14 nov. 2012

Le meilleur article 2012 sur le bégaiement

La Stuttering Foundation of America a dressé son palmarès 2012 des meilleurs articles de presse sur le bégaiement.

Dans la catégorie « Blog Internet », c'est Bob Greene de CNN qui a obtenu la première place pour son article "John Glenn's true hero."

J'avoue avoir été ému par cet article et j'ai eu envie de le traduire pour le partager avec vous. Voici donc  :

 « La vraie héroïne de John Glenn » 


Début de la traduction :

Depuis un demi-siècle, le monde célèbre John Glenn et le considère comme un héros américain particulièrement attachant. Il a marqué les esprits de la Nation lorsque, en tant qu’astronaute du programme Mercury, il a été lancé en orbite autour de la Terre. L'affection qu'il suscite est tellement durable et profonde que, même maintenant, les gens ont les yeux embués à la simple vue de son visage ou au son de sa voix (1).

Mais durant toutes ces années, Glenn a eu son héroïne à lui, une personne qu’il a vue déployer un courage infini et d’un autre style : Annie Glenn. 

Ils sont mariés depuis 68 ans.

Il a 90 ans; elle en a eu 92 vendredi.

Ce week-end, les media ont célébré le 50ème anniversaire du vol orbital de Glenn. Cela nous a rappelés, un demi-siècle plus tard, qu’il reste un héros inoubliable de l’Amérique.

A cela, il n’a jamais réellement cru.

Parce que l’héroïsme qu’il chérit le plus appartient à une autre catégorie et est rarement acclamé. C'est celui de la personne qu’il connaît depuis le plus longtemps sur cette Terre.

John Glenn et Annie Castor se sont connus quand ils ont – littéralement – partagé le même parc de jeux à New Concord, dans l’Ohio, où leurs parents étaient amis. Quand leurs familles se voyaient, les enfants jouaient ensemble. 

John – futur pilote de chasse, futur pilote d’essai, futur astronaute – a suivi une trajectoire brillante depuis le début, qui a fini par le mener au pinacle de l’estime américaine durant la course à l’espace. Imaginez un instant ce que cela signifiait d’être le jeune John Glenn au fin fond de New Concord : un athlète accompli membre de l’équipe première dans trois sports, le plus admiré des garçons du village, Monsieur Tout. 

Annie Castor était intelligente, aimable, talentueuse, généreuse d’esprit. Mais elle éprouvait les pires tourments pour s’exprimer. Cela la hantait. Son bégaiement était si sévère qu’il était classé comme un handicap « à 85% ». 85% du temps, elle ne réussissait pas à sortir un mot. Quand elle essayait de réciter un poème à l’école primaire, on se moquait d’elle. Elle était incapable de parler au téléphone. Elle ne pouvait pas avoir une conversation normale avec un ami. 

Et John Glenn l’aimait.

Même jeune, il était assez sage pour comprendre que les gens qui n’étaient pas capables de voir au-delà de son bégaiement passaient à côté d’une fille exceptionnelle. Ils se sont mariés le 6 avril1943. En tant que femme de militaire, elle découvrit, alors qu’elle et John faisaient le tour du pays, que la vie pouvait être blessante. Elle a écrit : "Je peux me souvenir d’expériences très pénibles – en particulier les ridicules."
Dans les magasins, elle errait dans les rayons sans oser demander l'aide des vendeurs. Dans les taxis, elle devait écrire ses demandes au chauffeur parce qu'elle ne pouvait pas dire sa destination. Au restaurant, elle désignait les plats sur le menu. 

Annie était une excellente musicienne et dans toutes les paroisses où John et elle sont passés, elle jouait de l'orgue à l'église, ce qui était un moyen de se faire des amis. Ils ont eu deux enfants et elle a écrit à ce sujet : "Pouvez-vous imaginer ce qu'est de vivre dans le monde moderne et d'avoir peur du téléphone ? 'Bonjour' était si dur à dire pour moi. J'angoissais que mes enfants puissent se blesser et avoir besoin d'un docteur. Est-ce que je pourrais trouver les mots pour transmettre l'information par téléphone ? »

En tant que pilote de chasse, John a mené 59 combats durant la seconde guerre mondiale et 90 durant la guerre de Corée. Chaque fois qu'il partait en mission, lui et Annie se disaient au revoir de la même manière. Il la quittait sur ces derniers mots : "Je vais juste chercher un paquet de chewing-gums au coin de la rue. » 
Et elle lui répondait toujours : "Ne sois pas long. » 

En ce jour de février 1962, alors que le monde retenait son souffle et que la fusée Atlas s'apprêtait à le propulser dans l'espace, ils échangèrent les mêmes mots, une fois encore. Et quand en 1998, à 77 ans, il repartit dans l'espace à bord de la navette Discovery, ce fut un moment de tension entre eux, et c'est compréhensible. Que se passerait-il si quelque chose survenait et interrompait leur vie commune ?
Elle savait ce qu'il lui dirait avant d'embarquer dans la navette. Il le fit mais, cette fois, il lui offrit un cadeau : 
Un paquet de chewing-gums. 
Elle le garda dans une poche près de son cœur jusqu'à ce qu'il soit revenu sain et sauf.

Plusieurs fois au cours de sa vie, elle a essayé divers traitements pour soigner son bégaiement. Aucun ne fonctionnait. 
Mais en 1973, elle découvrit qu'un docteur en Virginie proposait un programme intensif qui, John et elle l'espéraient, pourrait l'aider. Elle se rendit là bas pour s'inscrire et y consacrer tous ses efforts. Et le miracle qu'ils attendaient finit, comme tous les miracles, par arriver. A l'âge de 53 ans, elle devint capable de parler de manière fluide et non plus par spasmes agonisants, en étant rongée par l'angoisse.

John a raconté que le premier jour qu'il l'a entendue parler clairement et avec assurance, il est tombé à genoux pour remercier le ciel. Il a écrit : "J'ai vu la persévérance d'Annie et sa force tout au long de ces années et je ne l'en ai que plus aimée et admirée. " Il a souvent entendu de par le monde des ovations à sa gloire mais c'est Annie, et ce qu'elle a accompli, qui lui inspirent le respect : "Je ne sais pas si j'aurais eu le courage. »

Sa voix est si claire et assurée maintenant qu'elle prononce régulièrement des discours en public (2). Si vous avez la chance de connaître les Glenn, vous savez combien il est réjouissant et attendrissant de les voir et de les entendre plaisanter ensemble et finir mutuellement leurs phrases.

Lundi, ce sera l'anniversaire de la mission Mercury et les gens vont se souvenir une nouvelle fois de Glenn l'astronaute et parler de son héroïsme. 
Mais si vous assistez un jour à un événement où les Glenn sont invités et que vous voulez voir quelqu’un déborder de fierté et d’amour, au point que les larmes pourraient vous monter aux yeux, attendez le moment où Annie se lève pour dire quelques mots à l’assistance.

Et lorsqu’elle commence, regardez les yeux de son mari.


Traduction novembre 2012 – www.goodbye-begaiement.fr

Notes de traduction :
(1) Pour bien comprendre ce que représente John Glenn aux Etats-Unis et les envolées parfois lyriques du journaliste, vous trouverez sur ce lien la bio de cet « American hero ».

(2) Annie Glen est devenue une icône de la lutte contre le bégaiement aux Etats-unis. En 1983, elle a a été la première lauréate désignée par l'American Speech-Language-Hearing Association pour « l'exemple donné aux personnes ayant un trouble de la communication. » En 1987, l'association l'a honorée en lui demandant de présenter la remise du premier prix annuel « Annie Glenn » récompensant une personne s'étant distinguée malgré un handicap de communication. L'acteur « James Earl Jones » (la célèbre voix de Dark Vador dans Star Wars) a été le premier lauréat.

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