. »
Sortez de la honte ! Autorisez-vous à ne pas être parfait !
Guérir c'est réaliser que le bégaiement n'est pas un échec et la fluidité un succès.
Vous devez savoir aussi une chose : les autres vivront votre bégaiement comme vous le vivrez. C’est vous qui donnez le ton. Si vous baissez les yeux, exprimez une souffrance, vous lirez l’inquiétude ou l’incompréhension sur le visage de votre interlocuteur. Si au contraire, vous apprenez à en parler, à en plaisanter, vous détendrez l’atmosphère. Quand le bégaiement est accepté, il devient acceptable.
Attention ! Je ne suis pas en train de dire qu'il faut accepter son bégaiement sans rien faire. Simplement, vous n'en êtes pas responsable et vous n'avez pas à en avoir honte. Il peut être génétique, lié à votre éducation ou à votre environnement familial, le résultat d'un traumatisme... Mais vous ne faites pas exprès de bégayer ! Est-ce qu'un handicapé doit avoir honte ? Celui qui pense cela est un idiot et vous n'en êtes pas un, n'est-ce pas ?
Pour illustrer mon propos, je ne résiste pas au plaisir de vous citer cette anecdote racontée un jour par une mère sur le forum « paroles de bègue ».
« Ce matin mon fils m'a dit en se levant (il prolonge tous les mots pour pouvoir parler)
mmmmaman je parle comme les vaches (il parlait des mmm).
Je n'ai rien osé dire et il a ri aux éclats. Il m'a ensuite demande pourquoi je ne rigolais pas. Je lui ai dit que je ne souhaitais pas me moquer de lui. Il m'a repondu "on ne se moque pas de moi mais de mon bégaiement" et il a continué a rire.
Il a 4 ans et demi. »
Vous avez compris ? A 4 ans et demi, cet enfant avait déjà la meilleure des réactions possibles : il acceptait son bégaiement, en parlait avec humour, ne se sentait pas coupable ou honteux et savait que sa personne ne se réduisait pas à ça. Il ira loin ce petit bonhomme !
17 mai 2009
Pourquoi ce blog ?
Si vous cherchez des pistes pour apprivoiser votre bégaiement, vous êtes exactement la personne pour qui j’écris.
Les gens "normaux" ont dû mal à comprendre ce que ressentent les bègues et ils ne connaissent pas leur bonheur. Pouvoir dire ce que l'on pense, quand on veut à qui on veut : voilà un bien joli miracle.
J’ai passé une grande partie de ma vie à rechercher une parole fluide. Cela m’a permis de faire un grand voyage où j’ai rencontré des gens épatants et d’autres moins fréquentables.
J’ai testé beaucoup de méthodes plus ou moins sérieuses et j’ai connu de grands espoirs suivis de grandes déceptions. J’ai beaucoup lu, beaucoup essayé, beaucoup écrit et, au final, j’ai appris beaucoup de choses sur le bégaiement. Avec ce blog, je vais partager avec vous mes connaissances et mon expérience en espérant que vous trouverez ça et là des choses qui vous aideront.
Il n’y a pas de traitement magique mais un certain nombre de points communs dans les méthodes et thérapies. Vous trouverez donc ici des conseils qui m'ont été utiles pour libérer votre parole et ne plus laisser le bégaiement conduire votre vie. Je n’ai rien à vendre, rien à défendre, juste des choses à vous faire partager. Bonne lecture et merci d'avance pour vos commentaires et témoignages.
Laurent

