15 juin 2009

Eloge de la lenteur

La ralentissement du débit est souvent évoqué dans les thérapies du bégaiement. Pour ma part, c’est un conseil efficace mais aussi difficile à suivre. Je viens en effet d’une famille où l’on parle extrêmement vite et mon épouse me conseille souvent de ralentir mon débit. De plus, le bégaiement a renforcé ma tendance à l’accélération pour deux raisons principales :

  • Comme beaucoup de bègues, je subissais la pression du temps. Je ressentais la prise de parole comme une épreuve pénible à la fois pour moi et pour mes interlocuteurs. Pour abréger le supplice, je courais dans mon discours aussi vite qu’à travers une forêt en flammes.
  • J’assimilais la fluidité au mouvement et donc à la rapidité, le blocage étant au contraire assimilé à l’arrêt et à l’immobilité. J’avais l’impression que l’élan donné par la vitesse empêcherait l’arrêt et donc le blocage. Je pédalais donc aussi vite que possible pour monter la côte.

Pour moi, le déclic est venu en regardant un documentaire sur Robert Badinter. Cet homme éloquent et charismatique parle lentement, articule nettement, observe des pauses, choisit des mots et des intonations justes. J’ai repris ces idées à mon compte et j’ai pu constater leur efficacité.

Les conseils que je vais vous donner sont ceux qui reviennent souvent dans les thérapies contre le bégaiement mais aussi dans les formations à la prise de parole en public (j’en ai suivi quelques unes).

1. Brisons le cou à une idée reçue : parler lentement n'est pas ennuyeux !

Pas du tout ! Il y a des gens qui parlent lentement et sont néanmoins intéressants. D’ailleurs, l’attention est plus captée lorsque le discours est posé. J’ai cité l’exemple de Robert Badinter mais il y en a beaucoup d’autres. Pour vous en persuader, écoutez attentivement un débat télévisé avec plusieurs intervenants. Observez comme celui qui prend le plus son temps, qui choisit ses mots et s'exprime posément capte bien souvent le mieux l'écoute.

Par ailleurs, vous ne vous exprimerez pas plus lentement que lorsque vous bégayez, bloquez ou entrecoupez vos phrases de mots ou sons parasites.

2. Faites des pauses.

Plutôt que de parler comme une tortue neurasthénique (si les tortues pouvaient parler, bien sûr…), ralentissez votre parole en utilisant les pauses. Ce sont elles qui aboutiront au ralentissement de votre discours. Pourquoi ?

  • Les pauses vous permettent de respirer, de reprendre votre souffle, d’éviter l’emballement et le dérèglement de votre appareil phonatoire.
  • Elles vous permettent de rester en contact avec votre interlocuteur, de vous assurer qu’il suit bien vos propos. Vous lui laissez ainsi le temps d’assimiler vos paroles.

Pour ménager ces pauses, il vous faut apprendre à parler par séquences. Pour cela, découpez vos phrases en unités de sens. C’est beaucoup plus facile et reposant de se fixer pour objectif la prononciation de 5 mots, plutôt que de 20. Cela permet aussi de mieux s’attarder sur l’articulation mais aussi sur le sens des mots. Si je l’applique à une prise de parole en public, cela va changer beaucoup de choses. Avant, je montais au pupitre en me disant : « Mon Dieu ! Je vais devoir parler durant dix minutes, un quart d’heure ou une demi-heure. » et le bout du calvaire me paraissait horriblement éloigné. Maintenant, je peux me dire. « je vais faire mon intervention en faisant attention de me faire comprendre. Mon discours est une succession de petites étapes que je vais enchaîner calmement et qui vont m’amener à bon port». Chaque séquence est un objectif en soi.


3. Efforcez-vous de ralentir l'ensemble de vos gestes :

Marchez plus lentement, levez-vous également calmement, ne vous précipitez pas vers le téléphone et décrochez lentement. Cette lenteur doit être votre nouvelle nature. Il y une relation étroite entre la manière dont vous bougez et celle dont vous parlez. Ralentir vos gestes vous apporte une sensation de calme et vous aide à être plus posé.

J’avoue qu’il est difficile de changer sa nature et de suivre ce conseil en permanence. Essayez au moins de le faire avant une prise de parole importante.


4. Articulez :

Je sais que si je suis vigilant sur mon articulation, les impacts sur mon élocution sont rapidement bénéfiques et peuvent être maintenus. Articuler m’oblige à ralentir et à être plus concis. J’utilise moins de mots mais mieux choisis et mieux prononcés.

Cela me permet aussi de soigner mon intonation. En effet, lorsqu’on parle lentement, on a tendance à le faire de manière monocorde. En se concentrant sur une articulation claire et accentuée, vous évitez cet écueil. L’idéal est de réussir à savourer chaque syllabe, à y prendre du plaisir (si, si, c’est possible !).


5. Profitez en pour travailler votre contenu.

Je suis tombé récemment sur cette citation de Stendhal : « Ne dîtes que des choses fortes de comique ou de raison et il vous sera permis de parler lentement ». Plutôt que de vous focaliser sur votre élocution, concentrez vous sur le contenu de votre discours. Si vous choisissez vos mots et vos interventions, si vous avez de l'humour, si vous dites des choses intéressantes, vous serez écouté, même si vous parlez lentement.

J’ai trouvé aussi cette citation de David Adams, Chief executive d'un fonds de pension aux Royaume-Uni, trouvé sur le site de la British Stammering Association. « Je bégaye toujours mais ce n'est plus important, même quand c'est embarrassant. Parler lentement et avec précaution a des avantages. Les gens prêtent plus d'attention à ce que vous dîtes et vos paroles portent plus. Et le contenu suscitera toujours plus de respect que le style. »

D’accord, il est toujours facile de donner des conseils… Mais sincèrement, lorsque je suis vigilant (je ne le suis pas toujours…) et que je respecte cette prise de temps, j’ai une sensation de bien être, de tranquillité, d’apaisement. Je suis plus zen et je ne m’épuise plus dans mes prises de parole. Parler ainsi me permet aussi d’être concis, à la fois posé et percutant.

Le plus difficile est de réussir à conserver mon propre rythme sans me laisser emporter par le débit de mon interlocuteur. Mais après avoir écrit cet article, je n’aurai plus d’excuses si je ne le fais pas !

4 commentaires:

Olivier a dit…

Il est facile à voir que, lorsqu'on sent venir un blocage, on a tendance a accélerer...

Anonyme a dit…

Salut, je découvre ce blog.
Cet article est celui qui m'a le plus intéressé de tous. Parce que j'ai moi aussi grandi et je vis encore avec une famille qui vit à 200 Km/h.J'ai eu tendance à vouloir en faire autant et résultat : je ne sais pas construire des phrases, je dit 36 mots pour exprimer une simple phrase alors que 5 suffisent :)et je suis aussi rapide que Loeb dans une Citroën ^^. Je pense que c'est la cause de mon probleme d'élocution. j'ai 17 ans et je voudrais en sortir. J'ai trouvé MA solution (je suis bègue léger), je vais commencer par réapprendre à construire des phrases simple qui donnent beaucoup d'informations, je vais par exemple commenter des jeux videos, donner mon avis (pourquoi pas devant ma Webcam :D) ensuite je corrige ce qui va pas (la vitesse, un mot mieux qu'un autre, je parle avec assurance : je lâche rien lol)ensuite je vais commencer à appliquer cette nouvelle fonction dans mes phrases quand je parle aux copains du lycée (avec qui ont parle essentiellement de filles et de jeux video)en évitant certains mots que je sens pas. Et dans 3 mois, quand j'aurai bien assimilé ma stratégie, j'élargirai le choix de mes mots et je ce sera la fin d'un long calvaire

Ton article a renforcé ce que je pensais à propos de la vitesse démesurée et je t'en remercie beaucoup
Quant à ceux qui se disent toujours bègue et qu'ils le seront toujours, ça me gave d'entendre dire ça !! Tout est possible, vous pouvez battre ce connard de begaiement

Laurent L. a dit…

Salut "Anonyme",
De nombreuses personnes ayant trouvé leur chemin pour surmonter leur bégaiement soulignent l'importance d'avoir un plan et de s'y tenir. Visiblement, tu es donc sur la bonne voie ! Je ne te donnerai que deux conseils : ne pas te laisser décourager si tu as des moments ou des journées où ça se passe moins bien (il y en aura forcément) et ne pas avoir un niveau d'exigence trop élevé envers toi-même car c'est le meilleur moyen de se mettre la pression ! Et ne sois pas en colère contre le bégaiement... Grâce à lui tu vas t'entraîner pour avoir un discours concis et percutant, que beaucoup pourront t'envier !

Micheal a dit…

Salut tout le monde,je trouve vraiment que cet article est très intéressant et je vous remercie pour vos aides.
Cependant je me demande si celui qui l'a écris est guéri de son bégaiement?A-t-il trouvé les résultats qu'il attendait?
Merci.

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