11 nov. 2018

Bégaiement et perfectionnisme - Le témoignage de Paul : "Mon imperfection est mon opportunité"

Cela fait longtemps que je veux aborder le thème “bégaiement et perfectionnisme” car je suis persuadé qu’il y a quelque chose à creuser de ce côté. La traduction de cet article de Paul Vecker me donne aujourd’hui l’opportunité de le faire. J’écoute aussi en ce moment le livre audio de Tal Ben-Shahar “l’apprentissage de l’imperfection” et  j’essaierai de partager prochainement mes découvertes avec vous. En attendant, je vous laisse avec Paul.

Bonne lecture !

Laurent

Paul Vecker – Mon imperfection = mon opportunité

J’ai passé une grande partie de ma vie à combattre ce que je pensais être une imperfection. Je l’ai même personnalisée et considérée comme mon imperfection.

Au début, c’était plus un combat pour la cacher que pour la corriger. Mon objectif était de paraître parfait (même si je ne l’étais pas). Même si je sais maintenant que nous avons presque tous quelque chose que nous voudrions changer (ou au moins cacher), mon imperfection explosait au grand jour la première fois que je parlais à quelqu’un. Ou pour paraphraser une fameuse réplique de film, “je les avais sur mon bonjour” (Note de traduction : référence à la scène finale de “Jerry Maguire” où Tom Cruise fait une longue déclaration d’amouuur à Renée Zellweger qui l’interrompt au bout d’un moment pour lui dire : “Arrête. Tu m’as eue sur ton bonsoir”. Un de mes films préférés avec la subliiime BO de Bruce Springsteen et le titre “Secret Garden”... Mais je m’emballe, je m’emballe, revenons à la traduction). J’ai donc essayé de trouver des manières de ne pas dire bonjour. Ca semblait vraiment un super plan : ne parle pas, ainsi personne ne saura que tu bégaies.

Premier problème : ce n’est pas une super manière de traverser la vie. Et plus important, la vie ne vous laissera pas la traverser ainsi. J’avais besoin de répondre au téléphone. J’avais besoin de commander un plat. J’avais besoin de demander à une fille de sortir avec moi (même si elle pouvait dire “non”).

Deuxième problème: J’avais des choses à dire. Je voulais être entendu. Il n’y a rien de plus frustrant que d’être assis en classe et d’entendre vos camarades donner la mauvaise réponse à une question alors que vous connaissez la bonne. Pas seulement la bonne réponse mais la véritable BONNE REPONSE : celle qui surpasserait toutes les autres réponses à la question. Si je pouvais trouver le courage de lever la main et de donner la réponse, ils seraient épatés. Mais si je bégaie ? Si rien ne sort ? Et si les autres rigolent ou si le professeur perd patience ? Comment surmonter CETTE peur ? Seulement avec une réelle et solide envie d’être entendu - et je l’avais.

Puisque ma stratégie de demeurer silencieux ne pouvait pas marcher, je devais en trouver une autre. Et celle-ci allait me demander beaucoup de travail et de courage.

Première étape : j’ai commencé une thérapie orthophonique à l’école. Pour la première fois, quelqu’un me comprenait et voulait m’aider. Quelqu’un me disait quoi faire quand les mots restaient bloqués dans ma bouche et me donnait des techniques pour progresser. Plus encore, ils ont construit mon courage en m'aidant à me sentir mieux dans ma peau.

Deuxième étape : J’ai fait une introspection. Qui suis-je et quelle est la vie que je veux avoir ? J’ai découvert que j’étais quelqu’un qui avait des choses à dire. Je ne voulais pas rester dans mon coin. J’ai réalisé que les choses que j’avais à dire importaient plus que la manière dont je les disais. Donc, d’une manière ou d’une autre, j’allais trouver un moyen de les dire.

Troisième étape : Ayez le courage d’essayer et ne vous accablez pas lorsque ça ne fonctionne pas comme vous le voudriez.

Lentement et prudemment, j’ai commencé à ramper pour sortir du rocher sous lequel je me trouvais. J’ai commencé à lever la main en classe - allant même jusqu’à me mettre debout pour que tout le monde puisse entendre ma réponse. Etre réellement entendu et voir la réaction positive de l’auditoire me procuraient une sensation nouvelle et excitante. J’ai commencé à rechercher de plus en plus ce frisson. Je me suis porté volontaire et j’ai été retenu pour jouer des pièces à l’école. J’ai saisi chaque opportunité pour me tenir face à un auditoire et parler. Durant mon adolescence, j’ai continué à me positionner en leader et je me suis retrouvé maintes fois à parler devant des foules. Le même schéma (besoin ?) s’est poursuivi tout au long de ma vie adulte et je suis maintenant Responsable de Département dans un grand établissement financier. Je suis aussi le père de trois enfants dont une fille qui est orthophoniste (quelle ironie !) Je fais fréquemment des présentations devant des centaines de personnes et l’année dernière j’ai participé à une vidéo institutionnelle qui a été vue par des dizaines de milliers de personnes. Non seulement, je ne me laisse pas arrêter par mon imperfection mais je l’utilise comme carburant pour avancer.

Je comprends maintenant que mon bégaiement n’est pas une imperfection. C’est un aspect unique de moi. Comme mes empreintes digitales ou mon ADN, il participe à ce qui fait que je suis moi.

Je suis persuadé que je serais une personne différente si je n’avais pas à penser avant de parler. Je dirais peut-être des bêtises si j’étais plus fluent. Je serais peut-être l’une de ces personnes qui parlent beaucoup pour ne rien dire. Je serais peut-être comme ceux qui sortent de leurs gonds à la moindre provocation et hurlent et vocifèrent sans raison apparente. Et ce n’est vraiment pas le genre de personne que je voudrais être.

Le tournant s’est produit lorsque j’ai compris que cet aspect de ma vie ne fait en aucun cas de moi un perdant ou un handicapé. J’ai commencé à me sentir plus à l’aise vis à vis de moi-même. Au lieu de me définir comme une personne avec un trouble de la parole, j’ai commencé à me voir comme une personne courageuse. Je suis quelqu’un qui ne se laisse pas freiner par son incapacité à toujours parler parfaitement. Je suis quelqu’un qui continue à se mettre dans des situations inconfortables, des situations que beaucoup de personnes fluentes redoutent, des situations qui mettent constamment à l’épreuve ma confiance en moi et ma détermination à être entendu.

Je ne considère donc plus mon bégaiement comme mon imperfection. Je l’appelle maintenant mon Opportunité : mon Opportunité de surprendre, mon Opportunité de surmonter, mon Opportunité d’être différent.

Suis-je parfait ? Absolument pas. En fait, mon Opportunité continue à se présenter, parfois même durant des présentations.

Est-ce que je réfléchis toujours avant de parler ? Oui et je le ferai probablement toujours. Ce sera toujours là, pas très loin.

Est-ce que cela m’agace toujours lorsque ça se produit ou lorsque je vois le regard bizarre de mes interlocuteurs lorsque je bute sur mon nom (“avez-vous oublié votre nom ?” demandent même certains) ? Bien sûr.

Suis-je toujours nerveux lorsque nous faisons un tour de table pour nous présenter ? Bien sûr. Mais cela ne m’empêche pas de parler lorsque c’est mon tour.

Parfois, je me demande ce que je ressentirais si je pouvais parler sans appréhension ni préparation. Finalement, même si cela serait sans doute un soulagement, je pense que je me sentirais aussi moins fort.

Voici donc mon conseil pour tous ceux qui ont la même Opportunité que moi : travaillez dur et continuez à voir vos orthophonistes, ils peuvent vraiment vous aider beaucoup – mais aussi, accueillez celui que vous êtes, acceptez le fait que vous n’êtes pas comme toute le monde - et que c’est une bonne chose.

Ne laissez pas votre incapacité à tout dire parfaitement vous amener à ne rien dire du tout. Ne laissez pas votre Opportunité vous réfréner, servez-vous en plutôt comme carburant pour aller de l'avant.

Lien vers l’article original

Et en bonus, le "Tu m'as eue sur ton bonsoir" !



Et Le subliiime "Secret Garden" avec la craquante Renée Zellweger :





3 commentaires:

Richard Parent a dit…

Excellent témoignage. J'ai ajouté un lien vers ce témoignage sur l'article que j'ai traduit il y a quelques mois.

Laurent L. a dit…

Merci Richard. Ton article porte aussi sur le perfectionnisme ?

Richard a dit…

Oui. Mais c'est un article d'intérêt général sur le sujet, aucunement lié donc au bégaiement.

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