7 févr. 2014

Mon passeport vers la fluidité : les 9 marches du succès

Cette année, Goodbye Bégaiement fêtera ses cinq ans et il est temps de conclure.

Au départ, mon objectif était simple : écrire le blog que j’aurais voulu lire, un joyeux bric-à-brac où dénicher des histoires constructives et positives, loin de toute querelle et prise de tête, avec une petite musique rigolote pour alléger l’ambiance et éviter de se prendre trop au sérieux

Depuis, j’ai beaucoup lu, écrit et surtout relayé les témoignages de personnes qui s’en étaient sorties. C’était mon objectif : montrer qu’il existait des solutions et surtout des gens qui se libéraient de l’emprise du bégaiement ; loin des déprimants et résignés « on reste bègue toute sa vie » et « chaque bégaiement est unique ».

Mais en postant le 1er article, le 18 mai 2009, je ne pensais pas que cela changerait à ce point ma vie. Que cela m’amènerait à écrire plus de 160 articles, à traduire et éditer deux livres américains, à être invité à parler de mon expérience du bégaiement devant un public, à participer à une émission de radio, à répondre aux questions d’un journaliste avec une caméra sous le nez, à faire des centaines de rencontres et à tisser des liens parfois émotionnellement forts avec d’autres personnes touchées par le bégaiement un peu partout dans le monde…

La création de ce blog m’a transformé et a eu des répercussions positives sur ma vie familiale, sociale et professionnelle. Le résultat c’est une manière complètement différente d’appréhender la vie, la certitude que tout est possible, que toute aventure commence par un premier pas, que chaque porte poussée ouvre un nouvel horizon et que nos seules limites sont celles que nous nous fixons.

Mais le plus important, c’est que je peux désormais, pour la première fois de ma vie, décider de dire vraiment « Goodbye » à celui qui m’accompagne depuis mon enfance.

« Lui », c’est le mot « Bégaiement », ces 3 syllabes que j’ai lues, prononcées et écrites des milliers de fois depuis 5 ans. Je peux choisir de continuer ma route sans lui.

Je ne vais pas vous dire complètement « Goodbye » car j’ai encore d’autres projets en cours. Mais pour le blog, une chose est sûre, tellement sûre que je vais me répéter : il est  temps de conclure.

Alors, avant de tourner cette nouvelle page, je voulais partager avec vous ce que j’ai retenu de l’aventure, de mes rencontres et de mes lectures. C’est mon PASSEPORT vers la fluidité. Il me reste quelques articles pour vous le présenter. Chaque lettre de ce « P A S S E P O R T » est l’initiale d’une étape décisive dans le chemin vers la liberté de parole. Ce sont les 9 marches du succès. Quelle que soit votre « technique » ou « méthode », que vous choisissiez de passer par l’orthophonie, la méditation, la relaxation, la méthode d’un ancien bègue, la trucmuchethérapie, un livre d’auto-thérapie ou la danse mystique, je sais maintenant que ces 9 étapes jalonneront votre route vers la liberté de parole.

Alors... Commençons aujourd'hui par les deux premières.


Donnez-moi un « P » ! Yeah !
Donnez-moi un « A » ! Ouah !
Ca nous donne :

P : Prendre conscience
A : Assumer / Accepter
S :
S :
E :
P :
O :
R :
T :


Let’s go !


Prendre conscience :

Cette étape est décisive, c’est l’étincelle qui allume la mèche. Cette prise de conscience peut se résumer en cinq mots : « Ca ne peut plus durer ! »

Pour ma part, tout a commencé lorsque j’ai pris conscience que je ne pourrissais plus seulement ma vie mais aussi celle de ma femme et bientôt de mes enfants, que je ne pouvais plus leur imposer mes accès de panique lorsque je devais effectuer une prise de parole en public et mon abattement lorsque j’avais échoué à passer un coup de téléphone ou à soutenir une conversation.

Beaucoup décrivent ce moment décisif de leur vie, cette prise de conscience qu’une limite a été franchie et que cela devient insupportable. Elle intervient en général à des moments clefs de notre existence : passage d’examens, entrée dans la vie active, obligations professionnelles, recherche de l’Amoooouuuuuuuuuuur, naissance du premier enfant…

Pour Tim Mackesey, le déclic est venu en 2ème année de Lycée lorsque qu’un prof lui a demandé de lire à voix haute : « Je bégayais sur quasiment chaque mot. Je suffoquais tellement mon larynx se resserrait, créant d’impressionnants blocages. J’ai remarqué que certains de mes collègues de classe se sont retournés avec un regard incrédule, comme s’ils ne m’avaient jamais entendu parler. Ils étaient probablement très surpris. Jusqu’à cet instant, j’étais demeuré muet en classe.
Je quittai la classe ce jour-là complètement abattu. Je me rendis au bureau des inscriptions et abandonnai ce cours. Bien que j’aie perdu une partie de mes frais de scolarité, cela me donna au moins la détermination de commencer à changer. J’en avais assez. Je ne pouvais simplement plus continuer ainsi. »

Même élément déclencheur pour John Harrison : « Nous étions dans une classe fort nombreuse, plus de 100 étudiants. Lors des cours, le professeur demandait à certains étudiants de se lever et de lire leur devoir. Vivant dans la terreur d’être ainsi appelé, j’allai finalement voir le professeur pour lui demander si je pouvais simplement lui remettre mon travail afin de ne pas être appelé à lire en classe. Bien qu’il ait été très réceptif, j’avais honte d’avoir fait une telle démarche.
C’est à ce moment-là que j’ai décidé que le temps était venu de faire quelque chose pour résoudre mon problème. »

Pour Walt Manning, la prise de conscience est intervenue un soir, après avoir pour la énième fois échoué pour s’enrôler dans l’armée. « Je me souviens encore de cette soirée où je décidai de m’inscrire à une thérapie. Je fis une marche dans le voisinage, m’assis sur le bord du trottoir et décidai que le temps était venu de demander de l’aide. À moins que je ne puisse m’exprimer librement, je savais que ma vie allait être une succession d’impasses. Je crois bien que c’était la toute première fois de ma vie que je reconnaissais vraiment avoir un problème de bégaiement. Et c’était en tout cas la première fois que j’étais vraiment déterminé à y faire quelque chose. N’ayant aucune idée de ce que j’allais faire de ma vie à long terme, je savais, par contre, qu’à cet instant même, il me fallait faire quelque chose pour mon élocution. J’étais disposé à faire tout ce qui était nécessaire. Le temps que cela prendrait et le coût que cela impliquait importaient peu. »


Pour Pam Mertz, c’est un licenciement professionnel qui a été décisif :
« Pour moi, le moment clef a été d’être licenciée d’un job que j’aimais et faisais depuis plus de 20 ans, parce que j’avais bégayé en public. A cet instant, j’ai décidé que je ne pouvais plus vivre dans la dissimulation et j’ai fait mon coming-out. On dit que les expériences difficiles vous brisent ou vous transforment. J’ai été transformée. »

La règle est simple : les gens changent parce que la souffrance engendrée par le changement est moins pénible que celle de ne pas changer. Parce que les « astuces » et évitements ne sont plus tenables, deviennent trop lourds à porter. Et parce que cela devient une question de survie…

Cette prise de conscience douloureuse est essentielle car c’est elle qui alimentera notre motivation. Plus elle sera profonde, plus notre volonté d’avancer sera intense.
C’est la force du rebelle, de la révolution en marche, celle qui brise des chaînes et met des peuples en mouvement. Je n’exagère pas : cette force est indispensable car le chemin sera long et nous exposera au découragement et au doute. Arrêter de bégayer demande du temps, de l’engagement, de se mettre dans des situations pas toujours agréables, d’affronter les rechutes. Il faut que la volonté qui nous anime soit suffisante pour supporter cela. Cette force, cette énergie maintiennent votre motivation.
Cette semaine encore, alors que je préparais cet article, je suis tombé sur un article consacré à Kelly Brown, capitaine de l’équipe écossaise de Rugby. Et je lis ce passage, incroyable mais vrai-quelle coïncidence-la vie c’est quand même marrant des fois : «Et Brown, dont le père bégaie aussi, de raconter un quotidien d'artifices et de mensonges à soi-même pour éviter de se confronter à son handicap, jusqu'à ce sommet, lors de l'hiver 2010, et la prise de conscience. "On m'avait demandé de faire une interview. Mais j'ai été tellement mauvais que j'ai rappelé ensuite pour demander qu'elle ne soit jamais diffusée, racontait-il encore. Cela a été comme un révélateur. J'ai dit: ok, maintenant il faut que je prenne les choses en main". "Depuis ce jour, le matin, je me lève et je fais mes exercices de respiration. Je sais que si je peux le faire, je pourrai contrôler des prises de parole. Je ne veux pas que mon bégaiement soit une excuse pour ne pas pouvoir faire quelque chose. »
Et là vous me dites : « Oui mais… Laurent… Une prise de conscience, un déclic, ça ne se décrète pas ! » Vous avez raison MAIS c’est important de lire ces témoignages, surtout si vous broyez du noir et avez l’impression d’être au fond du trou… comme l’étaient Walt, Pam, Peter ou Tim. Parce que cela vous montre que, paradoxalement, vous n’êtes sans doute pas loin de prendre une décision qui va changer le cours de votre vie, que toute cette détresse, cette rage accumulées vont provoquer une fission nucléaire, une boule d’énergie pure qui va vous mettre en marche.
Et cela nous amène au « A » de notre « PASSEPORT », qui ne dépend vraiment que de vous : « Assumer ».
Oui. Si vous relisez les témoignages précédents, vous comprendrez qu’ils ont aussi pris conscience qu’ils devaient assumer la responsabilité du changement. Ils ont réalisé que ce n’était pas aux autres de s’adapter ou de changer et qu’il était vain d’attendre un coup de baguette magique ou la découverte d’un traitement miracle. Renoncer à cet espoir de guérison miraculeuse vous aidera grandement.
Vous prendrez en effet conscience que vous pouvez et devez agir par vous-même : la porte de votre cellule ne s'ouvrira pas toute seule, vous devez organiser votre évasion et trouver ceux qui peuvent vous aider dans votre entreprise.

« Ne vous reposez pas trop longtemps sur votre fluence en espérant qu’un jour vos blocages disparaîtront comme par enchantement. Il n’existe aucune potion magique, aucune pilule miracle pour guérir le bégaiement. Ne vous endormez surtout pas sur vos lauriers, en espérant le bon moment ou que l’inspiration vous vienne – C’est à vous de prendre "l’initiative". Vous devez réaliser que ces vieilles recettes, toutes ces choses qu’au cours des années vous avez faites pour vous aider (y compris ces conseils de camouflage prodigués par des soi-disant thérapeutes bien-pensants : « Pense à ce que tu veux dire », « Ralentis », etc.) ne fonctionnent tout simplement pas. » Lon L. Emerick

Et il ajoute :
« La première chose à faire est d’admettre qu’il vous faut changer, que vous désirez vraiment entreprendre quelque chose pour votre parole. C’est exigeant, certes, mais votre engagement doit être entier ; pas une seule partie de vous ne doit hésiter. »

Pour Peter R. Ramig, il s’agit bien également de « la première étape dans le processus de guérison » :
« Je crois que la détresse que je ressentais est devenue une force motrice de mon changement. Je crois que mon bégaiement a empiré au fil des ans parce que j’essayais désespérément de l’éviter et de le dissimuler autant que possible. Ma frustration et ma honte ont augmenté tout comme ma tension et ma lutte lorsque je parlais. Je crois que j’ai finalement eu la maturité de comprendre et d’accepter que mon bégaiement n’allait pas disparaître magiquement; Au lieu de cela, j’ai réalisé que je devais devenir proactif et responsable si je voulais réussir à changer. »

Ce que Walt Manning résume très simplement par : « Assume the responsibility for taking action. » Même pas besoin de traduire.

Et cette prise de conscience peut avoir lieu à tout âge, comme le démontre Brad, 13 ans, dont j’avais traduit le témoignage: « J’ai appris que gérer le bégaiement relève de MA responsabilité et que je dois assumer cela de plus en plus au fur et à mesure que je grandis. » 

Quinze après, Peter, Walt, Tim et Lon ont bien grandi, eux aussi. Ils ont non seulement surmonté leur bégaiement mais sont même devenus orthophonistes.
Pam a créé un blog et une émission de podcasts qui font référence, intervient dans les écoles pour sensibiliser les enfants et étudiants au bégaiement et a reçu le Jefferson Awards, pour son engagement et sa mission de service public.
John a écrit un livre de 700 pages, « Redéfinir le bégaiement », inspiré quantité de bègues dans le monde et donne désormais, à des personnes qui ne bégaient pas, des cours de prise de parole en public
Juste parce que, un jour, ils ont décidé que « ça ne pouvait plus durer » et qu’ils devaient prendre leur vie en main.

Ils ont changé le cours de leur vie en décidant d’écrire leur histoire.

A vous d’écrire la vôtre.


Laurent





10 commentaires:

Unknown a dit…

Chapeau mon ami. Beau travail, comme toujours.
Richard Parent

Benoît Guédon a dit…

Merci Laurent! Super!!

Jacqueline BRU a dit…

Merci Laurent. Quel beau chemin ! Quel talent ! Quelle humilité ! Quel respect pour chacun au cours de ces 5 années !...et quelle humanité au-delà du symptôme.
J’ai hâte de découvrir la page qui suivra;
Jacqueline Bru

Laurent L. a dit…

Merci Richard, Benoît et Jacqueline ! C'est super gentil d'avoir pris le temps de laisser un commentaire. Depuis 5 ans, je me suis enrichi (et fortifié) des réactions que j'ai pu avoir et des merveilleuses rencontres que j'ai pu faire.

J'en profite pour dire, suite à des messages reçus, qu'il n'y a pas besoin d'avoir un compte Google pour laisser un commentaire. Sous la zone de saisie, dans "Choisir une identité", il suffit de sélectionnert "nom/url" ou "Anonyme". Et si c'était à refaire, j'opterais pour Wordpres ! :-)

Laurent

betty a dit…

salut Laurent
j ai eu les larmes aux yeux en lisant ton article.
je me suis revue il y a 4 ans quand j'ai découvert ton blog.
en effet, il y a 4 ans, suite à mon évolution professionnelle je me suis dit "ça suffit ce n'est plus possible, il faut que je fasse quelque chose"
ca a été le déclic
ensuite j'ai pris conscience avec mes lectures mes séances chez l'ortho que mon bégaiement n'allait pas disparaitre et que j'allais devoir vivre avec. le choc!!!!

puis est venu le temps de l'acceptation. j'ai non seulement accepter mais compris que si j'étais ce que je suis aujourd'hui c'est grâce au bégaiement. cette force que j'ai devant les épreuves, ma façon d'aborder la vie...tout cela je le dois au bégaiement qui très tôt m'a obligé à gérer des situations compliquées
j'ai pu parler de mon bégaiement à plusieurs personnes de mon entourage professionnel. mais le plus dur reste à faire: en parler ouvertement à ma famille.

la route est longue et jonchée d'obstacles mais je sais aujourd'hui que l'on y arriver en restant soudés et à l'écoute les uns des autres car les moments de doute et de découragements ne manquent pas

encore merci pour tout Laurent

Clemope a dit…

Merci Laurent, je suis une orthophoniste débutante et j'ai souvent du mal à partir du boulot car je reste accrochée à votre blog. Le bégaiement me passionne et vous y contribuez car ce que vous écrivez est passionnant! J'en profite pour passer le bonjour à Mme Bru qui suit mon neveu de 6 ans à Montpellier, pour du bégaiement. Je sais qu'il est entre de bonnes mains !

Laurent L. a dit…

Bonjour Clemope, merci beaucoup pour votre commentaire ! Parents et personnes qui bégaient ont besoin d'orthos passionnées et c'est un plaisir de ressentir votre implication.
Je passerai votre bonjour à Jacqueline et vous avez raison : votre neveu est entre de super mains !
Laurent

Anonyme a dit…

Bonjour Laurent , je suis la maman d'un petit garçon de 7 ans qui bégaie depuis l'âge de 3 , 4 ans , il est suivi par une psychomotricienne , une orthophoniste, bientôt ns irons voir un sophrologue car il bégaie de plus en plus, le plus dur pour lui c est d'affronter les moqueries de ses camarades à l'école, je lis des articles , c'est très dur à la maison car il est très très très capricieux et il nous renvoit son mal être en pleine figure, je ne sais plus comment agir , soit continuer à l'écouter sans vouloir l'offusquer ou alors essayer de lui faire prendre conscience qu'il doit grandir??? je ne sais plus ?!
merci pour les articles cela rassure un peu qd ns savons que l on est pas seul!

Laurent L. a dit…

Bonjour et merci pour votre message.

La moquerie vient souvent de l'ignorance. Il n'y a donc rien de mieux que la pédagogie. Certaines orthophonistes acceptent de venir en classe pour expliquer ce qu'est le bégaiement. Les petits camarades sont souvent réceptifs car ils sont nombreux à consulter eux-mêmes une orthophoniste pour d'autres problèmes.
Dans le livre "Des fois, je bégaie", vous trouverez des conseils pour parler du bégaiement avec votre enfant mais aussi pour en parler à son entourage.

Pour vous sentir entourés et échanger avec d'autres personnes concernées, je vous conseille de vous rapprocher de l'Asso Parole Bégaiement et aussi de rejoindre sur Facebook le Cercle très privé des personnes qui bégaient. Vous y trouverez des idées, du soutien et surtout de l'espoir :-)


Laurent

Anonyme a dit…

merci pour vos conseils , merci d avoir répondu à mes questions , c est vraiment très professionnel!
vos articles sont vraiment à la hauteur de mes attentes, vous répondez à tous nos besoins. merci merci merci

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