4 mai 2018

Grant Meredith, élu meilleur conférencier de son université : « j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. »

Lorsque j’ai créé ce blog, je voulais partager les techniques et expériences de personnes ayant « surmonté » leur bégaiement. L’âge venu, et avec lui un semblant de maturité et d’ouverture d’esprit, j’ai découvert qu’il n’était pas forcément nécessaire de ne plus bégayer pour « réussir sa vie ». J’ai ainsi relayé le témoignage de Daniel, devenu avocat avec mention bégaiement, de Tom devenu pasteur avec mention bégaiement ou d’Amy devenue meilleure vendeuse avec mention bégaiement. Autant d’exemples démontrant qu’on peut bégayer, parfois fortement, et être reconnu dans son métier.

Cela n’empêche pas de travailler sa fluidité et sa communication mais ce n’est pas une condition nécessaire pour avancer et faire ce que l'on aime.

Le témoignage que j’ai traduit aujourd’hui va pleinement dans ce sens. Grant Meredith bégaie, souvent sévèrement. Pourtant, il enseigne à l’université et a été reconnu comme un des meilleurs conférenciers d’Australie. Dans cet article très intéressant, publié initialement sur le site de la British Stammering Association, il explique les raisons de cette réussite.

J'espère que ce témoignage sera source d'inspiration pour tous ceux qui se disent : "si seulement je ne bégayais pas..."

Laurent


Le témoignage de Grant :

"En début d’année, j’ai appris que j’avais gagné le prix de conférencier de l’année à l’Université où j’interviens et que je me classais 14ème au plan national, parmi 6000 nominés.

Je fais des cours dans le domaine du multimédia à l’Université de Ballarat, dans l’état de Victoria, en Australie. Au début, j’étais un peu gêné d’être placé à ce rang dans ma propre université face à des collègues hautement qualifiés et estimés. Toutefois, j’ai fini par me dire que je devais le mériter, en particulier lorsque j’ai appris que c’était le résultat des votes des étudiants et que j’avais visiblement établi une réelle connexion avec eux. Mais comment ce résultat a-t-il été possible avec mon bégaiement ? Oui, vous avez bien lu. Je bégaie et pas toujours de la plus belle des façons.

Je donne des conférences et je vis avec un bégaiement visible et très marqué. Celui-ci est parfois très sévère et s’accompagne de grimaces impressionnantes. J’interviens jusqu’à deux heures d’affilée et il est essentiel que je traite le sujet de manière cohérente. La plupart du temps, je bloque, me fige et lutte intensément pour arriver à mes fins. Pourtant, mes étudiants réussissent plutôt bien dans l'ensemble et personne ne s’est jamais plaint de moi. Une fois, j’ai même bégayé vraiment sévèrement devant un inspecteur et j’ai sincèrement cru que c’était la fin de ma carrière. A mon grand étonnement, les résultats de cette inspection ont été très positifs et il était même noté combien mon bégaiement avait amélioré mon enseignement. Amélioré mon enseignement ! Assurément, c’était une plaisanterie et j’ai demandé une clarification mais on m’a confirmé ce constat. J’ai alors eu une révélation et j’ai compris ce qu’il voulait dire. Cela prenait tout son sens. J’étais devenu le conférencier que je suis, avec un style qui m'est propre, à cause de mon bégaiement.

Maintenant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne prends pas du plaisir à bégayer et je travaille constamment pour améliorer ma parole mais, au boulot, tout va bien pour moi. Comment puis-je être à ce point reconnu dans un métier qui repose autant sur la communication? Voici mes réflexions sur le sujet :

  • Ma parole hachée, entrecoupée de blocages et de variations de tonalité empêche la conférence de sombrer dans la monotonie et maintient éveillée l’attention des étudiants;
  • Mes blocages parfois sévères sur certains mots/syllabes amènent les étudiants à se focaliser sur le contenu;
  • Les étudiants connaissent mon problème et voient que je continue pourtant à m’adresser à eux. Cela semble leur inspirer un profond et sincère respect envers moi, et c'est bien sûr réciproque;
  • J’informe toujours la classe de mon bégaiement lors du premier cours et les étudiants respectent cette transparence. Cela permet en général d’installer un cadre propice à l’apprentissage;
  • Comme je sais que les étudiants peuvent parfois avoir des difficultés avec certains concepts que je décris, je complète mes diapos de présentation par des notes plus détaillées;
  • Ma porte est toujours ouverte et les étudiants peuvent venir me voir à tout moment pour avoir une réponse à leurs questions ou clarifier certains points;
  • Pour appuyer mes présentations, mes notes et ma parole bégayante, j’utilise souvent des exemples visuels qui rendent l’apprentissage plus intéressant.


Au final, j’ai adapté mon enseignement à mon bégaiement et non l’inverse. Je continuerai toujours à essayer d’améliorer ma parole mais c’est bon de savoir que ce n’est pas un souci pour ma carrière. J’explique souvent aux gens que même si le mode de transmission a parfois tendance à se gripper, le message reste clair et véhiculé avec pédagogie."


Merci Grant !

Voici le lien vers l'article original 

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