22 févr. 2011

Avez-vous vraiment envie de ne plus bégayer ? 4 questions simples pour le savoir.

Les personnes qui bégaient ont-elles vraiment envie de « guérir » ?

Cette question peut choquer mais je me la suis souvent posée. Le dernier exemple que j’ai en tête est celui-ci. Lorsque la traduction de « conseils pour ceux qui bégaient » a été terminée, j’étais vraiment enthousiaste. J’avais le sentiment de mettre à disposition des personnes qui bégaient une somme de conseils particulièrement riche et rare, puisque provenant de 28 thérapeutes réputés ayant eux-mêmes bégayé. Enfin un livre pragmatique, issu d'expériences multiples et variées avec des pistes concrètes et éprouvées pour se lancer dans le voyage vers la fluidité. J’ai donc publié l’information sur un forum que je fréquente régulièrement : cela a donné lieu à exactement 4 commentaires (très sympas au demeurant) et 9 heures après sa mise en ligne, le sujet était clos. Dans le même temps, un personnage assez loufoque tenait des propos confus sur le bégaiement et sur un bracelet qu’il avait inventé. A votre avis, combien de commentaires, cela a-t-il généré ? 3 pages et l’échange s'est poursuivi durant près de deux mois !

Même constat sur ce blog : 5 personnes ont réagi sur le post de mise en ligne… Mais il y a eu près de 400 téléchargements. Je me suis alors dit qu’il fallait attendre que les gens aient lu le livre et qu’ils reviendraient ensuite pour en discuter… Humm… Bon… OK.

J’ai donc envisagé sérieusement de fermer ce blog pour me consacrer à d’autres activités. J’ai longuement hésité entre me retirer dans un monastère ou me vautrer dans le stupre et la décadence pour panser mes plaies...
La 1ère solution n’était pas dénuée d’attraits mais j’ai la peau très délicate et j’ai eu peur de ne pas supporter la robe de bure (déjà que les pulls, ça me gratte…). Je me suis donc rabattu sur la deuxième et j’ai lancé une recherche Google avec les mots-clés « séjour no-limit à Las Vegas » et là, magie de l’Internet et de l’hypertext, je suis tombé sur un article très intéressant de Catherine Montgomery, une spécialiste de la parole qui a fondé à New-York l’American Institute for Stuttering Treatment and Professional Training.

Et qu’est-ce-que-j’ai-t’y-pas découvert-je-vous-le-donne-Emile ? Catherine se posait la meme question que moi ! Pas celle sur le meilleur choix entre le monastère et Las Vegas, je vous rassure, mais celle du début de ce post : pourquoi certaines personnes n’adhèrent pas à la thérapie ? Et pourquoi certaines abandonnent alors que d’autres persévèrent ? Et sa réponse était très intéressante. J’ai donc ajourné mon projet d’exil décadent pour vous faire partager sa réflexion.

Tout d’abord, elle explique que la rechute est normale (cf mon post « ne vous découragez pas ! » ). Le bégaiement est profondément enraciné en nous, depuis de longues années, il a gangréné tout notre être, modelé notre personnalité et va donc se débattre pour ne pas se laisser éliminer si facilement. C’est ce que l’on appelle la résistance au changement : des blocages psychologiques qui surviennent chaque fois que nous voulons faire un changement majeur dans nos vies, des craintes inconscientes liées à un changement profond d’identité. Mais alors pourquoi certaines personnes abandonnent alors que d’autres persévèrent malgré les rechutes ?

J’avais déjà donné une explication dans mon dernier post (analyse du discours d’un roi) en vous proposant la formule suivante SI Inconfort et Pénibilité de la thérapie > Inconfort et Souffrance liés au bégaiement ALORS Thérapeute peut aller se rouler

Pour moi, cela signifiait que les bénéfices attendus doivent apparaître comme supérieurs à l’effort (énergie et temps) demandé. En gros, « il faut que le jeu en vaille la chandelle ». Mais Catherine formule cela différemment. Pour elle, on peut trouver certains avantages au fait de bégayer… Il faut donc que les bénéfices générés par la fluidité surpassent les avantages du bégaiement Oui, vous avez bien lu : les avantages du bégaiement ! Surprenant, non ? Vous pensez sans doute que Catherine doit arrêter de fumer la moquette de son cabinet. Et bien vous avez tort et je vous invite à faire l’exercice qu’elle propose à ses patients.

Elle leur demande simplement d’apporter une réponse à quatre questions. Cet exercice constitue pour elle un des éléments les plus importants de la réussite de sa thérapie. Voici ces quatre questions :



1) En quoi le bégaiement est-il mauvais ?

Réfléchissez et trouvez vos réponses : incapacité à s’exprimer correctement dans un monde où la communication est si importante, frein pour exprimer ses capacités (le fameux complexe du géant enchaîné), inconfort dû à la peur, au stress et à la tension ressentis, difficulté à aller vers les autres et à nouer des relations sociales et amoureuses… A vous de faire votre liste en n’hésitant pas à trouver des exemples concrets !

2) Quels ont été ou sont encore les avantages de votre bégaiement ?

Et oui, cela peut vous surprendre mais vous tirez peut-être, sans vous l’avouer, des bénéfices de votre bégaiement. Si, si…

Par exemple, il peut être une bonne excuse pour ne pas communiquer, pour éviter des situations stressantes ou peu agréables, pour fuir des responsabilités, pour justifier des échecs ou une faible évolution professionnelle…
Il pousse aussi les gens à vous plaindre et à vous aider. C’est parfois confortable d’être ménagé voire chouchouté…
A l’inverse, et de manière plus positive, il peut permettre aussi de valoriser nos réussites : « j’ai réalisé des choses malgré mon bégaiement ».

3) Quel pourrait être le mauvais côté des choses si vous parliez avec plus de fluidité ? Est-ce que vous abandonneriez quelque chose ? Quelle serait la conséquence de ce changement dans votre vie ?

Eh oui ! Ne plus bégayer, ce n’est pas forcément un bon plan ! Les gens attendraient plus de moi, je ne pourrais plus me retrancher derrière le bégaiement pour justifier mes échecs. Je ne pourrais plus tirer gloire de réussir malgré mon bégaiement. Etes vous prêt à perdre ces bénéfices ? Si oui par quoi les remplaceriez-vous ?

4) Quels seraient les avantages si vous pouviez parler « normalement » ?

C’est la question essentielle pour la réussite de votre thérapie ! En y répondant, vous verrez de manière concrète les bénéfices apportés par la fluidité. Et dans les moments de découragement ou de difficulté, c’est là que vous irez prendre la motivation pour repartir et persévérer.

A vous de voir ce que vous apporterait la fluidité (ou fluence) : plus de sérénité, de paix intérieure, une sensation de plénitude et d’assurance, une plus grande sociabilité, la possibilité de réaliser certains projets qui vous tiennent à cœur… Si vous avez déjà connu des moments de « grâce » où vous avez pu vous exprimer avec peu de bégaiement, repensez à ce que vous avez ressenti. Repensez aussi à vos évitements. Si demain, vous ne bégayiez plus, que feriez-vous, que vous n’osiez faire jusqu’à présent ? Et qu’est-ce que cela vous apporterait ?

Essayez aussi de vous visualiser dans la situation souhaitée. Si vous voulez par exemple pouvoir prendre la parole avec assurance, représentez-vous 2 situations bien précises de prise de parole. Les athlètes professionnels se voient sur le podium avec la médailler d’or autour du cou. Et vous, comment vous visualisez-vous ?

En résumé, le but de cette introspection est de :
• valider les sentiments du patient sur la manière dont le bégaiement a influé de manière négative sur sa vie,
• faire prendre conscience au patient qu’il tire aussi bénéfice de son bégaiement.
• trouver des alternatives pour se procurer les mêmes bénéfices,
• permettre au patient de voir qu’il peut y avoir des conséquences négatives au fait de parler “normalement”. Est-il prêt à affronter ces changements ?
• permettre au patient d’être clair sur ses raisons et sa motivation pour changer.
• créer une vision du changement.

Cela permet aussi de travailler avec le thérapeute sur les croyances qui peuvent ressortir de cette introspection. Exemple : je devrais prendre des responsabilités, on m’en demandera plus. Il faut alors faire préciser ces nouvelles responsabilités. Lorsqu’on les nomme et les détaille, elles deviennent souvent moins effrayantes et moins insurmontables. Par ailleurs, quelles personnes attendraient plus de vous ?

Autre exemple : la perte de l’admiration d’avoir réussi malgré le handicap. Pourquoi ne pas la remplacer par celle d’avoir vaincu votre handicap ? D’où importance de communiquer sur son combat, d’en informer son entourage.

Pour pousser au maximum cette introspection, vous pouvez vous faire aider par un spécialiste mais aussi échanger dans le cadre d’un groupe de parole (un bon sujet pour une prochaine réunion, non ?)

Cet exercice peut vous paraître débile (« bien sûr que je ne veux plus bégayer ! ») mais il ne l’est vraiment pas. Catherine explique que certains de ses patients découvrent même qu’ils ont en fait plus à perdre qu’à gagner dans la guérison…

Par ailleurs, elle encourage à utiliser les images formées par les réponses à la quatrième question comme points d’appui et « boosters » pour prendre à tout moment les décisions qui vous permettront d’atteindre votre objectif. Par exemple, prendre le temps de s’exercer, avoir le courage d’affronter une situation alors qu’il est tentant de l’éviter. « Plus fort est le désir et plus claire est la vision, plus les chances de réussite augmenteront ».

Cette approche explique aussi pourquoi les personnes qui bégaient se mettent tout à coup à chercher frénétiquement de l’aide quand l’enjeu en vaut vraiment la peine : recherche d’un 1er emploi, présentation orale incontournable (examen ou professionnel), besoin de trouver l’âme sœur et d’avoir des enfants… Tout simplement parce que, tout à coup, les bénéfices attendus excèdent largement les avantages du bégaiement. On touche même à des besoins vitaux : pouvoir subvenir à ses besoins en trouvant du travail ou en le conservant, pouvoir se reproduire, etc.

J’ai fait moi-même cet exercice et cela a été très instructif. Une partie des exemples que je donne dans ce post sont d’ailleurs mes propres réponses… Alors essayez et dites-moi ce que vous en pensez ! Parce que sinon, pour me trouver, il ne faudra plus taper « Goodbye Bégaiement » mais « King of Las Vegas » !

Laurent

P.S : un carambar virtuel pour celui qui trouvera de quel film est tirée la photo qui illustre ce post.

L’article original de Catherine S. Montgomery

30 commentaires:

carole a dit…

Tu as une fois de plus mis le doigt là où ça fait mal!!! J'essaie de proposer quasi systématiquement ce type de travail lors de la prise en charge. Mais il faut trouver le moment propice, celui où le patient est capable de mettre en mots et de (re)penser (panser!!!) son bégaiement, sans trop se malmener ni s'apitoyer. Mettre en lumière ces fameux bénéfices secondaires (bien connus des thérapeutes) est une étape cruciale dans la prise charge, bénéfices souvent coriaces et dont il est parfois difficile de se séparer.
Merci pour cet article!!
Allez Laurent, forget Las Végas, même pour un Very Bad Trip (oui, je suis très joueuse) et merci pour ton implication et ta clairvoyance, c'est toujours un plaisir de te lire!!

pascale a dit…

Et aussi
-comment réagirait votre entourage si vous ne begayiez plus ? ( et étiez plus affirmé , autonome ,expressif , intelligible
etc...) bénéfices secondaires et loyautés...complexe le changement parfois !
En tout cas Laurent , monastère ou " vautrage" , libre à toi ...tant que tu y emportes un ordi ! Trop précieux ce blog !

Laurent L. a dit…

@Carole et Pascale : merci pour votre soutien, c'est con ça me disait bien, moi, Las Vegas...

@ Carole : c'est super de voir que cela est intégré par les orthos et tu as raison de préciser qu'il faut attendre le moment propice. "Bénéfices secondaires", merci pour le terme exact. Et bravo pour Very Bad Trip, tu gagnes décidément à tous les coups !

@Pascale : bien vu le coup de l'entourage ! C'est vrai que c'est hyper important... et hyper important aussi de savoir s'affranchir de l'approbation des autres.

Olivier a dit…

Bien vu pour le coup du loufoque, Laurent...

En tout cas, 400 téléchargements, en si peu de temps, je ne peux pas prétendre rivaliser avec mes traductions, donc je trouve ça pas mal.

Mon avis sur le sujet : Les personnes bègues veulent une garantie que ça marchera -au moins des progrès concrets, mais certains -comme moi- ont un tempérament et une expérience qui les poussent à vouloir une garantie absolue. Et c'est souvent le ressenti, et pas les explications qui nous motivent à continuer.

En ce qui concerne les avantages, je crois qu'accuser une personne bègue d'en profiter, c'est être complètement à côté de la plaque, c'est faire un amalgame. Si elle trouve un soulagement, croyez-vous que la personne bègue va regretter ces petits avantages à la noix ? Non, moi je ne crois pas.

Laurent L. a dit…

@Olivier : l'idée n'est bien sûr pas de culpabiliser la personne qui bégaie, tu as tout fait raison. C'est pour cela que c'est à elle de s'interroger. L'idée n'est pas de dire : "tu bégaies parce que ça t'arrange !" mais de le conduire à voir si cela ne lui rend pas service quelquefois et s'il ne peut pas y avoir des freins inconscients à la thérapie. Et si on creuse, on verra peut-être que ce ne sont pas forcément que des petits avantages à la noix :-) Après, il faut voir comment compenser la perte de ces "avantages". Mais sans doute à manier avec précaution en effet et au moment propice comme évoqué par Carole.

redj1290 a dit…

Très original comme article. Une drôle de sensation durant la lecture.

Je me suis jamais posé ces questions, mais j'ai déjà pensé a ca vite fait. Étant une personne qui baisse vite les bras, je vais essayer de faire cette exercice.

C'est triste a dire, mais par exemple, je préfère passer mon temps libre a rien faire, a glander sur internet en cliquant sur une souris et en tapant sur un clavier, plutôt que de faire les exercices que l'orthophoniste m'a donné. Un gros procrastinateur quand il faut faire les exercices, pourtant l'envie d'arrêter de bégayer elle est relativement forte, mais pas assez je crois.


Aller, bonne soirée, et merci pour l'article, Brandon!! (Bah oui, Brandon et Branda VEGAS!)

Anonyme a dit…

Bin moi j'veux Le carambar virtuel Laurent, c'est un still du film The hangover. Love your blogs, very enlightening for non-stutterers.
Aline

Phil a dit…

Je comprends bien cet article car j'ai moi même du mal à faire des efforts pour parler avec plus de fluidité, observant échec sur échec et surtout ayant un bégaiement extrêmement instable à tel point que je ne le comprends pas. Mon bégaiement change du jour au lendemain sans changement majeur niveau tempérament, anxiété etc.
Lorsque que durant une année j'ai consulté une orthophoniste spécialisée je n'ai pas fait sérieusement les exercices, à croire qu'inconsciemment je savais que ca ne marcherait pas. (ce qui est peut être faux d'ailleurs).
Je ne suis pourtant pas d'un tempérament défaitiste mais j'ai l'impression que la montagne a gravir est trop importante et la progression impossible. Qu'à chaque palier franchi une avalanche me ramène à la case départ.

Je crois surtout, en toute honnêteté que je n'ai pas trouvé MA méthode pour aller mieux.

Pour les avantages, tout est relatif et on pourrait en tirer sur tout ce qu'on veut.

Lionel a dit…

Les questions posées sont très intéressantes et méritent une grande réflexion.
Pour information, je vais soumettre au self help de Paris ce questionnement :)
Merci beaucoup pour ta contribution.
Perso, je suis en train de lire le pdf "conseils pour ceux qui bégayent", j'avance lentement...je reviendrais pour un feedback mais dans 1 ou 2 mois.
Lionel

Julie Parent a dit…

Laurent,
J,ai eu pas mal de plaisir à suivre ton raisonnement. Félicitations pour ton dernier cru.

Richard Parent

Laurent L. a dit…

@redj1290 : Ah ! La procrastination ! Il faudra que je fasse un article là-dessus une fois. Un truc qui marche pas mal, c'est la règle des 30-10. 1) Tu listes les choses dont tu ne peux pas te passer dans la journée (ex : lire tes mails, aller voir mon blog :-),...), surfer... 2) Tu règles un timer sur 30 minutes et tu fais tes exercices sans t'arrêter durant ces 30 min 3) Tu fais durant 10 minutes une des activités que tu as listées au début. Ca marche pas mal, le truc étant de vraiment résister à la tentation de faire tes activités favorites tant que les 30 min ne sont pas écoulées. Brandon

Laurent L. a dit…

@Aline : le carambar virtuel est envoyé ! Pour info, le titre français est "Very Bad Trip"... Enfin, quand je dis français...

@Phil : le côté inconstant du bégaiement est toujours déstabilisant mais malheureusement "normal". Quant à la montagne, il faut la gravir par étape, objectif par objectif. Et si tu dégringoles quelques fois, ce ne sera jamais jusqu'en bas ! A toi de lister quel pourrait être ton 1er objectif raisonnable et les actions à mettre en oeuvre pour l'atteindre. Je te conseille aussi de lire mon post "ne vous découragez pas !". Come on Phil !

@Lionel : je suis preneur aussi du feedback sur le self-help ! Ca va sûrement être très intéressant. Tiens nous au courant.

@Richard : merci !

Alexandre a dit…

Salut Laurent,

Ta réflexion a cela de particulier qu'elle est le fruit d'une déception de ta part, que tu as d'ailleurs retrouvée et partagée avec Catherine Montgomery. Elle est biaisée. Or, je ne pense pas que la question puisse se poser en ces termes pour une personne bègue en souffrance qui cherche à se défaire de son bégaiement, et qui malgré tout, n'y parvient pas.

Le désir de ne plus bégayer est à mon avis évident chez toutes les personnes qui en souffrent. Il est en tout cas manifeste lorsque la personne bègue consulte un thérapeute (ou télécharge un livre).

Ce qui est plus difficile pour le thérapeute (ou pour le livre), c'est de convaincre le patient qu'avec ses techniques et sa façon d'envisager la thérapie, il s'en sortira. Un découragement profond, capable d'anéantir le désir premier de s'en sortir, peut venir du fait que la personne bègue se rend compte qu'en fait, elle doit s'en sortir par elle-même. Le thérapeute ou le livre ne sont que des guides, mais à eux seuls ne suffisent pas. La personne bègue prend alors conscience des efforts qu'elle doit faire.

Du coup, ta question "Avez-vous vraiment envie de ne plus bégayer ?", j'ai envie de la lire de la manière suivante : "Vous ne le savez certainement pas mais sortir du bégaiement demande un cheminement personnel et des efforts incommensurables dont vous n'avez probablement pas conscience. Alors oui vous avez envie de ne plus bégayer, mais pourrez-vous supporter tous ces efforts pour des résultats que je ne peux vous garantir et que vous ne constaterez que... dans quelques mois peut-être ?". Prendre un tel engagement n'est tout simplement pas possible, pour quiconque.

Cela dit, les 4 questions exposées restent des points de départ indispensables pour une prise en charge sérieuse.

A bientôt,
Alexandre.

Laurent L. a dit…

@Alexandre : merci pour cette réflexion Alexandre. Je pense que tu as touché du doigt le problème central : la nécessité d'efforts durables sans garantie de succès. C'est ce que j'essaie aussi d'exprimer dans ma formule Si efforts > inconfort et souffrance.... Il ne faut pas cependant que cela décourage. 100% des gagnants ont tenté leur chance... Et les questions posées aideront aussi à s'assurer que la motivation nécessaire pour ces efforts durables et la capacité à rebondir malgré les échecs pourront être trouvées.

Anonyme a dit…

Excellent post,Laurent,mais j'hésite,abonder à fond dans ton sens,ça pourrait peut-être paraître arrogant venant de la part de quelqu'un de complètement guéri... Depuis une semaine. Je sais ce qui s'est passé mais je n'ai pas fait exprès,une semaine que je songe à vous écrire ma guérison miraculeuse (et je ne plaisante qu'à moitié),mais voilà,ça va à l'encontre de tous les conseils que j'ai téléchargés et que je comptais bien mettre en pratique très prochainement (non,ce n'est pas de la procrastination dans mon cas,pas cette fois-ci,j'avais juste un projet à achever avant),j'avais décidé (enfin !) de m'occuper de moi (d'où ma fréquentation assidue sur ton site),et ça a marché sans que je fasse pratiquement rien,avant même que je commence...
Si ça vous intéresse,je veux bien raconter (pas tout !) ce que j'ai vécu,sachant cependant que ça ne servira à personne,mon expérience n'étant pas reproductible (ça s'est passé à mon insu).
Ça servira juste à vous rappeler: devenir totalement fluide,c'est POSSIBLE. Et pas fluide comme quelqu'un qui se contrôle,non,fluide comme toute personne qui a toujours été fluide (à peu près),il m'arrive de patiner un petit peu mais ça n'a rien à voir avec du bégaiement,c'est juste que je m'excite quand je parle,d'ailleurs je commence déjà à moins me précipiter,en fait je suis en train de découvrir un nouveau plaisir,maintenant que je suis fluide,c'est le plaisir de la pause,de reprendre mon souffle,de prendre mon temps...
Voilà,j'ai encore une fois été trop long,alors que je pensais juste faire un tout petit commentaire...
Peut-être à bientôt ?
En tout cas déjà un grand MERCI à toi,Laurent (j'aurai l'occasion d'y revenir).
Charlie.

Laurent L. a dit…

Oh ! Charlie ! Tu en as dit trop ou pas assez ! Et tu es bien mystérieux... "Si ça vous intéresse, je veux bien raconter..." Non mais, tu rigoles ou quoi ? BIEN SUR QUE CA NOUS INTERESSE !!! En tous cas, ça fait super plaisir ! Allez, dis nous tout !

Clem a dit…

Bonsoir Laurent, je m'appelle Mathias, j'ai 19 ans et je suis bègue depuis mon enfance. J'ai découvert ton site il y a un mois et ça a été pour moi une véritable découverte, comme un porte qui s'ouvre vers l'espoir! Alors n'arrête pas et vraiment merci pour tout le temps que tu y consacre!!
Sur ta remarque du début, quand tu dis: "J’ai donc publié l’information sur un forum que je fréquente régulièrement : cela a donné lieu à exactement 4 commentaires (très sympas au demeurant) et 9 heures après sa mise en ligne, le sujet était clos. Dans le même temps, un personnage assez loufoque tenait des propos confus sur le bégaiement et sur un bracelet qu’il avait inventé. A votre avis, combien de commentaires, cela a-t-il généré ? 3 pages et l’échange s'est poursuivi durant près de deux mois !" , il faut aussi se dire que pour nous bègue, ce sujet est trés intime, il touche au plus profond de notre être et ce n'est pas trés facile d'en parler quand on ne l'a jamais fait. Et dans ton blog, tu vas vraiment au fond des choses, tu touches là ou ça fait mal mais là où il faut!! Alors c'est peut-être plus difficile de parler sur des sujets de fond que tu abordes que sur des sujets comme le bracelet.
ENCORE MERCI ET CONTINUE.

Phil a dit…

Par quel miracle es-tu devenu fluide Charlie?

J'ai comme une impression de déjà vu. Mais j'attends la suite avec impatience ! ;)

Laurent L. a dit…

@Mathias : merci beaucoup pour ton commentaire qui me fait, tu t'en doutes, très plaisir. Je crois qu'on est en train de battre le record de commentaires sur un post et, sincèrement, je ne pensais pas que ce serait sur celui-ci ! Merci à tous.

Anonyme a dit…

Salut à tous,c'est Charlie ! Je vais essayer de faire court pour raconter ce qui m'est arrivé. Je suis à une étape de ma vie,j'étais en train d'achever un travail de plusieurs années et j'avais décidé de soigner mon bégaiement juste après. J'ai atterri "par hasard" sur ce site,j'ai téléchargé à peu près tout ce qu'il y a à télécharger mais je n'ai rien lu (à part deux-trois textes très courts,faute de temps et parce que je n'aime pas me disperser),par contre j'ai navigué sur Goodbye au moins deux fois par jour pendant trois grosses semaines et j'ai lu la plupart des articles de Laurent. J'ai également beaucoup réfléchi,deux ou trois moments d'"illumination",de prises de conscience,notamment grâce à un article qui nous explique bien que le bégaiement n'est pas un alien (non non non !),c'est la personne qui bégaie qui produit elle-même son bégaiement. Et puis le temps. Je me suis dit "tiens,je crée du temps dans ma bouche" (et c'est un plaisir !). Mais rien n'avait encore changé.
Et puis une nuit,j'ai fait un rêve un peu éprouvant qui m'a réveillé. Je m'en suis souvenu le matin mais rien encore de nouveau,c'est le soir que je me suis rendu compte que ça parlait. Ça sortait tout seul,sans effort,totalement fluidement. JE parlais. Le lendemain et les jours suivants j'ai passé des heures au téléphone avec différents membres de ma famille... totalement fluide. J'ai foncé,oui,alors évidemment il m'est arrivé une fois ou deux de patiner,mais rien à voir avec du bégaiement,j'étais fluide à 100%.
Le soir de ma guérison,je criais quasiment au miracle (!),après j'ai pensé que j'avais visualisé à mon insu,j'avais rempli mon esprit de pensées de guérison et ça avait suffi,comme si mon Moi Supérieur s'était dit "ah bon,il veut guérir ? Eh bin allez,zou ! c'est fait !". C'est après que j'ai repensé à ces différentes prises de conscience. Une chose est sûre,un changement (émotionnel) s'est opéré en moi,en profondeur et à mon insu,et pour être tout à fait honnête,ce n'est que depuis aujourd'hui que je SAIS avec certitude que je suis définitivement guéri,depuis dix jours j'avais souvent des doutes,c'était arrivé si soudainement,si "inexplicablement"... Mais aujourd'hui j'ai à nouveau un peu accroché (pas grand-chose,encore très bien par rapport à avant,mais quand même),et puis je me suis repris,j'ai retrouvé ma fluidité,il y a maintenant en moi le désir de parler et d'être entendu qui a pris le dessus sur celui de se retenir. Le truc,c'est qu'il faut trouver l'équilibre entre laisser faire et contrôler.
Alors je ne sais pas si j'ai été guéri par mon rêve ou si mon rêve m'a juste averti de ma guérison à venir,mais le fait que j'aie rêvé ce rêve si plein de sens (j'ai fini par le comprendre !),c'est le signe que le changement en moi est profond,à moi ensuite de l'enraciner,mais le changement est fait.
Voilà... Et je vous assure que je voulais faire court ! (c'est deux fois plus court que la 1ère version) Alors merci à toi,Laurent,merci pour tout ce que tu nous donnes gratuitement,c'est vraiment sympa ! (je les lirai quand même,ces bouquins !) Dis-moi aussi si je peux donner le titre d'un bouquin qui n'a rien à voir avec le bégaiement mais qui est quand même bien passionnant à lire,qui pourra en aider plus d'un sur ce site (sur la technique du "faire semblant").

Charlie.

Laurent L. a dit…

@Charlie : merci beaucoup pour cette explication détaillée. C'est vraiment génial. Je vais créer un post spécial pour ton témoignage, ça sera plus facile pour échanger car je suis sûr que certains ont plein de questions à te poser. OK pour toi ?

Anonyme a dit…

Okay ! (c'est pas trop court,comme réponse,ça va ? Okay !)

Charlie.

Néodyme a dit…

Salut, (1er commentaire sur ton blog ;) )

Avez-vous vraiment envie de ne plus bégayer ?

à mon avis tout les bègues répondront oui à cette question !

Mais si tu dit :
Avez-vous envie de vous orienter vers une longue thérapie ennuyeuse et laborieuse ?

bcp de personnes rechigneront et préfèreront rester dans chez eux à s'apitoyer sur leur sort !!

Comme l'a fait remarquer qqn, la procrastination nous rend flemmard et nous fait préfèrer la facilité.
Alors évidemment, le bracelet magique que tu cites remporte tous les succès : aucun effort à fournir, dépense minimum...

Pour finir, les avantages du bégaiement sont un non-sens : justifier un échec à cause du bégaiement, c'est un peu se voiler la face (on peut aussi ne pas faire l'affaire tout simplement).

Je me suis jamais dit : "j'ai une mauvaise note à l'oral parce que je bégaie", je remet en question le fond de ma présentation, pas la forme.

Laurent L. a dit…

Merci Néodyme pour cette première ! Il faut se dire qu'une thérapie même longue sera tout sauf ennuyeuse (si on a trouvé celle qui nous convient)et peut être source de grandes joies et de découvertes. Une belle aventure, quoi !

Anonyme a dit…

Je ne suis pas bègue mais mariée à un bègue. Mon cher et tendre a commencé d'innombrables thérapies sans jamais aller jusqu'au bout de sa démarche... et j'ai l'impression qu'après chaque essai il y a une petite amélioration suivie d'une aggravation du bégaiement. Il souffre, je souffre.
Je rêve d'une bonne grosse dispute dans laquelle il pourrait enfin déballer son sac et où je ne pourrai pas en placer une...
Mais ça n'est pas pour demain!
Et aujourd'hui je ne crois pas qu'il soit près à entamer un énième thérapie... trop peur de l'échec...et tellement confortable de se réfugier dans le silence, de s'ancrer dans le handicap: c'est devenu (malgré lui ou à cause de lui) son identité, cela conditionne son rapport aux autres, sa manière de concevoir les rapports humains, sa marque de fabrique. Je perçois à quel point la remise en question de soi doit être profonde, radicale , brutale. Il faut se mettre à nu.
Totalement.
Endosser les habits d'un autre et les faire siens.
Renaître.
C'est mon rêve et j'aimerai que ce soit sa réussite.

Anonyme a dit…

Très beau témoignage,mais déballer son sac ne guérit pas du bégaiement,ça me semble nécessaire,mais ce n'est pas suffisant. Même une très violente colère,ça libère,et puis ça passe,l'identité ne change pas comme ça,en un quart d'heure de colère.
Ou peut-être que si ?
J'ai déjà vu des choses étranges se produire...
C'est vrai que le calme... la fluidité,après la tempête... J'ai connu !
Faites attention quand même !

Charlie.

Laurent L. a dit…

@Anonyme : merci pour ce témoignage. Pas facile de partager la vie d'un cher et tendre qui bégaie ! Et difficile de savoir comment se comporter avec ces petits êtres fragiles ! Pour t'aider, je te donne un lien vers une discussion du forum du bégaiement "C'est un bègue et je l'aime"

Anne-Cath. a dit…

Merci à Charlie et à Laurent L. pour vos réponses et pour le lien vers le la discussion du forum "c'est un bègue et je l'aime"
Pas très courageux de ma part non plus de m'être enregistrée comme anonyme.
Une petite précision : j'ai 45 ans et je l'aime depuis que j'ai 15 ans.

Patrick a dit…

Bonjour Laurent,

J'ai lu quelques chapitres de ton livre "Conseils pour ceux qui bégaient" : pour moi, il n'y a pas à chercher plus loin. En théorie, ce livre suffit à résoudre le problème du bégaiement !

D'ailleurs, tu devrais vraiment le mettre accessible en page d'accueil, comme tu l'as fait pour "Dès fois, je bégaie".

Je suis aussi surpris de cet écart entre la volonté et la motivation. Entre l'envie et l'action. Entre le désir et le changement. C'est en fait une réaction naturelle. On rêverait d'enfiler un bracelet (?!) pour arrêter de bégayer d'un coup, plutôt que de se plonger dans le périple de son propre bégaiement, de sa propre parole, en raison de tous les efforts et de toutes les remises en question qui vont en découler.

Comme toi apparemmet, j'ai fait tellement de chemin pour prendre en main mon bégaiement, j'y ai mis tellement de rage et d'espoirs, que je considère cela comme une véritable "aventure" (j'adore ce mot) qui a marqué une des étapes de ma vie.

Les "moyens" pour arrêter de bégayer sont en fait très simples, on le sait... C'est le fait de les mettre en oeuvre qui pose problème. C'est ce qui a motivé mon projet de "méthode" tournée vers l'action (je ne connaissais pas du tout l'existence d'un livre aussi pragmatique sur le bégaiement à l'époque).

J'aimerais que l'on arrête de concevoir le bégaiement comme un problème insoluble... J'espère que cela arrivera un jour. "Conseils pour ceux qui bégaient" est déjà un énorme morceau de résolution. Merci pour ton travail de traduction, et pour toute ta démarche à travers ton blog qui contribue à donner aux gens des solutions pour se prendre en main.

Laurent L. a dit…

@Patrick : merci pour ton commentaire et content que le livre t'ait plu. La version papier devrait sortir d'ici un mois, je vous tiendrai au courant. Tu as raison : ce n'est pas toujours un problème insoluble et il faut arrêter de colporter l'idée qu'on reste "bègue" à vie. Des personnes témoignent l'avoir complètement éradiqué et elles ont un point commun : elles pensaient que c'était possible !

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