15 janv. 2013

La parole est un sport de glisse

J’aime bien les métaphores (ou les analogies, je ne me souviens jamais de la différence).


Le bégaiement n’est pas facile à expliquer et la manière de le surmonter l’est peut-être encore moins.

Et hier, en écoutant les premiers flocons de neige tomber dans ma radio, j’ai eu une illumination.

J’ai trouvé la métaphore (ou l’analogie :-) Merci pour ceux qui pourront m’aider) pour expliquer comment atteindre la fluidité.

Le ski.

Mais oui ! Mais bien sûr ! LE SKI !

La personne qui bégaie est un skieur débutant, le type qui ne peut pas se lancer dans une pente sans s’emmêler les spatules et tomber tous les 10 mètres.

Pour nous le ski, c’est épuisant, une source de souffrance, un risque de blessure, le meilleur moyen pour se taper la honte devant les gonzesses et les mectons.

Nous voyons les autres prendre du plaisir, s’éclater, glisser en dégageant une sensation de facilité. Et cela nous attriste ou nous met en colère.

Cette année, vous allez donc apprendre à skier. Vous allez choisir une monitrice et prendre des cours individuels ou collectifs. Ou alors apprendre par vous-mêmes en lisant des ouvrages rédigés par des experts, en regardant des vidéos de champion, en participant à des forums de passionnés de la glisse. Mais quoi qu’il en soit, vous ne progresserez pas tant que vous n'aurez pas chaussé les skis et descendu votre première pente.  

Vous allez apprendre à faire du chasse-neige, une technique pas très esthétique, pas très rapide mais qui vous permettra de vous lancer sans trop de risque.

Vous allez commencer par des pistes faciles, accompagné de votre moniteur, pour travailler votre technique.

Vous allez ensuite, progressivement, descendre des pistes de plus en plus difficiles.

Vous allez vous prendre des gamelles, des bonnes gamelles mêmes parfois. Mais si vous persévérez, si vous allez skier tous les jours, vous allez progresser, améliorer votre technique, emprunter des pistes plus difficiles et même partir seul sans votre moniteur.

Vos skis vont se rapprocher de plus en plus et vous allez faire des virages parallèles.

Vous allez avoir de moins en moins d’appréhension. Vous allez vous détendre, vous sentir à l'aise et vos gestes seront plus fluides.

Vous allez commencer à prendre du plaisir, jusqu’à ressentir une merveilleuse sensation de glisse.

Jusqu’à skier sans réfléchir, en goûtant au plaisir des sensations, en vous émerveillant du paysage…

Maintenant, relisez ce texte en remplaçant « ski » par « parole », « skier » par parler et « piste » par « situation de parole ».

Etonnant, non ?

Et cette métaphore/analogie peut aussi être utilisée pour l’accompagnement parental. Si vous voulez apprendre à votre enfant à skier, vous n’allez pas dévaler la pente à toute berzingue sans vous retourner ! Vous allez partir doucement, sur un rythme tranquille. Vous allez faire des pauses, vous assurer qu’il suit bien, le rassurer dans les passages difficiles…


De mon côté, je n’ai pas encore le Chamois d’Or, un style pas toujours très esthétique mais j’ai un niveau suffisant pour m’éclater et passer partout.

Et c’est bien le principal, non ?

Laurent
Flèche de bronze

11 commentaires:

Sarah Hervé a dit…

Brillant !

Sarah a dit…

Trop bon texte Laurent! Mais, imagines qu'on déteste le ski? Hein? Ta métaphore tombe à l'eau! HA! Petits sourires aux coins des lèvres à la lecture de cet article.
En te souhaitant tous mes vœux de bonheur pour 2013 et un passage au cap supérieur dans le chemin de la fluidité.

Cédric a dit…

Comme Sarah ci-dessus, je pense qu'il s'agit d'une métaphore, au demeurant bien vue. Elle avait d'ailleurs été utilisée par un jeune Québécois dans un reportage TV un peu plus récent que mes cours de français. Ca m'avait beaucoup interpellé à l'époque.

Cédric, ex piste très noire avec de bien mauvaises techniques, devenu piste rouge ou bleue avec de bonnes techniques.

P.S. ton nouvel habillage est superbe.

Anonyme a dit…

Etant très mauvaise skieuse, j'utilisais comme métaphore celle de la conduite sur route verglacée.
Nous avions fait avec ma mère un tonneau complet sur une route de Normandie..et je m'en souviens encore
C'est sûr que l'on ne repart pas à la même allure.
Cette métaphore me permettait aussi de faire comprendre (enfin j'espère) pourquoi, dans une auto-correction il est important de ne pas repartir tout de suite (mais une pause de deux secondes est suffisante pour que les muscles se détendent et la "tête" se recentre) et surtout de ne pas repartir à la même allure..puisque l'on sait que l'on est en zone de verglas..
Mais la PB qui réussit cela n'a plus besoin de rééducation - cela est pour moi le critère de fin de traitement, en tout cas dans sa partie "kinésithérapie de la parole".

je salue au passage la compagnie et souhaite une belle Année 2013 à tous et chacun.

Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel

Alex a dit…

C'est une métaphore :-) Et pour moi qui justement ne sait pas skier et aurait bien aimé descendre des pistes, oui, c'est vrai, c'est une bonne métaphore. Et pour les parents d'enfants qui bégaient, en effet, on ne va pas laisser notre progéniture dévaler une piste noire !!!

Clemence a dit…

Je dirai même plus: c'est une métaphore filee! Merci pour ce texte qui m'aidera avec mes patients et qui aidera à son tour mes patients.:-) bonne année 2013.:-) clémence

Laura Goyet a dit…

Oui c'est bien une métaphore!
Bon, je ne sais pas skier mais en tout cas elle est bien trouvée ;)

Laura

Laurent L. a dit…

Merci Sarah, Sarah, Cédric, Marie-Claude, Alex, Clémence et Laura pour vos commentaires et vos voeux, voilà une année qui commence bien ! Et j'en profite pour vous souhaiter une merveilleuse année 2013.

Donc c'est une métaphore. Et filée en plus ! Merci de m'avoir éclairé.

La coïncidence rigolote, c'est qu'il s'est mis à neiger à Montpellier le lendemain de la parution de l'article. Bon, pas assez pour sortir les skis mais suffisamment pour que les sudistes ressentent l'appréhension de la conduite sur glace. :-)

D'ailleurs, j'ai souvent lu des métaphores liées à la conduite pour la thérapie du bégaiement. Peut-être une idée pour un prochain post... J'avais également utilisé celle de la conduite sur glace pour sortir d'un blocage. Ne pas accélérer ou forcer mais se laisser gentiment déraper pour en sortir en douceur et continuer sa route.

Pour ceux qui détestent le ski, cela reste une bonne métaphore : ça prouve qu'on n'a pas suffisamment persévéré pour apprécier :-) Mais la comparaison avec l'apprentissage d'un instrument de musique pourrait peut-être aussi fonctionner.

Si vous avez d'autres idées, n'hésitez pas à les partager. C'est vrai qu'il y a des comparaisons qui nous parlent plus que d'autres.

Laurent

M-C Monfrais-Pfauwadel a dit…

Plusieurs commentaires Laurent :

A propos de la conduite sur glace (quand on sait comment je conduis, il y a de quoi se gondoler - mais bref, il s'agit là d'une métaphore, non ?) : il faut d'abord apprendre à s'arrêter totalement puis reprendre en ERASM. C'est ce que font les non-bègues, mais les PB ont toujours l'impression que s'ils s'arrêtent, ne serait ce que deux secondes, leur interlocuteur va se barrer. Non, il attend gentiment de savoir ce qu'elle veut commander, ou si la belle-mère vient Dimanche. Puis on redémarre doucement. Il n'y a que lorsque l'on est passé maitre dans ce comportement de non-bègue que l'on peut s'essayer au "pull-out", ou dérapage contrôlé, qui consiste à se détendre en bouche pendant que l'on continue à voiser. Je m'explique : On étire tout simplement la première voyelle qui suit en diminuant la tension musculaire et on enchaine ..relax, vu que le terrain est glissant. l'air de rien, en gardant le contact visuel. Cela nécessite d'avoir intégré corporellement tous les préalables de l'ERASM et des habiletés de communication.
Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'apprentissages corporels et non de juste "piger" comment cela marche. Comprendre est facile, s'exercer encore et encore beaucoup moins - mais pour qu'un circuit moteur devienne "automatique", c'est à dire sub-conscient, il faut qu'il ait été inscrit, engrammé 600 fois d'affilée correctement sans erreur.. !!! d'où l'importance de s'entrainer +++ en dehors des séances.
C'est pourquoi les sportifs et les musiciens sont les plus faciles à rééduquer. Ils comprennent cela dans leur corps, et ils ont le sens de la persévérance et de l'opiniâtreté. Passer de la piste noire à la piste bleue, ce n'est pas limiter ses ambitions : c'est être réaliste ; mais une fois la réussite acquise, on peut se mettre un but plus élevé. Rappelons nous enfin que le but n'est pas d'avoir une parole parfaite -qui n'existe pas- mais une communication efficace, afin de vivre une vie de relations épanouissantes.
Les comparaisons et les métaphores illustrent dans le sens premier du terme le propos et facilitent la compréhension. toutes sont bonnes à prendre, mais toutes ne marchent pas chez le même individu.

Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel

Jacky a dit…

Je viens de lire ta métaphore sur le ski et je pense qu'elle est juste !
J'ai 47 ans et je begaie dpuis l'âge de 5 ans mais je m'en suis à peu près sorti !
Ma méthode ? : simple :) : parler, parler et puis parler aussi !!
J'ai toujours voulu parler dans des situations où un bégue refuse d'aller ! : parler en public notamment.
Je me suis pris de belles gamelles mais cela m'a aidé et j'ai toujours analysé mes échecs pour les transformer en succès !

Laurent L. a dit…

Merci beaucoup Marie-Claude pour toutes ces précisions.
Le cap des "600 fois" est très intéressant et montre la nécessité de persévérer et surtout de ne pas se décourager.
J'avais écrit un article sur une autre étude qui disait qu'il fallait en moyenne 66 jours pour qu'une nouvelle habitude s'installe. Voici le lien :
cliquez ICI
Sur la plus grande facilité à rééduquer des sportifs, je me souviens en effet d'un nageur de haut niveau et d'un boxeur ayant confirmé combien leur expérience de l'entraînement intensif les avait aidés. Voir ici le témoignage de Bryan :
cliquez ICI

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