14 janv. 2018

Ma parole tournesol

J'ai découvert cette semaine ce témoignage magnifique de Mandy Taylor et j'ai eu envie de le traduire pour le partager avec vous. Son cheminement et la manière dont elle a décidé de changer sa vision du bégaiement sont vraiment enthousiasmants. Bonne lecture !

"Mon bégaiement est ma manière naturelle de parler et bégayer ne limite ni ma parole ni mes conversations. La communication est tellement plus qu’une voix; c’est votre langage corporel, l’expression de votre visage, votre aura. Durant ma longue vie d’adulte, j’ai découvert qu’une attitude d’ouverture vis à vis de mon bégaiement débouche sur des conversations et des opportunités de faire de ma parole un attribut positif dans ma vie sociale et professionnelle.

Récemment, j’ai dû mettre à jour mon CV et me préparer à des entretiens d’embauche parce que j’ai déménagé d’Irlande du Nord et devais trouver un nouveau travail.
J’ai eu plusieurs discussions sur la manière de présenter mon bégaiement durant les entretiens d’embauche. J’ai aussi fait face à des dilemmes tels que : faut-il cocher la case “handicapé” ? Quel est le bon moment et le bon endroit pour annoncer que vous bégayez ? Pouvons-nous demander à un employeur des aménagements sans que cela nous nuise ?

Le problème, c’est que nous sommes tous différents. Chaque bégaiement est unique, de même que nous sommes tous des individus. Ce qui affecte une personne peut ne pas en toucher une autre, et ce qui semble impossible à l’un sera un jeu d’enfant pour l’autre.

Moi, j’ai décidé que mon bégaiement était une chose dont je pouvais être fière. Je n’aurais pas vécu les expériences de ces dernières années si j’avais été une personne fluente. Je me suis donc attelé à mentionner mon bégaiement dans mon CV sans utiliser les mots “je bégaie”.

C’est devenu d’autant plus facile lorsque j’ai commencé à regarder mon bégaiement sous un angle positif. C’est formidable de montrer qu’il est un atout dans mes relations professionnelles. Je peux dire qu’en étant très conscient de ma parole, je suis aussi plus attentif et sensible aux diversités des autres. Lorsque les autres voient qu’à travers nos propres difficultés nous sommes ouverts à accepter les leurs, cela nous rend plus accessible.

Mes contacts avec la British Stammering Association, les conférences et les portes ouvertes auxquelles je participe, mon implication dans les groupes communautaires, montrent que j’ai un bon réseau et que je me démène pour trouver de l’aide et du soutien.

Pour moi, le bégaiement n’a pas handicapé ma vie mais y a ajouté quelque chose. Cela m’a donné des compétences que je n’aurais pas acquises si j’avais été fluente. Cela m’a aussi amenée à m’impliquer davantage auprès de personnes de tout horizon et à repousser mes limites et les objectifs de mon propre voyage intérieur.

Durant mes entretiens, j’ai donc toujours réussi à mentionner mon bégaiement au détour d’une question sur mes forces, talents et intérêts. Jamais d‘une manière négative, jamais sous forme d’excuse. La plupart du temps, l’accueil était positif, les employeurs étaient réellement intéressés et ça ne semblait pas leur poser problème.

Sur le plan social, en vieillissant, je me préoccupe moins de ma parole et de mon degré de fluence. Mes amis et ma famille sont plus à l’aise maintenant que je suis plus ouverte sur le sujet. Je n‘en reviens pas d’avoir gâché tant de mes jeunes années à redouter de dire les choses ouvertement lorsque je me débattais avec les mots.

L’étape décisive a été ma participation à une étude où on m’a demandé de visualiser et de décrire mon bégaiement comme une “chose”. Quelque chose de tangible que vous pouvez voir et toucher.
C’est ce qui a rendu mon bégaiement positif. A ce moment-là, je le voyais comme une mauvaise herbe, un lierre envahissant et étouffant. On avait beau le couper, il était toujours là, prêt à repousser, sauvage et implacable. Je n’aimais pas l’idée de vivre avec cela le reste de mes jours. Alors, j’ai décidé qu’il fallait changer cette mauvaise herbe, que quelque chose devait prendre sa place. Et moi seule pouvais accomplir ce changement. Moi seule pouvais réaliser cela.

Je suis devenue beaucoup plus ouverte, j’ai arrêté d’essayer de “rentrer dans le moule”. Grâce à la BSA, j’ai rencontré de plus en plus de gens qui bégayaient et j’ai réalisé que beaucoup ont ce sentiment négatif et cette peur de leur bégaiement. Je voulais changer cela, je voulais essayer d’amener les gens à croire en eux, leur faire comprendre que, même avec un bégaiement, vous pouvez être ce que vous voulez.

Pour moi, cette mauvaise herbe est maintenant une fleur, un tournesol grand et fier, resplendissant et majestueux. J’ai été soutenue pour en arriver là, je n’aurais pas pu le faire seule. Mais nous devons prendre des risques et saisir notre chance. Nous trébucherons sans doute sur le chemin mais c’est tellement plus gratifiant que d’être étouffés par notre propre silence.

Pour moi, le bégaiement a ouvert des portes. Lorsque vous serez aussi prêts à ouvrir en grand la porte et à franchir le pas, vous découvrirez un monde complètement nouveau, où nous pouvons tous nous dresser comme ces grandes et belles fleurs et sentir le soleil sur notre visage."

Mandy Taylor
Voici le lien vers l'article original.

Traduction Goodbye Bégaiement janvier 2018

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