29 nov. 2016

Quelles techniques de survie pour les explorateurs du bégaiement ?

Depuis quelques jours, je me remets en question.

Durant longtemps, j’ai alterné sur le blog deux types d’articles :
- ceux présentant des techniques « mécaniques » permettant de fluidifier sa parole,
- ceux expliquant l’importance de changer d’état d’esprit et de comportement vis-à-vis du bégaiement.

Et au fil de l’eau, je n’ai plus traité que le deuxième aspect de la thérapie du bégaiement, la composante « psychologique ».

A la réflexion, cela n’a rien de surprenant. Cela reflète simplement ma propre évolution de personne qui bégaie. S’il m’arrive toujours d’avoir une parole moins fluide, je ne m’appuie plus consciemment sur des techniques pour passer ou réduire mes blocages. En tous cas, je ne m’entraîne plus à les pratiquer.

D’ailleurs lors de ma récente présentation à Montréal, la question m’a été posée : « quelles techniques utilises-tu pour ne pas bégayer ? ». Je l’avoue (nous sommes entre nous) : cela m’a un instant désarçonné et j’ai dû réfléchir avant de répondre.
Je remercie toutefois celui qui me l’a posé parce que j’ai ainsi pu prendre conscience des limites de mon discours actuel. Quand on bégaie sévèrement, que l’on reste bloqué de longues secondes sur un son, que cela se répète presque à chaque mot, est-ce que cela suffit d’entendre : « tu n’es pas responsable de ton bégaiement, il faut que tu le vives de manière positive, que tu l’expliques aux autres - si possible avec humour – que tu affrontes les situations qui te font peur et que tu persévères » ?

Mouais… Présenté ainsi, cela ressemble à de la méthode Coué.

Pourtant oui, cela fonctionne. Je peux en attester non seulement par mon expérience personnelle mais surtout par les nombreux témoignages que j’ai relayés et par les retours que j’ai de personnes ayant lu mes articles ou assisté à mes présentations. Au fil du temps, j’ai simplement oublié de préciser que cela n’est pas suffisant et que la plupart de ceux ayant modifié avec succès leur approche du bégaiement ont aussi utilisé, au départ, des techniques « mécaniques ». C’est le cas d’Alan, de Bryan et de Sonia (techniques de sortie des blocages), d’Anna (bégaiement volontaire)…Et aussi des 28 co-rédacteurs de « Conseils pour ceux qui bégaient ».

Je suis tombé ce week-end sur l’interview d’une aventurière suisse qui racontait comment elle avait survécu trois mois dans le désert australien, au milieu des serpents et des crocodiles, par 40 degrés à l’ombre. Elle ne l’a pas fait juste en se raisonnant et en sifflotant pour se donner du cœur à l’ouvrage. Elle expliquait s’être renseignée auparavant sur les différents fruits qu’elle pourrait trouver, sur les pharmacopées pour se soigner… Bref sur la manière dont elle surmonterait les obstacles qui ne manqueraient pas de se dresser sur sa route. Sans cette préparation, son expédition se serait sans doute mal terminée… Pour le plus grand plaisir des crocodiles.

C’est exactement ce que font les aventuriers du bégaiement. Avant de se lancer et d’affronter leurs peurs, ils commencent par acquérir quelques techniques « de survie » leur permettant de sortir d’un moment prononcé de bégaiement.

Ainsi, Alan Badmington reconnaît le rôle déterminant de ces techniques :

«J’ai appris comment surmonter physiquement les blocages. On m’a donné les outils pour réduire grandement la probabilité de les voir survenir – et aussi pour en sortir au cas où ils se produiraient. Armé de cela, et d’autres enseignements (dont une compréhension de la physiologie et de la psychologie du bégaiement), je me suis engagé sur la voie de la guérison. »

Quels sont ces outils secrets dont parle Alan ?

Avant d’aller plus loin, vérifiez que personne ne regarde par-dessus votre épaule… C’est bon ? Alors, voilà. Chaque année, les orthophonistes se réunissent dans une forêt profonde et enchantée pour échanger leurs techniques les plus secrètes. Vous voyez Panoramix et les réunions de druides ? C’est pareil, sauf qu’elles sont moins barbues. Eh bien, figurez-vous que j’ai pu m’y infiltrer en prenant l’identité de Marie-Laurent (très important d’avoir un prénom composé pour ne pas être repéré dans une réunion d’orthophonistes) et j’y ai appris plein de choses que vous trouverez dans ces articles du blog :

- La technique ERASM ou comment Julio Iglesias et votre dentiste peuvent vous aider à éliminer vos blocages
- Le pull-out aussi appelé « désintégrateur de blocage »
- La post-correction des blocages ou comment Roger Federer peut vous aider à ne plus bégayer.
- Le bégaiement lent
- Le bégaiement volontaire

Ces différentes techniques permettent, soit :
- de modifier le bégaiement immédiatement après qu’il soit survenu,
- de modifier le bégaiement pendant qu’il survient,
- d’aborder un son redouté de manière décontractée pour le passer avec un bégaiement vraiment léger.

L’objectif est de bégayer « à la cool », avec moins d’effort et donc en réduisant les tensions. La première étape sera donc de prendre conscience de vos crispations. Où se situent-elles : sur votre visage, dans votre bouche, au niveau du ventre ? Ensuite vous allez modifier votre manière de bégayer. Si on prend l’exemple du « bégaiement lent », plutôt que de vouloir passer en force, vous allez relâcher la zone de tension identifiée et continuer à avancer lentement dans le son, dans une sorte de ralenti relâché.

Bien pratiquées, ces techniques ont plusieurs avantages. Tout d’abord, elles ne visent que vos moments de bégaiement et ne vous imposent pas de modifier votre manière de parler et de contrôler chaque son qui sort de votre bouche. Elles vous apprennent juste à bégayer différemment, à négocier en douceur les éventuels obstacles sur votre route. Vous pouvez ainsi dérouler votre parole en sachant que rien de grave ne se produira, en tous cas rien qui ne puisse vous arrêter.

Vous pouvez travailler ces techniques d’abord seul et/ou avec votre orthophoniste. Ensuite, vous devrez les tester dans la vie quotidienne pour choisir ce qui vous convient le mieux, comme l’expliquait Bryan :

« J'ai appris à sortir d'un moment de bégaiement ou à l'interrompre. Avec le temps, j'ai découvert que j'étais capable d'utiliser certaines techniques plus efficacement que d'autres. Je me suis donc concentré sur celles qui m'aidaient le plus et j'ai laissé tomber celles que j'utilisais rarement. Les techniques que j’ai retenues ne m'ont pas tout le temps aidé, mais si elles m'aidaient à sortir d’un moment de bégaiement ou à le stopper, ça en valait la peine. »

Au fil de temps, vous les appliquerez sans vous en rendre compte et elles deviendront des automatismes. C’est le même principe que l’apprentissage de la conduite d’une voiture, lorsque vous devez négocier ’un virage serré. Au départ, vous n’avez pas forcément le réflexe de ralentir ou bien vous freinez trop tard et brutalement. Après quelques mois de conduite, vous allez ralentir au bon moment, rétrograder puis accélérer progressivement en sortie de virage, sans y penser et tout en continuant votre conversation avec votre passager.

Vous allez ainsi prendre confiance en votre parole, éviter de moins en moins de situations, réduire vos tensions et au final bégayer de plus en plus légèrement. C’est ce qu’expliquait Sonia, une jeune femme qui bégaie devenue orthophoniste :
« Je me suis mise volontairement dans toutes les situations où mon bégaiement était présent et je me suis entraînée à utiliser tous les outils que mon orthophoniste m'avait donnés durant la rééducation individuelle. Petit à petit, je maîtrisais mieux les blocages et la fréquence d'apparition de mon bégaiement a fortement diminué. »

Modifier le bégaiement plutôt que de l’éviter est aussi une façon de mieux l’assumer et donc de changer votre attitude et votre état d’esprit. C’est ce que nous raconte Anna :

« S’il m’arrivait de rencontrer un blocage pendant ma présentation, j’évitais de forcer la cadence pour en sortir rapidement (comme j’avais pris l’habitude de le faire). Je le prolongeais intentionnellement, manière de dire à mon bégaiement : « Voyons voir, amigo, lequel de nous deux va céder le premier ». Cette technique de "bégaiement volontaire", produisit un effet surprenant en libérant la tension et, plus important encore, en permettant une libération émotive. Après toute une vie à vouloir désespérément "me fondre dans la masse" et à rechercher "l’acceptation" des autres, je m’accordais enfin cette permission sans réserve de pouvoir être différente. Mon Dieu, quelle délivrance !

Grâce au bégaiement volontaire et à une attitude générale de véritable intérêt envers le phénomène du bégaiement, j’ai repris le contrôle sur ma parole tout en réduisant la durée et la sévérité de mes blocages à un niveau me permettant de mieux les gérer. En un an, je prononçai huit discours dans mon club Toastmasters et assumai plusieurs rôles lors des soirées. Non seulement ai-je été capable de me tenir debout et de parler devant les membres du club mais j’ai aussi remporté certaines distinctions, parmi lesquelles six Meilleure Oratrice, deux Meilleure Meneuse des Improvisations et deux Meilleure Évaluatrice."

Moins d'appréhension, moins de tension, moins d'évitement, plus d'acceptation, d'affirmation et des bégaiements passés en douceur. Waouh ! Ca valait la peine de se remettre en question !

J'espère que vous aurez trouvé dans cet article la réponse à la question "quelles techniques utiliser ?"

Si vous souhaitez voir plus concrètement comment cela se pratique, vous découvrirez dans cette vidéo une technique présentée par Véronique Aumond-Boucand, orthophoniste et Directrice d'enseignement au Diplôme Universitaire "Bégaiements et troubles de la fluence de la parole" :



Bonne exploration !

Laurent

1 nov. 2016

Le bégaiement : de l'acceptation à l'accomplissement !



Me voici de retour de Montréal où l'Association des Bègues du Canada m'avait invité à participer à leur journée annuelle !

Ce voyage était très symbolique pour moi car c’est d’abord sur des sites canadiens que j’ai trouvé les témoignages qui m'ont aidé. Témoigner à mon tour était une manière de boucler la boucle et de rendre une partie de ce qu'on m'avait offert.

Comme son nom l'indique, l’Association des Bègues du Canada  est francophone et uniquement composée de personnes qui bégaient (son équivalent anglophone est la Canadian Stuttering Association). Leur journée annuelle se tenait le 15 octobre à Montréal sur le thème ”Le bégaiement : de l’acceptation à l’accomplissement”. Joli, non ? Il y avait deux autres conférenciers : Marie-Eve Caty, orthophoniste et professeur à l’Université du Québec et Daniel Aubé, un avocat qui bégaie. 

Marie-Eve nous a initiés à la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (TAE) pour les adultes qui bégaient. Elle la présente comme la troisième génération des Thérapies Cognitives et Comportementales. La première s’appuie sur le conditionnement opérant (renforcement par récompense/punition, principe utilisé notamment dans la méthode Lidcombe). La 2ème vague est constituée des thérapies cognitives et comportementales (les émotions sont les fruits de nos pensées, il faut donc changer notre discours intérieur). La TAE ne propose pas de changer les idées mais de les accepter et de s’en distancier. En très résumé : je prends consciences de mes pensées et je prends du recul, j’accepte que je bégaie et je place mon énergie non pas dans le combat contre le bégaiement mais dans mes priorités. Je m’investis alors dans des actions qui me tiennent à coeur et où je vais m’épanouir.

Une étude a été menée en 2012 par Beilby, Yaruss et Byrnes. 20 participants ont suivi une thérapie de groupe durant 8 semaines (2 heures / semaine) animée par un binôme orthophoniste/psychologue. L’objectif était de favoriser l’acceptation et la mise en place d’actions permettant d’améliorer la qualité de vie. Les résultats ont été positifs avec une diminution de la fréquence de bégaiement, des participants plus ouverts pour passer l’action et une amélioration des compétences de pleine conscience. Il a été constaté un maintien de ces améliorations trois mois après l’intervention.

Marie-Eve a terminé par un conseil judicieux : "voyez votre cerveau comme un vendeur de pensées". J'adhère totalement ! On n'est pas obligé de croire ce baratineur ! Mieux vaut faire attention à ce que nous consommons et choisir les pensées qui sont bonnes pour notre santé.



J'ai ensuite présenté les cinq clefs de succès pour les personnes qui bégaient. Rien de magique mais des points communs à tous ceux qui ont apprivoisé leur bégaiement (cf mon "Guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement") :

1 - Comprendre que le bégaiement n’est pas une faute et n’est pas ma faute.
2 - Assumer et expliquer : les autres vivront mon bégaiement comme je le vivrai.
3 - Ne jamais reculer devant le bégaiement, chaque évitement est une perte de temps.
4 - Ne pas attendre d’être bon pour se lancer mais se lancer pour être bon.
5 - Ne pas se décourager et persévérer. Il n’y a pas d’échecs mais des expériences qui sont autant de marches vers le succès !

J'avais bien sûr un peu d'appréhension mais cela s'est super bien passé et on ne peut rêver meilleur public que les québécois. Les échanges ont été émouvants et chaleureux. J'en garderai un très beau souvenir.

Daniel Aubé nous a parlé de son parcours d’avocat. Il nous a d’abord fait sourire en expliquant que, lorsqu’il était jeune, son orthophoniste l’invitait à calquer son rythme de parole sur celui de la tortue. Sauf que, pour Daniel, la tortue était forcément Ninja, donc très rapide... Ils nous a ensuite raconté comment il a apprivoisé progressivement ses “bêtes noires” : le téléphone, le dictaphone, la visioconférence… jusqu’à la plaidoirie. Je n’ai pas la place pour retranscrire ici toute sa conférence mais un article la reprendra bientôt sur le blog. Voici juste sa conclusion :

  • Le bégaiement est inévitable, il faut donc apprendre à vivre avec lui.
  • Il ne faut pas le combattre ou en avoir peur mais l’apprivoiser et apprivoiser les situations anxiogènes. C’est en forgeant qu’on devient forgeron.
  • Les gens sont plus intéressés par ce que je dis que par comment je le dis. Je m'applique donc à contrôler ce qui est contrôlable : le contenu. L'une des clefs de la réussite de Daniel a été sa très grande préparation de toutes ses prises de parole.
  • Nous avons des alliés partout, personne ne veut nous voir échouer.
  • Je suis tellement plus que mon bégaiement !
  • Qu’importe la carrière, il faut parler...
  • En fait, j’adore parler !

L’après-midi était organisé sous forme d’atelier sur le thème “les aspects positifs du bégaiement”. Au départ, cela peut paraître insensé voire provoquant. Pourtant des réponses ont été données : l’empathie et la tolérance vis à vis des difficultés des autres (un pompier volontaire expliquait qu’on lui confiait souvent les urgences pour détresses psychologiques), le travail sur le contenu (vocabulaire, syntaxe, concision)... Les conjoints et thérapeutes présents ont aussi été interrogés. Une orthophoniste a constaté que les personnes qui bégaient étaient plus aptes que d’autres patients à prendre des risques et à se lâcher car elles sont habituées à devoir sortir quotidiennement de leur zone de confort. Cette remarque surprenante a été confirmée par la conjointe d’une personne qui bégaie.

Pour finir, une chercheuse de l’Université Mc Gill s'est déclarée admirative de l’esprit communautaire des personnes qui bégaient. Elle a tout à fait raison et nous n’avons pas assez conscience de la chance que nous avons ! Grâce aux associations et aux réseaux sociaux, nous pouvons nouer des amitiés et être accueillis dans le monde entier. Sans le bégaiement, j’aurai peut-être vu le Québec mais je n’aurais pas réellement vécu et échangé avec ses habitants. C’est une expérience complètement différente et une réelle chance. Notre bégaiement nous rapproche et le contact est facile et immédiat. Et les québécois sont vraiment adorables ! Ils sont décontractés, drôles, bienveillants : c’est un vrai bonheur de les rencontrer.

Au final, je constate une fois de plus que ces journées de rencontre "physique" sont irremplaçables. J'ai vu des participants repartir gonflés à bloc, résolus à avancer et à faire voler en éclat leur peur de bégayer. ll était d'ailleurs impressionnant de voir comme l'intensité du bégaiement diminuait entre le début et la fin de journée, au fur et à mesure que la confiance s'installait et que l'énergie se répandait. La séance de "prise de micro" a été particulièrement parlante, c'est le cas de le dire. Chacun était invité à exprimer son ressenti sur la journée. Au début, un grand  silence s'est installé car personne n'osait faire le premier pas. Une jeune femme s'est alors levée, a empoigné le micro et dit : "moi, je viens parce que je veux m'entraîner à la prise de parole en public !" Elle a été chaleureusement applaudie et de nombreux autres volontaires lui ont succédé.

Il y a en ce moment de nombreux événements organisés en France par l'Association Parole Bégaiement, à l'occasion de la Journée Mondiale du Bégaiement !  Alors, suivez mon conseil : allez-y et emparez-vous du micro !

Vous l'avez compris : j'ai adoré cette nouvelle expérience et j'adresse un grand merci au CA de l'ABC pour leur invitation :
- Jean-François Leblanc, président
- Geneviève Lamoureux, vice-présidente (sans oublier Daniel Aubé :-))
- Lidia da Silva, vice-présidente et artiste es cupcakes !
- Audrey Bigras, qui tient l'excellent blog "advertising stories"
- Arnaud Sébire, trésorier et cameraman, merci pour les DVD !


Et une dédicace spéciale pour mon complice Richard Parent, que j'ai eu le grand bonheur de rencontrer "en vrai". Nous voici tous les deux avec la première édition (un collector !) du livre que nous avons traduit en 2011 "Conseils pour ceux qui bégaient".

Oui, décidément, ce voyage au pays du bégaiement est une grande et belle aventure.

Laurent

5 oct. 2016

Rendez-vous à Montréal le 15 octobre !

L'Association des Bègues du Canada organise sa journée annuelle le 15 octobre et je fais partie des conférenciers. Vous imaginez comme je suis heureux !

La journée s'annonce passionnante avec les interventions de l'orthophoniste Marie-Eve Caty sur la thérapie d'acceptation et d'engagement, de Daniel Aubé "bègue et avocat" (sacré parcours !) et un atelier sur "les bons côtés du bégaiement" animé par Geneviève Lamoureux et Daniel. De mon côté, je présenterai ce que sont, à mon sens, les 5 clefs de réussite pour les personnes qui bégaient.

Chouette programme, non ? J'ai hâte d'y être et de rencontrer "en vrai" mes amis québécois !

Voici le lien vers le programme complet. Rendez-vous le samedi 15 octobre à partir de 8h à l'Hôtel Universel Montréal.


Laurent

20 sept. 2016

Découvrez le livre "Goodbye Bégaiement !"

Je suis super heureux de vous annoncer la sortie du livre papier « Goodbye Bégaiement ! »

Eh oui ! Depuis aujourd’hui, il est disponible sur Amazon et j’espère qu’il vous plaira !

Je l’ai appelé « Guide de voyage pour les aventuriers du bégaiement » parce que vous vivez avant tout votre propre histoire, votre propre aventure et que je sais que le voyage est parfois difficile.

Ce guide est donc là pour vous donner de l’espoir, des pistes de réflexion et d’action et pour vous regonfler les plumes si vous avez des petits coups de mou, bien naturels, dans votre aventure au pays du bégaiement. Pas de recette ou technique miracle mais les précieux conseils et témoignages de personnes qui ont dit « Goodbye Bégaiement !» ou plus souvent « Même pas peur, Bégaiement ! »

Je suis aussi très heureux d’avoir confié la réalisation de la couverture à Charlotte, une jeune femme qui bégaie mais est surtout graphiste (je vous mets sur ce lien l’adresse de son site). Je trouve que c’est un beau symbole et une chouette réalisation d’avoir un ouvrage sur le bégaiement 100% PQB !

Depuis sept ans, je partage mes découvertes et mes enthousiasmes sur le blog pour donner de l’espoir et des clefs aux personnes qui bégaient… avec une petite touche d’humour et d’autodérision, histoire de dédramatiser les choses. J’espère de tout cœur que ce livre contribuera à atteindre cet objectif.

Laurent

Pour commander "Goodbye Bégaiement !"

9 juil. 2016

Réponse à une jeune fille qui a peur de ne jamais se marier

Il m'arrive de recevoir des messages d'ados qui me demandent conseil et il n'est pas facile de trouver les mots pour rassurer et encourager sans passer pour un vieux con sentencieux ou le gars qui a trouvé la vérité universelle, comme on en croise parfois sur les réseaux sociaux. Parce que c'est à chacun de trouver sa solution et sa voie vers la liberté de communication.

Stuttering Jack est un blogueur américain prolifique et inspiré. Il a publié sa réponse à une adolescente de 16 ans qui se tournait vers lui pour avouer sa détresse et rechercher de l'aide. Voici un extrait de cet appel au secours :
J'ai essayé un groupe de self-help, j'ai assisté à une conférence et me suis lancée dans un nombre incalculable de thérapies. J'ai aussi eu un appareil auditif. J'ai cessé de bégayer durant 6 mois et c'étaient les plus beaux jours de ma vie mais, soudainement, c'est revenu. Et c'est revenu violemment. Je ne peux même pas sortir un mot sans bégayer. Je suis arrivée à un point où je préférerais perdre totalement ma voix, pour que plus personne n'attende que je parle, plutôt que de me débattre pour sortir la moindre phrase... Je n'ai que 16 ans mais la vie est tellement dure pour moi. Je sais que ça ne va pas s'arranger, que ça ira même de pire en pire. Je sais qu'il n'y a pas de guérison. Je ne peux même pas imaginer me marier. Et pourtant je voudrais tant me tenir devant l'autel, vêtue d'une magnifique robe blanche et être capable de dire 'Oui.'"

Jack lui a fait une très belle réponse et j'ai eu envie de la partager avec vous. J'ai traduit le début de son texte :

"Je suis avec toi, et avec tous ceux qui ont des blocages sévères de la parole et la grande anxiété qui va avec, et je sais exactement ce que tu ressens dans ce moment difficile de ta vie... Je pense qu'un jour, comme certains d'entre nous, tu verras ton problème comme une bénédiction plutôt que comme une malédiction. Cela va certainement construire ta vie mais tu seras l'architecte de ton existence et tu dois apprendre à modeler ta vie avec l'argile qu'on t'a donné.

Tout d'abord, tu dois accepter ce qui est. Tu ne pourras jamais changer sans avoir auparavant profondément et complètement accepté la situation et appris à t'aimer pleinement telle que tu es. Assume la pleine responsabilité de ta situation. Tu n'es pas une victime brassée par les courants de la vie. C'est en ton pouvoir de changer et les réponses qui TE conviendront sont là, autour de toi, attendant d'être découvertes. Tu dois juste partir à leur recherche, et ce sera ce voyage, pas la destination, qui nourrira ton âme.
Aime-toi et aime tous ceux à qui tu parles, cela seul t'aidera à éloigner la peur de parler aux autres.

Ensuite, tu dois cesser d'utiliser tes affirmations et visualisations négatives. Ce sont des forces puissantes qui travaillent contre toi. Au lieu d'affirmations négatives comme 'la vie ne va pas s'arranger mais empirer', 'Je sais qu'il n'y a pas de remède', 'une amélioration tiendrait du miracle', une vie qui ne compte pas' et des visualisations comme 'je ne vois pas cela arriver', 'je ne m'imagine même pas mariée', je veux que tu utilises des affirmations et visualisations positives qui créent, dans ta tête, les images que tu veux voir dans ta vie, même si elles ressemblent à un rêve lointain, et que tu les gardes en tête, avec des couleurs éclatantes. Visualise-toi dans cette image idéale et ressens ce que cela serait de vivre ce rêve. Fais cela chaque jour et tu commenceras à t'en rapprocher, même si cela paraît encore loin.

Dans ce que tu me dis, le plus encourageant est que tu as fait récemment quelque chose qui t'a permis d'être totalement fluente, durant un certain temps. Et ensuite le bégaiement est revenu. Cela me montre, et devrait te montrer, qu'il y a une combinaison (ou plusieurs combinaisons) qui débloquera ton bégaiement. Tu l'as trouvée une fois, alors il est maintenant temps de démarrer ton propre programme de recherche pour trouver une combinaison qui t'apportera de nouveau ce que tu sais maintenant être possible. Qui a dit que le bégaiement ne pouvait être guéri ? Le bégaiement peut être guéri mais c'est un chemin personnel, qui peut être plus ou moins long. Pour toi, la guérison ne sera peut-être pas une fluence totale, et elle ne sera peut-être pas trouvée sur le chemin que d'autres ont choisi de prendre, mais tu dois être convaincue que TA guérison est possible. Pour certains, le chemin peut être facile, pour d'autres ce sera un voyage épique, mais plus long sera le chemin vers ton propre nirvâna, plus tu apprendras sur toi-même et sur la vie en général. Ta guérison ne sera peut-être pas une fluence totale, plus probablement un niveau d'acceptation et une méthode pour contrôler ton problème, mais tu trouveras TA réponse, si tu en assumes la responsabilité et débutes ta recherche dès maintenant."

Voici le lien vers l'article complet (en anglais).

À partager largement parce que de nombreuses personnes ont besoin de lire ces paroles réconfortantes ! Merci Jack !


Laurent

7 juin 2016

Pourquoi les filles bégayent moins que les garçons... Enfin une réponse ?

Dans un article très intéressant publié sur le site de la British Stammering Association, Norman Miller fait le point sur les recherches nous permettant de mieux comprendre le bégaiement.

En voici un court résumé à la sauce Laurent, spécialiste de la vulgarisation à la hache. Je m’en remets donc à Olivier (dont l’iceberg résiste au réchauffement climatique), au Dr Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel ou à d’autres spécialistes pour d’éventuels compléments.

La parole normale est produite par une série de mouvements musculaires coordonnés. Cela nécessite que plusieurs régions du cerveau travaillent en réseau. Or, les personnes qui bégaient présentent des défauts de connexion dans ce réseau de production de la parole. En gros, des fils ou relais sont coupés ou endommagés.

On ne sait toujours pas si ces anomalies observées dans le cerveau causent le bégaiement ou au contraire si elles ont été causées par l’apparition d’une période de bégaiement durant l’enfance. Bref, on ne sait pas qui est l’œuf et qui est la poule.

Chez les personnes fluentes, c’est le cerveau gauche qui prend en charge la production de la parole. En revanche, chez une personne ayant un bégaiement persistant, l’hémisphère droit s’active beaucoup plus. L’hémisphère droit chercherait à compenser ainsi les défaillances de son cousin de gauche. Ca part d’un bon sentiment et d’un bel esprit de solidarité mais le problème est qu’il n’est pas conçu pour gérer la parole… Et le résultat n’est pas terrible, très proche de celui obtenu quand on met l’avant-centre dans les cages parce que le gardien de buts s’est pris un carton rouge…

Chez les personnes ayant guéri du bégaiement, on constate que l’hémisphère gauche a repris le contrôle. Cela s’expliquerait par la capacité du cerveau à se modifier, à créer de nouvelles connexions, à se « réparer ». C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.

C’est justement ce phénomène de plasticité qui pourrait expliquer pourquoi il y a 4 fois plus de bègues chez les garçons. En effet, selon le Dr Chang (qui est une fille), les cerveaux des filles pourraient avoir une plus grande plasticité, ce qui leur permettrait de s’adapter plus facilement.

CQFD ?

27 mai 2016

Les 5 conseils de John Moore pour parler en public

En cette période d’oraux, voici un article qui devrait en aider plus d’un. Alors que la plupart des personnes, qu’elles bégaient ou non, paniquent à l’idée de parler en public, John Moore en a fait une thérapie et se surnomme lui-même le “Présentateur Bégayant”.
“Durant de trop longues années, le bégaiement a étouffé ma voix et freiné ma progression. Il a fallu que je touche le fond pour que je décide que le bégaiement n’allait pas gérer ma vie. Au lieu de cela, j’allais gérer mon bégaiement. Cela signifiait que je n’allais plus laisser la honte et la culpabilité du bégaiement me réduire au silence. J’allais utiliser chaque technique apprise pour minimiser ma disfluence et rechercher activement des opportunités de prise de parole, même si je bégayais. C’était simple. Pour cesser de bégayer, je devais commencer à parler.” 

Il a depuis fait un long chemin puisqu’il a été Directeur Marketing chez Starbucks, a écrit un livre “La Conversation Passion”, est devenu consultant et a donné plus de 250 conférences à travers le monde.
Dans le dernier numéro du magazine de la “Stuttering Foundation”, il donne ses 5 conseils pour parler en public.

1. Annoncez votre bégaiement. Ceux qui bégaient savent que le bégaiement survient lorsque vous essayez justement de ne pas bégayer. Nous dépensons tellement d’énergie mentale et physique pour ne pas bégayer que cela augmente notre anxiété lorsque nous parlons. Et cela génère du bégaiement. J’ai découvert qu’il était très utile de mentionner mon bégaiement au début de mes présentations. Non seulement cela désarme l’auditoire mais ça me donne aussi, moi le bègue, la liberté de bégayer sans honte.

2. Vous avez le contrôle. Dans la jungle des conversations impromptues, il y a de nombreuses embûches qui peuvent déclencher le bégaiement. Faire une présentation sur scène est la plupart du temps une conversation préparée. Vous, le bègue, avez totalement le contrôle. Vous avez le micro, vous avez la scène. Avoir le contrôle de la situation de parole peut nous libérer, nous bègues, de la peur de l’inconnu. L’inconnu peut nous mettre mal à l’aise et par conséquent nous faire bégayer davantage.

3. L’auditoire souhaite votre réussite. Quand ils font une présentation sur scène, les bègues doivent se souvenir que l’auditoire n’est pas là pour les chahuter ou rire à leurs dépens. Le public veut que vous réussissiez. De trop nombreux orateurs oublient cette bienveillance de l’auditoire.

4. L’auditoire vous portera plus d’attention. Il reconnaît l’importance de votre présentation. Un bègue doit avoir quelque chose d’important à dire, sinon il ne prendrait pas l’énorme risque pour lui de monter sur scène. L’auditoire comprend cela et j’ai découvert que les gens sont plus attentifs à mon message simplement parce que je bégaie.

5. Plus que ce que vous dites, c’est la manière dont vous le dites qui compte. Trop souvent, les bègues s’efforcent de coller mot à mot à la présentation qu’ils ont écrite. C’est le meilleur moyen de se planter. Si vous, le bègue, vous éloignez de votre texte, cela peut produire encore plus de bégaiement parce que vous luttez pour revenir au texte. Cette bataille peut augmenter l’anxiété, ce qui se traduit par plus de bégaiement. Au lieu de cela, j’ai connu le succès en me focalisant davantage sur ma présence et mon assurance sur scène que sur les mots que j’utilise. Quand je garde le contact visuel avec mon auditoire, que j’adopte une bonne posture, que j’ai une bonne gestuelle, etc. J’éprouve une plus grande fluence sur scène.

Dans l’article, John raconte aussi une jolie anecdote. Il explique qu’à la fin de certains de ses discours, des gens viennent le voir pour partager leur propre expérience du bégaiement. “Une fois, une mère m’a dit : ‘Merci, mon enfant bégaie’. Cela m’a fait pleurer et je l’ai prise dans mes bras. Je lui ai dit que son enfant pouvait mettre 20 ou 30 ans, voire plus, pour trouver sa passion et la manière de s’exprimer pleinement, mais qu’elle devait lui donner ce temps et l’encourager tout au long de son parcours.”

25 avr. 2016

La leçon de Joe

Joe Kowan est un auteur-compositeur. Durant longtemps, il a écrit des chansons en ne les jouant que pour lui car il était mort de peur à l’idée de monter sur scène.
A 30 ans, il s’est résolu à le faire. Malheureusement, le trac l’a submergé et sa voix n’était qu’un tremblement. Comme il le dit avec humour : “En gros, tout mon corps était sur le point d’exploser et cet état n’est pas vraiment propice pour jouer de la musique folk…” Il a décidé de persévérer, d’y retourner chaque semaine mais cela ne s’améliorait pas.
Il a alors eu une révélation.
Plutôt que de vouloir combattre son trac, il a décidé de l’utiliser pour écrire une chanson qui exploiterait sa nervosité et dévoilerait au public ce qu’il ressentait. Et le plus merveilleux dans cette idée, c’est que plus il aurait le trac en l’interprétant, plus cette chanson sonnerait juste !
Comme le dit Joe “Avoir une chanson expliquant çe que je vivais, au moment où je le vivais, ça a permis au public d’y réfléchir. En pensant à mon public, en acceptant et en me servant de mon problème, j’ai pu saisir quelque chose qui m’empêchait de progresser, et en faire quelque chose qui était essentiel pour mon succès.
Cette chanson sur le trac m’a permis de dépasser cet énorme handicap, pile au début de ma prestation. Ca me permettait de “cracher le morceau”; ensuite je pouvais passer à autre chose et jouer le reste de mes chansons en étant un peu plus à l’aise. Puis, au fil du temps, je n’ai plus eu besoin de jouer la chanson sur le trac… Sauf quand je suis vraiment très nerveux.”
On retrouve là une situation bien connue des personnes qui bégaient : la pression qui monte avant une prise de parole parce qu’on a peur de bégayer. Elle ne nous aide pas, bien au contraire, et ne fait que renforcer nos “chances” de bégayer. Le stratagème de Joe, être transparent sur son malaise et le présenter avec humour, est souvent utilisé par les personnes qui bégaient. J’avais déjà cité dans un article du blog le cas de Silviano, qui devait prendre la parole à la fin d’une conférence et avait commencé par ces mots : “La bonne nouvelle, c’est que je suis le dernier orateur. La mauvaise, c’est que je bégaie donc Dieu seul sait le temps que ça prendra !” Ou encore de Jim lorsqu’il abordait une jeune fille “Bonjour Mademoiselle, je m’appelle Jim et je bégaie… Et plus la fille à qui je parle est jolie, plus je bégaie !
Oui, vraiment, l’auto-dérision est une arme redoutable et “sortir le chat du sac” est un réel soulagement. Merci à Joe de si bien l’illustrer. Je vous laisse cliquer sur la vidéo pour découvrir son récit et les paroles de cette ingénieuse chanson. Je vous promets que vous allez passer un bon moment !

video

19 avr. 2016

Conseils pour les parents d'enfants qui bégaient... Attention aux conseils !

Les parents sont souvent désemparés face au bégaiement de leur enfant et la tentation est grande de dévorer les doctes conseils donnés par des thérapeutes bien attentionnés. Il faut toutefois être vigilant et garder du recul car, si la littérature est riche, elle peut parfois prêter à sourire. Ainsi, dans son livre “Stammering in young children - a practical self-help programme for parents (1988, Thorsons)”, Ann Irwin détaille un programme visant à réduire les sources de tension pouvant affecter la parole de l’enfant. Les parents doivent identifier ce qui améliore ou dégrade la parole de leur enfant puis “développer des stratégies” pour contrôler les facteurs négatifs et encourager les positifs. L’objectif est de le préserver de toute exposition au stress de parole. Si l’enfant devient ainsi fluent durant neuf mois d’affilée, les parents peuvent considérer qu’il est guéri et peut reprendre une vie normale.

L’intention est bonne et le diagnostic sans doute en partie pertinent mais les propositions me semblent peu réalistes et plutôt de nature à reporter le stress sur les parents ! Pour dédramatiser un peu tout cela, vous trouverez donc ci-dessous 4 exemples donnés par Ann, suivis de ses conseils... et de ceux de Goodbye Bégaiement !

1. Les parents du petit Johnny ont remarqué que sa parole se dégrade quand il est excité. La stratégie appropriée, selon Ann Irwin, serait donc de ne pas trop monter en épingle les événements comme Noël.

Le conseil d’Ann Irwin : ne lui demandez pas quel cadeau il veut 6 semaines à l’avance mais plutôt une semaine avant l’événement.

Le conseil Goodbye Bégaiement : ne lui offrez pas de cadeau du tout. La déception et l’abattement remplaceront ainsi la dangereuse excitation. Sa parole devrait s’en trouver grandement améliorée.

2. S’il est de nature pressée, active et parle trop vite, essayez de le calmer. Par exemple, vous pouvez lui donner une petite récompense financière, s’il va à l’école en marchant plutôt qu’en courant.

Le conseil Goodbye Bégaiement : Prévoyez une prime majorée, s’il reste au lit plutôt que d’aller à l’école.

3. Si les parents remarquent que la parole de Johnny s’améliore quand il joue avec son frère, vous devez l’encourager en achetant un jeu avec lequel ils puissent jouer ensemble.

Le conseil Goodbye Bégaiement : à l’inverse, si sa parole se dégrade quand ils sont ensemble, envisagez sérieusement de mettre le frère en internat ou, mieux, en famille d’accueil.

4. Les questions directes exigent une réponse et mettent une grosse pression sur l’enfant. Il faut donc les éviter. Gardez en tête que votre objectif est que Johnny prenne plaisir à parler et puisque vous voulez associer la parole au plaisir, évitez les questions déplaisantes.

Le conseil d’Ann : remplacez les questions directes par des questions indirectes. Exemple, au lieu de dire : “Tu veux jouer avec ces jouets ?”, vous pourriez dire : “Je mets ces jouets sur la table au cas où tu voudrais jouer avec eux.”

Le conseil Goodbye Bégaiement : ne lui dites pas “fais tes devoirs” mais “j’ai sorti ton livre et ton cahier de ton cartable et je les ai placés sur la table au cas où tu voudrais les ouvrir.” ou “Sache qu’il existe une salle de bains dans la maison, au cas où tu voudrais te laver.”

Bon j’arrête de me moquer et vous renvoie vers la page du blog recensant des conseils et témoignages pour savoir quand consulter, comment réagir lorsque son enfant bégaie, comment affronter les moqueries, comment en parler à l'école... A lire aussi avec discernement :-)



19 janv. 2016

Mythe ou réalité : le théâtre peut-il aider une personne qui bégaie ?

Bruce Willis, Samuel L Jackson, Louis Jouvet, Gérard Depardieu, Francis Perrin, Julia Roberts (et son frère Eric, acteur également), Marlyn Monroe… On nous agite régulièrement sous le nez cette liste de comédiens ayant réussi malgré leur bégaiement. 

Fantasme, légende ou réalité ? Le théâtre peut-il aider à soigner son bégaiement ? Suffit-il de monter sur scène pour décrocher la fluidité ? Est-il vrai qu’on ne bégaie plus quand on joue un rôle ? Pour répondre à ces questions, je suis parti à la recherche de personnes qui bégaient ayant tenté l’aventure théâtre. Bruce et Julia étaient pris mais Amandine, Nina, Olivier et Daniel ont accepté très gentiment de partager leur expérience. Tous les 4 font partie du groupe Facebook « Le Cercle Très privé des Personnes qui Bégaient », qui compte aujourd’hui plus de 1 250 membres. Si vous n’en faites pas encore partie, foncez vous y inscrire, vous allez adorer !

Ces expériences sont riches parce que différentes : 3 filles, deux garçons, un éventail générationnel qui va de la lycéenne au sémillant retraité, debs niveaux de bégaiement différents... Olivier vient de commencer, Nina et Daniel ont une longue pratique, Amandine a choisi d’arrêter. Voici les questions que je leur ai posées.

1) Dans quelles circonstances et à quel âge as-tu fait cette expérience ?
2) As-tu prévenu le prof et la troupe que tu bégayais ?
3) Comment cela s'est-il passé ?
4) Quand tu joues, ton bégaiement est-il plus important, moins important ou pareil que d'habitude ?
5) Quelles difficultés as-tu rencontrées ?
6) Qu'as-tu appris, qu'est-ce qui t'a aidé ?
7) Quel a été le retour de tes partenaires et du public ?
8) Quels conseils donnerais-tu à une personne qui bégaie souhaitant essayer le théâtre ?


1) Dans quelles circonstances et à quel âge as-tu fait cette expérience ?

Amandine : J'ai fait cette expérience quand j'allais avoir 20 ans car on m'en parlait beaucoup autour de moi, notamment mon orthophoniste. J'étais très réservée, c'était donc aussi une bonne occasion de m'ouvrir un peu plus aux autres.

Nina : Je fais du théâtre depuis que je suis au primaire et j'en ai toujours fait tout au long de ma scolarité. C'était toujours dans le cadre de l'école, parfois c'était en option et d'autre fois c'était pour les cours. Je suis actuellement en deuxième année à l'université et j'ai choisi une option théâtre en anglais l'année dernière. C'est soit en français soit en anglais, je n’ai encore jamais essayé de mélanger les deux langues.

Daniel : J'ai commencé le théâtre à 50 ans. En fait mon épouse m'a demandé de dépanner la troupe de théâtre amateur dans laquelle elle s'était inscrite car il manquait un acteur.
A cette époque je ne bégayais plus que très rarement mais cela m'arrivait encore.
J'ai accepté, et j'y ai très vite pris du plaisir.

Olivier : A 41 ans. Cela faisait plusieurs années que je voulais essayer. Qui n'a jamais joué de rôle étant enfant ?


2) As tu prévenu le prof et la troupe que tu bégayais ?

Amandine : Oui j'ai prévenu le prof dès mon inscription dans la troupe, et il trouvait cela bien, il disait n'avoir jamais eu de personnes bègues et que donc c'était un challenge.
J'ai prévenu la troupe dès le premier cours et ils ont toujours été très encourageants et indulgents envers moi. J'étais touchée par leur soutien. Cela m'a beaucoup réconfortée et aidée.

Nina : Quand c'était des profs que je connaissais déjà ce n’était pas la peine mais sinon en général je préférais le dire parce que ça enlève un poids. Mais ce dernier semestre je n'ai rien dit et comme la première séance je n'ai pas beaucoup parlé, je n'ai pas bégayé. Du coup, la semaine d'après, quand je devais présenter mon monologue, le prof l'a découvert mais je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure solution.

Daniel : La troupe était “autogérée” … donc pas de prof.
Je n’en ai jamais parlé car mon bégaiement n'était pas très fréquent, même si je pouvais avoir de temps à autre de « gros » blocages.

Olivier : J'ai prévenu le prof. J'ai dit ouvertement que le bégaiement m'avait probablement guidé vers le théâtre. La première fois, il n'a pas relevé, et on n’en a pas parlé davantage.


3) Comment cela s'est-il passé ?

Amandine : Avec le prof et la troupe, tout se passait très bien. Mais c'est au niveau de mon bégaiement que je le vivais mal.

Nina :  Les cours en général se passent bien, les personnes qui choisissent de faire du théâtre sont en général plus ouvertes et compréhensives que les autres. Le stress est toujours là, évidemment, mais même pour moi qui suis timide maladive, au bout de 2 - 3 cours la pression redescend.

Daniel : Plutôt bien. A vrai dire je n'avais pas un gros rôle la première fois.
Puis j'ai eu des rôles de plus en plus importants, et j'y ai pris de plus en plus de plaisir. J'ai eu quelques tout petits accrochages sans conséquence.


4) Quand tu joues, ton bégaiement est-il plus important, moins important ou pareil que d'habitude ?

Amandine : Quand je jouais mon bégaiement était toujours bien présent, je n'arrivais pas à l'oublier. Je pensais m'évader mais il était toujours là.

Nina : Quand je joue, ça dépend de la langue dans laquelle je joue. En anglais ça passe beaucoup mieux qu'en français. Mais globalement c'est au même niveau que dans la vie de tous les jours, étant donné que je bégaie moins en anglais qu'en français.

Daniel : Pareil que d'habitude, j'avais déjà eu l'occasion de parler en public (du bégaiement) ce qui fait que j'étais bien plus stressé du risque d'oublier mon texte que de bégayer.
Les dernières années il ne m'arrivait plus jamais d'avoir le moindre bégayage.

Olivier : Pour l'instant je n'ai pas encore joué à proprement parler. J'ai toujours pensé qu'au théâtre, je ne bégayerais pas... Le problème, c'est que les exercices ne vous font pas toujours jouer un rôle...il faut travailler sur la voix, sur l'adresse, sur la puissance, sur le ton. Je ne suis pas dans le rôle, donc je bégaie.


5) Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Amandine : Le fait de bégayer même durant les cours, me ramenait constamment au fait que mon bégaiement pouvait être une barrière dans certains moments de ma vie. Je ressentais encore plus fort qu'il était bien présent. C'était trop pesant pour moi. Et c'est une période où je ne l'acceptais pas encore, et où je cherchais à le cacher.

Nina : J'ai constaté que le plus dur pour moi en général c'était le début des répliques mais après une fois que je suis lancée ça va tout seul. Sinon je ne vois pas d'autres difficultés spécifiques.

Olivier : Lors des lectures de texte, j'avais tendance à masquer mon bégaiement. Problème : ça sacrifiait à l'émotion. Le prof m'a dit qu'il valait mieux que je bégaie. Plus généralement, l'activité théâtre est aussi exigeante qu'un travail à mi-temps... J'ai vu des anciens pleurer parce que le prof les poussait trop.

Daniel : Aucune concernant le bégaiement, même si les premières fois il m'est arrivé d'accrocher. Par contre j'ai découvert le plaisir d'être sur scène, de surjouer les émotions, ce qui facilite énormément la fluidité.


6) Qu'as-tu appris, qu'est-ce qui t'a aidé ?

Amandine : J'ai compris avec le recul, (3 ans après), que je me focalisais trop sur mon bégaiement, que je n'arrivais pas à lâcher prise. En le prenant avec plus de légèreté et d'humour, cette expérience aurait pu être pour moi bien plus positive. Bien qu'elle soit tout de même positive !

Nina : Les cours de théâtre m'ont beaucoup plus appris sur la façon de parler (doucement et en articulant) et de respirer que l'orthophoniste que j'ai vu étant jeune. Outre la façon de parler, ça m'a permis d'être plus à l'aise devant des spectateurs, pour parler devant un public (quand je connais le texte à l'avance).

Olivier : L'improvisation, la façon de bouger, la bienveillance envers les autres membres de la troupe... Jouer en mouvement est beaucoup plus facile. Mais, dans la vie réelle, parler en bougeant est souvent plus facile.

Daniel : J'ai surtout appris à « me lâcher », ce que j'avais toujours du mal à faire bien que mon bégaiement se conjuguait au passé.
J'ai aussi appris « à apprendre » et j'ai été très surpris de voir qu'avec une bonne méthode je pouvais apprendre des textes où je devais mémoriser plusieurs centaines de répliques.
Tout cela a contribué à augmenter la confiance et l'aisance sur scène.


7) Quel a été le retour de tes partenaires et du public ?

Amandine : J'ai abandonné quelques mois, avant de jouer devant un public. La troupe m'a félicité de mon courage et a compris ; le prof aussi, bien qu'il ait été un peu déçu de mon départ.

Nina : Les retours se résument souvent en "tu as un peu bégayé mais ça n'a pas gêné, ça ne s'entend pratiquement pas". Je ne sais pas si c'est pour me faire plaisir ou si c'est effectivement ça mais heureusement que mon jeu n'est pas trop mal pour rattraper éventuellement le texte qui n'est pas toujours très fluide. Je fais allusion à tout ce qui est gestuelle et mise en scène. Comme je l'ai dit avant le théâtre c'est la vraie vie en exagéré du coup on fait tout beaucoup plus gros. Si je réagissais dans la vraie vie comme au théâtre, tout serait exagéré. Donc oui je me lâche plus sur scène qu’en temps normal.

Olivier : Nous n'avons pas encore joué devant un public. Le retour de mes partenaires est toujours encourageant...seul le prof met le doigt sur les insuffisances (mais jamais de jugement de valeur, évidemment).

Daniel : Excellent. J'adore entendre le public rire à une bonne réplique, cela donne confiance et une grande « pêche ». Mes partenaires n'ont jamais fait de remarques par rapport au bégaiement, seulement sur la manière de jouer telle ou telle scène.


8) Quels conseils donnerais-tu à une personne qui bégaie souhaitant essayer le théâtre ?

Amandine : Le conseil que je donnerais, ça serait de lâcher prise, de se mettre totalement dans la peau du personnage et de s'amuser. Il faut aussi se sentir un minimum prêt. Pour ma part, je ne l'étais pas assez. Je suis restée tout de même 4 mois et je ne regrette pas car ça m'a renforcée. Je ne peux que conseiller d'essayer. C'est un grand pas en avant. Et ça permet de prendre conscience de beaucoup de choses sur soi et sur son bégaiement. On se découvre et on se rend compte qu'en allant de l'avant et en affrontant ses peurs, on devient plus fort. Et mine de rien on se sent fier de l'avoir fait.

Nina : Déjà il faut se lancer, je pense que c'est une super expérience, très intéressante et qui apporte beaucoup. Je comprends tout à fait qu'on appréhende le premier cours mais une fois qu'on l'a fait on se sent mieux, c'est un peu un défi qu'on relève. Quand on parle au théâtre (encore plus que dans la vie de tout les jours), il faut articuler et parler très lentement parce qu'il faut se faire comprendre par tout un public plus ou moins proche de nous, donc les cours c'est une occasion de s'entraîner encore plus que d'habitude à bien parler. Ça ne peut apporter que du positif, il faut juste oser. Après, une fois l'adaptation passée, c'est très instructif.

Olivier : De se renseigner sur le contenu des ateliers, être sûr que vous allez prendre du plaisir, de commencer à une bonne période de votre vie... et en cas d'échec, de voir s'il y a peut-être autre chose qui vous conviendrait (chant, travail sur la voix).

Daniel : Le jeu demande que les répliques soient dites rapidement, donc il est nécessaire de connaître son texte parfaitement. Pour cela j'enregistrais sur ordinateur les répliques précédant les miennes, en laissant un vide pour dire la mienne, et cela par groupe d'une dizaine de répliques. Ensuite je les écoutais en boucle, d'abord en lisant, puis progressivement sans lire, jusqu'à les connaître parfaitement. Cela élimine déjà une bonne partie de l'anxiété.
Cette façon d’apprendre est une aide lorsque le partenaire “saute” des répliques, ou ne suit pas le texte, car on acquiert des automatismes de réponse, ce qui permet de se concentrer sur le jeu, et du même coup la parole et la peur de bégayer passent à l’arrière plan.
Je crois que le théâtre est une bonne manière de prendre confiance, à condition d'accepter de se lâcher, d'oublier la peur de bégayer (cela vient tout seul à force de répéter le texte, d'abord seul puis avec le groupe) et de prendre du plaisir.
Il faut oser !

Fin de l’interview.

Voilà ! Epatant, non ? Pour ma part, je retiens que :

• Aucun ne regrette de s’être lancé. C’est une expérience toujours positive même quand on rencontre des difficultés.
• C’est une bonne chose d’annoncer qu’on bégaie et l’accueil reçu est toujours bienveillant.
• Le bégaiement ne disparaît pas forcément en scène mais ce n’est pas un obstacle.
• Il n’y a pas de recette unique mais quelques ingrédients essentiels pour surmonter ses peurs et vivre une belle expérience : « se lâcher », « lâcher prise », « s’amuser », « prendre du plaisir ».
• Le théâtre peut aider à travailler son élocution mais permet surtout de développer d’autres aspects de la communication comme la gestuelle, l’intonation, le regard. Eugène Ionesco disait (Eugène, si tu nous entends…) : "Tout est langage au théâtre, les mots, les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole."

Annoncer son bégaiement, ne pas chercher à le dissimuler ou à le contrôler (le laisser sortir), oser, se lâcher, prendre du plaisir… Autant de conseils bons à prendre, même si on ne fait pas de théâtre…

Bien sûr, toute personne qui bégaie ne doit pas se lancer dès demain dans l‘expérience. Il faut déjà que cela vous attire ! Amandine et Olivier soulignent aussi qu’il faut être « prêt » pour tenter l’expérience, c’est-à-dire avoir déjà une certaine maturité vis-à-vis de son bégaiement.

Si vous hésitez encore, il existe une excellente solution pour voir si cela vous plaît et tenter l’expérience dans un environnement moins stressant : des ateliers de théâtre pour les personnes qui bégaient.

Ainsi, les self-helps (groupes d’entraide pour personnes qui bégaient) de Nantes et Rennes ont écrit et interprété une pièce de théâtre en 2009 : "Alice au pays d'elle-même". La représentation s'est faite devant quatre cents personnes.

En 2014, au colloque de l’Association Parole Bégaiement, j’ai eu la chance d’assister au spectacle écrit et interprété par le self-help de Paris. Celui se terminait par "la manif contre le bégaiement" ! (voir illustration du post). La représentation s'est faite devant six cents personnes submergées et conquises par l’enthousiasme et le talent de la troupe.

Pour trouver un self-help près de chez vous, vous pouvez aller faire un tour par ici  (pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un self-help, voici l’article du blog sur le sujet).

L’APB Belgique organise aussi un atelier théâtre. Plus d’infos sur ce lien.

Autre information bonne à savoir : des orthophonistes organisent des ateliers théâtre pour les adolescents. Si cela vous intéresse, je vous conseille de lire l’excellent mémoire de Delphine CHIRON « Le bégaiement en scène : intérêt de la pratique théâtrale chez les adolescents qui bégaient.» 

En voici un extrait qui confirme l’expérience vécue par Amandine, Nina, Daniel et Olivier : « La pratique du théâtre comporte de nombreux intérêts dans la thérapie du bégaiement chez l’adolescent : elle favorise la mobilisation de multiples habiletés de communication, valorise des modes d’expression et de communication riches, notamment dans le cadre d’activités spécifiques, et permet à l’adolescent de s’affirmer à un âge où celui-ci est pleine composition de sa personnalité.
(…). A l’unanimité, tous déclarent que l’atelier leur a permis de s’amuser et de
se dépasser en osant expérimenter des activités ou des situations dont ils n’avaient pas l’habitude. »

Et s’il vous reste encore quelques craintes ou réticences, écoutez ce que nous susurre à l’oreille la divine Marilyn Monroe, qui était tout sauf une ravissante idiote :
“L’imperfection, c’est la beauté. La folie, c’est le génie et iI vaut mieux être totalement ridicule que complètement ennuyeux. La peur est une stupidité, les regrets aussi. Nous sommes tous des stars et nous méritons tous de briller. »

18 oct. 2015

Journée Mondiale du Bégaiement : faites passer le mot !

Oyez ! Oyez ! Le 22 octobre a lieu la journée mondiale du bégaiement.

Cette journée a deux objectifs :
- Donner de l’information et de l’espoir aux personnes qui bégaient et à leurs proches
- Sensibiliser le grand public, les enseignants et les employeurs pour mieux comprendre ce qu’est le bégaiement et savoir comment réagir face à une personne qui bégaie.

Pour atteindre ces objectifs, il faut que chacun s'implique pour qu’un maximum de personnes soient sensibilisées. Vous pouvez donc contribuer à cet événement de 2 façons :
- en participant aux manifestations organisées près de chez vous   (voir la liste ici)
- en diffusant largement de l’information autour de vous.

Pour cela, j’ai essayé de répondre aux principales questions que peut se poser le "Grand Public" :
- Qu'est-ce que le bégaiement ?
- Pourquoi une journée mondiale de sensibilisation ?
- Qu'est-ce qu'on ressent quand on bégaie
- Comment puis-je aider une personne qui bégaie ?
- Est-ce qu'il existe des solutions et où trouver de l'information ?

Cette page évoluera bien sûr au fur et à mesure de vos remarques ou suggestions, il vous suffit juste de laisser un commentaire.

L’objectif est de diffuser ce lien au maximum dans les jours qui vont précéder le 22 octobre : blogs, Facebook, e-mail, affichage, écoles… Diffusez, distribuez, faites tourner : Faites du bruit ! Je compte sur vous !

30 sept. 2015

Retrouvez-moi sur la Conférence de l'International Stuttering Association !

Chaque année, non pas à l’heure où blanchit la campagne mais à celle où rougissent les érables (Victor, si tu nous écoutes), se tient un événement extraordinaire : the ISAD online conference.

Bon … Je ne vois pas votre tête mais je la devine…

Jusqu’à « extraordinaire », vous me suiviez, j’avais retenu votre attention et vous étiez même prêts à vous extasier. Mais là, avec mon ISAD machin bidule, je vous ai brusquement refroidis. Alors, je vais me lancer dans l’explication de texte.

ISAD : C’est la Journée Mondiale du Bégaiement (International Stuttering Awareness Day) organisée par l’International Stuttering Association (ISA), c’est-à-dire la Fédération Internationale du Bégaiement, qui rassemble les associations du monde entier. Les dirigeants de l’ISA avait d’abord songé à organiser une coupe du monde tous les quatre ans. Ils étaient ravis de cette trouvaille et se tapaient dans le dos en disant « Good job, Jimmy » quand un type a levé la main pour annoncer : « Désolé mais les fédérations de tapeurs de ballon ont déjà eu cette idée ! » Un peu énervés et vexés, ils ont donc opté pour une journée mondiale chaque année. Na ! Depuis, l’ISA choisit le thème de la Journée (pour 2015 : "Education, Coopération, Communication : faites passer le mot !"), recense les initiatives et organise cette fameuse conférence en ligne.

Conférence : parce que des personnes qui bégaient et des thérapeutes venus du monde entier se retrouvent durant 3 semaines, du 1er au 22 octobre, pour parler bégaiement.

Online : parce que ça se passe sur Internet. Des textes (témoignages, expériences thérapeutiques,..) sont publiés par les conférenciers et les visiteurs peuvent réagir et échanger avec l’auteur.

Chaque année, je me régale à lire les contributions et réflexions venues des quatre coins de la planète bégaiement. Grâce à ces conférences, j’ai découvert des parcours pleins d’espoir de personnes qui bégaient et des expériences partagées par des thérapeutes enthousiastes et pédagogues.

Et chaque fois, en tous cas depuis que je m’y intéresse, je me désole de voir la France briller par son absence.

Mais cette année, ce ne sera pas le cas… Parmi les pays représentés se trouvent le Canada, les Etats-unis, le Maroc, le Royaume-Uni, les Philippines, le Portugal, le Mali, le Togo, les Pays-Bas, l’Inde, le Brésil… et la France !

Eh oui ! Cet été, rassuré par le fait que, depuis Lafayette jusqu’à David Guetta, les américains avaient une longue tradition d’accueil et de bienveillance envers les frenchies, j'ai proposé à l'ISA un article intitulé « The wonderful world of stuttering » (Le monde merveilleux du bégaiement). C’est l’occasion pour moi de féliciter la petite équipe qui se coltine la lecture, sélection et correction des textes : Anita Bloom, Dan Hudock, Keith Boss, Bruce Imhoff et Hanan Hurwitz. C’est Bruce qui s’est occupé de moi et je le remercie chaleureusement pour ses commentaires constructifs et ses suggestions pertinentes.

Parmi les autres articles en ligne, j’ai déjà repéré quelques titres intéressants :
- Contrôle : la solution ou le problème ?
- Unleashing your sexy stuttering superstar (tout un programme…)
- Comédiens qui bégaient : que peuvent-ils nous apprendre ?
- Programme thérapeutique pour les enfants qui bégaient

J’espère que cela fera mieux connaître cette conférence et vous donnera envie d’apporter votre contribution pour celle de 2016. Pour info et susciter des vocations, il y a souvent des articles conjoints patient/thérapeute. Pour un ado, ça pourrait même être un super projet à préparer avec son prof d’anglais !


Cliquez ici pour accéder à l’article et à la conférence.


Bonne lecture, bonne découverte et bon partage !


Laurent

P.S : une fois sur la page, vous pouvez lancer une traduction en cliquant sur "French" dans le cadre en bas à droite. Mais bon, c’est un robot qui traduit… Et apparemment, il a pris des cours avec Jean-Claude Vandamme.

27 juin 2015

Ce que j'aurais voulu savoir sur le bégaiement

J’ai commencé à bégayer à l’âge de 6 ans.

J’ai essayé de nombreuses techniques ou thérapies sans succès : ostéopathie, acupuncture, homéopathie, sophrologie, médicaments… Magnétiseur. J’avais fini par laisser le bégaiement dicter une grande partie de ma vie : le choix de mes études, de mon métier et même du prénom de mes enfants. Et à 40 ans, alors que je pensais que je ne m’en sortirais jamais, que je paniquais chaque fois que je devais téléphoner, me présenter ou prendre la parole en public, j’ai été sauvé par l’Internet.

Alors que je me sentais seul, incompris et que je ne voyais aucune perspective de guérison, j’ai soudain découvert les témoignages de personnes qui étaient passées par les mêmes peurs et épreuves que moi et qui expliquaient comment elles s’en étaient sorties !

J’étais enthousiasmé ! Voilà des gens dont je me sentais proche et qui me donnaient ce qui me manquait : de l’information, de l’espoir et un mode d’emploi. J’avais découvert un eldorado, une planète cachée et j’ai eu envie de révéler son existence aux francophones.

C’est ce qui m’a donné l’idée de créer en 2009 le blog www.goodbye-begaiement.fr pour partager mon expérience et surtout celles des autres, synthétiser l’information utile et faire gagner aux personnes qui bégaient le temps que j’avais moi-même perdu ! Je voulais aussi vraiment délivrer un message positif en montrant qu’il existait des solutions et qu’il était possible d’en parler sur un ton léger et décontracté. L’aventure est belle puisqu’elle m’a permis de rencontrer des gens passionnés et attachants et a débouché sur la traduction et l’édition de deux livres,

Grâce à Internet et à ces lectures, j’ai donc fait un bond en avant. Je suis passé de l’obscurité à la lumière et j’ai découvert une véritable caverne d’Ali Baba.

Or, dans tout ce que j’ai pu lire, dans tous les échanges que j’ai pu avoir, dans les traductions que j’ai faites (notamment les « Conseils pour ceux qui bégaient », donnés par 28 thérapeutes ayant eux-mêmes bégayé), j’ai découvert qu’il y avait des points communs qui revenaient sans cesse, des choses que j’aurais voulu savoir sur le bégaiement, lorsque j’étais jeune.

Donc ce que je vais partager avec vous, ce n’est pas simplement mon expérience, ce qui n’aurait pas grand intérêt mais celles de nombreuses autres personnes qui bégaient, que ce soit en France ou à l’étranger.

Voici ce que j’aurais voulu savoir lorsque j’avais 20 ans.


1. J’aurais voulu savoir que le bégaiement n’est pas une faute, encore moins ma faute.

Durant très longtemps, j’ai porté mon bégaiement comme un boulet. Je le vivais comme un échec dont j’étais responsable.

J’ai pu constater que ce sentiment est partagé par de nombreuses personnes qui bégaient. En tant que bègue, vous percevez le bégaiement comme quelque chose de mal, qu'il ne faut pas faire et dont vous êtes responsable et même coupable. Vous avez honte de votre incapacité à parler normalement et vous faites tout pour dissimuler ce bégaiement : vous évitez de prendre la parole, vous remplacez un mot par un autre quand vous pressentez un blocage, vous feignez de chercher un mot ou d'avoir oublié ce que vous vouliez dire... Tout est préférable pour vous au bégaiement : passer pour une personne sans conversation, faire des fautes de français ou de liaison,...

J’ai eu la chance de travailler avec une psychologue et lorsque je lui ai expliqué que je vivais mon bégaiement comme un échec, elle m’a répondu simplement :

« Mais Laurent, le bégaiement n’est pas une faute et ce n’est pas ta faute ».

Cela a été pour moi un déclic, une véritable révélation. En comprenant que je n’en étais pas responsable, je me suis rendu compte que j’avais le droit de bégayer, que je pouvais bégayer, que ce n’était pas un drame puisque je n’en étais pas responsable. Le résultat, c’est que je me suis enlevé la pression énorme qui permettait justement au bégaiement de s’épanouir. Cette simple phrase a ébranlé mes pensées négatives, ma tension, mes stratégies d’évitement, tout ce qui contribuait à renforcer mon bégaiement.

En vous déchargeant de cette culpabilité, vous allez arrêter d’être obnubilé par le bégaiement et vous allez pouvoir commencer à avancer. Vous allez passer du « surtout ne pas bégayer » au « je vais peut-être bégayer mais ce n’est pas grave. Je l’assume d’autant mieux que je n’y suis pour rien ! »

Attention ! Je ne suis pas en train de vous inciter à accepter votre bégaiement sans rien faire. Simplement, vous n'en êtes pas responsable et vous n'avez pas à en avoir honte. Il peut être génétique, lié à votre éducation ou à votre environnement familial, le résultat d'un traumatisme... Mais vous ne faites pas exprès de bégayer !

Comprendre cela est essentiel pour avancer, pour passer à l’étape suivante. Parce que comprendre qu’on n’est pas coupable ne veut pas dire ne rien faire. Mais pour agir, il va falloir prendre des risques, assumer de passer par des phases moins faciles et accepter d‘exposer votre bégaiement.

Imaginez que vous soyez en surpoids et, qu’en plus de votre régime, votre médecin vous conseille d’aller nager régulièrement à la piscine. Si vous avez honte de vos bourrelets, vous n’oserez pas vous mettre en maillot et vous n’irez pas nager. En n’assumant pas votre corps, en refusant d’exposer votre différence, vous vous privez alors de la possibilité de faire de l’exercice et de résoudre une partie de votre problème. C’est exactement la même chose pour le bégaiement. En refusant de l’exposer, vous ne vous mettez pas dans les situations de parole qui vous aideront à mettre en pratique vos techniques et à prendre confiance en vous.


2. J’aurais voulu savoir que chaque évitement est une perte de temps et qu’il ne faut jamais reculer devant le bégaiement.

Il n’y a pas à tortiller : pour améliorer votre élocution, vous allez devoir parler. Autrement dit, vous allez devoir vous mettre en maillot de bain, montrer vos bourrelets et plonger dans la piscine.

Vous allez donc devoir arrêter de pratiquer l’activité préférée des personnes qui bégaient : l’évitement.

Celui-ci peut prendre plusieurs formes : substitution d’un mot par un autre, ajout d’interjections parasites, de tics verbaux ou de raclements de gorge dans votre discours, un téléphone que vous ne décrochez pas (ou que vous feignez de ne pas entendre…), une question que vous ne posez pas ou une réponse que vous ne donnez pas, une histoire drôle que vous ne racontez pas parce que vous avez trop peur de rester coincé sur la chute, un trait d’humour ou un argument que vous gardez pour vous dans une conversation…

Mon premier souvenir d’évitement remonte à l’enfance. Ma mère m’avait demandé d’aller acheter de l’ « Ajax » à l’épicerie du coin. La première chose que j’ai vu apparaître, c’est le « A » d’Ajax et un clignotant rouge s’est allumé dans mon cerveau. Je voyais ce « A » comme un obstacle sur lequel je viendrais buter. Tout le long du chemin, ce « A » n’a cessé de grossir pour atteindre des proportions effrayantes et lorsque je suis arrivé devant l’épicière, j’ai demandé… du Mir. Juste pour ne pas affronter ce terrible A.

Tous ces mots retenus ou évités génèrent un soulagement passager mais finissent par vous brûler l’estomac et le coeur aussi sûrement qu’un acide… Petit à petit, ces évitements deviennent une seconde nature et peuvent aller très loin, jusqu’à diriger le moindre de vos choix. L’appréhension peut ainsi se transformer en peur puis en véritable phobie.

Certains vont jusqu’à se faire passer pour muets ou aphones dans certaines situations, se déclarent malades le jour d’un oral ou d'un exposé… Au restaurant, vous choisirez le plat que vous pourrez prononcer plutôt que celui qui vous fait envie. Cela peut faire sourire mais lorsque cela finit par avoir un impact sur vos choix de vie, c’est beaucoup plus grave. Vous allez ainsi éviter certaines études (vente, communication…) puis éviter de postuler pour un poste où il vous faudra parler en public ou répondre au téléphone, puis refuser de vous marier à l’église pour ne pas avoir à prononcer vos vœux en public, puis, comme moi, laisser le bégaiement choisir le prénom de vos enfants… Comme l’a écrit Joseph Sheehan : « l'évitement est un toboggan vers l'échec. »

Le 1er commandement du bègue serait donc : « Tu ne succomberas pas à la tentation de substituer un mot ou d'éviter une prise de parole. »

Parce que ce qui entretient votre honte, vos peurs et votre faible estime de vous-même, c’est l’évitement. J’ai lu quelque part que pour être fier de soi, il suffit de faire des choses dont on est fier… J’ajouterais : « et cesser de faire les choses dont nous ne sommes pas fiers ». Or, en évitant des mots ou des prises de parole, vous faites quelque chose dont justement vous n’êtes pas fier.

Alan Badmington est un policier gallois à la retraite. Son bégaiement était sévère et il était devenu un maître de l’évitement. Il raconte que, lorsqu’il interpellait un contrevenant dans la rue, il devait appeler un central téléphonique pour indiquer l’endroit où il se trouvait. Si le nom de la rue commençait par un son qu’il ne pouvait prononcer, il traînait l’interpellé dans une rue voisine avant de passer son appel ! Lorsqu’il s’est marié, il a choisi de prononcer ses vœux à l’unisson avec le pasteur pour être sûr de ne pas bloquer. Il raconte cette anecdote avec humour en expliquant que, finalement, il ne sait pas qui s’est réellement marié avec qui…

Alan a pris un jour une résolution qui a changé sa vie. Il a décidé qu’il ne ferait dorénavant plus aucun évitement. Si un mot ne sortait pas, il ne le remplacerait pas par un autre mais mettrait en œuvre ce qu’il avait appris pour surmonter un blocage. Pour lui, cela a été déterminant d’oser affronter ses peurs (peur de vivre des situations de communication, peur d’annoncer qu’il bégayait, peur d’utiliser ses techniques orthophoniques…). Il a choisi de voir les situations nouvelles comme des expériences d'apprentissage plutôt que comme des difficultés et c’est à partir de ce moment que son image de lui-même s'est améliorée et qu’il est entré dans le cercle vertueux de la confiance. Aujourd’hui, il est devenu un orateur remarquable et recherché et donne des conférences dans le monde entier pour témoigner sur son parcours.

"En réalité, vous aurez un sentiment d'accomplissement personnel en recherchant volontairement les mots craints et en vous impliquant dans des situations difficiles. Moins vous éviterez, plus vous aurez confiance en vous-même en tant que personne digne et respectable." - Malcolm Fraser, fondateur de la « Stuttering Foundation of America ».

En effet, affronter une situation renforce votre confiance et enclenche un cercle vertueux qui peut se résumer ainsi : « J’avance – je me rends compte que ce n’est pas si difficile que prévu et, même si ça l’est, ça le devient de moins en moins – je remplace la frustration par la satisfaction d’avoir osé – j’ai une meilleure image de moi – je reprends confiance – cette confiance me porte pour oser d’autres choses – etc. » On retrouve ce cercle vertueux dans de nombreux témoignages de bègues.

Catherine, une jeune femme polonaise utilise une jolie métaphore : « Dites-vous que vous avez 2 plantes : la plante carnivore “Le monstre de la parole” et la plante “Je peux le faire”. Chaque fois que vous évitez, vous arrosez la plante “Monstre de la Parole” qui devient un peu plus terrifiante alors que celle de la confiance se recroqueville. A l’inverse, chaque fois que vous êtes courageux, vous arrosez la plante « Je peux le faire » et vous regagnez de la confiance. Le but est d’assécher la plante « Monstre de la Parole » et de fertiliser la « Je peux le faire » ! »

Pour progresser et gagner de la confiance, la méthode la plus répandue est celle de la « désensibilisation progressive ». Le principe est simple. Vous listez ce qui vous fait peur (mots, situations, personnes…) par ordre croissant d’appréhension. Ensuite, vous allez affronter ces mots ou situations graduellement en commençant par ce qui vous effraie le moins. L’idée est d’acquérir progressivement de la confiance, confiance qui vous servira pour affronter la situation suivante. Pensez à l’apprentissage du ski : prenez les pistes vertes pour commencer…

Au final, vous devriez arriver à ne plus laisser le bégaiement dicter votre conduite et plus largement votre vie. Cette résolution est sans doute la plus importante. Comme le dit Alexandre sur un forum Internet :
« Quand vous pensez faire quelque chose, posez-vous une question :
Est-ce que j’hésite à le faire à cause de mon bégaiement ?
Si la réponse est « Oui », faites-le. Sinon, vous laissez le bégaiement dicter ce que vous pouvez faire et ne pas faire, et vous lui cédez le pouvoir. »

Une grande erreur est aussi de se dire « Quand je ne bégaierai plus, je ferai ça. » Parce que c’est exactement l’attitude inverse qu’il faut adopter : il faut justement « faire ça » pour arriver au final à ne plus bégayer.

Et c’est une autre chose que j’ai apprise : il n’y a pas besoin d’être bon pour se lancer mais il faut se lancer pour être bon.


3. J’aurais voulu savoir que parler de son bégaiement est un soulagement.

Pourquoi un soulagement ? Parce que vivre en essayant de cacher son bégaiement est épuisant, frustrant. En effet, de nombreux bègues s'évertuent à « masquer » leur bégaiement, avec plus ou moins de succès selon les situations.

Tim MacKeesey est un ancien « bègue masqué » devenu orthophoniste. Il a une image forte pour décrire les conséquences de cette dissimulation constante : « Durant les 30 premières années de sa vie, j’avais l’impression d’être un flic infiltré dans la mafia, vivant dans la crainte continuelle d’être découvert !»

Patricia, que j’ai rencontrée à une Journée Mondiale du Bégaiement à Marseille m’expliquait : « J’étais vraiment fatiguée de vivre sous pression à chaque instant, de ne pas pouvoir employer les mots que je voulais, ne pas vivre normalement aussi bien à l'extérieur que chez moi. Je pense que je me sentais prisonnière du système que j'avais créé pour m'exprimer. »

Une seule solution alors : tomber le masque. En effet, ceux qui ont décidé de crever l’abcès et de parler ouvertement de leur bégaiement sont unanimes : c’est un soulagement.

Patricia, par exemple, dont je viens de parler. Elle a suivi un stage collectif avec une orthophoniste. Au bout de trois jours, elle s’est retrouvée dans la rue, arrêtant les passants pour leur demander de répondre à une enquête sur le bégaiement ! Voici son ressenti : « Je n'en avais jamais parlé à personne et je me retrouvais tout à coup en train d’expliquer à un parfait inconnu que je bégayais ! Quand j'ai terminé mon premier questionnaire, j'avais envie de crier et de sauter dans tous les sens tellement j’étais heureuse ! »

Et, comme Bill Murphy, l’un des auteurs de « Conseils pour ceux qui bégaient », vous serez surpris de voir l’influence positive que cela aura sur votre entourage : « je constatai que ce n’était pas le bégaiement qui gênait mais bien mon embarras et mon évidente incapacité à vouloir en parler ouvertement. Lorsque je parlais librement du bégaiement, cela mettait mes interlocuteurs à l’aise. Ils me posaient des questions sur le sujet ; les gens se montraient intéressés et non pas incommodés. En choisissant d’admettre le bégaiement, le secret était dévoilé et j’étais moins tendu et craintif. Plus j’en parlais, moins je ressentais de honte, de culpabilité et d’anxiété.»

Et cette transparence fonctionne aussi avec des inconnus. Elle est même un précieux sésame dans les situations qui nous font peur, nous personnes qui bégaient : les interrogations orales, le téléphone, l’entretien d’embauche et même… la séduction.

Là aussi, plusieurs personnes racontent les bienfaits de ce « coming-out », à commencer par Laure, 11 ans, qui a fait en classe de 6ème un exposé sur son bégaiement et a témoigné sur le blog : « Gonflée d'espoir et de courage, j'ai fait ma matinée habituelle et enfin est arrivé le moment de mon exposé. Anxieuse et excitée à la fois, je suis allée au tableau, Julie à mes trousses. Je me suis dit "GO" et j'ai commencé. C'était comme si je dévoilais une partie de mon corps mais ça faisait du bien. A la fin, ils nous ont applaudies. J'étais très contente de ce que j'avais fait et j'espère que ceux qui bégayent feront comme moi et ce que plein d'autres ont fait. »

Je l’ai testé moi-même pour des entretiens d’embauche. J’ai annoncé mon bégaiement et les recruteurs m’ont remercié pour ma franchise et la confiance que je leur témoignais en abordant ce sujet. Cela a permis de détendre l'atmosphère, m’a soulagé d’un grand poids (plus rien à dissimuler) et a aussi évité les incompréhensions, le bégaiement non expliqué pouvant être pris pour une manifestation de nervosité ou de manque d’assurance.

Gilles a 27 ans et enseigne depuis 4 ans. Il a toujours décidé de parler franchement et ouvertement de son problème de parole. Il pense que s’il l’annonce lui-même à ses élèves, ce sera plus difficile ensuite pour eux de l’utiliser contre lui. "Parce que je suis ouvert et honnête sur le sujet et que je n’en fais pas un grand secret, ils ne peuvent pas me chambrer" explique-t-il.

Il demande aussi à ses élèves de l’aider : « Mon bégaiement se manifeste principalement par des blocages sur certains mots. Lorsque cela survient sur un nouveau mot que je dois expliquer, je l’écris au tableau et dis simplement “Voilà le mot. Je ne peux pas le dire, donc vous allez devoir m’aider à le sortir."


4. J’aurais voulu savoir que le bégaiement ne résiste pas à l’humour et à l’auto-dérision !

Dans cette stratégie de transparence, l’humour peut être une arme précieuse.

Ainsi Silvano, qui était le dernier d’une longue série d’intervenants lors d’une conférence, est entré illico dans le vif du sujet : «J'ai commencé mon discours ainsi : j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que je suis le dernier intervenant, la mauvaise c'est que je suis bègue … Alors qui sait combien de temps cela va prendre ! »

De son côté, David suivait un programme de conversion au catholicisme :
« Nous avons commencé la séance par un tour de table où je devais donner mon nom, mon parcours, ma précédente religion, etc. J'ai bloqué sur le mot « Méthodiste » durant près d'une minute. Finalement, je me suis arrêté et j'ai dit : "Je me convertis parce que je trouve « Catholique » beaucoup plus facile à dire ! » et ensuite j'ai sorti le mot que je voulais dire. Cela a eu un effet formidable. J'ai reconnu devant l'ensemble des participants qu'il se passait quelque chose d'anormal, que j'en étais conscient et, le plus important, que l'on pouvait en parler, ce que nous avons d'ailleurs fait. »

Mais le plus fort de tous, c’est Mark. Pour aborder une jeune femme qui lui plaît, il a trouvé le moyen de faire de son bégaiement non pas un frein mais un moyen original d’entrer en relation. Et surtout, il parvient à créer un contexte où ses éventuels blocages ou répétitions seront non seulement compris mais appréciés… Difficile de faire mieux pour enlever toute pression ! Voici comment il s’y prend : «Bonjour Mademoiselle, je m’appelle Mark et j’aimerais vraiment faire votre connaissance. Juste une chose : je bégaie… Et plus mon interlocutrice est jolie, plus je bégaie !»


CONCLUSION


Walt Manning, une personne qui bégaie devenue orthophoniste a écrit un jour : « Loin de moi de vouloir donner l’impression que ce cheminement a été facile, dénué de peurs et sans revers. Mais, tout bien considéré, cela fut une grande aventure. Plutôt que de le considérer comme mon démon, j’en suis venu à voir mon bégaiement comme un actif, quelque chose qui m’a amené dans des endroits excitants, qui m’a offert des opportunités de progresser et qui m’a permis de croiser des êtres merveilleux que je n’aurais autrement jamais rencontrés. Depuis des années, j’ai entendu d’autres PQB faire les mêmes commentaires, et je sais quelles le pensaient vraiment. »

Je confirme : je vis une magnifique aventure ! J’ai rencontré des gens formidables en France et à l’étranger, traduit et édité deux livres, participé à des conférences ou émissions radio pour partager mon expérience… Beaucoup de choses qui m’ont longtemps semblé inaccessibles. Aussi incroyable que cela puisse paraître, mon bégaiement est devenu une expérience positive.

Et c’est ce que j’aurais voulu que sache le petit garçon qui avait peur de demander de l’Ajax.

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