17 nov. 2009

Des larmes au sourire

Pour vous donner un éclairage sur mon parcours, j'ai trouvé quelque chose qui vous parlera peut-être mieux qu'un long billet. En furetant sur mon disque dur, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit à une époque où le bégaiement me pourrissait la vie. Comme vous verrez, il n’est pas très gai.
Heureusement beaucoup de choses ont changé depuis et j’ai donc décidé de donner une suite (une fin ?) plus heureuse à cette histoire pour vous faire partager ce que je ressens aujourd’hui et vous dire encore une fois : on peut s’en sortir !

Commençons donc par la version triste, vous savez celle que l’on écrit quand on pense que l’on ne s’en sortira jamais, que le bégaiement a gagné, qu’on ne pourra jamais être heureux tant qu’il sera là…

Mon meilleur ennemi m’attend derrière la porte,
Tapi dans la pénombre, attendant que je sorte.
Je ne peux l’affronter, j’ai trop souvent perdu,
Sortant de chaque combat épuisé et vaincu.
Je rêve d’une fugue discrète par une trappe secrète,
Une porte dérobée par hasard découverte.
Une galerie humide protégerait ma fuite,
J’avancerais courbé, silencieux et rapide.
Mes pieds écraseraient les ossements brisés
D’évadés malchanceux à jamais prisonniers.
J’écorcherais mes mains sur des aspérités
Crocherais mes cheveux de toiles d’araignées.
J’aurais le souffle court, la poitrine oppressée,
La marche mécanique, n’oserais me tourner.
Ah ! Fuir dans un souffle et enfin disparaître,
Laisser bien loin de moi les griffes de la bête.
Comme un enfant qui naît, délivré et en pleurs.
Déchirer de mon cri la clarté retrouvée,
Pouvoir enfin renaître sans cette infirmité,
Attraper le monde, pouvoir le modeler.
Devenir un autre, un vainqueur, un guerrier
Mais tout cela est rêve, songe bien peu raisonnable,
Déjà vient le réveil, je retourne au travail
A mon meilleur ennemi, il me faut succomber
Courber encore l’échine, me laisser écraser.


Donc ça, c’était la version triste. Mais les histoires tristes finissent bien en général. J’ai donc écrit aujourd’hui (jour de mon anniversaire, je le glisse comme ça incidemment pour ceux qui auront eu le courage d’aller jusqu’ici) la version gaie pour remonter le moral à ceux qui seraient un peu découragés en ce moment.

Des années déjà, que ces mots sont sortis
Que les armes sont rangées, que la guerre est finie
Aujourd’hui, je gagne sans livrer de combat
Acceptant simplement qu’il peut être là
Pas de fugue discrète ni de trappe secrète
De porte dérobée par hasard découverte
J’ai choisi de sortir, de prendre la lumière
Pour mieux le brûler, le réduire en poussière.
Il buvait au torrent de ma sueur, de mes larmes
De mes peurs inavouées, de mes pensées coupables
Aujourd’hui, il a faim, commence à dépérir
Cherche en vain les mets qui pourraient le nourrir
J’ai détourné les flots qui portaient ma terreur
Et changé les paroles de mes chants intérieurs
Le géant affamé a fini par plier,
A lâché son étreinte, m’a laissé m’envoler
Aujourd’hui, il est doux, je l’ai apprivoisé
Avec ou sans lui, je continue mon voyage
Et c’est moi qui grandit, chaque jour davantage


Voilà ! Ca résume assez bien le chemin parcouru et ce qui m'a aidé à avancer.

C'était juste un interlude. Le prochain post sera plus classique, je vous rassure...

16 commentaires:

Anonyme a dit…

Joyeux annviersaire ! Et t'es un bon poête =D

Anonyme a dit…

(c'est encore moi, celui qui a posté juste en haut ^^) ça n'a pas de rapport avec le sujet mais je me demandais pourquoi le bégaiement n'apparait pas (enfin pour ma part quand je parle anglais je ne begai pas) dans les langues étrangère ? Aurais-tu des informations sur ça ?

Jim.

Anonyme a dit…

Le bégaiement apparait aussi dans les langues étrangères elles ne font pas exception.

Alexandre a dit…

Bon anniversaire Laurent (désolé pour le jour de retard). Tes poèmes sont vraiment magnifiques !!! J'aime particulièrement le dernier qui résume effectivement bien un parcours finalement pas trop éloigner du mien.

J'aime bien tes interludes, tu peux en refaire quand tu veux ;-)

Laurent L. a dit…

@Jim : certaines personnes ne bégaient pas ou moins lorsqu'elles s'expriment dans une langue étrangère. Je me souviens même d'un bègue qui parlait en français avec un accent anglais pour ne pas bégayer ! Je n'ai pas d'explication là-dessus : peut-être parce que l'on entre dans la peau d'un personnage différent, comme au théâtre ?

Laurent L. a dit…

@Alexandre : merci beaucoup pour ton commentaire ! Ca me fait vraiment plaisir. J'ai en effet l'impression que nos parcours sont proches. De quoi au moins doubler la dose d'espoir voulue par ce post !

Anonyme a dit…

Bon anniversaire Laurent, mais d'habitude c'est les autres qui offrent un cadeau ;-)

Tu as un vrai talent, je me souviens avoir écrit un petit poème de huit lignes et avoir mis bien plus d'une journée à le pondre :-)

Et les tiens sont vraiment superbes. Merci.

Daniel P.

Anonyme a dit…

@Laurent : d'accord merci =)

emma a dit…

je passe régulièrement vous lire, toujours autant d'information et maintenant de la poésie!!!
un joyeux anniversaiiiiiire.

Laurent L. a dit…

@Daniel et Emma : Merciiiiiiiii !!!!!!

Anonyme a dit…

Bonjour !
Je découvre ton site et je commence par ce magnifique poème. Vraiment touchant, ça me donne envie de regarder un peu plus dans ton site !
Lionel Leclerc

Laurent L. a dit…

@Lionel : merci ! J'espère que le reste te plaira aussi et que des choses te seront utiles. Bonne promenade !

cléo a dit…

sincère et émouvant! bon anniversaire.

Anonyme a dit…

Si l'on ne bégaie pas en parlant une langue étrangère (et encore ne faut-il pas la parler couramment),c'est parce qu'on est obligé de s'écouter,on réfléchit à ses mots,à ses tournures de phrases,on prend son temps... On s'écoute et quand on s'écoute on est fluide,c'est comme quand on chante,quand on a un rythme et une mélodie à respecter,on est obligé de s'écouter... et on est fluide.
Mais dès qu'on maîtrise un peu bien une langue étrangère,dès qu'on peut accélérer,dès qu'on peut oublier un peu de s'écouter,paf ! ça recommence ! voilà le bégaiement qui revient !

Comme je l'ai déjà dit dans un précédent commentaire,l'attention pour être fluide n'est pas à porter sur l'articulation (vous le savez tous) mais sur l'auto-écoute. Parce qu'une personne qui bégaie ne s'écoute pas elle-même,au sens propre (elle n'écoute pas sa voix),et que pensez-vous du sens figuré ? Ses émotions,ses sentiments,sa Vérité intérieure...
Bien-sûr il m'arrive de bégayer devant un commerçant (et là,la Vérité intérieure,bon... peut-être devrais-je changer de personnalité justement ?),mais quand je suis avec quelqu'un avec qui je me sens super super bien (une fille que j'aime,bon),eh bien là je parle à la perfection,là c'est un vrai bonheur de parler ! ET SANS EFFORT ! Je ne crois pas à l'effort,vous savez bien que plus l'on fait d'effort plus on s'embourbe,je ne crois qu'au plaisir. A l'enthousiasme ! Soyons enthousiastes ! soyons fous ! Qu'au moins le bégaiement nous serve à ça,à mettre un peu de fantaisie dans nos vie ! Non j'irai pas là,non ! non je ferai pas ça non plus ! Ça me dit rien du tout et d'toute façon si je le fais quand même je vais bégayer,alors... Alors que si je fais ce truc-là que j'adore,là je vais bien parler,là ça va être du plaisir !
Non ?
Ou alors peut-être que je suis trop optimiste ?

Monsieur K.

Laurent L. a dit…

@Monsieur K : je partage ce que tu dis sur le fait qu'on réfléchit à ses mots mais je ne l'explique pas par le fait qu'on s'écoute plus mais plutôt par un détournement de notre attention. En se concentrant sur autre chose, notre cerveau oublie de penser à bégayer. Le fait de s'écouter parler est souvent pointé comme quelque chose propre aux personnes qui bégaient, d'où la mise au point de certains dispositifs "anti-bégaiement" qui brouillent volontairement l'audition. Cf aussi la scène du "discours d'un roi" où Bertie parle sans bégayer lorsque Rogue lui met de la musique dans les oreilles.
Entièrement d'accord en revanche sur la nocivité de l'effort et l'impact positif du lâcher prise, de l'enthousiasme et de la recherche du plaisir de parler.

Clem a dit…

Merci, trés beau et trés touchant poème!!!

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