7 nov. 2013

Le désintégrateur de blocage

Lorsque j’étais gamin, je portais accrochée à ma ceinture une pochette en jeans pleine d’outils indispensables pour mes explorations du fond du jardin : de la ficelle, un canif même pas rouillé, des ciseaux et une aiguille piqués dans le panier à couture de ma mère, une pièce de 5 francs… Ainsi paré, je pouvais partir confiant à l’aventure, prêt à affronter les dangers effroyables qui se dresseraient sur ma route. 

Pour affronter les situations de parole qui vous font peur, c’est le même principe. Il ne suffit pas d’oser, de boire un coup de gnôle et de se tambouriner le torse avant de partir à l’assaut. Le courage ne suffit pas et, sans un minimum de préparation, vous risquez de vous faire dézinguer au premier obstacle.


Regardez James Bond : vous admettrez que le garçon est plutôt sûr de lui et expérimenté, non ? Ce n’est pas vraiment l’archétype du trouillard. Eh bien, que fait-il James Bond avant de partir en mission ? Humm ? Je vous le demande ? Il va voir « Q » pour quémander un stylo explosif ou une Aston Martin à siège éjectable. Ah ! Vous voyez ! Quand on affronte une situation stressante, périlleuse ou inconnue, il faut se parer au pire. 

Ainsi, pour mon 40ème anniversaire, mon épouse m’avait offert un saut en parachute. Je n’ai toujours pas réussi à savoir s’il y avait une arrière-pensée là-dessous mais toujours est-il que j’y ai survécu. Bien sûr, il m’a fallu du courage pour me lancer dans le vide et surmonter ma peur. Toutefois, mon instructeur ne s’est pas contenté de me mettre dans l’avion, de m’emmener à 4 000 mètres, d’ouvrir la porte coulissante et de me dire « Saute, Laurent ! Et bonne chance ! Quoiqu’il arrive, sache que tu étais un type formidable !».

Auparavant, il m’avait enseigné des manœuvres de secours pour me permettre de sortir d’éventuels blocages : le parachute qui s’ouvre mal ou, situation extrême, qui ne s’ouvre pas du tout ! De la même manière, vous devez connaître des manœuvres de secours si votre parole se grippe ou, cas extrême, ne sort pas du tout ! Non seulement ces manœuvres peuvent vous sortir d’un mauvais pas mais également vous rassurer avant de sauter, en sachant que vous avez des solutions en cas de problème. Cette sensation d’être correctement préparé va vous aider à franchir le pas. 

Je vous ai déjà expliqué comment Julio Iglesias ou Federer peuvent vous aider… Aujourd’hui, je vous propose de compléter votre musette « anti-blocages » par la technique du « pull-out ». En français : « extraction » ou « extraction en terrain hostile ».

Avec la correction post-blocage, vous avez appris comment « effacer » un bégaiement après sa production. Avec le pull-out, vous allez apprendre à utiliser une méthode comparable pour vous en sortir lorsque vous êtes en plein blocage. Waoh ! De plus en plus fort ! Aussi magique que ces techniques de close combat qui vous permettent de vous libérer d’un gorille juste en lui tordant le petit doigt. 

Habituellement, que faites-vous quand vous butez sur un son ?

- Vous vous débattez et essayez de passer en force : vous devenez tout rouge, vous grimacez. Cela ne fait qu’aggraver les choses. 
- Vous revenez en arrière, en espérant qu’une nouvelle prise d’élan vous permettra de franchir l’obstacle.
- Vous abandonnez et décidez d’utiliser un autre mot. Impossible à faire cependant si vous faites une lecture à voix haute ou si vous devez prononcer votre nom (Eh oui ! Vous vous appelez Laurent pas Barnabé…)
- Vous utilisez un truc qui a fonctionné dans le passé : un raclement de gorge, une onomatopée, un mot parasite (« comment dire », « euh… »…).
- Vous faites semblant d’avoir oublié ce que vous vouliez dire, au risque de passer pour un ahuri.

Avec le pull-out, vous allez disposer d’une arme beaucoup plus élégante et efficace, digne de James Bond ou de Houdini. Le principe est toujours le même : réduire la tension durant le bégaiement pour pouvoir continuer à parler. 

Voici comment cela fonctionne...

Lorsque vous êtes au milieu d’un blocage, ne vous arrêtez pas et ne recommencez pas. Continuez à bégayer (je sais ça peut paraître horrible puisque c’est justement ce que vous voulez éviter…), en ralentissant et en laissant le blocage suivre son cours, en prolongeant doucement ce que vous êtes en train de faire. Vous allez remplacer la répétition (« Une ca-ca-ca-ca-sserole ») ou le blocage (« Une ca(), une ca() ») par une prolongation (« Une caaaaaaaaasserole »). Avec le « pull-out », vous arrêtez de pousser mais pas d’avancer. Vous ne revenez pas en arrière : vous sortez le mot sur le même souffle. Ici, on refuse tout arrêt, on lâche doucement les freins et on se laisse glisser sur la pente, en toute confiance et décontraction. Imaginez une cocotte minute dont on laisse échapper doucement la vapeur jusqu’à ce que la pression tombe, libérant ainsi l’ouverture du couvercle… Vous allez ainsi découvrir que vous pouvez maîtriser votre blocage et sortir en douceur d’un bégaiement (cf bégaiement lent ou conduite sur glace). 

Tenez le bégaiement suffisamment longtemps pour sentir le contrôle et trouver ce que vous faites de mal. Cela suppose que vous maîtrisiez bien les étapes précédentes qui sont l’analyse de vos blocages et la post-correction. Après avoir décortiqué votre bégaiement, vous devriez savoir ce que vous devez corriger pour sortir votre son correctement. 

Et si vous n’y arrivez pas, vous pouvez toujours faire une correction post-blocage. Bon ça sera un peu la honte mais… Non je rigole. 

Alors, dorénavant, plutôt que de passer en mode bégaiement, passez en mode « pull-out ». Votre anxiété des blocages va se réduire car vous savez que vous disposez d’une arme efficace pour y remédier. Moins d’anxiété = moins de tension = moins de comportement d’évitement = moins de bégaiement. 

Et si vous voulez devenir un pro du « pull-out », un(e) orthophoniste pourra vous aider à travailler cette technique. Pour en trouver une près de chez vous, contactez un délégué de l'Association Parole Bégaiement.

Parce qu'après ces explications, j'espère que vous avez hâte d'avoir votre prochain blocage !

Laurent

2 commentaires:

Hélène Suo a dit…

Merci pour cet article, et tous les autres. Vous parvenez à expliquer tellement bien ce que j'essaie de transmettre à mes patients. Merci !

Laurent L. a dit…

Merci beaucoup pour votre commentaire, Hélène, ainsi que pour votre soutien régulier sur Facebook ! Laurent

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