4 janv. 2011

Comment réagir lorsque vous parlez avec une personne qui bégaie ?

Une de mes connaissances, qui ne bégaie pas, est allée voir mon blog et m’a fait la remarque suivante. « C’est sympa et ça doit sûrement être utile pour les personnes bègues mais tu ne dis rien pour ceux qui ne bégaient pas. Et moi je ne sais pas comment réagir lorsque je me trouve face à une personne qui bégaie. Par exemple, est-ce que je dois finir ses phrases ?»
Sur le moment, je l’ai écoutée poliment en pensant que ce n’était pas l’objet du blog. Et puis, en réfléchissant (ça m’arrive), je me suis dit que, même si le bégaiement est d’abord notre problème, il pouvait être utile d’« éduquer » notre entourage afin de créer un environnement propice au rétablissement. Je m’adresse donc aujourd’hui aux personnes non bègues qui sont souvent mal à l’aise face au bégaiement et ne savent pas quoi faire.
Je me suis inspiré de mon expérience personnelle bien sûr mais surtout de ce que j’ai pu trouver sur le site de la Stuttering Foundation of America, sur celui du National Stuttering Project et sur le forum du bégaiement. Si vous bégayez, cet article peut aussi vous aider à expliquer à vos proches ce que vous attendez d’eux.
J’ai choisi de me limiter à 4 conseils pour qu’ils soient faciles à retenir et que l’échange avec un bègue ne ressemble pas à un manuel de pilotage ! Les voici.

1. Le contact visuel tu maintiendras :

Maintenez un contact visuel normal et attendez patiemment et naturellement que la personne ait terminé. Vous restez ainsi dans la communication. Essayez également de ne pas paraître inquiet ou intrigué. Rien de plus déstabilisant et stressant que de voir des sourcils se froncer, d’être dévisagé comme une bête curieuse ou, peut-être pire, de voir notre interlocuteur regarder ailleurs d’un air gêné, comme si l’élastique de notre pantalon venait brusquement de lâcher. De manière générale, montrez à la personne bègue, par vos manières et vos actions, que vous écoutez ce qu’elle dit – pas comment elle le dit.

2. Tes conseils pour toi tu garderas :

Evitez de faire des remarques comme: "Ralentis," "Respire", "Détends-toi" ou « Prends ton temps ». Ces conseils simplistes peuvent être perçus comme humiliants et n’aident pas la personne qui bégaie. Le bégaiement est un problème complexe, il est souvent ancré depuis plusieurs années et demande un long travail. Vos conseils partent d’un bon sentiment mais dites vous que d’une part, la personne les aura déjà entendus, d’autre part elle est suffisamment intelligente pour se rendre compte qu’elle est tendue… Les personnes qui bégaient en s’adressant à vous ne vous demandent pas une consultation… juste que vous les écoutiez.

3. Jamais ses phrases tu ne termineras :

Vous pouvez être tenté de terminer ses phrases ou de compléter ses mots. Essayez de ne pas le faire. D’une part, vous pouvez vous planter, d’autre part cela peut être vécu comme infantilisant voire humiliant par la personne bègue. Comme tout n’est pas simple et que toutes les personnes bègues ne réagissent pas forcément pareil, vous pouvez cependant essayer de capter dans le regard ou l’expression de votre interlocuteur sa permission pour terminer ponctuellement un mot ou une phrase. Avec les gens que vous connaissez, vous pouvez aussi poser la question pour savoir si cela peut les aider.

4. Ton débit tu ralentiras :

La communication est un échange et vous observerez que l’on s’aligne souvent sur le débit et l’intensité de parole de son interlocuteur, ainsi que sur sa gestuelle. En ralentissant votre débit, vous évacuez le sentiment d’urgence, souvent fatal pour un bègue, et vous lui laissez la possibilité de prendre son tour de parole sans devoir se précipiter. Attention ! Ne ralentissez pas non plus exagérément, comme si vous vous adressiez à un neuneu, ça pourrait être aussi mal perçu…

Voilà 4 conseils simples qui devraient vous aider… Et en les relisant, je me rends compte d’une chose : ça devrait aussi vous aider dans vos échanges avec les personnes qui ne bégaient pas ! Si, si, réfléchissez bien…

Et bonne année !!!!!

P.S ; je vous ai mis en illustration une photo du film « The King’s Speech » qui sort en février… Allez faire un tour sur la page Facebook de Goodbye Bégaiement, pour plus d’infos.

6 commentaires:

redj1290 a dit…

3. Jamais ses phrases tu ne termineras :


Oh, vraiment, rien de pire que ça. Quand tu te donne tant de mal pour dire une phrase, et que la personne en face te la finis avec une facilité enfantine, c'est la pire des choses. Mais, j'ai remarqué, même si la personne finis la phrase a ta place, tu a malgré tout envie de la finir toi aussi, pour dire que, tien bah moi aussi je peux parler comme il faut...

Très intéressant cet article :D Merci Monsieur :)

Laurent L. a dit…

Salut redj, entièrement d'accord avec toi sur l'envie de finir la phrase quand même, non mais !

ana a dit…

Pas faux!
j'ai même envie d'ajouter...n'hésitez pas à tendre des perches pour parler du bégaiement! demandez à l'interlocuteur comment il le perçoit, ce qui l'aide, qui au contraire le met en difficulté...

j'ai entendu tellement de personnes bègues dire que leurs proches semblaient ne pas s'intéresser au bégaiement, ou ne pas savoir comment aborder le sujet...

Mais bon...pour autant pas d'intrusion malsaine, hein! juste des perches, à l'autre de voir si il veut les saisir...

Laurent L. a dit…

@Ana : bien vu Ana. Rien de pire que la fausse indifférence ou la culture du "tabou".

Anonyme a dit…

Moi,ce qui me déplaît le plus,c'est les gens qui crispent leur visage pour mieux me comprendre,heureusement j'en rencontre pas beaucoup,mais ceux-là,j'aurais envie de leur dire "mais dis donc ducon,tu crois peut-être qu'en faisant ton petit visage crispé,là,tu vas mieux me comprendre ?(ducon ?)". Peut-être que si je leur disais ça,je bégayerais plus ? C'est-à-dire que je sais que je pourrais les insulter sans bégayer,mais je sais aussi que je ne pourrais pas poursuivre mon explication,alors bon... Je me drappe dans ma dignité et je fais comme si je n'avais rien vu.

Bref... Merci pour ce site,Laurent,je viens de le découvrir via Facebook,j'ai lu l'article sur cette étudiante qui a pratiqué le bégaiement volontaire pendant une semaine,façon stage commando,j'ai l'impression,tout à fait mon truc,exactement ce que j'avais l'intention de faire,une thérapie intensive d'une semaine,pas forcément le bégaiement volontaire,je pensais plus à me traiter par le Reiki et par des exercices d'auto-écoute... au passage (les p'tits amis): l'effort n'est pas à porter sur la phonation (mais combien de fois il faudra le répéter à tous les autres !) mais sur l'écoute,vous le savez évidemment,l'attention sur l'AUTO-ECOUTE !
Bref (perdons pas l'fil !),j'avais justement lu,feuilleté un bouquin un jour à Beaubourg sur la thérapie par le bégaiement volontaire,j'avais essayé sans persévérer (je m'occupe pas assez de moi),mais ça avait bien marché,je crois beaucoup à cette méthode,à chacun celle qui lui correspond bien-sûr,mais je pense que celle-ci est vraiment très intelligente,alliée à un travail énergétique,vous remarquerez que tous les bègues ont une voix trop haute,il faut viser les graves,une belle voix grave et votre parole sort presque toute seule (presque !),ah lala c'est embêtant,j'aurais tellement à dire...
Allez,j'arrête là,mais j'aurais bien envie de revenir vous faire part de quelques unes de mes réflexions (et de vous tenir au courant de ma thérapie intensive également,mais ça c'est pas avant deux-trois semaines).

Sublime voix grave à tous !
Monsieur K.

Laurent L. a dit…

Bienvenue Monsieur K ! Super message. Merci de nous faire partager tes réflexions, c'est toujours très instructif. Pour les visages qui se crispent ou les froncements de sourcils, c'est en effet ce qui m'agace le plus. Mais, c'est est un réflexe chez l'interlocuteur pas une volonté délibérée de nous mettre mal à l'aise. Difficile donc de leur en vouloir pour cela. Ce serait aussi injuste que s'ils nous reprochaient de bégayer. A toi, notamment grâce au bégaiement volontaire, de leur montrer par un sourire et ton regard que tout va bien. La crispation devrait alors vite disparaître.
Pour ma part, je ne pratique pas souvent le bégaiement volontaire mais je fais quelque chose qui s'en rapproche et qui a les mêmes effets : je "laisse sortir" mon bégaiement sans chercher à le cacher ou à forcer et cela me rend paradoxalement plus fluide. J'enlève ainsi toute pression et focalise mon attention sur ce que je veux dire pas sur la manière dont je dois placer mes lèvres ou ma langue (la phonation, comme tu le dis). Notre attention suit notre intention. Si notre intention est de faire passer un message et de communiquer, nous allons nous concentrer sur notre interlocuteur, nous assurer de son écoute, mettre de l'intonation, de la chaleur dans notre voix. Si notre intention est de ne pas bégayer, nous allons nous concentrer sur notre élocution et sur les mots à utiliser... Dans le 1er cas, tu te dilates, dans le 2ème, tu te contractes. C'est toute la différence.
Bien sûr preneur pour que tu nous tiennes au courant. A bientôt, Laurent.

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