6 mars 2011

« Le discours d’un roi » : le plus beau cadeau que le cinéma pouvait faire aux personnes qui bégaient

Le discours d’un roi est à juste titre salué par la « communauté bègue » pour la justesse avec laquelle il présente le trouble du bégaiement.

Je l’ai déjà écrit mais je le redis : je pense que pour la connaissance du bégaiement, il y aura un avant et un après « le discours d’un roi ». Comme l’a déclaré Jane Fraser, présidente de la Stuttering Foundation of America (qui a eu la chance de rencontrer Colin Firth) : « ce film aura fait plus en un coup d’aile pour la sensibilisation au bégaiement que tout ce qui a pu être fait depuis plus de 50 ans.»
Le cadeau est d'autant plus apprécié que, avec "un poisson nommé Wanda", le 7ème art s'était montré assez cruel avec les personnes qui bégaient. Jusqu'à ce jour, Michael Palin et ses frites dans le nez restait en effet la référence du personnage bègue au cinéma. Difficile de faire pire... Avec "Le discours d'un roi", Colin Firth en donne une nouvelle et belle incarnation et rien que pour cela, on peut le remercier.

Il y a deux explications à cette justesse de ton et de traitement. Premièrement, le scénariste David Seidler a bégayé et connaît donc bien le problème. Deuxièmement, il a pu s’inspirer du journal laissé par Lionel Logue et retrouvé par son petit-fils. Dans celui-ci, le fantasque australien a laissé des notes sur ses techniques de rééducation mais aussi sur certains de ses échanges avec le roi George VI.

Ce film va donc sûrement aider de nombreuses personnes qui bégaient parce que leur entourage va mieux comprendre ce qu’est le bégaiement et comment il peut faire souffrir, et parce qu’ils vont trouver dans l’histoire de Bertie, alias George VI, des messages qui pourront les guider dans leur cheminement personnel.

Quels sont ces messages ? J’en ai pour l’instant recensé 9 mais je compte sur vous pour compléter la liste. Les voici.

1er message : « Les personnes qui bégaient sont des intermittents du spectacle ! »

Contrairement à l’interprétation caricaturale faite par Michael Palin (qui s’est rattrapé depuis) dans « Un poisson nommé Wanda », Colin Firth ne passe pas son temps à bégayer ou à bloquer. On voit qu’il est relativement fluide avec sa femme et ses filles et qu’il se met « en mode bégaiement » lorsqu’il doit performer ou prouver quelque chose (devant son père ou son frère, par exemple). Même si ce n’est pas commun à tous les bègues, beaucoup se reconnaîtront dans ce portrait. Et ça évitera peut-être les petites phrases comme « Mais toi, tu ne bégaies pas vraiment… » ou « c’est marrant parce que des fois, tu ne bégaies pas du tout ». Ce que l’on interprète, nous, par : « si tu faisais un peu plus attention… ».


2ème message : « Le bégaiement est plus qu’un problème d’élocution : il peut être une véritable souffrance. »

Le bégaiement n’est pas seulement un problème mécanique (comme le pensent le roi et sa femme au début du film). Il est caractérisé aussi par une complexité de sentiments et de peurs (la fameuse partie immergée de l’iceberg) qu'il faut savoir identifier et apprendre à apprivoiser. C’est en ce sens que la performance de Colin Firth est remarquable. Le spectateur peut comprendre que ce n’est pas un simple problème d’élocution qui prête à rire mais bien un véritable trouble. L’acteur retranscrit parfaitement les émotions et sentiments ressentis par les personnes qui bégaient : la souffrance, l'impuissance, la peur, la colère, la frustration… On voit d’ailleurs comment ces émotions négatives peuvent être véhiculées par le regard ou les expressions des gens qui l’écoutent. Comme le souligne très justement un membre du forum du bégaiement, lorsque le roi bloque sur son discours durant la scène d’ouverture, le réalisateur nous livre la palette des émotions courantes qu’une personne bègue peut lire sur les visages de ses interlocuteurs :
- la gêne de celui qui baisse les yeux
- l'incompréhension de celui qui fronce les sourcils
- la souffrance éprouvée par ses proches

Le film montre donc qu’il est souvent vain de vouloir s’attaquer uniquement au problème mécanique (pour les adultes en tous cas), surtout avec des moyens aussi farfelus que les mythiques cailloux de Démosthène ou l’expiration de la fumée de cigarette (surtout quand on sait que George VI est mort d’un cancer du poumon…). En ce sens, la méthode utilisée par Logue est assez innovante pour l’époque. Il combine exercices d’élocution et travail sur les ressorts psychologiques qui sont derrière le bégaiement ou qui se sont développés autour de lui.


3ème message : « Le bégaiement peut devenir une obsession et diriger chacun de nos actes. »


C’est la conséquence du point précédent. A force de frustration, de rumination et de rancœur, le bégaiement peut devenir une véritable obsession. Pour Bertie, l’accession au trône se résume à une question : serais-je capable de dire mon discours ? Pas une seule fois, il ne se demande s'il sera compétent ou s’il sera capable d’affronter d’éventuels autres obstacles. Pour lui, la compétence se résume à la parole. Evidemment, c’est compréhensible vu les circonstances : son discours sera son premier acte de roi et il aura une importance essentielle en ce temps de guerre. Mais quand même, cela montre combien le bégaiement peut biaiser notre vision du monde et éclipser tout le reste.



4ème message : « Il n’est pas facile de se lancer et de persévérer dans une thérapie et il faut parfois y être contraint pour le faire. »

Tant que l’on arrive à s’en sortir avec ses subterfuges et évitements, il est difficile de se résoudre à se lancer dans une thérapie longue et difficile. L’être humain est avant tout rationnel et on pourrait se risquer à la formule suivante : SI inconfort et pénibilité de la thérapie > inconfort et souffrance liés au bégaiement ALORS thérapeute peut aller se rouler… Et puis, il y a aussi parfois cette espérance irrationnelle de la survenue d’un « déclic » qui verra le bégaiement disparaître comme par magie...
S'il n'avait pas eu cette obligation de monter sur le trône (à laquelle il ne pouvait pas se dérober), Bertie n'aurait sans doute jamais consulté Logue et en tous cas sûrement pas persévéré après la première séance. C’est souvent au pied du mur, lorsqu’on a le sentiment de ne plus avoir le choix, qu’on trouve l’énergie et la persévérance nécessaires pour entreprendre une thérapie.

Cela m’a marqué dans les témoignages d’ « anciens bègues » que j’ai pu lire. Ils font presque invariablement référence à un événement déclencheur, un moment-clef dans leur existence où ils se sont dit : « ça suffit ! Il faut que je fasse quelque chose ». Pour certaines personnes qui bégaient, c’est l’entrée dans la vie active et la recherche du premier emploi. Elles savent que leur bégaiement peut être un handicap et elles se décident alors à « faire quelque chose ». George VI n’a pas dérogé à la règle sauf que son premier emploi était d’être roi et qu’il devait passer son entretien d’embauche devant des centaines de milliers de personnes !


5ème message : « Il ne faut pas perdre espoir parce que des thérapies précédentes n’ont pas fonctionné, il faut juste trouver le « bon » thérapeute. »

Au début du film, Bertie ne veut plus entendre parler d’orthophonistes après avoir vécu des expériences peu concluantes. S’il avait persisté, il n’aurait pas rencontré Logue. Et cela a fonctionné parce que, d’une part, ses méthodes étaient plus élaborées et expérimentées mais aussi parce que le courant est passé entre eux et que leur respect mutuel s’est peu à peu transformé en complicité puis en amitié. Alors, ne désespérez pas et dites-vous que quelque part, il y a un Logue qui vous attend… qu’il soit phoniatre, orthophoniste, ancien bègue, psychologue ou prof de Yoga…. (parenthèse à ce sujet : si les différents intervenants sur le bégaiement pouvaient cesser de s’entredéchirer et de se taxer mutuellement d’incompétence, ce serait vraiment sympa. Même la sortie de ce film formidable et positif est l’occasion de s’en balancer quelques-unes dans les gencives et de sortir les couteaux ! Bonjour l’image pour le grand public ! Fin de la parenthèse.)


6ème message : « L’importance de l’humour et de l’auto-dérision. »

Le film est truffé de répliques teintées d’un humour tout britannique. J’ai découvert avec plaisir que certaines sont authentiques et tirées du journal de Lionel Logue. C’est le cas par exemple de cet échange, l’un de mes préférés (le roi vient de terminer son fameux discours) :

Logue : « Vous avez encore trébuché sur quelques mots. »

Bertie : « Il fallait que je le fasse pour leur montrer que c’était bien moi ! »

J’avais lu quelque part (impossible de retrouver la source, il va falloir me faire confiance) que lorsqu’un patient commençait à être capable de faire de l’humour sur son bégaiement, c’était un indicateur de progrès dans une thérapie. J’ai d’ailleurs retrouvé cette idée dans le témoignage d’un certain Daniel P. sur le site de l’APB : « Moi ce que je peux dire, c’est que chaque fois que j’ai essayé de passer en force sur mon bégaiement, il a empiré ou il est resté stable. C’est lorsque j’ai réussi à en rire que cela s’est amélioré… »

Cette importante capacité d’auto-dérision est également illustrée dans cette réplique :

Logue : N’hésitez pas à faire des pauses, cela fait plus solennel.

Bertie : Alors, je dois être le roi le plus solennel !

Certains pourront objecter (oui, oui, je vous vois venir) que le futur roi manie déjà l’humour lors de sa première rencontre avec Logue. En effet, quand ce dernier lui demande s’il connaît des histoires drôles, il répond : « je n’arrive jamais jusqu’à la chute ! ». Mais on est plus dans l’ironie triste que dans l’auto-dérision. Son intonation et son expression faciales sont également très différentes, beaucoup moins détendues. Le trait d’humour est plus « craché » que « glissé » (c’est bon, j’ai répondu à l’objection ?)
Par ailleurs, Logue s’attache à lever les inhibitions de Bertie et à dédramatiser au maximum les situations où il doit intervenir. La scène dans l’abbaye de Westminster est un excellent exemple. Le futur roi est devant le trône, écrasé par la pesanteur du lieu et de le cérémonie qui l’attend. Que fait Logue ? Il s’asseoit, ô sacrilège, sur le trône, transformant cet auguste écrin des fesses royales en un vulgaire fauteuil !

Avec cette provocation, il cherche aussi certainement à pousser Bertie à exprimer ses émotions, à sortir de cette retenue (le « holding back » cher à certains thérapeutes anglophones) qui caractérise nombre de personnes qui bégaient (cf aussi la séance des jurons et le tonitruant et décisif « parce que j’ai une voix ! »).


7ème message : « Il n’y a pas de cure miracle et il faut du temps pour surmonter son bégaiement.»

A la fin du film, même si le roi a réussi son discours, le spectateur comprend bien que cela a demandé beaucoup d’efforts, de répétitions et de conditionnement (cf l’aménagement par Logue de la cabine d’enregistrement) et que George VI n’est pas « guéri » de son bégaiement.

Le roi le note d’ailleurs très justement à la fin du film : « il y aura encore beaucoup d’autres discours ». Pour moi, cette phrase a deux significations. La première est qu’il a pris un tel pied qu’il a envie de revivre ce moment, de retrouver cet « état désiré ». C’est un point de repère qui va accroître sa motivation pour continuer. Il a réussi à gravir, avec beaucoup d’efforts, une montagne qui lui semblait infranchissable. Il a touché le sommet, vu ce qu'il y avait derrière, s’est enivré du paysage et cela lui a donné envie de recommencer, de s'attaquer à d'autres sommets.

Comme le dit Bouddha (oui, maintenant je cite Bouddha, va falloir vous y habituer) : « Mille victoires sur mille ennemis ne valent pas une seule victoire sur soi-même. »

La deuxième, c’est que Bertie est conscient qu’il a remporté une victoire mais pas gagné la guerre et que seules une pratique et une prise de risque régulières lui permettront de progresser encore. On sait maintenant que cela n’a pas été facile et a pris du temps. Dans son journal, Lionel Logue rapporte qu’il a passé de nombreuses fêtes de Noël avec Bertie. Pourquoi ? Pas parce que la Reine cuisinait à merveille la dinde au porridge mais à cause de la traditionnelle allocution radiophonique que le roi devait faire à ce moment de l’année. Cela restait une épreuve pour George VI et il voulait que son orthophoniste soit à ses côtés. Mais au final, il s’en est sorti de mieux en mieux. Pour vous en convaincre, j’ai retrouvé une vidéo d’un discours fait par George VI en 1951 (voir à la fin du post), soit 12 ans après son fameux « discours du roi ». Vous pourrez juger par vous-même.


8ème message : « Les obstacles et difficultés sont des opportunités pour progresser et nous dépasser. »

L’épreuve traversée par Bertie, cet obstacle qui lui semblait insurmontable et qu’il s’est résolu à affronter, l’a finalement transfiguré. Et on voit bien que l’impact positif ne porte pas uniquement sur sa parole mais sur son attitude, son comportement et sans doute son bien-être intérieur.
Sans cette épreuve, il n’aurait jamais rencontré Logue, son futur ami, et surtout il serait resté prisonnier de son bégaiement et de ses peurs.

Cette importance d’avoir un état d’esprit positif est bien résumée par une citation de Churchill, le bouddha anglais (qui apparaît dans le film et avait également un problème d’élocution - c'est d'ailleurs assez fascinant de savoir que deux bègues étaient à la tête du Royaume-uni durant la seconde guerre mondiale...) : « Le pessimiste voit dans toute opportunité une difficulté. L´optimiste voit dans toute difficulté une opportunité » .

J’en suis convaincu : la route vers la fluidité est une aventure hors normes pleine de rencontres et de découvertes et une opportunité de mieux se connaître soi-même et de s’épanouir. Cette histoire en est la parfaite illustration.


Quant au message final, c’est bien sûr celui de l’espoir pour toutes les personnes qui bégaient mais aussi pour leurs proches. En son temps, le roi George VI a été un modèle et une source d’espérance pour beaucoup de gens qui bégayaient. Nul doute que cela va se reproduire avec ce film. J’en veux pour preuve ce témoignage touchant d’Emmanuelle, maman d’un petit garçon qui bégaie : « J’ai vu le film hier soir et, en rentrant chez moi, je lui ai murmuré dans son sommeil : toi aussi mon fils, tu auras un bel avenir. "

Quand je vous disais qu'il y aura un avant et un après "le discours d'un roi"...

Laurent

La vidéo du discours de George VI en 1951

36 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci Laurent, C'est toujours un plaisir de lire tes articles.
Et en plus tu me cites !
Non, sérieusement, j'admire ton esprit d'analyse. Bravo !

Anonyme a dit…

Et zut, encore oublié de signer ...
Daniel P.

Laurent L. a dit…

Merci Daniel. Bravo au passage à la mobilisation de l'APB sur ce film. J'ai encore appris hier qu'à Nice un stand permanent d'information sur le bégaiement est installé dans le cinéma le plus populaire avec une permanence par binôme (thérapeute/ patient) pour répondre aux spectateurs curieux, parents inquiets ou bègues (enfin!!) ecoutés!! Chapeau !

Julie Parent a dit…

Très bon résumé, Laurent, sur la magistrale interprétation de Colin Firth et de l'inestimable apport de ce film à notre communauté dont tu as si bien su tirer quelques observations.
Richard

Anonyme a dit…

j'attends la sortie en dvd pour enfin le voir avec mon "fils qui aura un bel avenir".
le bégaiement de mon fils aura permis de faire des belles rencontres virtuelles!!

emmanuelle, maman d'Arthur

Patrick a dit…

Très bon article, je te rejoins complètement : il y aura un avant et un après Le discours d'un roi.

Maintenant, ça va être difficile de ne pas savoir ce que c'est qu'un bègue...

C'est peut être aussi l'occasion pour les bègues de prendre conscience de leur problème, qu'ils ne sont pas seul, et qu'on peut s'en sortir.

C'est l'affaire au moins de mois sinon d'années, c'est la victoire de toute une vie.

Patrick

Airelle a dit…

Depuis la ville des Ours, je decouvre ta prose, ton analyse ô combien pertinente et délicate des personnages et du message de ce film "imperial et majestueux" de finesse et d'auto-derision (qui devrait aussi être bien utile aux non-bègues) et surtout ton blog. quelle belle initiative humaniste et utile! Toutes mes félicitations ! Et bises à tous les membres de la famille y c. les non-hominidés! Airelle

Laurent L. a dit…

Ouah ! Airelle ! Quel plaisir de te voir ici ! Merci pour ton commentaire, ça me touche beaucoup (quoique t'aurais pu faire l'effort de le laisser en suisse allemand :-))
Bises à tes 3 hommes et mes amitiés aux ours bernois. Laurent

Aliocha Bernard a dit…

Salut Laurent,c'est Aliocha d'Avignon,ti as tout a fait raison,il y aura un avant et un après et je pense que ce film,vue qu'il est nominé aux Oscars dans 12 catégories,vas toucher davantage de monde.
Je voudrais aussi dire une phrase inspiré de celle d'un certain Neil Amstrong qui dit:c'est un peit pas pour les bègues,un grand pas pour l'humanité.
Au revoir et longue vie à ce blog.

Laurent L. a dit…

Merci Aliocha, ca me fait plaisir de te retrouver ici. Bravo pour ta citation, c'est bien vu ! Laurent

Laurent L. a dit…

Commentaire laissé par Pierre-Emmanuel sur la page Facebook GB : "Je l'ai (enfin) vu hier ! Tout simplement génial !!!
Quand les lumières se sont rallumées, j'ai eu envie de dire à toutes les personnes de la salle que moi aussi j'étais bègue ! C'est bien la première fois que je me sens fier d'être bègue......"

Wurstie/Pierre-Emmanuel a dit…

Superbe analyse encore une fois !

Je te trouve dur cependant avec la performance de Michael Palin dans "Un poisson nommé Wanda": tu avais d'ailleurs publié un article à propos de ça il y a un ou deux ans si mes souvenirs sont bons.

J'adore ce film depuis longtemps et la scène entre Michael Palin et John Cleese m'a toujours fait hurler de rire. Je comprends bien que cela ne montre pas le meilleur visage d'un bègue (ou personne qui bégaie, c'est vous qui voyez ;) ) et que certains ont pu se sentir humilier devant une telle scène à finir avec des frites dans le nez.

Tu as cependant très bien montré qu'il faut savoir rire de son bégaiement et cette scène s'y prête très bien à mon sens, je ne me suis jamais senti offusqué...

De plus, le personnage Otto joué par Kevin Klein représente toutes les situations dans lesquelles un bègue a subi des humiliations, a ressenti la honte et la peur... Or à la fin du film, Michael Palin finit par attaquer de front Otto et le vainc: subitement il ne bégaie plus. Ne pourrait-on pas voir cela comme une jolie image: en affrontant ses peurs, les humiliations que chacun a pu subir, on est en bonne voie vers la fluidité ?

Content de voir que mon commentaire t'a plu :)

Amicalement,

Wurstie/Pierre-Emmanuel

Anonyme a dit…

Bon allez,un p'tit commentaire sur le poisson: personnellement je n'ai pas du tout aimé ce film à l'époque,pas à cause du bégaiement mais simplement parce qu'il ne m'a pas fait rire,je n'ai rien contre le fait de rire du bégaiement (c'est vrai que c'est cependant assez rare d'en rire sans caricaturer et de montrer le bègue comme un simplet (encore moins comme simplement une personne qui bégaie)),je me souviens d'un sketch (un vieux truc en noir et blanc que j'ai vu à la télé,je me souviens plus de qui c'était)je crois que c'était un témoin,lors d'un procès,qui bégayait,et j'avoue avoir bien ri,donc on peut rire du bégaiement,mais le poisson nommé Wanda,non,pas drôle (pour moi).
En fait tout le ressort comique du film vient du bégaiement (ou à peu près),et je trouve que c'est mal exploité,la seule scène un peu marrante c'est à la fin,quand John Cleese doit foncer à l'aéroport et qu'il attend ces renseignements de michael Palin incapable d'articuler le moindre mot,alors là tout y passe pour le faire parler,relax,relax ! sing it,sing it ! (oui,je m'en souviens un peu parce que je l'ai revu en DVD il y a deux ou trois ans,pour vérifier que c'était vraiment pas bon,moi un fan de l'équipe des Monthy Python).
Bon,je veux pas discuter des goûts et des couleurs,mais en tout cas ce film a fait un tabac au box office et n'a certainement pas arrangé l'image des gens qui bégaient,alors si maintenant Le discours d'un roi pouvait contrebalancer,rétablir un peu de la réalité du bégaiement...

Et pour l'équipe des Monthy Python,c'est pas grave,ils se sont rattrapés quelques années plus tard avec "Fierce creatures",qui,lui,par contre me fait beaucoup rire.

Charlie.

Wurstie a dit…

@ Charlie: Moi aussi je suis super fan des Monthy Python et je n'ai pas vraiment aimé "Créatures Féroces".. Comme tu dis, les goûts et les couleurs... ;)

Je pense qu'on va pas débattre sur ce sujet, c'est pas un blog de critiques cinématographiques, et applaudissons encore le discours d'un roi et l'analyse toujours aussi pertinente de Laurent !

Wurstie

Laurent L. a dit…

C'est vrai qu'un poisson nommé Wanda ne m'avait pas non plus traumatisé, faut pas exagérer. Mais enfin bon, comme image du bègue, on fait quand même mieux et je ne pense pas que ça ait donné envie à quelqu'un de se lever pour dire qu'il était fier d'être bègue :-))

Ndiaye a dit…

excellent film ça montre tres nettement la souffrance vecu par les personnes begues.en tout cas moi je m'y retrouve et j'ai ces meme problemes quant je represente des exposes.

Laurent L. a dit…

Salut Ndiaye, bienvenue sur le blog et merci pour ton commentaire. Dans la liste des articles (lien à droite), tu en trouveras un sur la présentation des exposés. En espérant que cela puisse t'aider.

Anonyme a dit…

bonjour,

je viens de découvrir ce blog et j'en suis ravie. tout ce que j'ai pu lire, tous le commentaires me réconfortent et m'encouragent.
j'ai 35 ans, j'ai 2 enfants et je suis bègue je n'ai pas encore vu le film le discours d'un roi mais j'irais la semaine prochaine.
je m'apprête à vivre le 01 mars 2011 une expérience similaire. je dois faire plusieurs présentantions lors d'une assemblée géénrale et je suis morte de peur. je suis suivie depuis moins d'un mois par une orthophoniste mais ne suis pas encore confiante.

cela me rassure de lire vos commentaires.

merci beaucoup.

betty

Laurent L. a dit…

Salut Betty et bienvenue sur le blog. Pour ton AG, c'est normal d'avoir peur, même ceux qui ne bégaient pas flippent aussi ! J'ai connu des moments similaires avec une grosse angoisse avant le jour J, l'envie de me porter pâle ou de me faire remplacer... Au final, voilà ce qui marche bien pour moi en général : (1) hyper bien préparer et répéter son intervention afin de la maîtriser totalement et d'avoir un stress de moins, (2) si possible faire une répétition dans la salle où tu vas intervenir pour bien prendre possession des lieux (3) penser à faire des pauses (4)accepter qu'un bégaiement ou blocage peut survenir.
Dis-toi aussi que si on te le propose, c'est qu'on t'en sent capable et que ton éventuel bégaiement n'est pas un problème. Dis toi aussi que c'est une expérience à vivre et une occasion de progresser et de t'enrichir. Il y a sur le blog un article sur les oraux et les exposés, ça pourra peut-être t'aider. Va voir aussi le discours d'un roi, ça devrait te mettre la patate ! Difficile d'en dire plus comme ça mais surtout tiens nous au courant ! Tu es dans quelle région ?

Anonyme a dit…

boujour,

merci beaucoup de ta réponse. je suis en effet en stress et balance entre l'envie de le faire et de me dire que j'en suis capable et l'envie de fuir à toute vitesse. mais je tiens bon.

je répète mon texte tous les jours. je travaille avec mon orthophoniste (récente) sur la respiration et cela m'aide beaucoup. je ne peux pas répéter dans la salle mais le fait devant mon mari et mon fils le soir (c'est pas terrible mais c'est mieux que rien).

je suis très heureuse d'avoir découvert ton blog et bien sû par la même d'avoir fait ta connaissance car j'ai enfin le sentiment d'être comprise.

je suis dans le domaine bancaire et vit en Martinique où il est très difficile de trouver des spécialistes du bégaiement et des associations spécialisées.

merci de ton soutien. on reste en contact. je suis preneuse de tous les conseils, toutes les astuces....

merci.

Laurent L. a dit…

Bonjour,
J'ai l'impression que tu es sur la bonne voie ! Je te propose de continuer notre échange par e-mail car quand tu parles AG, ça me fait penser à quelque chose... Et j'aurais quelques questions à te poser. Envoie-moi un message sur goodbye.begaiement(a)gmail.com

Anonyme a dit…

OK
C'est fait

Betty

Olivier a dit…

Ca alors ! 23 commentaires pour un post :-)

JP a dit…

Bravo pour cette analyse complète sur le film et les conseils pour se sortir du bégaiement qui correspondent exactement à ce que je pense. J'ai demain 59 ans et je suis bègue depuis l'âge de 12 ans.Après avoir essayé plusieurs méthodes fondées sur le rythme et travaillé avec des orthophonistes, ce qui ne m'a apporté que des améliorations partielles et temporaires, j'ai rencontré et travaillé avec Véronique Aumont Boucant et Anne Marie Simon.J'ai fait depuis des progrès énormes même sil m'arrive d'être en difficultés dans certaines circonstances. Les groupes de paroles m'ont été aussi très bénéfiques. Ce film que j'ai vu 3 fois et à la fin duquel j'ai fini en larmes est effectivement un évènement énorme pour les bègues. il devrait être remboursé par la Sécu.J'ai participé à un débat après le film et après ma 1ère intervention où j'ai raconté mon histoire avec une aisance qui m'a moi-même surpris, j'ai même été applaudi.Et depuis le film, je me sens encore plus à l'aise dans tous mes contacts, j'ai de plus en plus de plaisir à parler.La médiatisation du film va certainement amener des bègues et des parents d'enfants bègues à prendre contact avec des thérapeutes qualifiés et non pas des charlatans qui font miroiter des méthodes miracles qui ne font que décourager encore plus les personnes bègues.Courage et surtout espoir à toutes et à toutes. autrement tout a été très bien dit sur ce blog. Encore bravo.
JP

Laurent L. a dit…

Salut JP et merci pour ton témoignage qui prouve qu'il n'y a pas d'âge pour se lancer, avancer et se surprendre ! Bravo !

chchchopin;) a dit…

Bonjour tout le monde et encore bravo pour cette analyse!
Comme beaucoup d'entre vous je suis bègue, (depuis ma plus tendre enfance et j'ai 52 ans)et trouve admirable la justesse avec laquelle l'acteur transcrit les différentes émotions qu'un bègue ressent lors de ses blocages. Directeur, nouvellement nommé, d'une école de musique, je dois au mois d'avril assurer la présentation d'un concert auquel je participe moi même. Inutile de vous préciser que ce n'est pas sans une "legère" appréhension que je me prépare à cette soirée...véritable challenge: être le "monsieur loyal" de la soirée tout en assurant une grande partie pianisitique...!Tout comme JP, j'ai été suivi par A.M Simon mais reste fragile lors de circonstantes stressantes.
Inutile de vous dire que je vais dévorer les conseils de votre blog!En tous cas, courage à tous ceux qui en ont besoin et que dire de plus sinon que mon bégaiement ne m'a pas empêché de fonder une heureuse famille, et d'être reconnu et épanoui dans ma vie professionelle.Bonne continuation à tous et encore bravo pour l'auteur de ce blog!

Laurent L. a dit…

Salut chchchopin et merci pour ce témoignage très positif sur ton parcours. Cette soirée est en effet un beau challenge pour toi. J'échangeais récemment avec Betty, une lectrice du blog, qui a vécu une situation similaire (présentation devant une large assemblée dans le cadre de son travail). Elle va peut-être en parler ici mais elle avait exactement la même appréhension et cela s'est au final très bien passé. Pour ma part,je ne lui avais donné que 3 conseils, basés sur mon expérience personnelle : RALENTIS, RESPIRE, SOURIS ! Essaie de te visualiser en train de parler ainsi : c'est beaucoup plus utile que d'angoisser et quitte à faire de l'auto-suggestion, autant que cela soit positif ! Tu pourrais aussi essayer un trait d'humour sur ton bégaiement pour détendre immédiatement l'atmosphère. Et peut-être le plus important pour réduire la pression : assume ta différence et le fait que tu vas peut-être bégayer mais que ce ne sera pas un drame ! En plus, tu as la chance de pouvoir les éblouir par tes talents pianistiques ! Ce n'est pas donné à tout le monde ! Tiens nous au courant. Laurent

chchchopin a dit…

Merci Laurent pour tes encouragements!
Comme vous tous, j'ai lutté et lutte encore, mais j'ai toujours au fin fond de moi cette impossibilité à accepter ce bégaiement, presque à le nier devant mes interlocuteurs, p....n il serait temps quand même que je l'assume! Je suis tellement conscient que c'est une étape obligée pour aller sur le chemin de la sérénité! Qu'i est donc difficile de se réconcilier avec soi-même!

G.J. a dit…

Article très complet, merci.
Ancien bègue - mais peut-on vraiment dire ancien pour un bègue ? -aujourd'hui enseignant, je me suis également fendu d'un billet sur le film et la dimension qui lui manque -la violence-
http://gjarnot.blogspot.com/2011/03/le-begue-ce-char-enlise.html

Laurent L. a dit…

Salut G.J. : merci pour ton commentaire et le lien vers ton billet. Ton point de vue est intéressant et ton style très sympa ! Qu'as tu fait personnellement pour ton bégaiement ?

Betty a dit…

Salut chchopin!!
c'est Betty!!
j'ai en effet véçu le 01/03/2011 une expérience similaire à la tienne et ce blog et les conseils de Laurent m'ont beaucoup aidé.
je suis Directrice d'agence bancaire depuis moins d'un an et je devais pour la premiere fois de ma vie (car jusqu'à là j'avais toujours su éviter la prise de parole devant une large assemblée) prendre la parole lors de notre assemblée générale annuelle devant une assemblée de 80 personnes et en présence du Président et de notre Directeur Général Adjoint. je ne t'explique pas la pression, la panique.
cette fois, je ne pouvais pas me défiler. j'ai donc décidé de faire appel à un orthophoniste (mi janvier 2011) et à parler à mon Président et à l'organisatrice de l'AG de ma difficulté. ce fut une épreuve mais aussi un grand soulagement. cela m'a permis de dédramatiser et de voir que les autres acceptaient mon problème, qu'être bègue n'était pas la fin du monde.

j'ai donc eu le conducteur de réunion et me suis exercée nuit et jour à dire mon texte, dans ma voiture, avec l'ortophoniste, avec mon mari et mon fils, au coucher.

Laurent m'a accompagné en me donnant des conseils jusqu'au jour J et m'a surtout fait comprendre et accepter que j'allais certainement bégayer.

le jour J: je me sentais prête car avais répété mon texte et savait où se situait les pièges. avant mon intervention, j'ai pris un comprimé de XXXXX (prescrit par mon medecin qui m'a aidé à me détendre). j'ai bien demarré mais les pièges tant redoutés sont survenus mais j'ai contourné en remplaçant les mots. j'ai su garder mon calme en RESPIRANT.
J'ai eu un seul gros blocage. j'ai été incapable de dire le chiffre 3197. j'ai fait comme si je m'étais perdu dans mes notes et un des participants m'a soufflé le mot que j'ai pu répété. et le tour était joué.
à la fin de mon intervention, tout le monde m'a félicité sur ma prestation, sur le fait que cette AG avait été plus vivante que les années précédentes, plus dynamique (avec des petites touches d'humour)

Cette expérience m'a permis de prendre conscience que j'étais capable de m'exprimer en public et de maitriser mon élocution avec une bonne préparation, et en ayant toujours en tête RALENTIS, RESPIRES, SOURIS.

Je suis bègue et je le resterais mais j'ai aujourd'hui des moyens de vivre avec et surtout je commence à l'accepter.

ce qui entraine le bégaiement c'est la peur de bégayer.

c'est un combat de tous les jours mais qu'est qu'on se sent mieux quand on sait que l'on a la capacité de dompter ce mal.

j'espère que mon témoignage t'aidera. je suis sûr que tu y arriveras. Répètes ton texte...gardes en tête RALENTIS RESPIRES SOURIS.

Je reste à ta disposition pour poursuivre l'échange si tu le souhaites.

chchchopin a dit…

Bravo Betty!
Et merci pour tes encouragements.
Effectivement, je vais surement me remettre en rapport avec une orthophoniste pour préparer cette soirée...J'ai le choix entre 2 possibilités:
Soit préparer mes interventions de façon millimétrée, soit suivre une base et improviser...
D'après ce que tu écris, tu as fait le choix d'une préparation hyper cadrée...
Je serai ravi d'échanger avec toi (et qui veut)sur ce sujet là.
Merci encore pour tes encouragements et bonne continuation.

Laurent L. a dit…

@chchchopin : Je te conseillerais de préparer au moins la 1ère minute de ton intervention. C'est au début que le stress est le plus fort et c'est bien de pouvoir s'appuyer sur quelque chose. Mais à voir bien sûr en fonction de ta propre intuition. Si tu veux échanger, tu peux me contacter par mail. Laurent

Anonyme a dit…

salut chchchopin!!!
désolé j'ai eu quelques petits soucis d'ordinateur.

comment vas tu ? comment te prépares tu à ton intervention ?
laurent a raison ce sont les premières secondes qui sont pimordiales. si elles se passent bien on est en confiance et on se dit c'est possible. la pression baisse d'un cran.
je suis à ta disposition pour echanger par mail ou sur le blog. je ne suis qu'au début de mon combat donc n'ai pas un grande expérience mais il est toujours bénéfique d'échanger et de partager. Betty

lucasm3 a dit…

Salut, j'ai 14 ans je suis en 3 eme et demain je passe mon brevet oral. Je suis venu ici car je begaye vachement et j'aimerais avoir des conseils de spécialistes pour que mon épreuve se passe bien. Evidemment je suis méga stressé et j'ai peur d'être ridicule et de foirer ma note à cause de sa car j'ai l'impression que sans ce problème je pourrai faire un carton...

Merci de répondre rapidement. Lucas.

Laurent L. a dit…

Salut Lucas, le temps étant compté, voici une réponse rapide. Le meilleur conseil que je puisse te donner est de dire dès le départ à ton examinateur que tu bégaies. Dis lui franchement en expliquant que si tu hésites ou n'as pas l'air à l'aise c'est parce que tu bégaies et non parce que tu ne connais pas les réponses ou ton sujet. Crois-moi, tous ceux qui l'ont fait ne l'ont pas regretté. Voici aussi 2 liens vers des articles où tu trouveras des conseils pour les oraux :
http://goodbye-begaiement.blogspot.com/2011/03/comment-vous-debarrasser-de-vos.html
(Sur ce post, je te conseille de lire aussi le commentaire de Clément).

http://goodbye-begaiement.blogspot.com/2009/06/begaiement-oraux-et-entretiens.html

Bon courage, je suis sûr que ça va bien se passer ! Tiens-nous au courant.

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