18 janv. 2011

Comment cesser de bégayer en 1 semaine et être acclamé par les foules grâce au bégaiement volontaire

Si vous avez commencé à parcourir «Conseils pour ceux qui bégaient», vous avez peut-être été frappés comme moi par l'importance que de nombreux contributeurs attachent à l'utilisation du bégaiement volontaire, dont j'ai déjà parlé ICI et ICI.

Tous soulignent cependant que cette technique est difficile à mettre en œuvre parce qu’elle nous confronte à ce que nous essayons d’éviter d'habitude par tous les moyens : le bégaiement. Je vais donc essayer aujourd'hui de vous donner un petit coup de "boost" ("boost", ça sonne mieux que coup de pied aux fesses, non ?) en vous faisant partager des témoignages qui devraient vous donner l'envie de vous lancer. Vous allez ainsi découvir qu'on peut cesser de bégayer en 1 semaine et être acclamé par les foules grâce au bégaiement volontaire ! Mesdames, messieurs, approchez, approchez !

Pour commencer, je vais d'abord laisser la parole à Peter Ramig, Kenneth O. St Louis et J. David Williams qui vous expliqueront mieux que moi pourquoi le bégaiement volontaire est si efficace.
Voici ce qu’ils en disent :

Peter R. Ramig : « De nombreuses personnes qui bégaient grincent des dents à la seule suggestion de devoir volontairement prolonger ou répéter un son en parlant. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette insertion volontaire d’un "bégaiement" léger et facile peut vous aider dans votre quête pour réduire la peur et l’appréhension du bégaiement. Bien que vous en soyez conscient, vos interlocuteurs, eux, ignoreront la plupart du temps ce que vous faites, les bégaiements volontaires étant courts et dépourvus de tension musculaire excessive. Ceux qui sont en voie de guérison mentionnent souvent que cette technique les aide à maintenir leurs acquis pendant le processus de rétablissement. »

Kenneth O. St Louis : « Pourquoi faire exprès de bégayer ? Parce que, comme tu le découvriras certainement après avoir fait plusieurs fois semblant de bégayer, le bégaiement paraît moins “hors de contrôle”. En effet, bien que tu reconnaisses que tu bégaies habituellement, tu commences toujours à parler en espérant que tu ne bégaieras pas. Cette fois, tu sais que tu vas bégayer (réellement ou de manière simulée) et ça fait toute la différence. Tout d’un coup – et peut-être pour la première fois de ta vie – tu te comportes d’une façon qui est en accord avec ce que tu es. Tu es un bègue et tu bégaies. C’est aussi simple que ça. »

J. David. Williams : « Plutôt que de laisser libre cours à la panique, à la tension et au comportement de lutte, je faisais volontairement ce que j’avais l’habitude de tenter désespérément d’éviter. Et vous savez quoi ? Ça fonctionnait vraiment. Cette technique réduisait ma peur du bégaiement et je ressentais un délicieux sentiment de liberté et de contrôle. Il s’agit d’une très vieille idée : si vous êtes terrifié à l’idée de faire quelque chose, votre peur diminuera à proportion de votre capacité à faire délibérément une partie de cette action. Le bégaiement est un comportement amplifié par vos efforts pour l’éviter. Plus j’évitais cette tension incontrôlable en insérant, occasionnellement, des disfluences volontaires (répétitions ou prolongations de sons), moins je bégayais. Il faut de la pratique pour en venir à accepter cette idée. »

Ce dernier conseil a été suivi à la lettre par l’étudiante citée ci-après par Lon L. Emerick ! Voyez plutôt !

« Je sais, cela semble bizarre mais ça fonctionne vraiment. Pourquoi ? Parce que ça contribue à évacuer la peur (que vous reste-il à cacher à partir du moment où vous êtes prêt à bégayer volontairement ?) et cela vous permet de vous exercer à bégayer quand vous le voulez. Et plus vous bégayerez volontairement, moins vous vous retiendrez ; et moins vous vous retiendrez, moins vous bégayerez. Nous avons travaillé avec une jeune étudiante qui a pratiquement cessé de bégayer en une semaine grâce à cet exercice. Comme nous étions très pris par les examens de doctorat, nous lui avons donné un compteur manuel en lui disant : « 100,000 personnes vivent à Lansing ; vois à combien tu peux parler tout en exhibant ton bégaiement. » Lorsque je l’ai revue sept jours plus tard, elle était complètement exténuée mais arborait un large sourire et ne bégayait pas. Nous ayant pris au mot, elle avait travaillé sans interruption. Aussi incroyable que cela puisse être, elle s’était confrontée à 947 interlocuteurs ! Et elle était maintenant incapable de bégayer involontairement. »

Pour achever de vous convaincre et vous inciter à passer à l’action, voici maintenant le témoignage d’Antonio, que j'ai lu la semaine dernière sur le groupe de discussion « neurosemantics » (qui traite de l’application des techniques cognitives et comportementales au bégaiement).

« Durant mes vacances en Espagne, j'ai connu des moments difficiles lorsque je rencontrais certaines personnes et que je voulais cacher mon bégaiement.

Après cela, je me suis remis en question. Pourquoi est-ce que je perdais le contrôle de ma parole dans ces situations ? Pour moi, il était clair que c'était parce que j'essayais de dissimuler mon bégaiement.

Après cette mini crise, je me suis réveillé un lundi et je me suis dit : analysons cela. Lorsque je dissimule, je peux m'en sortir sans qu'ils remarquent mon bégaiement mais je suis en souffrance et j'en ai marre de souffrir. Alors, fin de l'histoire : j'arrête de me cacher.

J'ai donc décidé d'avoir une approche complètement différente. A partir de maintenant, je dis à mon bégaiement : « OK, le pire que tu puisses me faire est de me faire bégayer. Ne t'inquiète pas, je le ferai de toutes façons. » Parce que dorénavant, dans toutes les situations que je vis, je fais du bégaiement volontaire.

Hier soir, je suis allé pour la 1ère fois à un club de prise de parole en public. Je ne connaissais personne. Au lieu de vouloir me faire passer pour une personne fluente, j'ai commencé à me présenter en faisant du bégaiement volontaire.

Un peu plus tard, j'ai lu un poème, en y insérant quelques disfluences volontaires. Ensuite, on m'a demandé si je voulais présenter un sujet. J'ai répondu oui. Avant de me lancer, j'ai commencé à ressentir les sentiments typiques d'anticipation. Mais cette fois, c'était différent. J'ai dit à ces sentiments : qu'est-ce que vous allez me faire ? Me faire bégayer ? Si c'est ça, ne perdez pas votre temps parce que je bégaierai volontairement de toutes façons. Essayez d'accélérer les battements de mon coeur autant que vous voulez : vous perdez votre temps. Peu importe la vitesse à laquelle mon coeur bat, de toutes façons je bégaierai parce que je le veux. Il n'y a aucun secret à révéler.

J'ai présenté mon sujet. J'étais relativement décontracté et parfois, pour le cas où le monstre penserait que j'étais encore en train de dissimuler, je faisais du bégaiement volontaire.

A ma grande surprise, à la fin de la réunion, le président a annoncé que j'avais gagné le 1er prix ! Les raisons de ce succès étaient la qualité de mon discours et le courage que j'avais montré pour ce premier jour où je ne connaissais personne.

Je n'aurais jamais imaginé qu'en me donnant la permission de bégayer, je pourrais gagner un prix de prise de parole en public !"


Ce témoignage super encourageant d’Antonio ne fait que démontrer ce que disait Hugo Gregory :
« J’ai réalisé que je n’avais pas à craindre tant que ça le bégaiement si j’étais prêt à le faire exprès ! »

Ou encore Larry Molt : « L’effet le plus important est d’avoir, une fois de plus, mis un terme au jeu lugubre consistant à vouloir "cacher ce bégaiement". Le bégaiement ayant été divulgué, la partie est terminée. »

Eh oui, on ne peut pas mieux dire : « la partie est terminée ! » Fini le jeu de cache-cache ! En décidant d'être honnête avec lui-même (et avec ceux qui l'écoutaient) en ne cherchant pas à dissimuler le fait qu'il bégayait parfois, Antonio a retiré un poids considérable de ses épaules. En se donnant la permission d'utiliser des bégaiements volontaires, il a montré que sa manière de parler ne dépendait pas de l'approbation des autres.

Pour terminer, je citerai ce commentaire fait par Alan Badmington (mon « ancien bègue » préféré, pour ceux qui s’en souviennent) sur ce témoignage. Il mérite d’être écrit en lettres d’or sur votre carnet de route.
« Vivre une vie prévisible et sécurisée nous prive de l'opportunité de découvrir combien nous sommes courageux et extraordinaires. Chaque fois que nous nous confrontons à nos peurs, nous gagnons de la force et de la confiance. »

Alors, on-on-on se lance ?

Laurent

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13 commentaires:

Wurstie a dit…

Super article ! Ça donne envie de se lancer !

Mais dieu que c'est difficile de se dire : "allez, je vais bégayer devant des gens que je connais pas, ou peu." Ça parait tellement plus rassurant de se cacher derrière les différentes petites techniques qu'on peut avoir pour dissimuler ou réduire notre bégaiement !

Mais c'est sûr, c'est beaucoup plus fatiguant, et au final inefficace car il y aura toujours des manifestations du bégaiement qui surgiront, et avec ça la peur, la honte,...

Le plus dur est de se lancer donc !

Merci encore Laurent pour tous ces articles que je suis depuis 1 an maintenant !!

Laurent L. a dit…

Allez Wurstie ! 1,2,3 et hop ! Un beau "bon-bon-bonjour" bien relâché avec un grand sourire ! On en reparle ?

Patrick a dit…

Cette technique est fantastique. Je l'ai découverte quand je lisais des livres de psycho pour travailler ma méthode (Paul Watzlawick).

En constructivisme, on appelle cela "prescrire le symptôme". C'est extrêmement brillant.

1 - on n'a plus peur de bégayer.
2 - on prend le contrôle sur sa parole (sans s'en rendre compte !)
3 - il y a de fortes chances de réduire de beaucoup son bégaiement ainsi.

Cependant, cette technique a ses limites je trouve, puisqu'on ne peut pas se permettre de bégayer tout le temps avec n'importe qui...

A utiliser quand on veut, donc. Très bon article, qui propose de plus une solution :)

Patrick

Anonyme a dit…

Bonjour et merci pour l'article.

Par contre j'aimerai vous poser une question :

Peut on réellement reproduire son "vrai" bégaiement? Parce qu'il me semble lorsque j'essaie que ce n'est pas mon bégaiement naturel, ce qui est surement normal, mais est ce suffisant pour améliorer sa fluidité?

Phil

Cédric a dit…

Excellente remarque Phil, j'ai constaté la même chose en m'entrainant.

Le bégaiement volontaire s'inscrit dans une démarche globale vers la fluidité, qui inclue nombre de techniques et d'approches. Je ne pense pas qu'il suffise à lui seul...

Laurent L. a dit…

Salut Phil : tu trouveras une description détaillée du bégaiement volontaire page 47 de "Une auto-thérapie pour les personnes qui bégaient" de Malcolm Fraser (traduction : Richard Parent) dans la section téléchargement du blog. Fraser conseille de bégayer d'une manière différente et de ne pas le faire sur les mots que tu crains. Mais d'autres conseillent de le faire sur les mots craints... A mon avis, il faut "te faire la main" sur des mots non craints et essayer ensuite sur ceux que tu redoutes. La principale différence avec le bégaiement réel c'est que tu n'as pas de peur anticipatoire et que tu ne perds pas le contrôle. Tu es en "dérapage contrôlé" sans tension. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut le faire un très grand nombre de fois et dans des situations différentes (en commençant par celles qui te semblent les plus faciles) pour voir si au final cela peut t'aider ou non. Bon courage ! Laurent

Phil a dit…

Merci je vais lire l'article entièrement ;)

David a dit…

Bonsoir Laurent,

Octobre 2009, déjà, j'ai l'impression que c était hier.
En octobre 2009, je t'avais demandé si tu avais ou si tu savais s'il existait vraiment un classement des thérapies efficaces.

Oui, je sais ce que tout le monde répond à cette fameuse question (surtout nos fameux guérisseurs) le bégue est une personne, chaque bègue doit avoir sa méthode de guérison.

Mais hopitaux, lycées, écoles primaires, écoles supps, centres de formations sportifs... travaillent bien avec des individus et non des machines et EUX ils parlent avec des faits, ils ont des chiffres, des arguments...

Je parle de ça car j'ai vraiment l'impression d'être noyé dans toutes ces méthodes miracles. Et que toutes ces nombreuses méthodes nous font peut être passées à coté de méthodes efficaces ou même relativement efficaces.

Par exemple si je ne parle pas de stage pour nommer personne, si je reste dans le "général" sur l'acupuncthure, l'hypnose, la sophro on lit sur de très nombreux sites que ça marche mais quand je regarde, je cherche de ma petite marche je n'ai trouvé aucun bègue qui a réussi à être fluide avec ses méthodes et quand je les essaie je comprends pourquoi n'avoir rien trouvé...

La dernièrement j'ai vu la célèbre Docteur "Bip" qui m'a critiqué les méthodes "Bip" et "Bip". Mais quand j'appelle M "Bip" il me dit "ohhhh j'en ai guéri des patients de Mme "Bip", elle n'a rien compris au bégaiement".

Donc pour éviter que des adultes, des enfants, des familles se fassent avoir psychologiquement et finacièrement par ses nombreuses méthodes miracles ne pourrait-on pas essayer de classer ces méthodes.

Si ce classement n'existe pas, je veux bien t'aider à le contruire
mais avant cela, je suis peut etre le seul a demander cela.

Lecteurs, qu'en pensez-vous? Souhaitez vous cette information?

Internet, Téléphone portable, fixe, Adresse IP, SMS, Scann, mail permettraient de construire objectivement ce classement...

Olivier a dit…

@ David
Mr Bip a peut-être dit du Dr Bip qu'elle ne le connaissait pas parce qu'il ou elle ne bégaie pas.
Mais Mr Bip, qui lui bégaie, n'a peut-être pas non plus assez de connaissances scientifiques et psychologiques, et risque de faire des dégâts.

Tu sais bien que chaque personne mettra en premier ce qui lui tient à coeur, ce qui lui a fait du bien.

A mon avis, le seul classement que l'on peut faire, c'est de séparer les "compléments" comme le yoga, l'acupuncture, la relax, la sophrologie, et mettre l'orthophonie, les TCC et les méthodes alternatives destinées directement au bégaiement dans le même groupe (attention ! j'ai pas dit dans le même sac !)

Laurent L. a dit…

@David: salut, ça fait plaisir de voir que tu es fidèle au blog. Les classer me semble difficile car, en l'absence de stats, ça sera forcément subjectif. Ce que l'on peut faire c'est expliquer en quoi consistent ces méthodes et citer des témoignages. C'est ce que j'essaie de faire. Si tu lis "conseils pour ceux qui bégaient", tu verras par exemple qu'il y a des approches et techniques éprouvées qui reviennent régulièrement et qui semblent fonctionner. On pourrait également lister les questions à poser au thérapeute avant de s'engager avec lui.

Walid Elhajem a dit…

Mon probléme moi , c'est que je suis un jeune etudiant dans une faculté qui travaille avec le systéme APP (apprendre par projet) donc on trouve pleins de présentations , des soutenances devants des jurys ... quand je suis devant eux j'ai peur de bégayer , je bégaie quand méme et c'est la que je perds l'envie de presenter tous mon discours , c'est dur de bégayer volontairement mais si c'est le bon chemin pour devenir normal je le prends :) merci

Laurent L. a dit…

Merci Walid pour ton commentaire.
Ca va te sembler bizarre mais cette série d'oraux que tu dois réaliser est une chance et une opportunité pour t'exercer et te désensibiliser à la peur de ce genre d'exercice.
Tu peux te fixer des objectifs simples à chaque fois comme ralentir ton débit ou penser à sourire ou à faire des pauses. Si tu as réussi à suivre cette résolution, tu pourras déjà dire que tu as réussi ton oral. L'article ci-dessous peut aussi t'intéresser.
http://goodbye-begaiement.blogspot.fr/2011/03/comment-vous-debarrasser-de-vos.html

Hazel kiritu a dit…

Je viens de lire cet qui me semble efficace car je vais et d'ici une semaine je vous donnerai mon résultat.merci bien

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