19 sept. 2012

Le pouvoir de la visualisation

Erick (alias Charlie sur le blog) à qui j’ai déjà consacré un article ICI  m’a proposé d’écrire un article sur le pouvoir de la visualisation et les bénéfices que pouvaient en retirer les personnes qui bégaient.

Cela faisait longtemps que j’avais rassemblé des notes sur le sujet sans réussir à les mettre en forme. J’ai donc sauté sur l’occasion et je me suis très facilement visualisé en train de siroter un cocktail dans mon transat pendant qu’Erick rédigeait le prochain post du blog. C’est une expérience très agréable et j’en profite pour lancer les invitations. Si vous avez des idées d’article mais pas envie de vous lancer dans la rédaction régulière d’un blog, n’hésitez pas à me contacter, je vous hébergerai avec plaisir ! La journée mondiale du bégaiement approche et c’est une excellente opportunité pour vous exprimer ! Avis aux amateurs !

Mais en attendant, c’est Erick qui inaugure le concept et c’est un grand plaisir de lui laisser la parole. A toi Erick !



Début du post d'Erick :

La visualisation créatrice... Visualiser, se contenter de juste visualiser, imaginer ce que l'on voudrait avoir ou être pour l'obtenir ou le devenir ? Simplement ça ? Ça paraît trop beau. Et pourtant ! Vous avez certainement déjà entendu parler de ces sportifs de haut niveau qui visualisent, eux, et ces gens-là n'ont pas de temps à perdre avec de pauvres superstitions archaïques, s'ils le font, c'est que ça marche. Que font-ils ? Ils se voient en train d'exécuter leurs mouvements à la perfection, avec la plus grande des facilités, ils se voient sur la première marche du podium, signe de leur victoire, et vous pouvez être sûrs qu'ils sont déjà presque aussi heureux que s'ils avaient déjà gagnés. Ils font comme s'ils l'avaient déjà.
Note Goodbye Bégaiement : Voyez ces skieurs qui, les yeux fermés, visualisent leur trajectoire sur la piste avant de s’élancer. Ou encore, ces sauteurs en hauteur ou à la perche reproduisant sur leur écran mental l’élan et le geste parfait pour franchir la barre. Ils visualisent dans leur esprit ce qu’ils souhaitent que leur corps fasse. L’un des premiers sportifs à populariser cette technique de visualisation a été le champion de golf Jack Nicklaus qui affirmait ne jamais frapper une balle de golf sans d'abord visualiser l’endroit exact où il voulait qu’elle atterrisse.

L'Homme a toujours pratiqué cette méthode (et vous aussi, sans le savoir !), mais on s'est aperçu récemment que les circuits neuronaux sollicités lors de l'imagination de certains gestes sont les mêmes que lors de l'exécution en « réel » de ces gestes, le cerveau ne fait aucune différence entre l'imagination et la réalité. Alors si ce dernier détail peut vous convaincre d'essayer...
Note Goodbye Bégaiement : Il semblerait en effet qu’une expérience imaginée ne diffère que de très peu d’une image réelle. C’est ce que relate Norman Doidge dans « The Brain that changes itself » (2007) : « Lorsque les gens ferment les yeux et visualisent un objet simple, comme la lettre A, le cortex visuel primaire s’allume, comme il le ferait si les sujets étaient réellement en train de regarder la lettre A. Les scans du cerveaux montrent qu’en action et en imagination, plusieurs zones identiques du cerveau sont activées. C’est pour cette raison que la visualisation peut améliorer la performance.” 


Pour en être convaincu, vous pouvez faire une expérience simple. Imaginez-vous en train de couper un citron en quartiers, de humer un de ceux-ci, puis d'y mordre à pleines dents, le jus coulant dans votre bouche... Si vous savez ce qu'est un citron et que vous avez fait l'exercice consciencieusement, il est probable que vous ayez salivé en réaction à la forte acidité du fruit – même si cette acidité n'était qu'imaginaire. (voir ici ma source) Bon, je redonne la parole à Erick et promis, j’arrête de l’interrompre.

Comment procéder, quelle est la meilleure technique ? Quand on est habitué, on peut visualiser même en marchant dans la rue, mais au début c'est mieux de commencer en s'allongeant sur un lit, les yeux fermés, au calme évidemment (ou dans un fauteuil, du moment que vous êtes à l'aise et détendu). Et puisque le sujet qui nous occupe sur ce blog, c'est le bégaiement, je vous conseille de simplement parler parfaitement dans votre tête, vous vous imaginez en train de parler à la perfection comme un tennisman s'imagine en train de servir ace sur ace, dites n'importe quoi « Regarde, t'as vu comme je parle bien ? », « Tiens, tu t'es acheté un nouveau chapeau ? », n'importe quoi et à n'importe qui ! Choisissez, liberté totale ! Le seul impératif, c'est que durant toute votre conversation vous sentiez comme vous parlez bien, à la perfection en fait, ça y est, vous êtes guéri ! Vous savourez chaque mot, vous jouez avec le rythme de vos phrases, vous vous amusez à ralentir parfois (plaisir nouveau pour vous), vous vous rendez compte que vous maîtrisez totalement le temps, vous créez du temps à vrai dire, rien qu'avec votre bouche ! Vous pouvez également juste vous répéter (intérieurement) que votre parole est guérie pendant un quart d'heure, une demi-heure, pourquoi pas ? Tant que vous en sentez la réalité, car là est la clé du succès, la condition sine qua non du succès : IL FAUT EN SENTIR LA REALITE, il faut que ça vous semble réel, aussi réel que lorsque vous imaginez votre femme, un ami, vous connaissez son visage, vous savez que c'est elle/lui, eh bien votre parole parfaite dans votre tête doit vous paraître aussi réelle, et là ça y est, un sourire doit se former sur votre visage, la joie vous gagne en songeant à la guérison qui est déjà là ! (dans votre esprit)

Ce qui nous amène au plaisir, à la joie que vous devez éprouver en visualisant votre guérison, car s'il est essentiel d'en ressentir la réalité, il est tout aussi essentiel d'en éprouver de la joie, la plus grande joie possible (l'euphorie si possible !), plus vous serez intenses, plus vous créerez facilement votre nouvelle réalité (j'ai personnellement connu une fille tellement intense qu'elle n'avait même pas besoin de visualiser quoi que ce soit, tout lui tombait tout cuit dans les bras, et alors quand elle se mettait à visualiser, le résultat était si rapide qu'on aurait pu croire que c'était un coup monté, bon sang mais c'est la caméra invisible ou quoi ?!). Bref, vous l'avez compris, il ne faut surtout pas que visualiser soit une corvée. Si vous vous ennuyez, vous ne produirez rien d'autre que de l'ennui, en gros vous n'avancerez pas d'un iota et si vous vous énervez, vous risquez même de régresser. Dès que l'ennui pointe le bout de son nez, pas grave, pas d'affolement ! Amusez-vous, changez de discours, dites n'importe quoi (toujours intérieurement), ou arrêtez carrément, vous recommencerez plus tard.

Combien de séances, de quelle durée ? L'idéal, ce n'est pas de faire une seule longue séance par jour mais de multiplier au contraire les séances quotidiennes... Comme ce n'est pas évident (travail, famille...), le mieux c'est d'au moins faire une bonne séance le soir, juste avant de vous coucher (une demi-heure), afin de bien imprégner votre esprit durant votre sommeil de votre nouvelle façon de vous voir, et de faire des petites séances dès que vous avez un moment dans la journée (même cinq minutes, si vous les faites bien, concentrés, détendus, au calme, ça peut être extrêmement efficace). Pour la séance du soir, ne la faites pas au lit, vous risqueriez de vous endormir et ce n'est pas le but de la manœuvre, faites-la juste avant de vous coucher mais laissez allumé, vous pouvez profiter (mais ce n'est pas une obligation) de cet état où l'esprit commence à lâcher prise, presque en état hypnagogique (entre la veille et le sommeil), pour bien vous imprégner de votre nouvelle parole parfaite.

Je voudrais maintenant préciser un point, pour vous aider à être plus concret : certes, on appelle ça « visualisation » parce que c'est la vue le sens que nous utilisons le plus, mais à vrai dire on peut utiliser n'importe quel sens, du moment que ça nous semble réel. C'est ce que j'ai fait, moi, quand j'ai connu cette technique, j'ai immédiatement utilisé mon ouïe mentalement, c'est-à-dire que je me suis parlé à moi-même intérieurement en visant la voix la plus grave possible. Il me faut ici vous raconter qu'un gros rhume quand j'avais quinze ans m'avait laissé avec une voix extrêmement grave et qu'à ma grande surprise/satisfaction ma parole s'était alors mise à sortir toute seule de ma bouche, totalement fluidement et ce sans aucun effort, une vraie jouissance ! C'est facile à comprendre, d'une part les graves vibrent puissamment, et d'autre part ils vous placent de fait en position d'autorité, ce qui manque aux personnes qui bégaient. Une voix grave vous incite à vous exprimer plus librement, à oser davantage exprimer votre vérité intérieure. Cette belle fluidité n'aura duré que le temps de cette belle voix grave qui, elle, m'aura laissé convaincu que la fluidité passerait nécessairement par un retour aux graves. Donc, « visualiser », entendre les graves (quand on a la chance de connaître sa voix la plus grave possible, le matin en général, ou mieux, le lendemain d'une soirée dans un bar ultra bruyant qui vous oblige à vous égosiller pour vous faire entendre), et pour cela, descendre les octaves (do-sol-do), sans arrêt, comme ça, toujours descendre, même si vous ne descendez pas réellement d'octave, ce qui compte c'est l'impression que vous en avez, l'impression d'être vraiment le plus grave possible. Si vous faites ça allongé, vous constaterez qu'un déclic se produit dans votre gorge (dans le larynx), au moment où vous émettez mentalement votre do hyper grave, il y a comme un déclic, comme un rétrécissement qui se produit dans le larynx (à chaque émission mentale d 'un son grave, un déclic), quelque chose qui vous pose, qui vous aidera à produire réellement un son plus grave cette fois avec votre voix physique. Mais n'essayez pas maintenant, restez dans le mental, c'est avec cette voix grave que vous allez vous parler, les hommes bien-sûr, mais j'imagine que les filles peuvent en faire autant (de toute façon vous ne parlerez pas physiquement avec une voix aussi grave que celle que vous serez parvenus à atteindre mentalement, c'est juste une aide pour vous aider à trouver un peu plus de grave). Quant à la durée... Ça dépend de votre intensité, si vous êtes extrêmement intense, cinq minutes peuvent suffire, mais si vous êtes extrêmement intense vous allez adorer ça et vous allez y passer une heure ! Disons qu'une séance d'un quart d'heure me paraît le minimum, à condition d'être concentré et de la répéter plusieurs fois par jour, et une bonne séance d'une demi-heure le soir me paraît idéale. En fait il n'y a aucune règle évidemment, il faut vous fier à votre ressenti, imaginer le plus fort possible, encore et encore, imaginez que vous parlez à la perfection, faites-le comme si c'était vrai, comme si c'était déjà arrivé, justement c'est tout neuf, c'est arrivé hier, ça y est vous êtes guéri, tout va bien, vous vous êtes reprogrammé, un peu comme une cassette vierge qu'on ne peut pas effacer sans réenregistrer par dessus, vous avez effacé votre bégaiement en enregistrant par dessus votre parfaite fluidité, c'est fait ! Et ça vous semble tellement réel que vous n'éprouvez plus le besoin de continuer à imaginer ça, c'est le signe : vous pouvez arrêter. Quand vous allez recommencer à parler, vous allez peut-être déjà mieux parler (même après une seule séance), mais vous allez recommencer à bégayer tôt ou tard, vous savez bien que vous bégayez depuis votre enfance et qu'on n'efface pas un conditionnement pareil en une seule séance, aussi longue soit-elle. Plusieurs semaines seront nécessaires. Je n'ai malheureusement aucun témoignage de personne ayant surmonté leur bégaiement grâce à la visualisation, mais Laurent en a, je crois (merci Laurent!).
Note Goodbye Bégaiement : vous retrouverez ces témoignages à la fin de l’article. 

Si vous avez lu « Le rêve de Charlie » , vous savez que ce n'est pas ça qui m'a personnellement permis de retrouver ma fluidité (je n'avais pas été très persévérant à l'époque, quand j'avais découvert cette technique, notamment parce que je croyais qu'il fallait le faire le soir, juste avant de m'endormir, déjà au lit : j'ai été moins assidu quand j'ai été dormir chez ma fiancée, je n'ai plus visualisé qu'épisodiquement et j'ai fini par arrêter), ce n'est pas la visualisation qui m'a guéri (même si elle m'a quand même aidé ponctuellement) mais je suis persuadé que la guérison passe par là, parce qu'il faut changer sa manière de se voir. Visualiser, c'est oublier qu'on bégaie, c'est ne plus y penser du tout, alors que tous les trucs physiques que vous avez pu apprendre, c'est continuer à y penser. Et puis il est rigoureusement impossible de penser en même temps à sa respiration, à poser sa voix, à bien articuler, et puis à chercher un autre mot à prononcer que le vilain qui se pointe parce que quand même votre élocution n'est pas bien terrible. Alors non, je n'ai pas visualisé, au sens propre, pour me retrouver fluide, mais comme je l'avais dit à l'époque (il y a maintenant un an-et-demi), on peut dire que j'ai visualisé à mon insu (si ça a un sens de dire ça !) : c'est en fréquentant assidûment « Goodbye bégaiement » tout en étant sûr de guérir au moins à 90% quand je m'y mettrais que je me suis imprégné de cette idée de guérison, comme si la guérison était devenue un acquis et que la concrétiser ne serait ma foi qu'une formalité. Ça a pris trois semaines. Voilà, en gros, ce que je pouvais dire sur la visualisation et le bégaiement.

Je voudrais conclure en vous faisant remarquer que de toute façon vous visualisez, de toute façon nous passons tous notre temps à penser, à imaginer, ressentir, tous nous entretenons une certaine image de nous-mêmes non seulement par nos pensées mais également par notre attitude même, alors puisqu'on n'échappe pas à la visualisation créatrice, ne vaut-il mieux pas prendre en main les rênes de son imagination ?

Charlie/Erick.
Fin du post d'Erick.

Commentaire Goodbye Bégaiement :

Erick a raison : nous, personnes qui bégayent, sommes déjà des championnes de la visualisation… négative. « Je vais me planter, je ne vais pas y arriver, ils vont me prendre pour un nul… » Ce que nous pensons tend à se réaliser. Nous avons donc tout intérêt à abandonner ce côté obscur de la force pour enfin mettre à notre service ce pouvoir étonnant de la visualisation. Plutôt que de visualiser la manière « dont vous ne voulez pas parler », imaginez plutôt « celle dont vous voulez communiquer ». D’autres personnes qui bégaient l’ont fait et cela a grandement contribué à leur réussite. En voici quelques exemples...

A tout seigneur, tout honneur, commençons par Alan Badmington, notre ami gallois qui est une source d’inspiration pour beaucoup de personnes qui bégaient: « En créant des films intérieurs où je m’exprimais de la manière que je souhaitais, je dupais mon subconscient en lui faisant croire que j’avais déjà réussi à parler avec succès dans des circonstances que je considérais jusque-là hors de mes capacités. Je me suis construit un réservoir d’expériences positives (dans mon subconscient), réduisant ainsi (jusqu’à les éliminer totalement) ma peur par anticipation du bégaiement. » Voici le conseil qu’Alan a donné sur un forum à une jeune femme qui appréhendait sa première journée de travail : « Prends le temps de créer un film dans ta tête de l’événement à venir. Vois-toi arrivant sur ton lieu de travail. Imagine-toi entrer dans le bâtiment, entends le bruit autour de toi, absorbe l’environnement et visualise-toi en train de parler avec tes collègues (ou clients ou n’importe quelle personne qui devrait être présente) d’une manière positive et assurée. Essaie de rejouer ce film encore et encore autant que possible. » 

Pour évoquer les bienfaits de la projection positive, James L. Aten, une personne qu bégaie devenue thérapeute, prend aussi un exemple lié au monde du travail : l’entretien d’embauche.
« Lorsqu’on vous dit que vous aurez un entretien d‘embauche dans deux jours, vous commencez souvent par vous inquiéter de savoir comment vous ferez et vous vous attendez à l’échec. Puisque vous avez échoué la dernière fois, cela se reproduira certainement sauf si vous décidez d’aborder les choses différemment :

1. Imaginez que vous abordez la personne qui va vous faire passer l’entretien. Respirez et laissez aller. Vous vous sentirez bien et pour la première fois vous allez expérimenter la condition dans laquelle vos muscles phonatoires devraient se trouver pour que les mots sortent sans tension.

2. Imaginez que vous tendez la main lentement pour serrer celle de votre interlocuteur. Les mouvements de votre corps sont lents et confiants. Cela diminue la tendance à se précipiter ou à forcer sa parole. Mentalement, vous êtes plus calme. L’employeur dit : « Bonjour, je suis John Wood. Vous devez être… » La simple pensée de devoir répondre par votre nom et prénom vous emplit de peur et vous sentez que votre respiration se crispe.

3. RELACHEZ cette respiration tendue. Pensez aux gestes tranquilles que vous pourriez faire en répondant « Bonjour, je suis Ed Jones. » D’abord, visualisez juste les gestes. Ensuite, après cette bouffée initiale de peur, essayez de répondre tranquillement, comme dans un demi-soupir : « Bonjour » - pause - tranquille à nouveau - « Je suis Ed » - de nouveau une pause- laissez la tension s'en aller - démarrage en douceur - « Jones ».

Dans son article « composer avec nos émotions » (traduction Richard Parent) , Mark Irwin explique qu’il utilisait la visualisation pour « reprogrammer » ses expériences passées : « Je me suis débarrassé des associations négatives en utilisant la visualisation positive. Si, pour une raison quelconque, je vivais une expérience négative, je revivais la situation en esprit plutôt que de m’en vouloir (comme je l’avais toujours fait par le passé). Mais cette fois, je changeais le scénario de manière à me voir en train de revivre la situation positivement, c'est-à-dire en agissant tel que je l’aurais souhaité et certainement de la façon que je souhaiterais lorsque se répétera une situation semblable. De cette façon, je me programmais à réagir positivement lorsque la même situation se répétait. » 

Les thérapeutes reconnaissent également la puissance de cet outil. Ainsi Françoise Dhuisme, dans le mémoire qu’elle a réalisé sur le bredouillement, insiste sur l’importance des images mentales : « Watly (1983) a constaté que les gens qui réussissent ont l’habitude de s’imaginer atteignant leurs buts bien avant de le faire réellement. A l’inverse les gens qui bredouillent s’imaginent toujours en situation d’échec. Daly rapporte des réflexions qu’il a entendu de ses patients : « je ne pourrai jamais dire ce mot, il a quatre syllabes », « je déteste lire à haute voix ; les gens disent qu’ils ne me comprennent pas. ». 

Tout se passe comme si les bredouilleurs ne pouvaient s’imaginer qu’en situation d’échec. Le rôle du thérapeute est de les aider à se représenter eux-mêmes parlant clairement, lentement et avec succès dans différentes situations stressantes possibles (lire à haute voix en classe, parler au téléphone, rencontrer quelqu’un pour la première fois). Daly précise que non seulement le patient doit imaginer sa parole claire et régulière mais aussi il doit visualiser le lieu, le contenu de son discours ou de sa lecture, les réactions positives des auditeurs à sa parole aisée, et avec précision, à quel point il se sent satisfait en visualisant cette situation réussie. » 

David Daly, que cite Françoise, est l’un des contributeurs du livre « Conseils pour ceux qui bégaient ». Dans le chapitre qu’il a rédigé, voici ce qu’il explique :
« En parallèle d’une pratique régulière de la parole, de plus en plus de praticiens et de patients rapportent les bénéfices qu’ils retirent de se visualiser eux-mêmes en train de parler avec fluence.

Des athlètes olympiques et des personnes ayant réussi dans tous les domaines ont rapporté avoir obtenu le succès en ajoutant des exercices de visualisation à leurs programmes d'entraînement. Le succès est obtenu en pré-jouant dans leur tête, de manière aussi claire et vivante que possible, des scènes ou des images représentant les réussites qu’ils souhaitent. Ce sont des techniques qui fonctionnent depuis des années pour les golfeurs et joueurs de tennis professionnels.

Je peux moi-même témoigner des effets positifs de la visualisation pour l’avoir testée sur moi et avec mes patients qui bégaient. En parallèle des activités traditionnelles de thérapie orthophonique, il vous faudra prendre quelques minutes pour vous relaxer : fermez les yeux et visualisez-vous parlant avec fluence dans diverses situations. Par exemple lorsque vous vous présentez. Un entraînement régulier vous permet de voir les scènes imaginées de plus en plus clairement. Les athlètes olympiques affirment que plus l’image est claire, plus elle a de chances de se réaliser. Exercez vous sur plusieurs scènes différentes, comme de vous voir parler tranquillement au téléphone. Cette image doit être pratiquée encore et encore. Bien sûr, d’autres situations de parole que vous souhaitez réussir doivent aussi être pratiquées.

Un entraînement régulier à la visualisation est aussi important qu’un entraînement régulier à la parole. Certains chercheurs affirment que ces activités sont basées sur la philosophie de l'accomplissement. Cela signifie que quand un golfeur se dit qu’il ne va pas réussir un coup facile, il le rate souvent. Quand un joueur de baseball se dit : « J’espère que je ne vais pas louper », il loupe souvent. De la même manière, quand une personne qui bégaie se dit « J’espère que je ne vais pas bégayer en répondant au téléphone. », généralement elle bégaie. Sous pression, les gens se contractent et font souvent précisément ce qu’ils ne veulent pas faire. Cela semble aussi vrai pour les personnes qui bégaient. Visualisez ce que vous voulez faire et non ce que vous ne voulez pas faire. Soyez positif. Les exercices de visualisation permettent aux patients de se voir, dans leur tête, parler avec fluence et sans aucune tension. En général, un entraînement régulier agit profondément sur le comportement à venir. Et un entraînement régulier renforce la confiance de la personne en de possibles réussites. Une parole plus fluente et facilement produite montre qu’un tel progrès est possible. Pratiquer la visualisation positive a un avantage majeur sur la pratique de la parole à voix haute. Cela peut être fait silencieusement, à des moments où il n'est pas possible de s'exercer à parler. La visualisation peut par exemple être pratiquée dans la file d'attente d'un fast-food, dans la salle d'attente d'un médecin ou d'un dentiste, ou lorsque vous êtes en voiture avec d'autres personnes, etc. Plusieurs minutes peuvent être prises sur des emplois du temps chargés, simplement en visualisant des prises de parole réussies lorsque vous regardez la télévision. Les pauses publicitaires constituent d'excellents moments pour s'exercer. Nous avons découvert que « Pratiquer un peu chaque jour aide la fluence à persister». C'est Mary Wood, lors d'un atelier de parole, qui a, je pense, le mieux décrit cela. Elle a dit : « Ce que nous pensons, nous le provoquons ».

Voilà ! Encore un grand merci à Erick pour avoir proposé et rédigé le corps de cet article. Si vous avez d’autres témoignages à ajouter et des pratiques à partager, la zone commentaires vous tend les bras ! Vous avez juste à vous visualiser en train de taper sur le clavier plein de choses super intéressantes et utiles pour les personnes qui bégaient. :-)

Laurent

Rappel : pour ceux qui adooooorent Goodbye Bégaiement, cliquez sur « J’aime » pour suivre le fil d’infos sur Facebook.

Et une pensée pour Michael Clarke Duncan... 

6 commentaires:

Sarah a dit…

Ce post est génial, j'en ai été absorbé du début à la fin. Je me rend compte que j'ai pratiqué la "visualisation" sans m'en rendre compte dès fois. Rien que pour me voir dire des choses meilleurs, me voir que dans le positif. Je pense que ça changera beaucoup de mentalités bègues si ces derniers s'y mettent à pratiquer cette méthode sympathique. Tout est dans l'agréable. Profitons-en.

Merci à Erick et Laurent.

Laurent L. a dit…

Merci Sarah ! C'est vrai qu'on fait tous de la visualisation sans le savoir. Il faut juste en prendre conscience et choisir les bonnes images, celles qui nous aident pas celles qui nous mettent au fond du trou !

Anonyme a dit…

Oui, merci Sarah, content que ça t'ait plus !

Charlie/Erick.

Nono a dit…

J'ai essayé pour voir, mercredi, car j'avais une intervention orale le matin à faire devant un groupe. Mardi soir, je stressais à mort, alors j'ai visualisé dans mon lit ce qui m'attendait le lendemain en m'imaginant à l'aise, réussissant et tout et tout (c'est dur de repousser parfois des petites pensées négatives parasites !).
Eh ben, ça a marché impec ! Mon mental assurait ! OUF ! Donc, merci pour ce super article !!!! Merci aussi pour ce blog qui est très riche et très intéressant ! :)

Laurent L. a dit…

Ouah ! Voilà un commentaire qui fait plaisir ! Merci Nono et surtout bravo !

Anonyme a dit…

Oui,merci pour ton retour, Nono, ça fait plaisir ! Et surtout je suis très content pour toi que ça t'ait aidé. Tout ce que je te souhaite, c'est que ce premier succès t'encourage à persévérer. En fait, que ça ait marché impec, c'est même presque étonnant... Aussi bien et aussi vite... Tu dois avoir des facilités pour la visualisation ! Profites-en !


Charlie/Erick.

PS: c'est pas le mental (discursif et souvent négatif) qui assurait mais ton émotion: tu te voyais réussir et ta joie/confiance assurait.

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