1 août 2012

Vaincre le bégaiement : les 8 clefs du succès


Ce blog a maintenant 3 ans d’existence et il est temps aujourd’hui de vous révéler le secret ultime pour dire "Goodbye Bégaiement". 

Approchez... Encore... Un peu plus près... C’est très simple... Petit scarabée, si tu peux prendre la pierre qui est dans ma main… Ah zut ! Non, c’est pas ce secret-là ! Bon cette vanne est impossible à comprendre pour les moins de 35 ans mais vous ne savez pas le plaisir que j'ai pris à dénicher ces visuels.

Mais rassurez-vous, même si vous avez moins de 35 ans, je vais vous livrer aujourd’hui non pas 1 mais carrément 8 secrets en un seul post ! D’ailleurs, ce n’est même pas moi qui vais le faire mais Peter Ramig. Je me suis juste contenté de traduire.

Peter Ramig est un thérapeute du bégaiement internationalement reconnu. Il anime des séminaires et ateliers sur la prise en charge thérapeutique des enfants et adultes qui bégaient et il est professeur au département des troubles de parole de l’Université du Colorado. Il a aussi concçu avec la Stuttering Foundation of America des vidéos éducatives sur le bégaiement. Il est le co-auteur d’un manuel d’activités pour le traitement du bégaiement chez l’enfant et l’adolescent et a participé à la rédaction, avec 28 autres spécialistes du bégaiement, du livre « Conseils pour ceux qui bégaient ». Etant lui-même une personne qui bégaie, il explique dans cet article comment il a réussi à surmonter son bégaiement.

Si j'ai traduit ce texte, ce n’est pas seulement parce que Peter a un CV long comme les bras et fait référence dans le monde du bégaiement. C’est aussi et surtout parce que cet article précieux est une belle synthèse de tout ce que j’ai pu lire, écrire et partager avec vous depuis la naissance de ce blog, voici maintenant trois ans. Ces 8 clefs du succès, ce ne sont donc pas simplement celles de Peter mais aussi celles de centaines (de milliers, de millions ?) d’autres personnes qui ont surmonté leur bégaiement. Vous avez donc sous les yeux une recette infaillible, testée et approuvée. Il reste juste à la mettre en œuvre, en n’oubliant aucun ingrédient. Et ça, c’est le plus difficile !


Début de la traduction.

Vaincre durablement le bégaiement : les 8 clefs du succès
- Par le Dr Peter Ramig


J’ai réussi à apporter des changements significatifs à mon bégaiement vers l’âge de 25 ans. Auparavant, j’avais fait plusieurs années de thérapies avec différents praticiens (...). 
Voici mon ressenti sur les principaux facteurs responsables de mon changement.

Clef n°1: La force du désespoir

Je pense que la détresse que je ressentais est devenue un moteur de changement. Je crois que mon bégaiement a empiré au fil des ans parce que j’essayais désespérément de l’éviter et de le dissimuler autant que possible. Ma frustration et ma honte ont augmenté tout comme ma tension et mes efforts lorsque je parlais. Je crois que j’ai finalement eu la maturité de comprendre et d’accepter que mon bégaiement n’allait pas  disparaître magiquement. Au lieu de cela, j’ai réalisé que je devais être proactif et responsable si je voulais réussir à changer.
Clef n°2 : Des thérapeutes attentionnés, secourables et compétents.

Les deux praticiens qui m’ont aidé à changer lorsque j’avais une vingtaine d’année étaient à la fois attentionnés, d’une grande aide et bien formés. La thérapie du bégaiement peut parfois être difficile et il était essentiel de savoir que mes praticiens me soutenaient et se souciaient de moi. Le respect et la confiance qu’ils m’inspiraient m’ont permis de conserver une forte motivation et m’ont porté lorsque j’ai été confronté à des exercices thérapeutiques difficiles.
Clef n°3 : Me confronter au bégaiement pour apprendre à le corriger

C’était probablement l’aspect le plus important et nécessaire de mon traitement, celui qui m’a permis de corriger durablement mon bégaiement. Une fois que j’ai commencé à me confronter à lui, ma crainte et mon appréhension ont diminué, me permettant de me concentrer sur l’apprentissage de techniques m’aidant à bégayer plus facilement. En résumé, je suis devenu plus fluent en autorisant mon bégaiement à sortir, plutôt qu’en adoptant des techniques focalisées sur l’évitement et la dissimulation. Une fois que je suis devenu moins sensible à la peur du bégaiement, j’ai été capable de changer volontairement la manière dont il se manifestait. En me confrontant au bégaiement et en le contrôlant, je suis devenu bien plus fluent.
Clef n°4: Comprendre que mes bégaiements sévères provenaient en grande partie de mes efforts pour ne pas bégayer.

C’était important pour moi de comprendre comment la parole normale était produite et comment mes tentatives de dissimulation, de rétention ou de forçage contribuaient en fait au bégaiement et l’alimentaient même en créant de la tension et en interférant dans la continuité du processus. Lorsque j’ai réalisé et compris que mes tentatives pour éviter la survenue du bégaiement me mettaient sous tension et donc interrompaient mon souffle et ma vocalisation, j’ai pu mieux m’entraîner à dérouler mon discours en maintenant ces deux éléments cruciaux nécessaires à la production de la parole. En effet, comme avait l’habitude de dire le grand Dr. Dean Williams, « En s’efforçant de ne pas bégayer, les personnes qui bégaient interfèrent dans la production normale de la parole.»
Clef n°5: Apprendre à contrôler ma parole via la proprioception

En complément à la confrontation et à la modification du bégaiement, j’ai aussi travaillé sur la construction de la fluence. En utilisant le retour auditif retardé (Note de traduction : le Delayed Auditory Feedback est un appareillage électronique de l’oreille qui fait qu’on entend sa voix une fraction de seconde plus tard que la normale. Cette technique est parfois utilisée pour réduire le bégaiement), j’ai appris à travailler la phonation continue et le placement des articulateurs pendant des exercices de parole lente. En apprenant à prendre conscience des aspects kinesthésiques (conscience du mouvement et de la position de la langue, des lèvres, etc.) et tactiles (sensation de toucher et de contact) de la production de parole, j’ai pu mieux mettre en œuvre les pré-corrections et post-modifications de blocages (Note de traduction : techniques orthophoniques pour surmonter les blocages. Voir ICI). Cette vigilance m’a appris comment surmonter certaines manifestations du bégaiement et a augmenté ma capacité à agir plus facilement sur les moments de bégaiement.

Clef n°6: dire que je suis une personne qui bégaie

Comme je l’ai dit ci-dessus, essayer de ne pas bégayer tend à créer ou exacerber le bégaiement. En mentionnant simplement et incidemment que je bégaie  lorsque je trouve que je suis disfluent ou que j’anticipe un bégaiement, ma gêne diminue et je me donne la « permission » de me confronter à des moments de bégaiement et de faire les corrections nécessaires. En mentionnant que je bégaie, je peux faire suivre ce constat d'une phrase comme "Je pense que j’ai besoin de travailler un moment sur mon bégaiement pour m’aider à revenir sur le bon chemin." En parlant ouvertement d’un problème qui pourrait sinon m’embarrasser ainsi que mon interlocuteur, je suis capable de travailler de manière constructive à la modification de ma parole en nous mettant tous les deux plus à l'aise.


Clef n°7 : Expérimenter plus de fluence et de bégaiement contrôlé dans les situations que je craignais autrefois.

Il était impératif de réussir à appliquer mes nouvelles compétences dans des situations où j’éprouvais auparavant des difficultés. Une fois que j’ai commencé à connaître le succès dans une situation, j’ai anticipé la fois suivante cette situation avec moins d’appréhension et de peur. Résultat : j’ai finalement abordé des situations nouvelles en sachant que "je pouvais le faire." Se sentir confiant est un état d’esprit positif. Comme je ne me sentais pas terrifié comme je l’étais avant ma thérapie, mon niveau de tension a grandement diminué, me permettant ainsi de produire plus de fluence et des moments plus légers et plus courts de bégaiement. Avec les années, j’ai pu expérimenter avec succès de plus en plus de situations de paroles et j’ai finalement étendu ce sentiment de « je peux le faire » à la plupart des situations qu’on peut rencontrer dans la vie.

Clef n°8 : N’abandonnez jamais !

Pour les adolescents et les adultes qui bégaient, changer et contrôler le bégaiement demandent de la persévérance et de la détermination. Toutefois, cela exige moins d’effort et s’avère moins frustrant de travailler de manière constructive pour corriger les bégayages que de continuer à redouter le bégaiement au point de dépenser une énergie et une concentration folles pour essayer de le dissimuler. Mon meilleur conseil est donc "N’ABANDONNEZ JAMAIS !"

En résumé, je crois que tous les facteurs dont j’ai parlés ci-dessus ont eu une importance équivalente dans mon processus de guérison. Personnellement, j’avais besoin de quelque chose de plus que des techniques de façonnage de la fluence et de modification du bégaiement. Ce qui a été primordial dans ma transformation, c’est d’apprendre à modifier ma parole dans des situations variées, un concept dont a souvent parlé le Dr Hugo Gregory. Mais pour réaliser cela, j’avais besoin d’apprendre aussi à modifier mon bégaiement et à construire ma fluence.

Peter Ramig – 25 août 1997

Fin de la traduction

Voilà donc les 8 clefs du succès enfin révélées pour les francophones ! Alors bonnes vacances, petits scarabées ! Et si vous avez d'autres clefs à partager, n'hésitez pas ! A votre avis, quelle serait la 9ème ?

Laurent


8 commentaires:

Unknown a dit…

Félicitations, Laurent, pour ta persévérance et ta générosité depuis trois ans. comme tu le sais fort bien, je suis un des plus fidèles fans de ton blogue.

Richard Parent, St.-Hilaire, Québec.

Laurent L. a dit…

Merci Richard, tu fais partie des très belles rencontres que ce blog m'a apporté. Et j'espère que notre amicale collaboration durera encore longtemps. Laurent

Patrick a dit…

Très juste cet article ! Et la clé n°4 est tellement importante...

Sarah a dit…

Il y a 3 clés pour vaincre ce bégaiement qui nous sont capital à retenir, la règle numéro 3 (affronter sa peur en parlant le plus possible), la numero 6 (en parler à nos interlocuteurs) et la numero 6, ne jamais laissez tomber.
Bon article et belle découverte.
Merci.

Laurent a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Laurent a dit…

Merci Patrick et bienvenue Sarah ! Il y a en effet des "clefs" qui aident plus que d'autres, selon sa personnalité, et qui sont plus ou mojns faciles à actionner. Je suis en tous cas ravi que vous confirmiez leur efficacité !
Laurent

Anonyme a dit…

Slt mw c est diane j apprecie bien vos conseils. Je begaie depuis l age de 03 ans parfois c est difficile de repondre a une question de peur de begaier et aussi de prendre le taxi pour certaines destinations mem de parler a haute voix mai

Laurent L. a dit…

Bonjour Diane, merci pour ton commentaire. Moi aussi, j'ai eu très souvent peur de parler dans ma vie. L'important c'est de ne pas laisser le bégaiement faire sa loi :-) Et de s'entraîner sans se décourager, en sachant qu'on bégaiera peut-être mais que ce n'est pas grave, le principal est de faire et dire ce qu'on veut, de faire des choses dont tu es fière. Je suis content que le blog te donne des idées, tu peux aussi rejoindre sur Facebook le groupe "Le Cercle très privé des personnes qui bégaient" pour échanger, trouver du soutien et de regonfler le moral pour continuer à avancer.

LinkWithin

Related Posts with Thumbnails
Une erreur est survenue dans ce gadget