22 déc. 2009

Bégaiement : la thérapie par le mouvement

J’ai déjà fait l’éloge de la lenteur dans un précédent post et j’ai trouvé récemment deux témoignages de personnes déclarant avoir surmonté leur bégaiement ainsi. Il s’agit de Marie Ndiaye, le récent prix Goncourt et de Bob Wilson artiste, acteur et metteur en scène.
La première explique aux Inrocks (merci à Marie-claude Monfrais-Pfauwadel pour le lien) qu’elle a longtemps bégayé et fait ce constat :
« Quand on parle, il faut être lent, sinon la nervosité empêche de parler »

Le deuxième déclare à Libération :
« Moi-même, enfant, j’avais été guéri du bégaiement par Byrd Hoffmann (son professeur de danse) en apprenant simplement à ralentir mon rythme et mes mouvements corporels.»
Tout cela est bien sûr à prendre avec prudence. On ne sait pas quelle était l’intensité de leur bégaiement et si celui-ci n’aurait pas disparu de lui-même sans cela… Quand même, cela vaut la peine de s’interroger.
Pour ma part, je suis particulièrement charmé par la simplicité de la réponse et son côté un peu magique. Comment ? Le bégaiement pourrait être soigné en suivant un conseil aussi simple, tenant en quelques mots ? Et pourquoi pas ? Je pense sincèrement que certains bègues pourraient également résumer le secret de leur « guérison » en une seule phrase…

Dans le cas de Marie et Bob, j’ai essayé de réfléchir à ce qui pouvait se passer derrière ces mots. Je pense qu’ils ne font pas référence à la lenteur du discours, qui serait monotone et peu naturelle, mais à celle de nos gestes, de la manière dont nous bougeons.
Et si ces phrases ont trouvé un écho en moi, c’est que je suis convaincu qu’il y a un lien très fort entre la manière dont nous bougeons et la manière, non seulement dont nous parlons, mais aussi dont nous pensons.

Chez les non-bègues, le bégaiement survient principalement lors d’une émotion forte, lorsque la personne est dans un état d’énervement, d’excitation, de panique ou d’urgence. On bégaie de peur ou de colère. Est-ce l’émotion qui amène le bégaiement ou bien l’accélération physiologique qu’elle génère ?

A l’inverse, ralentir ses gestes doit sûrement avoir une incidence sur notre rythme cardiaque et sur notre niveau d’excitation. En gros, vous ne faites que produire vous-même et consciemment les effets d’un bêta-bloquant.

Alors, certes, cela ne suffira sans doute pas pour réduire vos bégaiements (ce serait trop beau) mais je pense que la piste peut être intéressante à creuser. Apprendre à prendre son temps, à ne pas se précipiter, jusqu’à ce que cela devienne votre nature, ne peut que participer à la mise en place d’un environnement propice à la fluidité.

Dans le même ordre d’idées, j’avais été également frappé par une autre illustration du lien étroit pouvant exister entre notre attitude physique et nos pensées.

Il s’agissait d’un exercice proposé par Keith Boss (British Stammering Association) dans le magazine Fluency Island. Si vous êtes passés à côté, voici en quoi il consiste.

1. Mettez-vous devant un miroir et pensez à quelque chose d’heureux, de positif : regardez votre corps.
2. Maintenant, pensez à quelque chose de négatif : observez comme votre corps a changé.
3. Redressez-vous, épaules en arrière, menton levé, avec un grand sourire. Que pensez-vous ?
4. Maintenant, baissez les épaules et faites la gueule puis soyez au bord des larmes : à quoi pensez-vous ?

Instructif, non ?

Ah, j’oubliais… JOYEUX NOEL !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Lien vers l’interview de Marie Ndiaye

Lien vers l’interview de Bob Wilson

7 commentaires:

Phil a dit…

Très bon article, même si on sait tous qu'il faut ralentir son débit de parole, il est toujours bon de le rappeler, parce qu'au final c'est un énorme travail de "ralentir". Que ce soit dans la gestuelle ou la parole.

Petite anecdote, lorsque je consultais un orthophoniste, le praticien m'a fait remarquer que je m'empressais de répondre à la moindre de ses questions. Que je ne prenais pas le temps de réfléchir correctement et de me "poser" en quelque sorte.

Maintenant, même si ce n'est pas automatique, j'essaie de ne plus me précipiter (en tout). Ca aide.

A bientôt et merci pour l'article.

Laurent L. a dit…

Merci Phil. Ce conseil permet aussi d'apprendre à résister à l'urgence et à la pression de l'auditoire. Prendre son temps pour répondre est ainsi une manière de s'affirmer et de choisir son rythme.

Jim a dit…

Bonjour à toi laurent ! (et bonne année par la même occasion).

Alors voila, parfois j'essaie aussi de me poser mais je "sens" le blocage arriver quand même, et cela, meme si auparavant j'étais posé, que je parlais lentement et tout... du coup impossible de dire un mot et si j'essaie c'est la catastrophe. Pourtant à part ça je n'ai presque plus de problèmes maintenant.

Je sens petit à petit que mon élocution s'améliore mais il y a toujours ce problème de blocages qui survient, souvent dans les moments de stress (mais pas toujours). Néanmoins dans la vie on est "obligé" d'être stressé de temps en temps pour une raison ou une autre, enfin je ne connais personne (même celui qui a la meilleur élocution du monde) qui ne stress jamais dans une situation qui le met mal à l'aise ^^)

Enfin bref, tout ça pour te demander : aurais-tu écrit un article sur les blocages sur ton blog ? Si oui, pourrais tu me donner le lien de l'article s'il te plait ? (enfin je parle ds méthodes et technique à faire pour y remédier. Je sais qu'on apprend à éviter ou réparer un blocage dans les stages mais je ne peux pas en faire pour le moment...)

Merci d'avance pour ta réponse.

Laurent L. a dit…

Bonjour Jim,
Tu peux aller faire un tour sur la liste des articles déjà publiés".
Je te conseille notamment de lire les articles de la section "comprendre comment nous produisons physiquement nos blocages", ainsi que les articles "Bégaiement lent et conduite sur glace" et "post-corrections des blocages". Tu peux aussi aller dans la section téléchargement pour récupérer les ouvrages "Redéfinir le bégaiement" de John Harrison et si tu parles anglais "Stutter no more" et "Self therapy for the stutterer".
Bonne lecture et bonne année !
Laurent

emma a dit…

prendre le temps, savoir prendre son temps... cela devient un luxe à notre époque. j'essais à mon Arthur de lui apprendre à parler plus lentement mais je devrais déjà commencer par le faire moi-même.

Jim a dit…

Un grand merci à toi laurent ! Je vais aller voir ça =)

Jim a dit…

Je viens de lire "bégaiement lent et conduite sur glace" et c'est vraiment très intéressant ! Merci à toi, ton blog est vraiment très instructif ! Je vais aller lire les autres articles, continue comme ça :)

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